LETTRES OUVERTES
(DÉLITS D'OPINION)


LETTRE OUVERTE À CEUX QUI LA LIRONT

Chers récipients indisclosés (traduction approximative de "undisclosed recipients")
Quand j'ai créé mon site, j'ai posé la rubrique "Le Machin du jour" avec un peu l'idée du blog : mettre chaque jour "le truc qui me passe par la tête". Mais évidemment, ce genre d'ambition n'a qu'un temps, trop lourd à gérer… et puis mon site est quand même avant tout professionnel (quoique avec des dérogations et dérapages — mais contrôlés.)
Pourtant je restais frustré de cette envie d'une expression directe, rapide, à diffusion immédiate, sur des sujets d'actualité. Quand je pleure devant les infos ("les restes du monde", comme on dit au Groland), quand je reçois une info protestataire ou une pétition "à transmettre à tous vos correspondants", et quelques autres occasions non répertoriées, comme des simples envies de déconnage en réaction à un fait d'actualité, ou quand un travail de réflexion a mûri et demande à sortir.
Je pourrais faire un blog, donc, mais en en visitant quelques uns, j'ai eu souvent l'impression de trucs vides, purement nombrilistes et que les visiteurs de ces blogs étaient essentiellement eux-mêmes des blogueurs et donc que ça tournait un peu en rond…Je ne tiens pas du tout à me retrouver avec une sorte de "forum-café du commerce" sur les bras.
Faire une lettre ouverte adressée à tout mon carnet d'adresse, comme je le fais de temps en temps à l'occasion d'une annonce d'importance internationale, comme l'actualisation de mon site ou mon dernier bouquin sorti? Le problème, c'est que j'ai 400 adresses ou plus, souvent strictement professionnelles, souvent spamées dans d'autres courriers, ou récupérées de gens qui ont juste laissé un mot sur mon site en passant. Je ne tiens pas à importuner tout ce monde-là chaque fois que j'ai un état de travers ou un pet d'âme. Sans compter que ça prend du temps et que ça suscite pas mal de courrier automatique en retour, du type "n'habite pas à l'adresse" ou "mailbox quota exceeded".
Donc, je me suis contenté tout d'abord de sélectionner dans mon carnet d'adresses e-mail une petite liste de correspondants a priori "importunables" avec ce genre de choses…
Et puis, dans un second temps, je me suis dit que tout ça pourrait être archivé sur mon site au fur et à mesure, mis à disposition de qui veut.
C'est parti, donc.

Pour les nouveaux venus, j'ajoute qu'une mailing-list spéciale vous permet de vous inscrire (et de vous désinscrire) librement et de recevoir ainsi ces LETTRES OUVERTES chez vous par e-mail, chaque fois que ça me pète et jusqu'à ce que vous en ayez marre.
Signez là!

J'ajoute encore que vous êtes libres de rediffuser de votre côté mes envois – c'est même fait pour ça! (Certains sont d'ailleurs déjà des rediffusions, ce qui fait que certains d'entre vous verront revenir vers eux des trucs qu'ils avaient eux-même diffusés… mais c'est le principe du réseau, et la commande "destroy" n'est jamais bien loin sous la souris.)
Peut-être que ça aussi, ça n'aura qu'un temps, mais en attendant, je m'amuse bien.


Les archives des Lettres Ouvertes sont accessibles par les liens suivants :
n°001 à 010n°011 à 020n°021 à 030n°031 à 040n°041 à 050, n°051 à 060,
n°061 à 070
, n°071 à 080n°081 à 090n°091 à 100, n°101 à 110n°111 à 120,
n°121 à 130n°131 à 140, n°141 à 150n°151 à 160n°161 à 170n°171 à 180,
n°181 à 190, n°191 à 200, n°201 à 210, n°211 à 220n°221 à 230n°231 à 240,
n°241 à 250n°251 à 260n°261 à 270n°271 à 280n°281 à 290, n°291 à 300,
n°301 à 310, n°311 à 320, n°321 à 330, n°331 à 340, n°341 à 350.


LO N° 353 (21 01 10)


ZOMBIES...

HAÏTI, ça fait très mal.

