LES "MACHINS DU JOUR"
DE 1997



Le 08/04/97

L'AFFAIRE TINTIN
Ou plutôt LES AFFAIRES (qu'on fait sur le dos de) TINTIN

Je cite : "TINTIN. Contrôle de l'oeuvre ou abus de pouvoir ?

Depuis quelques années, et d'une manière progressive, tous ceux qui à divers titres (chercheurs, écrivains, historiens, journalistes, libraires, éditeurs, collectionneurs, etc.) sont concernés par l'image et le monde de Tintin ont ressenti la même chose : tout hommage à l'oeuvre d'Hergé est devenu problématique.

Les ayant-droits d'Hergé, Fanny et Nick Rodwell, sont passés insensiblement de la vigilance à l'abus de pouvoir. De plus en plus, Tintin est traité comme une marque, un simple produit, et non comme une oeuvre majeure et une part de notre imaginaire. Sous couvert de protection, c'est une sorte d'enterrement qui menace aujourd'hui.

Les dossiers qui suivent sont éloquents à cet égard. Ils ne constituent cependant que les cas les plus notoires. Il est bien d'autres cas où les interdictions de publier et les conduites dissuasives équivalant à un refus ont découragé et indigné ceux qui demandaient d'utiliser des fragments de l'univers d'Hergé sous forme de citations.

C'est pour alerter tous les admirateurs d'Hergé, et ne pas assister impuissants à la confiscation d'une oeuvre majeure de notre patrimoine culturel, que nous prenons aujourd'hui l'initiative de porter ces affaires sur la place publique."

Fin de citation. On trouve la suite de ce copieux dossier in extenso sur le très chouette site Univers BD, un vrai magazine on line sur la bande dessinée. http://www.imaginet.fr/universbd


Le 31/03/97

Un yakuza
Dans un jacuzzi
disait "Yaka"
À son zizi.

(Poème composé ce lundi de Pâques au petit déjeuner)


Le 26/03/97

LES NAINS DE JARDIN: DERNIÈRES NOUVELLES DU FRONT

D'après le dernier numéro de Mad Movies, revue chère aux amateurs de cinéma fantastique, Dylan Pelot (le fils de l'auteur de SF Pierre Pelot) aurait bricolé un court-métrage à la con, intitulé "La Nuit de l'Invasion des Nains de Jardin venus de l'Espace"... On ne sait évidemment pas où et comment on peut voir ça, mais le titre se suffit à lui-même, non ?

Depuis cette information, j'ai vu le film en question. Il existe, oui, et il est hilarant ! (Selon des nouvelles encore plus récentes, il aurait même reçu un prix !)


Le 12/03/97, puis le 20/03/97, et encore revu le 24/03/97 (Pas d'image, rien que du texte chiant...)

B.D.-ROM ...

Sous le label Digital Comics, les Humanos ont sorti cet hiver quatre CDroms adaptant des bandes dessinées. En l'occurrence, la "Trilogie Nikopol" de Bilal et "Gulliveriana" de Manara. Dans le même temps, le CDrom "Opération Teddy Bear", BD interactive d'un certain Edouard Lussan, est sorti chez Flammarion. (Rien à voir avec le "Teddy Bear" de Gess.) Quelques commentaires ont été échangés à ce sujet sur le forum belge "Comics" créé par Dupuis, dont les miens, que je reprends ici, enrichis, et avec dans l'idée de démarrer une réflexion générale sur la question BD et CDrom, c'est-à-dire, à la finale, l'avenir de la BD dans un monde multimédia...

Apparemment, les libraires ne se bousculent pas pour présenter ces CDroms dans leurs boutiques, et ce pour une raison bien simple: une BD en librairie, on a juste besoin de ses mains (propres) et de ses yeux pour la consulter sur place. Un CDrom, c'est une autre affaire... Et puis, a priori, libraires, auteurs, amateurs, on est tous amoureux de la BD en tant qu'objet papier-carton et donc un peu refroidis par cette distance qu'impose l'ordinateur, réputé médium "froid". (Cela dit, à voir les vrais fondus d'informatique, on cesse vite de penser que c'est un médium froid!...) Réticents, donc, nous sommes, face à l'idée:"la BD quitte le support papier pour passer au CDrom".

