DÉLITS D'OPINION


Cette page est une archive des Lettres Ouvertes n°071 à 080.
Les Lettres Ouvertes les plus récentes sont accessibles par là.


OPEN LETTER # 71 - 23 Février 2006

LE NOUVEAU FEUILLETON DU MOIS : DOLLAR < PETROLE > EURO ?

Il y a peu (LO 68), je transmettais ça, parmi d'autres :

"En bref, l'idée serait de créer, dès février 06, un bourse du pétrole
en Euros, court-circuitant ainsi le saint Dollar.
Pour plus de détails, un peu complexes, mais passionnants :
http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=3214

... Un truc dont on parle pas à la télé et qui ne semble pas du tout
mis en avant quand on évoque une crise iranienne. Jusqu'ici.

Et pourtant, depuis, d'autres en parlent. Toujours les mêmes, me
direz-vous, le site De Defensa, clairement anti-américaniste. Mais
ces 3 articles méritent d'être lus (dans l'ordre) et peut-être que
si vous avez des dollars, vendez !

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"La fin de l'Occident tel qu'on le connaît depuis 1945 — par Franck
Biancheri et le groupe LEAP/E2020.
Une analyse prospective en connexion avec la crise iranienne et deux
événements prévus pour la fin mars : l'ouverture de l'Euro-Bourse à
Téhéran et la fin de la publication par la Fed US des chiffres du M3
sur la quantité de dollars en circulation."

Suite sur http://www.dedefensa.org/section.php?section_id=3

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"Leçon d'histoire devant le Congrès : The End of Dollar Hegemony,
— par le député Ron Paul, du Texas.
Un discours devant la Chambre, le 15 février, par un élu américain
original. Un rappel historique de l'utilisation du dollar pour établir
l'hégémonie américaniste, et les perspectives présentes à l'heure
de l'installation de l'IOB (Iranian Oil Bourse)."

Suite sur http://www.dedefensa.org/section.php?section_id=3

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"Le mois des fous et l'enchaînement psychologique
23 février 2006 — Un commentaire sur les réactions devant des
hypothèses d'événements graves le mois prochain. Avec un texte
décrivant la Grande Dépression de 1929-33 du point de vue
psychologique."

Suite sur http://www.dedefensa.org/section.php?section_id=9

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Février, c'est la saison des affiches de lingerie dans tous les abribus.
Sortez vos marteaux!

LO071 - Marché Persan

Lettre Ouverte n°72 - 2 Mars 2006

LES POULETS, SOUS LES VERROUS - LES CANARDS, ENCHAINÉS
- SATURNIN, AU COINCOIN

Bizarrement (ou très logiquement), ça démarre dans la Bresse,
patrie du poulet de -

Des infos précises ici :
"Grippe aviaire et consommation : pratiques d'hygiène recommandées"
http://www.notre-planete.info


Et puis des infos précises et pas forcément affiliées au discours
officiel, ici :
http://www.lpo.fr/actu/2005/grippe-aviaire/questions.shtml#faqg08


C'est juste histoire de placer un dessin à la con. (J'ai un peu
honte, quand même...)

LO n°72 - Grippe Aviaire Sexuellement Transmissible


Lettre Ouverte n°73 - 3 Mars 2006

ENCORE UNE LETTROUVERTE DU TYPE "COURT, MAIS AVEC UN DESSIN"...

Il y a quatre ans, le 23 février 2002, Ingrid Betancourt était prise en
otage par les Farc de Colombie (de la paix?). Nombreuses manifestations
de soutien, et concerts lancés par Renaud, en particulier ce samedi 4
mars à Auray (56) :
Centre Athéna, à partir de 10 h. De 14 à 18h : baptêmes en Harley,
limousines (Euh?... mais pourquoi?!). Concert de solidarité (complet)
avec Renaud, Gilles Serval, Alain Barrière et une kyrielle dartistes...
et des projections en fond de scène de dessins réalisés spécialement
pour. J'en ai fait 3, mais je n'ai pas la liste des autres auteurs. Il y
a forcément Lidwine, puisque c'est une initiative des associations
Dessin'acteurs et Colle-Colporte. (Plus d'infos un de ces jours sur ces
assos.)

Infos tirées de :
http://www.brest-ouvert.net/breve2329.html

LO n°73 - FARC Tour


Lettre Ouverte n°74 - 6 Mars 2006

POUR FAIRE SUITE À QUELQUES LETTRES PRÉCÉDENTES

En fait ma tendance actuelle serait de me livrer à l'exercice du dessin
de presse, dessin d'actualité, à chaud ou à peu près, que je n'ai pas
trop souvent eu l'occasion de pratiquer. Ou pas le temps. A priori,
ma difficulté, c'est que j'aurais l'idée 3 mois après l'évênement.
Mais c'est peut-être une question d'entrainement.

La graviaire, évidemment, ça s'y prête...
La conclusion du précédent, quand même, c'est qu'on n'encule pas
les poules sans casser les œufs.

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DÉMOUSTIFIER LES CHICKENGOUGNAFIERS
Le chikungunya a fait pratiquement autant de victimes à La Réunion
(= en France) que la grippe oiseuse (en Asie). Mais évidemment,
il n'y a pas à la clef l'enjeu économique énorme de la filière volaille...

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H5 HAINEUX
A ce sujet, si la LPO accuse les trafics internationaux d'oiseaux
illégaux plutôt que les amis gratteurs (cf LO 72), le GRAIN, lui,
s'en prend à la filière industrielle, et il n'a sans doute pas tort.
http://www.grain.org/briefings/?id=195

Mais de toute façon on va fabriquer des poulets OGM qui résisteront
à tout.