"Se sou chen mèg yo wè pis" =
"Seul le chien maigre est accusé d'avoir des puces"

On entend des tas de bêtises : L'énigme d'un séisme… l'injustice de la nature… le séisme aveugle…
qu'est ce qu'on a fait au bon dieu pour mériter ça…? Haïti île maudite… paye pour avoir exercé
trop tôt son besoin de liberté…
« Dieu, qu’ont-ils fait de mal pour que tu les martyrises, ces enfants mal-aimés, sacrifiés,
orphelins ? Ils chérissaient ton nom, vénéraient tes églises. Ils n’avaient pas grand-chose.
A présent, ils n’ont plus rien »
(Aznavour)
Pourquoi, mon Dieu, pourquoi ? Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu pour que……… Gna gna gna…
Dieu, le Diable, le bien, le mal, la souffrance des innocents. Une punition de Dieu, bien sûr, à moins
que le Diable s'en soit mêlé. Le télévangéliste Pat Robertson déclare sans rire que les esclaves haïtiens
ayant conclu jadis un pacte avec le Diable, le peuple en paye le prix aujourd'hui. Au lendemain du 11
septembre, et à la suite de Katrina, le même télévangéliste était d'avis que les attentats tenaient au fait
que « les Américains approuvent l'avortement, l'homosexualité et la séparation de l'Église et de l'État ». 
Punition. Malédiction. Sacrifice ! Les dieux veulent du sang, depuis toujours ! Mais d'où vient cette
notion putride de sacrifice ? Une épreuve envoyée par Dieu ? Que dire à ça, sinon : CONNARD !

Bon tout le monde n'est pas mort, hein ?! Sinon, ça serait de la non-assistance à humanité en danger.
C'est bien la preuve que Dieu est avec nous. Halleluyah ! Il y aurait pu en plus y avoir un tsunami,
un cyclone, une épidémie de grippe A, une invasion de sauterelles, une grève de métro, un furoncle
sur le nez d'Obama…
Un prêtre catholique d’origine haïtienne: « Imaginons un peu, dit-il, si c’était arrivé par exemple
à 5 heures du matin, les résultats seraient plus catastrophiques. Dans tout ça, on voit, malgré
tout, la main de Dieu. Dieu a vraiment un amour spécial pour ce peuple.
»
CONNARD !

On pourrait arrêter de parler de "miracle" chaque fois qu'on sort un vivant des décombres ?
Il n'y a pas de miracles. Il y a certaines capacités de survie de l'être humain auxquelles on ne
s'attendait pas, et l'obstination enragée des sauveteurs humains, c'est tout.

Ni prier ni piller : manger.

LO N°353 - Largage d'urgence

Les secours continuent d'arriver. Et les secousses.
Largage d'urgence. Vaut-il mieux assurer comme ça l'urgence, avec bagarres à la clé.
Ou dire aux gens : attendez encore 8 jours, qu'on ait débarqué, dressé des centres de distribution,
organisé les files d'attente ?
Même question pour la médecine et la chirurgie, comme à la guerre : on ne s'acharne pas sur les
plus grands blessés, dont on sait que de toute façon ils sont foutus.
Les USA aux premières loges, c'est normal : ils sont les plus proches et ils ont de gros moyens,
malgré la crise. Solidarité géographique. Ils ont aussi à se refaire une santé compassionnelle,
une refondation morale. Rédimer Katrina. Et le reste, les guerre, Irak, Afghanistan : montrer qu'ils
savent faire autre chose, déployer la même puissance, la même technicité pour le bien. Et puis
quelque chose comme une solidarité noire, obamesque.
Après, bon, qu'ils débarquent avec leurs gros rangers, les armes et tout et qu'ils donnent
l'impression de vouloir avant tout maintenir l'ordre, c'est dans l'ordre des choses.
On est les Américains, on est les héros, les plus forts, on débarque, poussez-vous.
On n'attend plus que des drones capables d'envoyer une bouteille d'eau directement
dans la main d'un Haïtien isolé…

Ils vivaient dans des taudis ? Pas forcément. Beaucoup de béton (mauvais béton, sans doute).
Le bâtiment de l'ONU (la "mission de stabilisation"!) a particulièrement morflé. A étages
comme un HLM et sans normes sismiques. (On savait pas que la région est sur une faille ???)

LO N)353 - Zombies

Ici, les vivants cohabitent avec les morts. Mais ça a toujours été le cas ! On espérait la disparition
d'une bonne centaine de mille d'humains de la surface du monde, ça serait déjà ça, mais en Haïti,
ils ont un truc, le vaudou, pour faire revenir les morts sous forme de zombies, esclaves décervelés
qui vont tout reconstruire ! Une ville de tombes en béton !