Petite présentation des CD Humanos en question :
La BD a été scannée image par image, les cases ont été débarrassées de leurs bulles, le dessin complété par des copier-coller (très bien faits), les textes placés en typo hors des cases, sur fond noir... Pour lire la BD elle-même, on a donc une seule case à la fois à l'écran, le texte à côté avec, à chaque réplique, le nom du locuteur, comme quand on lit une pièce de théatre. Outre la BD elle-même, on a droit à une présentation des personnages (cases reprises, avec commentaires audio de l'auteur), une interview audio, quelques croquis préparatoires du prochain album et de quoi se monter un économiseur d'écran.

Ambitions limitées, donc, et de manière avouée: l'éditeur ne trompe pas son monde : ces CD sont bien annoncés comme pure et simple transcription de BD et non comme spectacles-interactifs-multimédia-pleins-de-trucs-qui-bougent-et-de-sons-et-d'hypercybertextes... Et le prix est en conséquence: la plupart des CDroms du commerce valent 300 F ou plus. Ceux-ci 150 F.

J'ai eu à Angoulème une longue discussion avec Maximilien, de LBO, l'un des réalisateurs de l'objet. Moi exprimant ma réticence face à ce que j'en avais vu: essentiellement que cette forme de lecture nous ramenait aux BD du début du siècle (j'y reviens plus bas)... Et posais la question: à quoi ca sert ? Lui défendait la chose, c'est bien normal, en tant qu'objet d'initiation, s'adressant à des gens n'y connaissant rien à l'informatique, effrayés par ces CDroms où il faut cliquer partout... et encore, quand on sait où il faut cliquer... et, à la limite, à des gens n'y connaissant rien en BD non plus...

Je veux bien... Reste à savoir si ce public existe... Je veux dire : les gens de ce profil iront-ils chercher un CDrom Bilal ou Manara? Peut-être oui, juste parce qu'ils sont célèbres... Le public sera peut-être surtout, bien entendu, les inconditionnels de Bilal ou de Manara, les fétichistes qui veulent tout avoir de leur idole et les amateurs d'art (ceux qui, déjà, préfèrent les sérigraphies aux albums) qui vont pouvoir, là, enfin, contempler les images une a une, sans être perturbés par ces graffitis bizarres placés dans des bulles ridicules qu'on appelle du texte et qui déparent la beauté des cases...

Je pense, pour ma part, que les vrais lecteurs de BD ne peuvent qu'être déçus ou frustrés, premièrement parcequ'ils connaissent vraisemblablement déjà ces BD, deuxièmenent parceque la lecture en CDrom n'apporte rien, mais au contraire, enlève quelque chose.

Pour voir ça de plus près, je me les suis fait offrir (ce que c'est que d'être de la maison...) J'ai d'abord consulté à fond le Manara, et ce parce que, contrairement aux trois Bilal, je ne connaissais pas l'album, "Gulliveriana" en l'occurrence. J'ai donc pu l'aborder avec un esprit vierge (hum...) Je ne peux pas dire que j'aie été déçu, parceque je n'en attendais rien d'extraordinaire. Je n'ai pas été ravi non plus.

La présentation des personnages par la voix de Manara lui-même et l'interview, tout cela est assez sympathique (le charme de l'accent...) sans présenter un intérêt transcendant... Les quelques esquisses du tome 2, c'est peu... Le gros morceau, c'est-à-dire la BD elle-même lue case par case, la main crispée sur la souris, elle-même calée sur la flêche "suite"... euh... Je ne me suis pas franchement ennuyé, non, puisque je découvrais l'histoire, mais j'ai eu le sentiment de régresser à une forme de lecture extrêmement infantile... Texte, image, clic, texte, image, clic... c'est lent, totalement linéaire, primaire, pour ne pas dire primitif... On se croirait devant un Sapeur Camembert, un Pieds Nickelés de Forton ou un Bécassine, avec le texte sous les cases. Et encore, là, on pouvait percevoir globalement plusieurs cases à la fois... On se retrouve donc très loin de l'aspect foisonnant - et déjà interactif - que peut avoir la lecture d'une BD papier, avec sa liberté de feuilletage, de retour en arrière rapide, ses passages instantanés d'une vue d'ensemble à un point de détail, ses parcours complexes de l'oeil et de l'attention au sein des pages et doubles pages, cette interpénétration constante, complexe aussi, du texte et de l'image, tout ce jeu de relation des images entre elles qui fait que la narration ne naît pas seulement de la succession linéaire d'images mais aussi de leur juxtaposition et de leurs interactions dans la surface, sans parler des jeux avec les sauts de page...

