LETTRES
OUVERTES
(DÉLITS
D'OPINION)
LETTRE OUVERTE
À CEUX QUI LA LIRONT
Chers
récipients
indisclosés (traduction approximative de
"undisclosed recipients")
Quand
j'ai créé mon site, j'ai posé la rubrique "Le Machin du jour" avec un
peu l'idée du blog :
mettre chaque jour "le truc qui me passe par la tête". Mais évidemment,
ce genre d'ambition n'a qu'un temps, trop lourd à gérer… et puis mon
site est quand même avant tout professionnel (quoique avec des
dérogations et
dérapages — mais contrôlés.)
Pourtant
je restais frustré de cette envie d'une expression directe, rapide, à
diffusion immédiate, sur des sujets
d'actualité. Quand je pleure devant les infos ("les restes du monde",
comme on dit au Groland), quand je reçois une info protestataire ou une
pétition "à transmettre à tous vos correspondants", et quelques autres
occasions non
répertoriées, comme des simples envies de déconnage en réaction à un
fait d'actualité, ou quand un travail de réflexion a mûri et demande à
sortir.
Je pourrais faire
un blog, donc, mais en en visitant quelques uns, j'ai
eu souvent l'impression de trucs vides, purement nombrilistes et que
les visiteurs de ces blogs étaient essentiellement eux-mêmes des
blogueurs et donc que ça tournait un peu en rond…Je ne tiens pas du
tout à me retrouver avec une sorte de "forum-café du commerce" sur les
bras.
Faire une lettre
ouverte adressée à tout mon carnet d'adresse, comme je le fais de temps
en temps à l'occasion d'une annonce d'importance internationale, comme
l'actualisation de mon site
ou mon dernier bouquin sorti? Le problème, c'est que j'ai 400 adresses
ou plus, souvent strictement professionnelles, souvent spamées dans
d'autres courriers, ou récupérées de gens qui ont juste
laissé un mot sur mon site en passant. Je ne tiens pas à importuner
tout ce monde-là chaque fois que j'ai un état de
travers ou un pet d'âme. Sans compter que ça prend du temps et que ça
suscite pas mal de courrier automatique en retour, du type "n'habite
pas à l'adresse" ou "mailbox quota exceeded".
Donc,
je me suis
contenté tout d'abord de sélectionner
dans mon carnet d'adresses e-mail une petite liste de correspondants a
priori "importunables" avec ce genre de choses…
Et
puis, dans un second temps,
je me suis dit que tout ça
pourrait être archivé sur mon site au fur et
à
mesure, mis à disposition de qui veut.
C'est
parti, donc.
Pour
les nouveaux venus,
j'ajoute qu'une mailing-list spéciale
vous permet de vous inscrire (et de vous désinscrire)
librement
et de recevoir ainsi ces LETTRES OUVERTES chez vous par e-mail, chaque
fois que ça me pète et jusqu'à ce que
vous en ayez
marre.
Signez
là!
J'ajoute
encore que vous
êtes libres de rediffuser de votre
côté mes envois – c'est même
fait pour
ça! (Certains sont d'ailleurs déjà des
rediffusions, ce qui fait que certains d'entre vous verront revenir
vers eux des trucs qu'ils avaient eux-même
diffusés… mais c'est le principe du
réseau, et la
commande "destroy" n'est jamais bien loin sous la souris.)
Peut-être
que ça
aussi, ça n'aura qu'un temps, mais
en attendant, je m'amuse bien.
Les archives des Lettres Ouvertes sont accessibles par les
liens suivants :
n°001
à 010,
n°011
à 020,
n°021
à 030,
n°031
à 040,
n°041
à 050,
n°051
à 060,
n°061
à 070,
n°071
à 080,
n°081
à 090,
n°091 à 100,
n°101
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n°111
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n°121
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n°151
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n°181
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n°201
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n°211
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n°221
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n°231
à 240,
n°241
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n°251
à 260,
n°261
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n°271
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n°281
à 290,
n°291
à 300,
n°301
à 310,
n°311
à 320,
n°321
à 330,
n°331
à 340,
n°341
à 350.
LO N° 353 (21 01 10)
ZOMBIES...
HAÏTI, ça fait très mal.
