DÉLITS D'OPINION
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archive des Lettres Ouvertes n°201 à 210.
Les Lettres Ouvertes les plus récentes sont accessibles par
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"Les glaciers fondent et le
niveau de la mer monte.
— On aura moins loin
pour descendre à la plage." (Brève de comptoir)
— La fonte des glaciers, c'est juste la partie émergée de l'iceberg…
Les pôles nord, la capote glaciaire, par contre…
— Les pôles qui fondent, on s'en fout, non ? On y va jamais, nous.
Les ours blancs, les pingouins… c'est mignon, pour les enfants, mais
bon.
— Les pingouins, ça fait des beaux films.
— En images de synthèse, on les ferait pareil, les ours blancs, pareil,
les bisons, pareil. Déjà les Indiens, y en a plus, ben ça manque pas
tellement. Ça te manque, toi ?
— Ben, ça faisait des beaux films.
— Oui, mais déjà à l'époque, on en tuait plein, dans les films. John
Wayne.
Etonne-toi qu'y en ait plus, après. Les bisons, pareil. Buffalo Bill.
— Mais les pingouins, personne leur tire dessus, les ours blancs non
plus.
Y a que les bébés phoques. C'est triste.
— Ça oui, c'est triste. Parce que c'est des bébés. Même phoques, c'est
dommage.
— On doit pouvoir en faire en images de synthèse, des bébés phoques,
pour les films.
— Mais ça te fera pas des après-ski ou des manteaux.
— Ou de la graisse pour les godasses. Moi, quand j'étais gamin, on
mettait ça, sur les godasses en cuir : de la graisse de phoque, c'est
imperméable et c'est pas du chimique.
— Mais c'était sûrement pas du bébé phoque, vu ton âge.
— Ah non, c'était du vieux phoque, à cette époque, on tuait pas
les bébés, tu penses bien, on était humains, à cette époque. Les
Esquimaux - ils s'appelaient pas encore les Inuits - ils abandonnaient
les grands-mères sur la glace, mais ils tuaient pas les bébés phoques.
— Chez les esquimaux, toutes les filles s'appellent Emile.
— Ben… pourquoi ?
— Parce que "l'Emile est une Inuit".
— Connais pas.
— Y avait un film, je me souviens "Nanouk l'Esquimau", je me souviens…
— Tu vas pas pleurer…?
— C'est les bébés phoques plus la bière, ça me fait toujours pleurer.
Après je vois tout tordu.
— Les pingouins, quand y aura plus de banquise, faudra qu'ils apprennent
à voler, c'est tout.
— C'est des oiseaux ?
— C'est des oiseaux, mais c'est des cons, comme oiseaux : ils savent
pas voler.
— Tous les oiseaux, c'est des cons, c'est Chaval qui l'a dit, j'ai vu
le film.
— Connais pas.
— Alors forcément, si y a plus de glace, ils sont foutus.
— Les poules aussi, elles savent pas voler. Les autruches non plus.
— Ça dépend. Les mâles, peut-être… Y a des mâles, chez les autruches ?
Parce que elles font plutôt pédé, avec leurs plumes au cul.
— Ouais, y a des mâles. Mais ils volent pas non plus. Chez les
girafes aussi. Mais ils volent pas non plus. C'est génétique.
— Les girafes, ça se peut pas.
— Et c'est reparti…
http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3028
Le gouvernement canadien
a récemment fait part du nouveau quota
dévolu à la chasse de phoques, fixé à un prélèvement maximal de
275 000 spécimens pour l’année 2008. Le Ministère de la pêche canadien,
à l’initiative de ce décret, a justifié sa décision en déclarant que la
chasse aux phoques, dont la fourrure est une denrée extrêmement
recherchée, est « un pilier économique pour les collectivités côtières
du Canada atlantique et du Québec ».