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CHAINE ALIMENTAIRE (Tout spécialement pour JPA)
Les gens sont bouffés par les moustiques / qui sont bouffés par
les oiseaux / qui sont bouffés par les chats.
Bouclez la boucle : mangez votre chat.

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"COLLISIONS" a eu l'Oscar. Je suis bien content : c'est un film
magnifique tant dans le fond que dans la forme.

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"COLLE-COLPORTE", l'association dont je vous touchais un mot
dans la LO 73, a ouvert son site.
www.colle-colporte.org

On peut y voir les 3 dessins que j'ai fait sur le thème des otages
et quelques autres (Gégé, Belom, Lidwine, Ferra, Lizano, etc) et
découvrir les actions (originales) en cours.
Quant au concert d'Auray, il a été fortement perturbé par les
intempéries neigeuses, mais il y en aura d'autres.

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AZIMUTS
Dans la LO 50, je proposais des adresses de vêtements en
commerce équitable. Pour ma part, j'ai acheté quelques trucs sur
http://www.azimuts-art-nepal.com
(membre plate-forme française du commerce équitable)

Coupe-vent et pantalons fabriqués au Népal. Et ça népalais. Pas
spécialement cher et d'excellente qualité question tissus, coutures...
Evidemment, il y a une contradiction à, d'un côté, lutter contre l'abus
des transports et d'un autre faire venir des fringues du Népal. Mais je
veux bien qu'on fabrique ici dans le Gard des fringues selon les normes
du commerce éthiquetable. Et puis au moins je n'ai pas fait 50 km en
voiture pour aller en ville. Mais alors, les petits commerçants? Oui, et
les libraires qui commencent à souffrir de la concurrence d'Amazon?...
En tout cas, ça fait marcher La Poste...
(Tout ça pour dire que la cohérence n'est pas à la portée du premier
écolomaniaque venu)

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ZÉBUS
Dans la LO 51, je signalais
www.zebunet.org

Juste un mot pour dire que cette asso et ses pratiques à Madagascar
ont fait l'objet d'un reportage sur FR 3 ce soir lundi 6 mars. Sympa.

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LE CASOAR À CASQUE
Le casoar à casque est un ratite, cest-à-dire un oiseau inapte au vol.
Il est reconnaissable à la crête osseuse qui surmonte son crâne, le
fameux casque qui lui donne son nom. Il vit dans les forêts tropicales
dAustralie et de Nouvelle-Guinée. Agile, il fonce tête baissée à
travers les buissons épineux et les lianes, son casque lui ouvrant le
chemin.
Essentiellement frugivore, doué d'un odorat sans faille, discret
jusqu'à la timidité, le casoar à casque a aussi été très bien élevé
par ses parents casoars à casques.
Pour chasser le casoar à casque en homme avisé, vêtez-vous d'un
short anglais et d'un chapeau de brousse, déposez dans une clairière
un panier de fruits locaux, chicoungougnaffes et taxpapayes
légèrement blettes, puis cachez-vous à proximité.
Peu après, attiré par l'odeur, le casoar à casque sort du bois et
trottine élégamment jusqu'au panier de fruits, remuant la queue
en cadence comme un soldat à la parade (sic). C'est le moment
pour vous de sortir de votre cachette et de vous approcher
prudemment par la gauche.
Arrivé à quelques pas de l'oiseau, découvrez-vous et lancez-lui :
"Bonjour, Monsieur le Casoar à Casque!"
Élevé, comme on l'a dit, dans la plus exquise courtoisie, le
casoar à casque se découvre à son tour.
Et ainsi vous n'avez plus qu'à chasser un casoar sans casque.

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"Les oiseaux sont des cons". (Dessin peu animé mais génial de Chaval)

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LO n°74 - Grippe Aviaire - Les virus volent bas ! Sortez couvert !


Lettre Ouverte n°75 - 8 Mars 2006

PLA JOURNÉE DE LA MEUF

Le mot 'femme' s'écrit avec un elfe, deux aime et deux oeufs.

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A mon chevet, entre autres, ces temps-ci, "Eve et Pandora - La création
de la première femme", sous la direction de Jean-Claude Schmitt.
Le Temps des images. Gallimard.
Plutôt que d'essayer de vous présenter ce livre, je vous prie de bien
vouloir trouver ci-joint un lien vers le site CLIO qui fait ça très
bien, moi me contentant de confirmer que le book est très chouette.
http://clio.revues.org/document627.html

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Lu récemment "L'Evangile selon Pilate", de Eric-Emmanuel Schmitt (LdP)
Citation (c'est Jésus qui parle - enfin, Yéchoua) : "(...) ces héroïnes
anonymes (...), toutes ces donneuses de vie, donneuses d'amour,
celles qui baignent les chairs des enfants, apaisent les cris,
remplissent les bouches, ces servantes immémoriales dont les gestes
apportent le confort, la propreté, le plaisir, ces humbles des humbles,
guerrières du quotidien, reines de l'attention, impératrices de la
tendresse, qui pansent nos blessures et nos afflictions. Les hommes
gardent les portes de la société, qui engendre des morts et développe
la haine. Les femmes gardent les portes de la nature, qui fabrique
de la vie et exige de l'amour. Mais mes disciples, en vrais mâles de
la terre d'Israël, avaient du mal à accepter que les femmes pratiquent
spontanément ce qui, à eux, leur coûtait tant de peine. Tout en
tolérant mes rencontres avec les femmes, et leur cohorte qui nous
accompagnait, ils continuaient à se méfier d'elles ; sans doute,
en cela, se méfiaient-ils aussi de leur désir."