Bref, sur CD, c'est cent ans d'évolution de la BD niés en bloc... C'est un peu comme si on lisait les BD avec un cache ne permettant de voir qu'une case à la fois. On pourrait aussi comparer ça à un film parlant qu'on aurait transformé en film muet en coupant la bande-son et en rajoutant des "cartons" intercalaires... Ou encore un montage-diapos à un seul projecteur, non sonorisé... Franchement, je me suis senti bête, à lire ça comme ça... (Sans oublier la perte de confort: on ne peut pas consulter un CDrom couché sur un canapé en mangeant du chocolat, comme disait Wolinski au beau temps de Charlie mensuel)

Je me suis senti l'envie de son, aussi, ce qui ne m'arrive pas en lisant des BD. Avec en tête l'idée: tant qu'à se mettre dans une situation de lecture quasi-passive devant un écran, alors autant être carrément "au spectacle": les images pourraient défiler automatiquement au rythme d'une bande-son, dialogues enregistrés, bruitages, musique. Pas d'interactivité alors, certes, mais on accéderait au moins au stade du montage-diapos sonorisé... Et après tout, l'interactivité n'est pas forcément la seule vocation des supports multimédia. Ainsi, par exemple, on pourrait proposer sur un même CD les deux versions de la BD: soit le montage sonorisé rythmé automatiquement par la bande-son, soit le image-par-image où le lecteur resterait maître du rythme de défilement...

Autre idée: pour les curieux de la "cuisine" de l'auteur, on pourrait aussi proposer un CD qui montre la BD entière sous plusieurs formes, à divers stades de sa réalisation: le scénario écrit, le story-board, le crayonné, l'encrage noir et blanc, la couleur... Mais il faudrait déjà prévoir son coup à l'avance. Il faudrait aussi, tant qu'à faire, travailler un découpage par demi-pages, afin de pouvoir afficher en plein écran demi-page par demi-page, plutôt qu'une case par une case... Je parle, là encore, de choses simples, non-interactives... Mais je commence à imaginer ce qu'on pourrait faire dans ce domaine si, au lieu d'adapter, on créait spécialement une BD (une sorte de BD, plutôt) pour le CDrom, quitte à penser la chose parallèlement en version papier et en version disque. (Je parlais, plus haut, de l'amour du papier... mais imaginez l'allègement que représente une CD-thèque par rapport à une bibliothèque, quand vous déménagez!)

On en arrive ensuite, assez logiquement, à "Opération Teddy Bear".
Actuellement, j'y ai passé quelque chose comme 3/4 d'heure, je n'en ai pas vu la moitié, et je ne me suis pas ennuyé une minute. Soyons clair: le scénario n'a rien de génial, le dessin non plus et le découpage est souvent très mal foutu, avec des erreurs de sens de lecture flagrantes... M'étonne pas qu'il se soit fait jeter par les éditeurs... (Au départ, c'était un projet BD classique). Mais tout l'intérêt, là, vient de l'interactivité, de tous les petits jeux narratifs que l'on découvre au fur et à mesure: bulles que l'on fait apparaître ou disparaître, personnage que l'on glisse d'une case à l'autre pour continuer la lecture, animations surprenantes, etc...

Tout cela créant une nouvelle forme de lecture, ludique et qui donne un "plus" par rapport à la BD (je ne dis pas un "mieux", mais un "plus", ou un "autre chose", en tout cas pas un "moins"...) On peut voir ça comme du gadget, et, en partie, c'est vrai... Mais, pour intellectualiser un peu, on pourrait qualifier ça de "méta-BD", ou de "BD avec méta-lecture". On pourrait parler aussi de "mise en abyme", le média jouant avec lui-même, avec son propre support, un peu comme les BD de Marc-Antoine Mathieu ou certaines planches de Fred... Un autre intérêt est évidemment l'aspect documentaire... Je suis loin d'être un amateur de BD historique, (mais la guerre de 40, ça fait encore partie de notre vie, pas tout à fait encore de l'Histoire...) mais j'ai déjà appris des trucs, dans ce CD...

...