Les blanchons, petits du phoque, sont les premiers concernés par cette
traque en raison de leur toison blanche immaculée, dont ils se délestent
lors de la mue. Ainsi, sur les 354 000 individus décimés au cours de
l’année 2006, 98 % avaient moins de trois mois.
Cumulée à la menace du
réchauffement climatique, cette élévation du
total autorisé des captures (TAC) pourrait mettre l’avenir de l’espèce
en danger. Le phoque est en effet l’une des nombreuses victimes de la
hausse des températures, en raison d’une fragilisation de la banquise.
Devenue trop mince, elle ne permet plus aux petits de se réfugier dans
des nids de glace le temps de former la couche de graisse nécessaire
pour se prémunir contre le froid. Parallèlement, l’amenuisement de la
surface habitable, causé par la fonte des glaces, pousse les populations
de phoques à se regrouper sur des espaces réduits. Cette promiscuité
forcée dégrade l’environnement immédiat et favorise la prolifération
d’épidémies mortelles.
De nombreuses voix d’organismes humanitaires se sont élevées pour
protester contre cet arrêté. En France, Brigitte Bardot a adressé une
lettre
engagée au Président Sarkozy, l’invitant à instaurer dans les plus brefs
un embargo national sur les produits dérivés de ce mammifère marin.
Cécile Cassier



Je
ne sais pas ce que vaut le film, mais j'adore l'affiche !

PÉKIN
EXPRESS
BIENVENUE CHEZ LES CH'TIBÉTAINS
— C'est pas dans les monastères tibétains qu'ils feraient de la
Bénédictine,
en tout cas ! (Brève de comptoir 2000)
Bien sûr, très vite il y a des gens pour vous gâcher le plaisir d'agir
pour une
bonne cause. Il y a ceux qui vous disent que la cause en question n'est
(peut-être) pas si bonne que ça, ça vous fait douter, ce qui, en soi,
est
plutôt une bonne chose, à part que ça vous oblige à travailler le sujet
là où
vous croyiez qu'une intime conviction, un tee-shirt et un slogan
suffisaient.
Et puis il y a ceux qui adhèrent à cette même cause et qui font
tellement
de conneries, dans leur enthousiasme militant, que ça vous dégoûte.
Au moindre incident au cours de la lecture de cette LO, on balance une
image de la tour Eiffel.
1) Contre quoi protestent les émeutiers Tibétains qui, le 14 mars,
s'attaquent à des boutiques de commerçants Han ou Hui ?
A la fin de la guerre d'Algérie, un certain nombre de pieds-noirs
rapatriés
se sont installés en Corse. Subventions aidant, ils ont acheté des
terres
et monté des entreprises, agricoles en particulier, qui se sont
empressées
de sauter ou de brûler accidentellement. C'est con. De là, on a dit :
"Les Corses sont des gros cons et des gros fainéants. Ils sont pauvres,
mais quand quelqu'un vient mettre en valeur ce qu'ils laissent à
l'abandon,
ils sont jaloux et ils font péter. Et racistes avec ça." Eux, les
Corses, diront :
"On n'a pas besoin de développement, c'est trop fatigant, on est très
bien
comme ça, et on est chez nous". Ça ressemble schématiquement à une
situation coloniale, mais en l'occurrence à l'intérieur d'un même pays :
Corses et rapatriés étaient des Français, non ? Il n'était donc pas
question de racisme, ou de nationalisme, tout juste de régionalisme
— ou de chauvinisme.
2) Au Tibet (province chinoise), une partie du problème (je dis bien
"une partie") vient de ce que, dans les années 80, si j'ai bien compris,
sont venus s'installer librement des Han (l'ethnie chinoise majoritaire)
ou des Hui venus du Si-Chuan ou du Yunnan, autres provinces chinoises
alors en grandes difficultés économiques agricoles. Ils ont installé
leurs
boutiques et profitent du développement touristique de la région.