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Histoire de préparer la journée de la meuf, not'président, lui, est allé
avec madame vendre des Rafales à l'Arabie Saoudite, pays éminemment
démocratique et des droits de l'homme où les femmes habitent des
sacs noirs islamiquement corrects, n'ont ni le droit de vote ni celui
de conduire une voiture.

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QUELQUES PERLES SCOLAIRES OU JOURNALISTIQUES (Authentiques
ou fabriquées? On s'en fout.)

Le cerveau des femmes s'appelle la cervelle.
Les amazones étaient comme les femmes, mais encore plus méchantes.
Une femme qui tourne en ronds dans la maison avec son balai s'appelle
une femme de manège.
On ne dit pas la bonne paella, mais la femme de ménage est absente.
Le mystère de la femme coupée en morceaux reste entier. (Est-Éclair)

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ET UNE CITATION

"Les livres ont un commencement et une fin, et je ne veux pas
parler des femmes dans ce qui a un commencement et une fin,
je ne pourrais pas leur rendre justice." (Emile Ajar. Pseudo.)

LO n°75 - Apsara en couleur - Journée internationale de la femme.


Louverte n°76 - 10 Mars 2006

Les caricatures de Mahomet, c'est de la bombe!

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LE MANIFESTE DES DOUZE

On trouve ici et là sur le net le manifeste des douze lancé par
Charlie-Hebdo

"Le débat engagé par "douze dessins" sur Mahomet doit se poursuivre
sur le terrain des idées et non plus des anathèmes. Refusant de se
laisser intimider au nom du respect des cultures et surtout des
religions, douze intellectuels - dont plusieurs dissidents de l'islam
menacés de mort et exilés en Europe et aux Etats-Unis à cause de
leur positions laïques - ont décidé de signer ce manifeste pour
appeler ensemble à une résistance idéologique à l'intégrisme,
ce nouveau totalitarisme qui menace le siècle."

"Le manifeste des douze : Ensemble contre le nouveau totalitarisme

Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme, et le stalinisme, le monde
fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l'islamisme.

Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance
au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de légalité
des chances et de la laïcité pour tous.

Les évènements récents, survenus suite à la publication de dessins
sur Mahomet dans des journaux européens, ont mis en évidence la
nécessité de la lutte pour ces valeurs universelles. Cette lutte ne
se gagnera pas par les armes, mais sur le terrain des idées. Il ne
s'agit pas d'un choc des civilisations ou d'un antagonisme
Occident-Orient, mais d'une lutte globale qui oppose les démocrates
aux théocrates.

Comme tous les totalitarismes, l'islamisme se nourrit de la peur et
de la frustration. Les prédicateurs de haine misent sur ces sentiments
pour former les bataillons grâce auxquels ils imposeront un monde
liberticide et inégalitaire. Mais nous le disons haut et fort : rien,
pas même le désespoir, ne justifie de choisir l'obscurantisme,
le totalitarisme et la haine. L'islamisme est une idéologie réactionnaire
qui tue l'égalité, la liberté et la laïcité partout où il passe. Son
succès ne peut aboutir qu'à un monde d'injustices et de domination :
celle des hommes sur les femmes et celles des intégristes sur les
autres. Nous devons au contraire assurer l'accès aux droits universels
aux populations opprimées ou discriminées.

Nous refusons le "relativisme culturel" consistant à accepter que les
hommes et les femmes de culture musulmane soient privés du droit
à l'égalité, à la liberté et à la laïcité au nom du respect des cultures
et des traditions.

Nous refusons de renoncer à l'esprit critique par peur d'encourager
l' "islamophobie ", concept malheureux qui confond critique de l'islam
en tant que religion et stigmatisation des croyants.

Nous plaidons pour l'universalisation de la liberté d'expression, afin
que l'esprit critique puisse s'exercer sur tous les continents, envers
tous les abus et tous les dogmes.

Nous lançons un appel aux démocrates et aux esprits libres de tous
les pays pour que notre siècle soit celui de la lumière et non de
l'obscurantisme."

Mercredi 01 Mars 2006

Ayaan Hirsi Ali Chahla Chafiq Caroline Fourest Bernard-Henri Lévy
Irshad Manji Mehdi Mozaffari Maryam Namazie Taslima Nasreen
Salman Rushdie Antoine Sfeir Philippe Val Ibn Warraq
...

Y a rien à signer, mais ça peut se diffuser.
Pour signer des pétitions dans le même sens, on peut aller là :
http://www.histoiresdememoire.org/
et/ou là, en anglais :
http://www.petitiononline.com/namazie/petition.html

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Quelques réflexions personnelles que j'avais mis de côté mais qui
restent bien valables.

L'ISLAM ET LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
Quand l'État fait auprès des enfants une campagne anti-obésité,
il ne peut pas interdire les spots publicitaires pour des barres
céréales-chocolat. Dommage? Oui, sans doute. Il y a quand même
des systèmes de contrôle de la pub, contrôles que les les producteurs
de pub travaillent sans cesse à détourner, un peu comme les hackers
travaillent sans cesse à craquer les codes anti-piratage. Escalade
symétrique. Le problème, c'est que le producteur de barres
céréales-chocolat ne veut qu'un truc: vendre ses saloperies, faire
du chiffre. Toute régulation de la pub ou de la distribution est
qualifiée d'entrave au commerce, crime majeur en société néolib.
L'Eglise du Saint Commerce, secte la plus puissante du monde, se
conduit comme les religieux qui exigent non seulement la liberté
de croire et de pratiquer, mais encore que rien ne puisse entraver
leur culte (et son expansion), ni critique, ni moqueries.
A la limite, on n'a même pas le droit d'en parler : un prof qui
photocopie des pages du Coran pour préparer un cours sur la religion
se fait engueuler comme sacrilège par ses élèves. Au début de son
Traité d'athéologie, Michel Onfray témoigne de sa discussion avec
un musulman choqué du fait que lui, incroyant, lise le Coran et
puisse en citer des sourates. Où est la tolérance?
A la limite, afficher son athéisme peut être vu comme une agression,
une entrave à liberté de croire. Le même Michel Onfray reçoit des
menaces de mort, juste pour avoir cité les sourates guerrières
(destruction des infidèles par l'épée), antisémites et misogynes.