Le Shark : « On va reconstruire. J'appelle tout de suite mon ami Bouyghes. »

Avec ça, le festival Étonnants Voyageurs rayé de la carte. Mais que n'est-il resté à St Malo ?!

On apprend des mots d'Anglais : havoc = ravages.

On a parlé de réfugiés politiques ; on commence à parler de réfugiés climatiques ; mais il va falloir
élargir le champ : partout des réfugiés catastrophiques. Les catastrophes incluant politique, guerres,
climat, tsunamis, séismes, épidémies.

Pendant ce temps, en France, neige, verglas, pluie, les pavés sont glissants, on déplore des cols
du fémur et des Alix enfin orphelins.

Et les bonus toujours sont mirobolants.
••••••••••

Pour d'autres considérations sur Haïti, on peut se reporter à mes LO du temps de Katrina
(44, 46, 47, 49) et d'autres évoquant plus généralement la question des épidémies
(grippe aviaire, à l'époque) et des prétendus risques d'épidémies liées aux catastrophes. (57, 58)



LO N° 352 (17 janvier 2010)


JANCO

Jean-Marc JANCOVICI
Quelques citations fraîches. Les (( )) sont de moi. Les soulignages aussi.
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AVANT COPENHAGUE
http://www.manicore.com/documentation/articles/entretiens/FNSEA.html
# Un problème est que les électeurs voudraient que le réchauffement climatique soit évacué sans
que l'on ne leur demande trop de concessions comme consommateurs. Or pour parvenir à un
accord équitable et significatif, il faudrait que le bilan carbone d'un français soit divisé par 10
d'ici à 2050. ((Et moi qui parlais d'un quart d'ici 2020 !))
# Les émissions de gaz à effet de serre (GES) vont baisser quand même, car elles sont pour
l’essentiel occasionnées par l'utilisation du gaz, du pétrole et du charbon, qui sont des ressources
épuisables. ((En cours d'épuisement, même.))
# Selon l'Institut français du pétrole, les contraintes sur la production conduiront à un nouveau
choc pétrolier d’ici 3 ou 4 ans. Pour le gaz, le pic avant le déclin est prévu dans 10 ans environ,
et pour le charbon ce sera dans 50 ans tout au plus.
# Les limites de stock (sur les combustibles) nous imposeront de changer, mais idéalement cela
doit se faire dans des conditions sociales et humaines acceptables.
# Il faut comprendre que l'on a mangé notre pain blanc et il n'y a plus de sortie facile.
Il faut donc choisir entre « un peu mal » tout de suite – mais avec beaucoup de projets
possibles – ou « beaucoup mal » dans un contexte de chaos, juste un peu plus tard.
# 5 degrés en un siècle pour la planète, cela se terminera en bain de sang.
# Concernant Claude Allègre, ce que j’ai lu de lui contient une densité d’âneries par page imprimée
qui est proprement stupéfiante pour quelqu’un supposé avoir un doctorat en physique. ((J))
# Agriculture : L'avantage compétitif lié à la spécialisation des territoires ne va probablement
pas durer très longtemps. Entre autres, les transports seront de moins en moins accessibles
dans un monde à l'énergie contrainte. L'agriculture [aura alors besoin] de plus d'emplois
pour favoriser la polyculture et la transformation dans des zones géographiquement plus
circonscrites. 
Une bonne partie des exploitations agricoles, notamment les petites, ont tout intérêt
à anticiper ce mouvement pour mieux passer les difficultés à venir. Le problème pour eux se situe
plus au niveau des débouchés que des coûts ; il leur faut « tordre le cou » à la grande distribution
en maîtrisant des circuits de proximité […]
# A lire : Le dernier livre de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, "C'est maintenant"
(Editions du Seuil), pour bien comprendre l'ensemble de la problématique avec un ton
humoristique et néanmoins pédagogique. Indispensable pour ne plus dire de bêtises sur
le changement climatique.
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PENDANT COPENHAGUE
http://www.manicore.com/documentation/articles/entretiens/chat_metro.html
# Au départ, il s’agit de se mettre d'accord sur la manière de parvenir à remplir l'objectif
de la convention climat, qui dit qu’il faut « arrêter la croissance des gaz à effet de serre
dans l'atmosphère avant que cela ne devienne dangereux pour les hommes ». 
En pratique
les négociateurs ont fini par dire que cela signifiait ne pas avoir plus de 450 millionièmes
de CO2 dans l'air (nous sommes à 390, en gros). Personne n'a revu cela à la baisse…
((Mais)) pendant la COP, un chercheur australien de l'université du Queensland est venu
expliquer […] en marge des négociations qu'à 450 millionièmes de CO2 dans l'air, tous les
coraux seraient probablement morts en 2050. Un des plus grands spécialistes de la NASA
(James Hansen) considère qu'il faut même redescendre à 350 !
((Ce qui confirme la démarche
des groupes activistes du même nom dont j'ai déjà parlé : 350)). Mais arriver à implémenter
physiquement ces objectifs en quelques années supposerait une augmentation tellement rapide
du prix de l'énergie que les électeurs des pays industrialisés descendraient dans la rue.
# On ne peut pas se mettre d'accord à 192, et par ailleurs quand on rentre dans le dur,
l'angélisme ne résiste pas souvent à l'épreuve des faits (quel Français est prêt à donner la
moitié de ce qu'il gagne pour assurer la "convergence" avec les pays moins industrialisés ?)
((Et moi qui parlais de un quart – bis !!!))
# Entre 1,5° et 2°C de hausse, combien de morts ?
— Intéressante question.... Il faut commencer par définir ce que l'on appelle un mort, ça peut
paraître sordide, mais c'est comme ça. Est-ce quelqu'un à qui l’on a enlevé 6 mois d'espérance
de vie comme en 2003 ((la canicule)) ? Ou un mort est-il quelqu'un a qui on a enlevé 40 ans
d'espérance ?
Et ce sont des morts en 2010 ou en 2080 ?
En outre, dans un monde qui va
connaître à la fois un changement climatique, une raréfaction de l'énergie "facile" (pétrole et gaz)
qui permet justement de s'adapter aux changements un peu amples, une érosion de certaines
ressources en parallèle (réserves d'eau, sols...), comment attribuer à une cause en particulier ce
qui se passe ?
Bref, ce calcul est tout sauf évident (c'est pareil pour les réfugiés climatiques :
amusez vous à essayer d'en trouver une définition précise, ce n'est pas facile !) Disons que,
déjà à ce niveau, on va beaucoup trop ajouter à l'instabilité du monde par rapport à ce que
nous connaissons actuellement, et après, savoir combien de guerres, famines et maladies ça
va déclencher devient un exercice de science-fiction.
Pour finir, je dirais que, à quelques degrés
de hausse de la température planétaire en un siècle, il n'est pas exagéré de dire que nous jouons
avec l'espérance de vie ou le confort de vie de quelques milliards d'hommes, mais en dire plus
serait imprudent. Cette conclusion est déjà suffisante pour nous faire accepter de payer pour
que ça n'arrive pas.

