ÉDITO 6 :
LES ENFANTS DE
LA PLUIE
(page archivée le 6/01/2004)
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Les deux Philippe dans un moment de grâce! |
J'aurais pu parler du site, de son actualisation maintenant régulière et des courriers sympa que cela me vaut... J'aurais pu parler de la situation de la BD, de l'éternel problème des festivals, des dédicaces et du commerce qui en est fait...
MAIS, quitte a avoir l'air un peu monomaniaque, il faut que je vous parle des Enfants de la Pluie. Et plus précisément de l'expérience vécue fin décembre 02: voir "mon" film pour la première fois ! Je veux dire le voir vraiment, c'est-à-dire aussi l'entendre !
Je m'explique : j'ai commencé à travailler sur "Skän" avec Philippe Leclerc, réalisateur, et Léon Zuratas, producteur, en 97. Écriture et dessins - que du papier. Quand le travail de préparation a commencé, fin 2000, ça a été encore de l'écriture et du dessin, beaucoup de dessin, beaucoup de papier. Pas mal d'informatique aussi, pour la recherche couleurs. Et beaucoup de parole. Et puis, à un moment, le story-board étant établi, on a fait enregistrer des voix-maquette en anglais. (Pourquoi en anglais ? Parce que c'est plus facile pour communiquer internationalement et vendre. Et puis les animateurs aiment bien ça. Ça swingue plus.)
Déjà, il y avait une dimension supplémentaire. Sur cette base, Philippe Leclerc et son équipe réalisèrent l'animatic, c'est à dire un montage des images fixes du story-board sur la bande-son des voix. Il n'y a pas d'animation, alors, mais certains mouvements de caméra et effets de montage. Ça fait une sorte de montage-diapo et les voix concourrent grandement à le rythmer.
Et puis le travail continue, l'animation commence en Corée et de temps en temps on reçoit des plans finis, mis bout à bout, muets. Et puis mon travail à moi est fini. Philippe Leclerc s'installe à Séoul pour des mois. Je m'éloigne du film...
Plus tard, je reçois des séquences entières. Un jour, même, début novembre, j'ai tout le film sur une cassette. Je le regarde en VHS (sur un bel écran, certes, mais les rouges "bavent"...) et avec toujours les voix anglaises, très bonnes (ah! la voix de la Kallisto londonienne!) mais rien d'autre comme son (et avec ça sur certains plans il manque une piste).
Encore quelques mois, le temps de ne plus y penser, et on me dit "Saute dans le TGV pour Paris, demain on projette". Argh !
Et voilà que, dans une excellente salle privée, seulement en compagnie des gens de la production, je vois enfin le film, en 35 mm, avec un très bon son. Et je prends une claque!
Une bonne claque, je veux dire.
Je découvre dans l'image des détails que je n'avais pas vus, textures, grain, détails de "jeu d'acteur", mouvements de caméra, espace, profondeur.
Et puis le son : les voix françaises toutes fraiches, les bruitages... et la musique. Et ça change tout. Il faut dire que Didier Lockwood, plus connu en général comme soliste de jazz, a écrit une partition symphonique avec choeurs superbe et généreuse. Là encore, l'espace, la profondeur. La foule, les éléments, les envolées lyriques, les moments qui semblaient mous qui prennent toute leur vigueur. Et tout ça collant ensemble, s'entremèlant, se prolongeant les uns les autres. L'impression d'un opéra où les voix, les sons naturels et la musique se mèleraient à l'image en un tout cohérent.
Tout ce que jusqu'ici j'avais vu et cru petit est devenu grand !
Depuis, j'ai revu le film, en privé encore et puis à Gérardmer (pour la première fois avec du public), à Bruxelles (Anima 2003, festival bien sympa), en Suisse pour sa sortie officielle... et à chaque fois je me régale.
Mais ne croyez pas que je fais de l'auto-satisfaction: je vois aussi les défauts ! (Il vient même un moment où je ne vois plus que ça, alors je me cache...)
CAZA