Pour ma part, question liberté d'expression, je ne suis pas sûr qu'il
faille autoriser la pub pour les barres chocolatées (comme pour l'alcool
ou le tabac), parce qu'il s'agit de pub — à but lucratif, donc. Pas
vraiment du domaine de "l'expression". Par contre je tiens beaucoup
à ce qu'on soit libre de critiquer une religion, comme un parti politique
ou une nation, de caricaturer, de moquer. La limite entre "opinion sur-"
et "injure à-" étant la pierre d'achoppement de cette liberté. Quand
Houellebeck déclare dans une interview : "L'islam, c'est quand même
la religion la plus con, non?", c'est une opinion. La brutalité de
l'expression en fait-elle une "injure pour tous les croyants"? Je me
demande comment il ne s'est pas pris une fatwa sur la tronche,
celui-là, d'ailleurs!… Ou un procès du MRAP. Ben oui, que ceux qui
sont vexés fassent un procès. À la Justice de trancher. La Justice laïque
d'un pays laïc. Les procès qui vont tomber sur Charlie Hebdo seront
un test important.

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—Touche pas à ma religion!
—Touche pas à ma laïcité!

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Les régimes arabo-musulmans qui exigent des pays occidentaux de
s'excuser pour les caricatures de Mahomet ne comprennent pas que
les PAYS en question n'y sont pour rien et n'y peuvent rien. Ni l'État,
les dirigeants, ni la population en général. L'action de réaliser et de
publier ces caricatures est l'oeuvre et la responsabilité de quelques
individus : dessinateurs, journalistes. Le gouvernement et l'ensemble
des Danois (ou des Français, ou autres) n'y sont pour rien. Cette
"expression", qu'on la considère comme une provocation, une injure,
une attaque, une bétise, est libre, indépendante, ne concerne que
les dessinateurs, rédacteurs, patrons du journal d'origine, des
individus et une "personne morale", le journal. Le reste du pays n'y
peut rien, ni en pour ni en contre. L'État n'a pas à s'excuser pour
l'irresponsabilité supposée de quelques uns de ses ressortissants. Pas
plus que n'ont à s'excuser les églises, la population ou les marchands
de crevettes et de yaourts.
Mais l'indépendance et la liberté de la presse sont apparemment des
notions que ne PEUT pas comprendre un régime arabo-musulman,
pas plus qu'un intégriste, islamiste ou autre. L'islam est-il compatible
avec la démocratie? La question est bien là.

---

L'islam aurait interdit les représentations de Dieu ou du prophète
pour éviter l'idolâtrie. Mais, dans leurs manifs anti-caricatures,
ils processionnent en dressant des versets du Coran peints
exactement comme d'autres dressent les statues de la vierge...
Une forme d'idolâtrie?

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Faut pas confondre un saint mollah et un sein moëlleux.
Pour moi, le choix est vite fait.

LO n°76 - Dieu est une femme


Lettre Ouverte n°77 - 10 Mars 2006

La politique aussi, ça rend sourd.

LO n°77 - Banane - La politique aussi, ça rend sourd.


Lettre Ouverte n°78 - 11 Mars 2006

ANNIVERSAIRE
Un de mes aimables lecteurs me signale que ça fait un an que mes
lettres sont ouvertes. J'avais pas vu venir, mais ça s'arrose! Je vais
donc vraisemblablement vous submerger de cartes d'anniversaire
ou de petites conneries sur le thème des lettres ouvertes.

LO n°78 - Archéo - Premier anniversaire des Lettres Ouvertes

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Comme Bonaparte, Jules César pouvait dicter plusieurs lettres à la fois,
c'était un dictateur. (Perle d'élève)

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UN PEU D'HISTOIRE
Ça avait en effet commencé le 11 mars 05, avec un petit truc sinon
anti-religieux, du moins franchement pro-laïc. Ça continue pas mal
dans le même filon ces derniers temps, mais faut dire que y a de quoi.
A la base, c'était juste parce que j'en avais marre de mettre des mots
derrière les autres dans des notes et dans des carnets, le tout dans
des dossiers, les dossiers dans des tiroirs... C'est mon côté écureuil.
Tout ça "pour usage ultérieur", pour le jour où j'aurais le temps de
compiler tout ça pour écrire Le Grand Livre, ou le Livre du Grand Tout,
tout ce que je pense du monde et de ses environs, ma philosophe...
Je suis donc passé à l'usage immédiat, tantot improvisé, tantot pêché
dans mes réserves - et y en a! Un peu comme mes carnets de croquis
"Les Mois sont de papier" : même question, même réponse : ne pas
attendre la retraite ou la fin du monde pour mettre au propre et diffuser.