"Se sou chen mèg yo wè
pis" =
"Seul le chien maigre
est accusé d'avoir des puces"
On entend des tas de bêtises : L'énigme d'un séisme… l'injustice de la
nature… le séisme aveugle…
qu'est ce qu'on a fait au bon dieu pour mériter ça…? Haïti île maudite…
paye pour avoir exercé
trop tôt son besoin de liberté…
« Dieu, qu’ont-ils fait
de mal pour que tu les martyrises, ces enfants mal-aimés, sacrifiés,
orphelins ? Ils chérissaient ton nom, vénéraient tes églises. Ils
n’avaient pas grand-chose.
A présent, ils n’ont plus rien » (Aznavour)
Pourquoi, mon Dieu, pourquoi ? Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu pour
que……… Gna gna gna…
Dieu, le Diable, le bien, le mal, la souffrance des innocents. Une
punition de Dieu, bien sûr, à moins
que le Diable s'en soit mêlé. Le télévangéliste Pat Robertson déclare
sans rire que les esclaves haïtiens
ayant conclu jadis un pacte avec le Diable, le peuple en paye le prix
aujourd'hui. Au lendemain du 11
septembre, et à la suite de Katrina, le même télévangéliste était
d'avis que les attentats tenaient au fait
que « les Américains approuvent l'avortement, l'homosexualité et la
séparation de l'Église et de l'État ».
Punition. Malédiction. Sacrifice ! Les dieux veulent du sang, depuis
toujours ! Mais d'où vient cette
notion putride de sacrifice ? Une épreuve envoyée par Dieu ? Que dire à
ça, sinon : CONNARD !
Bon tout le monde n'est pas mort, hein ?! Sinon, ça serait de la
non-assistance à humanité en danger.
C'est bien la preuve que Dieu est avec nous. Halleluyah ! Il y aurait
pu en plus y avoir un tsunami,
un cyclone, une épidémie de grippe A, une invasion de sauterelles, une
grève de métro, un furoncle
sur le nez d'Obama…
Un prêtre catholique d’origine haïtienne: «
Imaginons un peu, dit-il, si
c’était arrivé par exemple
à 5 heures du matin, les résultats seraient plus catastrophiques. Dans
tout ça, on voit, malgré
tout, la main de Dieu. Dieu a vraiment un amour spécial pour ce peuple.
»
CONNARD !
On pourrait arrêter de parler de "miracle" chaque fois qu'on sort un
vivant des décombres ?
Il n'y a pas de miracles. Il y a certaines capacités de survie de
l'être humain auxquelles on ne
s'attendait pas, et l'obstination enragée des sauveteurs humains, c'est
tout.
Ni prier ni piller : manger.
Les secours continuent d'arriver. Et les secousses.
Largage d'urgence. Vaut-il mieux assurer comme ça l'urgence, avec
bagarres à la clé.
Ou dire aux gens : attendez encore 8 jours, qu'on ait débarqué, dressé
des centres de distribution,
organisé les files d'attente ?
Même question pour la médecine et la chirurgie, comme à la guerre : on
ne s'acharne pas sur les
plus grands blessés, dont on sait que de toute façon ils sont foutus.
Les USA aux premières loges, c'est normal : ils sont les plus proches
et ils ont de gros moyens,
malgré la crise. Solidarité géographique. Ils ont aussi à se refaire
une santé compassionnelle,
une refondation morale. Rédimer Katrina. Et le reste, les guerre, Irak,
Afghanistan : montrer qu'ils
savent faire autre chose, déployer la même puissance, la même
technicité pour le bien. Et puis
quelque chose comme une solidarité noire, obamesque.
Après, bon, qu'ils débarquent avec leurs gros rangers, les armes et
tout et qu'ils donnent
l'impression de vouloir avant tout maintenir l'ordre, c'est dans
l'ordre des choses.
On est les Américains, on est les héros, les plus forts, on débarque,
poussez-vous.
On n'attend plus que des drones capables d'envoyer une bouteille d'eau
directement
dans la main d'un Haïtien isolé…
Ils vivaient dans des taudis ? Pas forcément. Beaucoup de béton
(mauvais béton, sans doute).
Le bâtiment de l'ONU (la "mission de stabilisation"!) a
particulièrement morflé. A étages
comme un HLM et sans normes sismiques. (On savait pas que la région est
sur une faille ???)
Ici, les vivants cohabitent avec les morts. Mais ça a toujours été le
cas ! On espérait la disparition
d'une bonne centaine de mille d'humains de la surface du monde, ça
serait déjà ça, mais en Haïti,
ils ont un truc, le vaudou, pour faire revenir les morts sous forme de
zombies, esclaves décervelés
qui vont tout reconstruire ! Une ville de tombes en béton !