# [Je ne suis] pas fondamentalement pessimiste. ((Heureusement qu'il le dit…)) Encore une fois,
une partie de l'affaire est gagnée rien que parce que le sujet devient un élément des agendas
présidentiels, et ce malgré la crise économique que nous vivons (ou peut-être même à cause de,
parce que le lien commence peut-être à être fait entre les problèmes de ressources physiques
– le pétrole sur les 8 dernières années – et l'économie).
# Il ne suffit pas de dire, après il faut faire.
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APRÈS COPENHAGUE
[…] Qu’est-ce qu’aurait été un succès, et où commence l’échec ? […]
Le succès aurait-il été l’élaboration d’un texte aussi bien ficelé que Kyoto… sur lequel la moitié
des signataires auraient ensuite quand même pu s’asseoir sans autre forme de procès ? [Les pays
qui soit ne l'ont pas ratifié, soit n'ont pas respecté leurs engagements]  n’en ont subi aucune mise
à l’index sur le plan commercial ou politique, ni aucun inconvénient de court terme particulier.
En quoi un nouvel accord « juridiquement contraignant » […] aurait-il eu une efficacité garantie […]
si les chiffres qu’il contenait étaient irréalistes au regard des possibilités qu’ont les dirigeants de ce
monde à forcer les consommateurs et les producteurs, c’est-à-dire nous, à réduire les émissions
à la bonne vitesse ?
Car Copenhague c’était cela, au fond : la confrontation de nos désirs de citoyens et de nos désirs
de consommateurs, la bataille entre notre soif de jouissance immédiate sans limites et la triste
finitude de notre planète
.
Or dans les démocraties, si le consommateur est contre l’effort qui rend possible la baisse
volontaire des émissions (taxes, quotas, normes, obligations….), le traité peut être mis
directement à la poubelle
, et prévoir des chiffres précis et une ratification solennelle en
séance plénière n’y change pas grand-chose.
Ne pas vouloir la baisse sera bien sûr seulement la subir : c’est alors la finitude du monde
(à commencer par le pic de production du pétrole et du gaz, l’un en cours, l’autre proche)
qui s’en chargera […]
Déconsommer volontairement, ou déconsommer à cause des crises ? Ce choix n’est pas un
choix de fonctionnaire ou de ministre, c’est un choix de peuples, donc de présidents. Et la
bonne nouvelle de Copenhague, c’est qu’enfin la discussion se passe au bon niveau. Que les
grands de ce monde aient passé une nuit blanche, enfermés ensemble dans une pièce, à mouiller
la chemise pour rédiger un texte en commun est même une excellente nouvelle, car de mémoire de
diplomate jamais 28 présidents n’ont procédé de la sorte pour discuter d’un accord international.
Comment ne pas espérer que cet épisode va durablement impacter ce qui se passera désormais ?
((Moi, j'en doute, mais je prends bonne note de cette positivité.))