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Il faut qu'une lettre soit ouverte ou fermée (© RCW)

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FOPADÉCODER (MAIS SI !)
Penser, c'est ne rien considérer comme évident, comme allant de soi,
comme normal. (Et "dépenser", c'est quoi? Remplacer le penser par le
consommer?) Philosopher, c'est douter, c'est ajouter des "peut-être" à
chaque phrase, des points d'interrogation à la moindre occasion et des
points de suspension comme s'il en pleuvait (même si Netscape n'est
pas toujours d'accord pour les transmettre proprement, les remplaçant
par des & - tant pis.)
Ce n'est pas que j'aie tout comprendu, mais j'aime bien manier les mots
écrits plutôt que dits pour le dire, et tenter de connecter les sens, les
zygomatiques et les méninges. (Commentaire d'un autre lecteur, merci.)
Parfois, j'arrive à suivre "l'actualité", à m'y intéresser, à la
commenter-décoder et même à pondre des dessins à chaud comme si
je travaillais dans la presse. En particulier décoder le langage courant,
médiatique ou politique, soulever les dessous des idées prêtes à l'emploi.

(EXEMPLE
Pourquoi continuer à appeler "forcené" un pauvre type qui menace 20
élèves avec un pistolet en plastique?)

Et toujours en tâchant de prendre de la distance, ce qui suppose
souvent de prendre le temps de la réflexion. Tourner 7 fois sa langue
dans sa bouche avant de sortir une connerie, même si parfois c'est
tellement bon de-!
Plutôt dans la méditation que dans la compétition ou dans l'urgence.
Bien sûr des fois c'est trop intello, mais tant pis. Ainsi parler de
santé, de psy, de morale, d'écologie, de philosophie, d'anthropologie,
d'évolution, de science, de religion, même, encore et encore, puisque
nos créatures divines semblent encore peser si fort sur le monde des
hommes.

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Lettre à Nonyme.
— Ma chère Nonyme,
Si je ne te connaissais pas, je pourrais croire que tu n'existes pas."

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MAUVAIS ESPRIT
Et pratiquer le décodage n'exclut pas le déconnage. Merci à Gébé,
Cavanna, Reiser, etc, et leurs enfants du Groland. Tous très forts
dans l'art du nettoyage à sec combiné avec l'enculage pareil.

---

Pendant les travaux, la lettre reste ouverte.

LO n°78 ter - Au pied de la lettre (ouverte)...

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Ouvrir ces lettres, c'est parfois ouvrir des portes, au besoin
par effraction, car il y a des portes ouvertes qui vont mieux en
étant enfoncées, parfois se déboutonner sans se déballonner,
ouvrir son manteau comme un effet pervers.
Ou comme on ouvre son coeur, mais aussi comme on ouvre
un abcès ou qu'on se fait hara qui rit.
Parfois, c'est juste une lettre entrouverte, ou entrebâillée,
quand j'ai trop sommeil.
Parfois ça ouvre sur une décharge, parfois sur un ciel bleu
avec vue sur la mer.
Même s'il est paradoxal d'ouvrir sa gueule dans l'espoir de
ne pas crever la gueule ouverte.

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Fermons donc celle-ci, car ça fait courant d'air.

LO n°78 - Arobase - Premier anniversaire des Lettres Ouvertes


Lettre Ouverte n°79 - 17 Mars 2006

Très recommandé ce jour :
La crise en France: un regard subtil et nuancé
17 mars 2006. Un commentaire anglo-saxon sur la crise du CPE en France.
Une mise en perspective d'une France qui exprime tout haut, pour son
compte, les réalités de la crise mondiale.
Suite sur http://www.dedefensa.org/section.php?section_id=9

En particulier, à la fin, les extraits, en anglais, de l'article du
correspondant de The Observer à Paris, Jason Burke. Un régal
de pertinence impertinente!

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LES BRUITS QUI COURENT

L'ADSL transmet la chikungunya.
(Renseignement pris, non, c'est l'Aedes Albopictus.)

Les titulaires d'un CPE seront accompagnés par un tueur.
(Renseignement pris, non, c'est un tuteur.)

Les alpinistes qui s'attaquent aux plus hauts sommets de
l'Himalata se dopent au viagra!
(Assez logique, en fait)

Si un moustique Aedes Albopictus pique un canard H5N1 puis un
homme, il transmet la grippe avare ET la chikungunya.

Pour sauver les éleveurs, le gouv lance le CPEB = Contrat Poulet En Broche.

Avec ça, près d'ici, en Camargue, on commence à réclamer de la
démoustification massive bicoz psicoz chicoungougnafière, tourisme etc.
Et si on tue tous les moustiques, on tue aussi les zoizos! D'une pierre
2 coups, quoi!
Bon, il est quand même question d'insectices bio, c'est plus sympa.

Moi, en tout cas, je tire à vue sur tout ce qui porte une paire d'ailes
et qui approche à moins de 50 m : anges, démons, facteur, moustic,
poisson volant, Glloq, etc.

Ce sont les arbres qui provoquent le vent en bougeant.
(Quelle plaie, ces arbres!)

Pour se protéger du SIDA, il est conseillé de porter des gants Mapa
pour se branler.

Le gaz du Perrier serait "à effet de serre". (Le Champagne, par contre,
ça risque rien.)

On a déjà des containers pour la récupération du papier et d'autres
pour le verre. Mais le papier de verre, où on le met ?

Galouzo est un poète : "J'entends bien ceux qui protestent, mais
j'écoute aussi ceux qui ne disent rien."

Après la journée de l'audition, la journée du sommeil.
- D'accord mais avec des boules quiès, y a trop de bruit dans la rue.

Par ailleurs, a commencé la semaine d'information sur la santé mentale -
à moins que ce soit sur le handicap - ou les deux.

Bon. Onlézora.