Le Shark : « On va reconstruire. J'appelle tout de suite mon ami
Bouyghes. »
Avec ça, le festival Étonnants Voyageurs rayé de la carte. Mais que
n'est-il resté à St Malo ?!
On apprend des mots d'Anglais : havoc = ravages.
On a parlé de réfugiés politiques ; on commence à parler de réfugiés
climatiques ; mais il va falloir
élargir le champ : partout des réfugiés catastrophiques. Les
catastrophes incluant politique, guerres,
climat, tsunamis, séismes, épidémies.
Pendant ce temps, en France, neige, verglas, pluie, les pavés sont
glissants, on déplore des cols
du fémur et des Alix enfin orphelins.
Et les bonus toujours sont mirobolants.
••••••••••
Pour d'autres considérations sur Haïti, on peut se reporter à mes LO du
temps de Katrina
(44, 46, 47, 49) et d'autres évoquant plus généralement la question des
épidémies
(grippe aviaire, à l'époque) et des prétendus risques d'épidémies liées
aux catastrophes. (57, 58)
LO N° 352 (17 janvier 2010)
JANCO
Jean-Marc JANCOVICI
Quelques citations fraîches. Les (( )) sont de moi. Les soulignages
aussi.
••••••••••
AVANT COPENHAGUE
http://www.manicore.com/documentation/articles/entretiens/FNSEA.html
# Un problème est que les électeurs voudraient que le réchauffement
climatique soit évacué sans
que l'on ne leur demande trop de concessions comme consommateurs. Or
pour parvenir à un
accord équitable et significatif, il faudrait que le bilan carbone d'un
français soit divisé par 10
d'ici à 2050. ((Et moi qui parlais d'un quart d'ici 2020 !))
# Les émissions de gaz à effet de serre (GES) vont baisser quand même,
car elles sont pour
l’essentiel occasionnées par l'utilisation du gaz, du pétrole et du
charbon, qui sont des ressources
épuisables.
((En cours d'épuisement, même.))
# Selon l'Institut français du pétrole, les contraintes sur la
production conduiront à un nouveau
choc pétrolier d’ici 3 ou 4 ans. Pour le gaz, le pic avant le déclin
est prévu dans 10 ans environ,
et pour le charbon ce sera dans 50 ans tout au plus.
# Les limites de stock (sur les combustibles) nous imposeront de
changer, mais idéalement cela
doit se faire dans des conditions sociales et humaines acceptables.
# Il faut comprendre que l'on a mangé notre pain blanc et
il n'y a plus de sortie
facile.
Il faut donc choisir entre « un peu mal » tout de suite – mais avec
beaucoup de projets
possibles – ou « beaucoup mal » dans un contexte de chaos, juste un peu
plus tard.
# 5 degrés en un siècle pour la planète, cela se terminera en bain de
sang.
# Concernant Claude Allègre,
ce que j’ai lu de lui contient une
densité d’âneries par page imprimée
qui est proprement stupéfiante pour quelqu’un supposé avoir un doctorat
en physique. ((J))
# Agriculture : L'avantage compétitif lié à la spécialisation des
territoires ne va probablement
pas durer très longtemps. Entre autres, les transports seront de moins
en moins accessibles
dans un monde à l'énergie contrainte. L'agriculture [aura alors besoin]
de plus d'emplois
pour favoriser la polyculture et la transformation dans des zones
géographiquement plus
circonscrites.
Une bonne partie des exploitations agricoles, notamment
les petites, ont tout intérêt
à anticiper ce mouvement pour mieux passer les difficultés à venir. Le
problème pour eux se situe
plus au niveau des débouchés que des coûts ; il leur faut « tordre le
cou » à la grande distribution
en maîtrisant des circuits de proximité […]
# A lire : Le dernier livre de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, "
C'est maintenant"
(Editions du Seuil), pour bien comprendre l'ensemble de la
problématique avec un ton
humoristique et néanmoins pédagogique. Indispensable pour ne plus dire
de bêtises sur
le changement climatique.
••••••••••
PENDANT COPENHAGUE
http://www.manicore.com/documentation/articles/entretiens/chat_metro.html
# Au départ, il s’agit de se mettre d'accord sur la manière de parvenir
à remplir l'objectif
de la convention climat, qui dit qu’il faut « arrêter la croissance des
gaz à effet de serre
dans l'atmosphère avant que cela ne devienne dangereux pour les hommes
».