Par contre, […] en 24 heures, la realpolitik crue a balayé les pratiques préexistantes, envoyant
bouler de fait fonctionnaires et ONG, et nous nous sommes retrouvés au G20, c’est-à-dire
dans une configuration où les puissants de la planète cherchent à établir seuls des règles du
jeu en l’espace de quelques jours, sans faire dans le détail, […] et sans s’encombrer de la
signature d’un traité.
Cette évolution a un double avantage incontestable : le premier est que les fonctionnaires de la
négociation (qui est permanente […]) ont désormais un mandat politique clair et partagé sur
l’ordre de grandeur de ce qu’il faut négocier dans les détails, alors que ce n’était pas du tout le
cas jusqu’ici. […]  Le deuxième, c’est que les déclarations faites par les présidents à l’occasion
de cette conférence rendent un peu plus probable la mise en place de règles domestiques,
les seules qui comptent tant que les traités non respectés ne signifient ni amendes ni invasions
militaires. L’avenir du monde dépend un peu plus des subventions à l’énergie en Chine et aux
USA que de la signature d’un traité […] déclaration d’intention….
Juger Copenhague à la seule lumière d’une analyse ligne à ligne du texte signé serait donc une
erreur […] L’accord de Copenhague […] ne peut pas être dissocié du contexte dans lequel
il prend place.
Un exemple parmi d’autres : quand Barack Obama explique que l’accord est bon pour la
sécurité énergétique des USA, il dit implicitement qu’il va mettre les bouchées doubles pour
limiter les émissions de CO2, car 40% de la consommation d’énergie américaine est liée au pétrole,
dont la production mondiale est désormais au maximum, et va baisser d’ici 5 à 15 ans. ((Hum,
les USA sont aussi de gros consommateurs de charbon – qu'ils produisent at home…))
Quand le document final parle d’une commission qui doit réfléchir à la mise en place de « source
alternatives de financement » pour dégager des fonds, il faut peut-être comprendre, entre les lignes,
que l’avènement d’une taxe Tobin souhaitée par la Grande Bretagne et la France n’est plus
impossible : qui l’aurait cru il y a seulement un an ? ((Que la commission ne réfléchisse pas trop
longtemps, quand même…))
L’histoire – et probablement une histoire assez proche – dira si nous venons de vivre la fin des
haricots ou si, tout au contraire, nous venons d’enclencher l’accélération du passage à l’action.
Et, d’une certaine manière, c’est à nous, acteurs économiques et consommateurs, de se
manifester pour que les mois qui viennent permettent de garder le meilleur et d’éviter le pire.
Plus que jamais, dire haut et fort à nos dirigeants que nous avons compris que nous étions à
l’heure du passage à l’action, que cela était le sens de l’histoire, et que nous étions prêts à
prendre notre part à l’effort, est crucial. #