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ET LES SHADOKS POMPAIENT
"Mais plus ils pompaient, pompaient, pompaient, plus leur moral
baissait, baissait, baissait---Et malgré les efforts du professeur
Shadoko, les Shadoks épuisés tombaient par milliers.
Alors le chef Shadok flanqué de son fidèle sorcier, fit venir Shadoko et
lui parla en ces termes (qui, sont malheureusement intraduisables ici)
--- et il le fit mettre au Goulp.
Il faut dire que le Goulp était une sorte de trou dans lequel on
entassait les Shadoks qui n'avaient pas donné entière satisfaction. On
l'appelait aussi quelquefois Enfer à cause que ceux qui étaient dedans
y étaient enfermés.
Comme les Gibis l'avaient prévu, le plan Shadok a raté. Le COSMOGOL
est revenu. Les Gibis se dépêchent de rentrer de vacances, en font
le plein de leur fusée. Si bien qu'en moins de rien, ils sont prêts à
partir pour la Terre.
Tout était-il perdu pour les Shadoks ? Peut-être pas car le sorcier
veillait et attendait son heure---"
(piqué ici : http://leocat.free.fr/shadok/index.php

---

Et pour le plaisir, un bon gros plaisir tout frais avec le one-shot
de Spirou : Les Géants pétrifiés par Vehlman et Yoan. Excellent.
Ça réchauffe les yeux, la tête et les zygromatiques!

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LO n°79 - Les Shadoks - Ga Lou Zo Meu !


Lettre Ouverte n°80 - 19 Mars 2006

Petit flash-back sur l'année 2005, à travers quelques lectures,
compilations et réflexions… (Mises de côté sur le moment, puis
ressorties 3 mois après : c'est pas mal, j'en ai coupé la moitié, comme
ça, pour ne garder que le plus intemporel.)

MÉLANCOLIES

"Ma tête est lourde, mes membres las,
Ce n'est pas la vie qui m'anime" (Shelley)

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Quelques mots-clés : tristesse, colère, mal-être, désenchantement, "les
jeunes refusent l'avenir qu'on leur prépare", révolte confuse; Outreau,
erreur inqualifiable, désastre judiciaire, faillite, justice lointaine,
désincarnée, implacable, machine sans moyens, machine sans freins ;
méfiance, défiance, impuissance, culpabilité, doute, dépression,
vanitas vanitatis, stress, impunité, cata, inévitable, dépassé par les
évênements, déréliction, manque de moyens, destin fatal, victime,
peur, insécurité, soucis, spleen, blues, cafard, neurasthénie, ombre,
langueur, délétère, trouble, tourments, incertitude, accablement,
détresse, déprime, morosité, déclinisme, plomber le moral…

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La mélancolie est à la mode, paraît-il. Une expo sur le thème à Paris
a fait un succès cet hiver. Ça doit être la saison : fin décembre-début
janvier, c'est quand même les basses eaux, le solstice d'hiver, toutes
les énergies au plus bas de la gamme, sans compter le spleen de Noël,
fête où l'on s'écrase chez les marchands de cadeaux en plastique, où
l'on écrase les enfants sous les cadeaux en plastique, après leur avoir
fait miroiter la Magie de la Descente de Dieu sur Terre… et le cafard
hépatique d'après les fêtes chocolatées et alcoolisées.
Donc, j'ai lu un bouquin sur la mélancolie, pas le catalogue de l'expo
ni le Découvertes Gallimard, mais un truc datant d'une vingtaine
d'années et réédité pour l'occasion, un hasard, sûrement.

Mélancolies - Livre d'images. Maxime Préaud. Klincksieck.

Ça s'ouvre sur la célèbre gravure de Dürer, Melancholia I, et ça tourne
tout du long autour d'images de personnages qui se tiennent un coude
appuyé sur quelque chose et la tête appuyée sur la main. Images qui
évoquent tantôt l'ennui, tantôt la concentration (lecture), plus
généralement "la mélancolie", ce qui signifie "bile noire". Autrement
dit, des gens qui "se font de la bile" et "se prennent la tête". Ennui
et tristesse, mais il y a aussi de la colère, là-dedans : l'ange de
Dürer me semble rouler des yeux furax. Mais colère rentrée, impuissante,
ce qui a tout à voir avec le foie et la vésicule biliaire. Une colère
qui, ne trouvant ni sa cause ni son moyen d'expression, reste abstraite,
indéterminée, confuse. Sans doute parce qu'elle est interdite, censurée
: la colère, c'est dangereux et l'enfant, tout jeune, est sommé de
maîtriser sa colère — sans qu'on lui enseigne un moyen d'expression
de remplacement. Il doit ravaler, mais à l'intérieur, ça ronge.

Là, je voulais mettre une citation de William Blake, poète visionnaire
tout chargé de colère, mais je ne la retrouve pas. En gros ça disait
que l'Energie non exprimée engendre la pestilence.

Un malaise sourd, fait de ressassements, de songe vague, de confusion
mentale, de méditation lente sur la vanité des affaires humaines. Le
temps se fige sur cet état dépressif qui peut s'accompagner de visions,
de phantasmes, sombres si possible, pouvant aller jusqu'à la névrose
obscessionnelle. Le mélancolique prend ses visions pour la réalité et
s'éloigne du "monde", considèrant celui-ci comme la "vision" des autres.
Etat d'hiver, pause, fatigue de la Terre épuisée, sous l'égide rigide de
Saturne-Cronos, du plomb (saturnisme), du poids, du noir, ou de
l'indigo, bleu-violet profond de la nuit. De la mort. (Ne pas négliger,
quand même, la part de "pose" romantique complaisante type "Je suis
le ténébreux, le veuf, l'inconsolé", qu'il y a dans l'artificialité de la
pose "coude appuyé-tête appuyée" qui semble choisie pour le portraitiste.)