En pratique
les négociateurs ont fini par dire que cela signifiait ne pas avoir
plus de 450 millionièmes
de CO
2 dans l'air (nous sommes à 390, en gros).
Personne n'a revu cela à la baisse…
((Mais)) pendant la COP, un chercheur australien de l'université du
Queensland est venu
expliquer […] en marge des négociations qu'à 450 millionièmes de CO
2
dans l'air, tous les
coraux seraient probablement morts en 2050. Un des plus grands
spécialistes de la NASA
(James Hansen) considère qu'il faut même redescendre à 350 !
((Ce qui
confirme la démarche
des groupes activistes du même nom dont j'ai déjà parlé : 350)). Mais
arriver à implémenter
physiquement ces objectifs en quelques années supposerait
une augmentation
tellement rapide
du prix de
l'énergie que les électeurs des pays industrialisés descendraient dans
la rue.
# On ne peut pas se mettre d'accord à 192, et par ailleurs quand on
rentre dans le dur,
l'angélisme ne résiste pas souvent à l'épreuve des faits (quel Français
est prêt à donner la
moitié de ce qu'il gagne pour assurer la "convergence" avec les pays
moins industrialisés ?)
((Et moi qui parlais de un quart – bis !!!))
#
Entre 1,5° et 2°C de
hausse, combien de morts ?
— Intéressante question.... Il faut commencer par définir ce que l'on
appelle un mort, ça peut
paraître sordide, mais c'est comme ça. Est-ce quelqu'un à qui l’on a
enlevé 6 mois d'espérance
de vie comme en 2003 ((la canicule)) ? Ou un mort est-il quelqu'un a
qui on a enlevé 40 ans
d'espérance ?
Et ce sont des morts en 2010 ou en 2080 ?
En outre, dans
un monde qui va
connaître à la fois un changement climatique, une raréfaction de
l'énergie "facile" (pétrole et gaz)
qui permet justement de s'adapter aux changements un peu amples, une
érosion de certaines
ressources en parallèle (réserves d'eau, sols...), comment attribuer à
une cause en particulier ce
qui se passe ?
Bref, ce calcul est tout sauf évident (c'est pareil pour
les réfugiés climatiques :
amusez vous à essayer d'en trouver une définition précise, ce n'est pas
facile !) Disons que,
déjà à ce niveau, on va beaucoup trop ajouter à l'instabilité du monde
par rapport à ce que
nous connaissons actuellement, et après, savoir combien de guerres,
famines et maladies ça
va déclencher devient un exercice de science-fiction.
Pour finir, je
dirais que, à quelques degrés
de hausse de la température planétaire en un siècle, il n'est pas
exagéré de dire que nous jouons
avec l'espérance de vie ou le confort de vie de quelques milliards
d'hommes, mais en dire plus
serait imprudent.
Cette
conclusion est déjà suffisante pour nous faire accepter de payer pour
que ça n'arrive
pas.
# [Je ne suis] pas fondamentalement pessimiste. ((Heureusement qu'il le
dit…)) Encore une fois,
une partie de l'affaire est gagnée rien que parce que le sujet devient
un élément des agendas
présidentiels, et ce malgré la crise économique que nous vivons (ou
peut-être même à cause de,
parce que le lien commence peut-être à être fait entre les problèmes de
ressources physiques
– le pétrole sur les 8 dernières années – et l'économie).
# Il ne suffit pas de dire, après il faut faire.
••••••••••
APRÈS COPENHAGUE
[…] Qu’est-ce qu’aurait été un succès, et où commence l’échec ? […]
Le succès aurait-il été l’élaboration d’un texte aussi bien ficelé que
Kyoto… sur lequel la moitié
des signataires auraient ensuite quand même pu s’asseoir sans autre
forme de procès ? [Les pays
qui soit ne l'ont pas ratifié, soit n'ont pas respecté leurs
engagements] n’en ont subi aucune mise
à l’index sur le plan commercial ou politique, ni aucun inconvénient de
court terme particulier.
En quoi un nouvel accord « juridiquement contraignant » […] aurait-il
eu une efficacité garantie […]
si les chiffres qu’il contenait étaient
irréalistes au regard
des possibilités qu’ont les dirigeants de ce
monde à forcer
les consommateurs et les producteurs, c’est-à-dire nous, à réduire les
émissions
à la bonne
vitesse ?