La trilogie Nikopol.
Depuis ces réflexions, je me suis penché de plus près sur les autres Digital Comics, en l'occurrence les Bilal.
Là, j'ai découvert que des zooms et des recadrages astucieux ont parfois été effectués, ceci, semble-t-il, pour diviser en deux images une case de dialogue comportant un grand nombre de répliques, et ainsi alléger la lecture. Ce qui m'amène à une nouvelle remarque critique concernant le parti-pris de suppression des bulles: bien des cases de "La Foire aux immortels" (comme dans toute BD) sont des cases de dialogues entre des personnages statiques et assez inexpressifs (les dieux aux visages animaux). Ce qui veut dire que, passé la découverte des décors, costumes et maquillages, ces images n'ont plus d'autre justification que de servir de support à des textes, à des dialogues. A partir du moment où ceux-ci sont off, le statisme, l'inexpressivité de la case s'impose et gêne. Aucun reproche à Bilal là-dedans... C'est le système même de lecture de la BD qui veut ça. Et il est clair que les images de Bilal - tout particulièrement les siennes - possèdent en elles-mêmes une richesse esthétique qui fait que, même muettes, elles présentent de l'intérêt. Mais, on l'aura compris, je me place ici essentiellement dans le domaine de la lecture, non dans celui de la contemplation, la BD étant pour moi avant tout une lecture - lecture incluant l'image, mais lecture.

Je remarque aussi quelques modifications tendant à éviter les doubles narrations en parallèle, c'est à dire à rendre la lecture plus linéaire... Il semble que ce soit une nécessité, liée au fait qu'on n'a qu'une image à la fois sous les yeux, bien sûr... Toujours pour les mêmes nécessités, des ajouts de récitatifs, parfois même de répliques, sans doute pour redonner du sens à une case de liaison qui, sans cela, isolée qu'elle se retrouve, ne serait pas assez signifiante... Ceci pour dire que le boulot a été réellement bien pensé et bien réalisé et que la nécessité de certaines adaptations a été bien perçue et bien réalisée, avec la collaboration de l'auteur, je suppose... J'ai finalement passé pas mal de temps à traquer toutes ces petites différences entre la BD papier et la version CD - un jeu comme un autre - pour les juger finalement justifiées dans le cadre CD, mais ne représentant en aucun cas une amélioration par rapport à l'oeuvre originale, juste une compensation des pertes.

Par contre, j'ai été souvent gêné par les changements de proportions relatives des cases: les grandes cases (les plus riches en texte) sont parfois rapetissées: nécessité d'avoir de la place à côté ou en dessous pour placer le texte. Les petites cases, par contre, sont souvent agrandies: des gros plans deviennent des très gros plans... prennent plus d'impact... mais il y a une unité graphique qui se perd un peu...

On pourrait parler aussi de la question des raccords, au sens cinématographique du terme. En effet, l'oeil du lecteur de BD fait son chemin de lui même d'une case à l'autre, l'auteur créant des raccords dans la surface pour aider l'oeil à faire ce parcours (sens de déplacement des personnages, lignes de force, placement des bulles, etc.) Au cinéma, par contre, le raccord d'un plan à l'autre se fait "dans la profondeur", un plan venant remplacer le précédent à l'intérieur du cadre inamovible de l'écran. Dans l'adaptation de la BD à l'écran, problème, évidemment: les cases sont toutes de formes et formats différents, il faut les faire entrer dans un écran à format fixe, et les cases ne sont pas prévues pour se succéder par superposition (sauf rares cas - intéressants), d'où des sautes constantes et désagréables du regard à chaque saut de case.

Les rares cas intéressants en question sont quand, dès le départ, dans la BD, il y a eu un effet de raccord cinéma de plans fixes. Dans "La Femme piège", planche 36: case 1, des enquéteurs interrogent un membre de l'équipage de la fusée Europa. Case suivante, on découvre la réalité sous l'apparence: c'est le même plan, les mêmes bulles avec les mêmes textes, mais 1°) la couleur est perturbée, 2°) le membre d'équipage en question est remplacé par Horus. Dans le CDrom, l'ordre des cases a été inversé et le texte réparti sur les deux écrans successifs, mais peu importe: ça fonctionne bien. Pour une fois, je dirais même que ça joue mieux que dans l'album puisque dès le départ, ça a été pensé comme un effet cinéma dont la traduction en BD ne pouvait être qu'un pis-aller, alors qu'il trouve, sur l'écran, son expression idéale... Et ça, ça donne des idées sur comment on pourrait travailler une narration du genre BD spécialement adaptée à l'écran...

 

Je termine donc sur cette remarque positive... À bientôt pour la suite de la rubrique "BD et multimédia". Tadaaam!...

J'avoue que, depuis, je me suis un peu désintéressé de la question... sans doute provisoirement... mais je n'ai pas plus de disponibilité pour naviguer dans des CDroms que sur la trame... (Qu'est-ce que je fous là, alors?... Et bien, produire, plutôt que consommer !)