••••••••••
Alors échec ou juste temps perdu ? Je trouve Janco plutôt réaliste quand il parle de « la
confrontation de nos désirs de citoyens et de nos désirs de consommateurs, la bataille
entre
notre soif de jouissance immédiate sans limites et la triste finitude de notre planète.
Or dans
les démocraties, si le consommateur est contre l’effort qui rend possible la
baisse volontaire
des émissions, le traité peut être mis directement à la poubelle […]
Arriver à implémenter
physiquement ces objectifs en quelques années supposerait
une augmentation tellement
rapide du prix de l'énergie que les électeurs des pays
industrialisés descendraient dans la rue
. »
La bataille individuelle et collective est bien là : entre nos désirs de citoyens maintenant avertis et
conscients et nos désirs de consommateurs abrutis, qui ne sont pas "les autres", mais tout aussi
bien nous. Il vaudrait mieux prendre ça en compte vite. Plus on tarde, plus ce sera dur – et cher.
« Rendez-vous dans un an à Mexico. »
Bon, il y aura d'abord une nouvelle réunion à Bonn…
Mais chaque mois compte.

LO N°352 - CO2


LO N° 351 (14/01/10)


OXYMORES

LO N°351 - Identité Fr
Ce soir, débâcle à la télé. Boycottons F2, un "A vous de juger" réunissant Eric Besson et
Marine Le Pen !
On peut préférer "L'inspecteur Harry tue tout le monde" sur la 3 ou "In ze moule for love" sur Arte.
Ou encore, pour ceux qui ont la TNT (Boum !), "La grande vadrouille librairie",
avec James Ellroy sur la 5, ou "Poulpe Friction" sur W9.
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On me dit parfois que je fais trop de l'humour noir, ou cynique.
Mais ce matin Eric Besson annonce qu'il suspend les expulsions vers Haïti.

J'aurais pas osé.
••••••••••

Quand on mise tout sur l'avion et que la tour de contrôle est en panne, on est dans la merde.
Quand les maisons sont en béton, les gens sont écrabouillés, et, pour dégager, il faut des
bulldozers, des pelles mécaniques.
Quand les maisons sont en bois, les gens sont moins écrasés, et on peut dégager à la main.
Quand on n'entasse pas deux millions de personnes dans une ville (dont 60% de chômeurs),
ça fait moins de morts. (Rousseau le disait déjà à propos du tremblement de terre de
Lisbonne le 1er novembre 1755.)
Etc.
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La grippe A a remporté un franc succès au box office grâce aux efforts conjugués de Roselyne B,
notre boute-en-train nationale, de l'OMS et des labos.
Mais peut-être va-t-on enfin savoir la vérité sur les dessous pas propres de cette affaire…
# Ex-membre du SPD, Wolfgang Wodarg est médecin et épidémiologiste. Il a obtenu à
l’unanimité des membres de la commission santé du Conseil de l’Europe une commission
d’enquête sur le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion de la grippe A
par l’OMS et les états. #
Lire la suite ici :
http://www.humanite.fr/2010-01-07_Societe_Grippe-A-(...)-depute-Wodarg
Et pour en savoir encore plus, faites une recherche google sur ce Wolfgang Wodarg…

« Roselyne Bachelot est à la santé publique ce que BHL est à la philosophie. »
(Dr Dominique Dupagne)


De toute façon, c'est bon : la grippe A est descendue au dessous du seuil épidémique
(et la vaccination n'y est pour rien).
Heureusement, la gastro est là, fidèle.
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La délinquance a baissé, mais les violences physiques ont augmenté.
La reprise économique est annoncée, mais le chômage augmente.
Le problème des vaches folles, ce n'est pas la folie, c'est les vaches. (Le trop de –).
Le problème du maïs OGM, c'est pas l'OGM, c'est le maïs. (Le trop de –).
Le problème de l'énergie nucléaire, ce n'est pas le nucléaire, c'est l'énergie. (Le trop de –).
Le problème de la grippe porcine, ce n'est pas la grippe, c'est les porcs. (Le trop de –).
(À moins que ce soit l'OMS…? À moins que ce soit Roselyne B.…?  À moins que ce
soit les labos…? À moins que ce soit l'institut Pasteur…? Encore un mythe à abattre ?)
Le climat fait des progrès : il respecte les prévisions de Météo-France.
••••••••••
Tout ça pour dire que oui, décidément, nous vivons dans la société de l'oxymore.

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LO N°351 - Embûches de Noël