Car Copenhague c’était cela, au fond :
la confrontation de nos
désirs de citoyens et de nos désirs
de consommateurs,
la
bataille
entre notre soif de jouissance immédiate sans limites et la triste
finitude de
notre planète.
Or dans les démocraties, si le consommateur est contre l’effort qui
rend possible la baisse
volontaire des émissions (taxes, quotas, normes, obligations….),
le
traité peut être mis
directement à la
poubelle, et prévoir des chiffres précis et une
ratification solennelle en
séance plénière n’y change pas grand-chose.
Ne pas vouloir la baisse sera bien sûr seulement la subir : c’est alors
la finitude du monde
(à commencer par le pic de production du pétrole et du gaz,
l’un
en cours, l’autre proche)
qui s’en chargera […]
Déconsommer volontairement, ou déconsommer à cause des crises ? Ce
choix n’est pas un
choix de fonctionnaire ou de ministre, c’est un choix de peuples, donc
de présidents. Et la
bonne nouvelle de Copenhague, c’est qu’enfin la discussion se passe au
bon niveau. Que les
grands de ce monde aient passé une nuit blanche, enfermés ensemble dans
une pièce, à mouiller
la chemise pour rédiger un texte en commun est même une excellente
nouvelle, car de mémoire de
diplomate jamais 28 présidents n’ont procédé de la sorte pour discuter
d’un accord international.
Comment ne pas espérer que cet épisode va durablement impacter ce qui
se passera désormais ?
((Moi, j'en doute, mais je prends bonne note de cette positivité.))
Par contre, […] en 24 heures, la realpolitik crue a balayé les
pratiques préexistantes, envoyant
bouler de fait fonctionnaires et ONG, et nous nous sommes retrouvés au
G20, c’est-à-dire
dans une configuration où les puissants de la planète cherchent à
établir seuls des règles du
jeu en l’espace de quelques jours, sans faire dans le détail, […] et
sans s’encombrer de la
signature d’un traité.
Cette évolution a un double avantage incontestable : le premier est que
les fonctionnaires de la
négociation (qui est permanente […]) ont désormais un mandat politique
clair et partagé sur
l’ordre de grandeur de ce qu’il faut négocier dans les détails, alors
que ce n’était pas du tout le
cas jusqu’ici. […] Le deuxième, c’est que les déclarations
faites par les présidents à l’occasion
de cette conférence rendent un peu plus probable la mise en place de
règles domestiques,
les seules qui
comptent tant que les traités non respectés ne signifient ni amendes ni
invasions
militaires.
L’avenir du monde dépend un peu plus des subventions à l’énergie en
Chine et aux
USA que de la signature d’un traité […] déclaration d’intention….
Juger Copenhague à la seule lumière d’une analyse ligne à ligne du
texte signé serait donc une
erreur […] L’accord de Copenhague […] ne peut pas être dissocié du
contexte dans lequel
il prend place.
Un exemple parmi d’autres : quand Barack Obama explique que l’accord
est bon pour la
sécurité énergétique des USA, il dit implicitement qu’il va mettre les
bouchées doubles pour
limiter les émissions de CO
2, car 40% de la
consommation d’énergie américaine est liée au pétrole,
dont la production mondiale est désormais au maximum, et va baisser
d’ici 5 à 15 ans. ((Hum,
les USA sont aussi de gros consommateurs de charbon – qu'ils produisent
at home…))
Quand le document final parle d’une commission qui doit réfléchir à la
mise en place de « source
alternatives de financement » pour dégager des fonds, il faut peut-être
comprendre, entre les lignes,
que l’avènement d’une taxe Tobin souhaitée par la Grande Bretagne et la
France n’est plus
impossible : qui l’aurait cru il y a seulement un an ? ((Que la
commission ne réfléchisse pas trop
longtemps, quand même…))
L’histoire – et probablement une histoire assez proche – dira si nous
venons de vivre la fin des
haricots ou si, tout au contraire, nous venons d’enclencher
l’accélération du passage à l’action.
Et, d’une certaine manière, c’est à nous, acteurs économiques et
consommateurs, de se
manifester pour que les mois qui viennent permettent de garder le
meilleur et d’éviter le pire.
Plus que jamais, dire haut et fort à nos dirigeants que nous avons
compris que nous étions à
l’heure du passage à l’action, que cela était le sens de l’histoire, et
que nous étions prêts à
prendre notre part à l’effort, est crucial. #
••••••••••
Alors échec ou juste temps perdu ? Je trouve Janco plutôt réaliste
quand il parle de «
la
confrontation de nos
désirs de citoyens et de nos désirs de consommateurs, la bataille
entre notre
soif de jouissance immédiate sans limites et la triste finitude de
notre planète.