"Le sommeil de la raison engendre les monstres", dit une gravure de Goya.

Au moyen-âge, Saturne devient Satan et le solitaire, l'ermite
hermétiste, type St Antoine, se retrouve en proie aux fantasmagories du
diable. Chaos grotesque des visions.

"Là-bas en Ogygie, cette île bien loin en mer, au fond d'une caverne
dont la roche a l'aspect de l'or, Cronos est endormi, car c'est le
sommeil que Zeus a imaginé de lui donner pour lien… Et tout ce que Zeus
projette, Cronos le voit en rêve." (Plutarque)

Le diable Saturne-Satan est aussi le serpent qui sort des profondeurs de
la terre pour tenter la femme, laquelle tente Adam. Ils mangent le fruit
de la connaissance non pas du bien et du mal mais plus généralement
de la dualité. Il savent. En particulier ils découvrent qu'ils sont mâle et
femelle. Ils en meurent, en quelque sorte, chassés du jardin, condamnés
à affronter la vie réelle. La femme, alors seulement, reçoit son nom :
Ève, la prétendue corruptrice, est en fait l'Aube, comme son nom
l'indique. L'EVEilleuse.

Bien sûr, la mort mélancolique est un passage, un ressourcement.
Provisoire, ce n'est pas le terme mais le germe. L'oeuvre au noir de
l'alchimie. L'enferment de Noé et de la vie dans l'arche. Cycle
mort/renaissance, corruption/régénération, fin/origine.
A la Renaissance, comme son nom l'indique, c'est ce thème qui s'affirme:
la période mélancolique est le noir terreau de la création, de la
re-création. Cronos, dieu caché de l'âge d'or, s'éveillera. Les ailes de
l'ange déchu, ou du dragon gardien du trésor, se redéploieront.
L'artiste, le savant, le penseur, comme la terre agricole, comme la
société, doit passer par ce mort-fond, y puiser une force qui va
alimenter sa prochaine magie.

"Il faut porter du chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse".
Nietszche

(Et bien sûr, cela a tout à voir avec mon Monde d'Arkadi et mon
personnage de Kro-No…)

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Musset : "Tout ce qui était n'est plus ; tout ce qui sera n'est pas
encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux."
Et encore :
"Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux."
Mais aussi :
"D'un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte."

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Humeur noire

Par Patrick SABATIER (Libération - samedi 31 décembre 2005)

"La France n'est plus elle-même", s'inquiète notre confrère britannique
le Financial Times. Il n'est pas seul à faire le constat : le pays de la
"joie de vivre" paraît atteint d'un cas sévère de ce que les Français
appelaient, au XVIIe siècle, le "mal anglais", avant que Baudelaire ne
l'exalte sous le vocable (anglais) de spleen. Penchés au chevet d'une
Marianne qui a pris des airs de Dame aux camélias, politiciens,
politologues et penseurs patentés diagnostiquent les effets délétères
d'une humeur noire, la mélas cholé d'Hippocrate. En cette fin d'année,
la France est mélancolique.

Non sans raison, dira-t-on. Un Burton moderne s'attaquant à une Anatomie
de la mélancolie 2005 et française pourrait citer pêle-mêle la débâcle
de nos vins, la menace des plombiers polonais, l'invasion des
soutiens-gorge chinois, le Trafalgar olympique, l'interminable agonie
de la chiraquie, le poids de la dette, la crainte des délocalisations, les
incendies de taudis à Paris, les queues qui s'allongent aux Restos
du coeur, la révolte des banlieues, les trous noirs de la mémoire
nationale, la justice aveuglée à Outreau et le non à l'Europe. Sans
oublier expositions et films célébrant la mélancolie et l'abondante
logorrhée des prophètes du "déclinisme". Selon la formule de Jean
Starobinski, ce mal du nouveau siècle fait osciller celui qui en
souffre, tel Hamlet, "entre le non dérisoire et le oui désabusé", car
il sait "apercevoir admirablement le malheur et la folie du monde,
[mais] ne sait pas surmonter son propre malheur..."

Encore faut-il s'assurer que notre malade n'est pas imaginaire. Et que
les médecins qui lui prescrivent purges et saignées ne sont pas des
Diafoirus. Car la mélancolie est peut-être avant tout celle d'élites
politiques, économiques et culturelles qui se défaussent de leur propre
désarroi, de leur panne d'idées et de projets, et de leur angoisse face
à l'érosion de leur pouvoir dans un monde en pleine mutation. Vivement
lundi !

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Mariette Darrigrand, sémiologue, analyse les termes qui ont dominé
le discours politique en 2005.
La montée du mot "impuissance"

Par Nicole PENICAUT (Libération - samedi 31 décembre 2005)

Impuissance. Le mot n'a jamais été autant prononcé que ces derniers mois
par les politiques, selon la sémiologue Mariette Darrigrand, responsable
du cabinet d'études Des faits et des signes (1). L'emploi de ce mot à
tout bout de champ n'est peut-être pas pour rien dans la "mélancolie"
ambiante. Interview.

Pourquoi cette mélancolie française ?