Or dans les
démocraties, si le consommateur est contre l’effort qui rend possible la
baisse volontaire des
émissions, le traité peut être mis directement à la poubelle […]
Arriver à implémenter physiquement
ces objectifs en quelques années supposerait
une augmentation tellement rapide du prix de l'énergie que
les électeurs des pays
industrialisés descendraient dans la rue. »
La bataille individuelle et collective est bien là : entre nos désirs
de citoyens maintenant avertis et
conscients et nos désirs de consommateurs abrutis, qui ne sont pas "les
autres", mais tout aussi
bien
nous.
Il vaudrait mieux prendre ça en compte
vite. Plus
on tarde, plus ce sera dur – et cher.
« Rendez-vous dans un an à Mexico. »
Bon, il y aura d'abord une nouvelle réunion à Bonn…
Mais chaque mois compte.
LO N° 351 (14/01/10)
OXYMORES
Ce soir, débâcle à la télé. Boycottons F2, un "A vous de juger"
réunissant Eric Besson et
Marine Le Pen !
On peut préférer "L'inspecteur Harry tue tout le monde" sur la 3 ou "In
ze moule for love" sur Arte.
Ou encore, pour ceux qui ont la TNT (Boum !), "La grande
vadrouille
librairie",
avec James Ellroy sur la 5, ou "Poulpe Friction" sur W9.
••••••••••
On me dit parfois que je
fais trop de l'humour noir, ou cynique.
Mais ce matin Eric Besson annonce qu'il suspend les expulsions vers
Haïti.
J'aurais pas osé.
••••••••••
Quand on mise tout sur l'avion et que la tour de contrôle est en panne,
on est dans la merde.
Quand les maisons sont en béton, les gens sont écrabouillés, et, pour
dégager, il faut des
bulldozers, des pelles mécaniques.
Quand les maisons sont en bois, les gens sont moins écrasés, et on peut
dégager à la main.
Quand on n'entasse pas deux millions de personnes dans une ville (dont
60% de chômeurs),
ça fait moins de morts. (Rousseau le disait déjà à propos du
tremblement de terre de
Lisbonne le 1er novembre 1755.)
Etc.
••••••••••
La grippe A a remporté un franc succès au box office grâce aux efforts
conjugués de Roselyne B,
notre boute-en-train nationale, de l'OMS et des labos.
Mais peut-être va-t-on enfin savoir la vérité sur les dessous pas
propres de cette affaire…
# Ex-membre du SPD,
Wolfgang Wodarg est médecin et épidémiologiste. Il a obtenu à
l’unanimité des membres de la commission santé du Conseil de l’Europe
une commission
d’enquête sur le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion de la
grippe A
par l’OMS et les états. # Lire la suite ici :
http://www.humanite.fr/2010-01-07_Societe_Grippe-A-(...)-depute-Wodarg
Et pour en savoir encore plus, faites une recherche google sur ce
Wolfgang Wodarg…
« Roselyne Bachelot est
à la santé publique ce que BHL est à la philosophie. »
(Dr Dominique Dupagne)
De toute façon, c'est bon : la grippe A est descendue au dessous du
seuil épidémique
(et la vaccination n'y est pour rien).
Heureusement, la gastro est là, fidèle.
••••••••••
La délinquance a baissé, mais les violences physiques ont augmenté.
La reprise économique est annoncée, mais le chômage augmente.
Le problème des vaches folles, ce n'est pas la folie, c'est les vaches.
(Le trop de –).
Le problème du maïs OGM, c'est pas l'OGM, c'est le maïs. (Le trop de –).
Le problème de l'énergie nucléaire, ce n'est pas le nucléaire, c'est
l'énergie. (Le trop de –).
Le problème de la grippe porcine, ce n'est pas la grippe, c'est les
porcs. (Le trop de –).
(À moins que ce soit l'OMS…? À moins que ce soit Roselyne
B.…? À moins que ce
soit les labos…? À moins que ce soit l'institut Pasteur…? Encore un
mythe à abattre ?)
Le climat fait des progrès : il respecte les prévisions de Météo-France.
••••••••••
Tout ça pour dire que oui, décidément, nous vivons dans la société de
l'oxymore.
••••••••••