Il faut d'abord essayer de comprendre pourquoi le regard sur notre
société est devenu psychologique. Aujourd'hui, les observateurs du
social prennent la société pour un être. Un jour, on décrit sa crise
d'adolescence, un autre son vieillissement. Ou sa mélancolie. Or, c'est
se placer dans la perception. Pas dans le réel. C'est un gros problème.
Parce que cela veut dire que la pensée intellectuelle n'est plus tenue
par les philosophes, les sociologues ou les politiques, mais par les
seuls psychologues. Les politiques ont besoin d'être nourris d'une
pensée intellectuelle. Faute d'outils opérant sur le réel, ils utilisent
des éléments qui ne parlent plus du réel, mais de sa perception. Et
dès qu'ils ne se sentent plus suivis dans leurs propositions, ils ont
tendance à culpabiliser celui à qui elles s'adressent. En retournant
le diagnostic.

Les politiques sont-ils eux-mêmes mélancoliques ?

Projeter sur l'autre son propre doute est un grand classique. Evoquer le
"mal-être" de l'autre est souvent une projection de soi-même. J'ai été
très frappée, cette année, par la montée du mot "impuissance" dans le
discours politique. Nous serions dans une société où tous ceux qui
auraient les moyens d'agir sont impuissants. C'est le symptôme même
du dépressif. Le dépressif se couche, il arrête d'agir sur le réel. Et la
mélancolie, cliniquement, c'est la dépression.

A quand remonte-t-elle ?

Le 21 avril 2002 avait été présenté comme un "séisme politique". La
canicule, en 2003, comme une "catastrophe". Et quand l'événement
politique est monté en "catastrophe naturelle", on crée du fatalisme,
de l'impuissance. Cette année, les attentats de Londres ont traduit la
montée de l'impuissance des pays occidentaux face au terrorisme. Puis il
y a eu le référendum : l'Europe a été refusée au nom de son impuissance.
Fin août, quand ont brûlé les hôtels des familles africaines, la notion
d'impuissance a encore été évoquée. C'est une aberration, car cette
situation a été engendrée par une succession d'absences de mesures.
Ensuite est arrivé le procès d'Outreau, décrit comme une "catastrophe"
judiciaire. Comme si c'était là le résultat d'une force sans
intentionnalité. Or, l'erreur judiciaire a bien été le fruit de
multiples décisions. Pour finir, il y a eu la crise des banlieues. Et,
de nouveau, l'impuissance des parents, des enseignants, des maires. Le
mot "impuissance" surgit à tout bout de champ dans le langage politique.
Alors qu'en principe, le politique ne renvoie pas à une question de
puissance, mais de pouvoir.
Ce qui est embêtant quand on cède à cette logique psychologique, c'est
qu'elle ouvre le champ à ceux qui semblent avoir de la puissance. Je
pense à Le Pen et bien sûr à Sarkozy, qui se "vend" comme étant le
seul à pouvoir agir. C'est grave. Si tout le monde est impuissant, on
attend l'homme providentiel.

Avec l'impuissance, vient la victimisation ?

Absolument. Quand on dit "victimes des délocalisations", par exemple,
c'est de la paresse pour ne pas décrire le réel. On est encore dans le
fatalisme. Ces gens-là ne sont pas des victimes, ce sont des gens qui
ont perdu leur emploi. La victime est un concept qui échappe au social.
Le vrai sens du mot "victime" est religieux. C'est une figure sacrée,
qui échappe au matériel. C'est très attirant. Mais plus on parle de
souffrance psychologique, moins on parle des conditions matérielles
de la souffrance ; moins on parle du fait qu'il y a toujours plus de
gens aux Restos du coeur, qu'il y a des retraités qui n'ont pas de
quoi vivre. Encore une fois, on contourne le réel.

La mélancolie est-elle un mal français ?

Il y a, en France, un amour de la mélancolie lié à l'amour de la
souffrance. Une vision valorisante de la mélancolie comme vision du
génie, de Gérard de Nerval à Michel Houellebecq. C'est très lié à notre
histoire culturelle, au romantisme français doloriste. Il n'y a plus un
people qui ne parle pas de l'épreuve qu'il a vécue et de sa
reconstruction. La mélancolie est une tentation romantique de la ruine.

Et chez nos voisins ?

Tous les Européens sont travaillés par la recherche d'une finalité
autre que matérielle. Mais il y a deux endroits qui échappent à cette
mélancolie. L'Espagne, car elle rattrape son retard démocratique. Elle
est en mouvement. Et l'Allemagne, car ses problèmes économiques
rendent sa souffrance plus réelle. Il y a aussi un renouveau de la pensée
intellectuelle progressiste et positive qui refuse ce que Paul Ricoeur
appelait "la pensée de la déploration". Les philosophes allemands
acceptent de se saisir du réel.

Pas en France ?

Le réel n'est pas assez pensé, au plan économique en particulier. Les
politiques doivent trouver le moyen de donner à lire la pensée
économique qui critique le néolibéralisme. C'est un travail difficile,
dont Attac ne doit pas avoir le monopole. Penser le réel peut être un
levier pour arrêter la marche mélancolique. Le vrai sujet, c'est la
peur, le sentiment profond d'insécurité à tous les niveaux, parce que
notre société est en mutation. L'insécurité fait rechercher des
solutions drastiques, radicalise l'attente. Aujourd'hui, les seules
propositions entendues sont des propositions radicales. A droite, le
radical-populisme : on va rétablir l'ordre, ça va aller mieux. A
l'extrême gauche : l'Europe bouffe nos emplois, donc non à l'Europe !

(1) www.desfaitsetdessignes.com

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C'est la peur du noir qui engendre les monstres (surtout les crocodiles).

"Les chaises me font particulièrement peur parce que leur forme suggère
une absence humaine." (Emile Ajar. Pseudo)

MAIS DEMAIN C'EST LE PRINTEMPS !

LO n°80 - Melancholia

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