Résultat,
les Tibétains, se sentant envahis, spoliés, brûlent leurs boutiques et
renversent leurs bagnoles. Il est un peu facile et hâtif de qualifier
cela,
comme le font les autorités centrales et certains commentateurs de chez
nous, d'actes racistes. Apparemment, là-bas comme ici, on met le terme
"raciste" à toutes les sauces et on ferait bien d'y faire gaffe. Ça
évite à
peu près tout travail de réflexion, ce qui est toujours dommage. On
devrait
parler plutôt de résistance ou de protectionnisme économique ou
culturel.
Peut-être de simple chauvinisme. Mais le discours des Chinois chinois
est :
"Regardez le magnifique développement que nous apportons à la région
depuis cinquante ans. Les Tibétains n'avaient qu'à monter eux-mêmes
des boutiques et autres industries pour profiter du développement, voire
même travailler eux-mêmes à leur propre
développement/progrès/croissance."
L'ennui, c'est que, apparemment, ce développement magnifique, cette
merveilleuse modernité mêlant communisme et commercialisme mondialiste,
tourisme, lunettes de soleil, bagnoles et déchets nucléaires, les
Tibétains
ne sont pas forcés d'avoir envie de ça. Comme les Corses ont peut-être
envie de garder leur maquis épineux, leur sieste et leur autonomie.
3) Les Tibétains, hors de toute question mystico-spirituelle
bouddhisante,
défendent un mode de vie agricole et montagnard — pas moderne pour
deux sous. C'est des sauvages, quoi ! Tiens, ils me rappellent aussi les
Amérindiens, les Amazoniens, les Inuits et quelques autres tribus…
et il se pourrait bien que notre exaltation écologiste (avec sa part de
mythification) de la société tibétaine soit analogue à notre
idéalisation
post-western des indiens d'Amérique. Mais mythification ou non, quelque
part, on aimerait bien qu'il n'arrive pas aux Tibétains ce qui leur est
arrivé :
massacre, ethnocide, alcoolisme, déculturation, destruction… même si on
sait que leur civilisation est une sorte de féodalisme politiquement
douteux.
Quand je vois les jeunes cadres chinois boire de la bière et chanter du
karaoké en boîte, je n'aime pas la "modernisation" de la société
chinoise :
c'est ça qu'on leur a apporté ? C'est ça que le progrès leur apporte ?
Les bars de nuit, la consommation, les gadgets, les cigarettes et les
bagnoles, toutes les pires tares de notre société STIC
(Science-Technique
-Industrie-Commerce) ? C'est ça la civilisation, la môôôdernité,
l'évolution
d'une société ? Et à coté de ces jeunes nouveaux riches imbéciles et
arrogants, qu'est-ce qu'on voit ? Des travailleurs pollués, polluants,
déplacés comme du bétail pour installer des barrages, des garages, du
garbage, des centrales toutes nukes ou des villages bobolympiques. Et
là,
je ne parle pas spécialement des Ch'tibétains mais de tous les
Ch'tinois.
Je dois être un gros réactionnaire. (J'ai un quart de sang corse,
aussi.)
— Le moine, au Tibet, il est dans la montagne là-haut, et tu crois pas
que le
moine dans les nuages, là-haut, il se branle pas, le moine ? Beuh beuh
beuh,
le moine il se branle en regardant par la fenêtre. (Brève de comptoir
95)
4) Tout bien réfléchi et même si je sais que les Tibétains sont pas tout
blancs, que les Bouddhistes sont pas tous non-violents, que les moines
ne sont pas des enfants de chœur, que les Dalaï-Lamas sont un peu trop
amis avec Bush, je vais rester de leur côté. Question de feeling… Quant
aux Chinois et aux JO, je vais continuer à taper dessus (virtuellement)
non pas tant à cause de comment sont traités les Tibétains mais à cause
de comment sont traités les Chinois en général, Han, Hui, Mandchous,
Kirghizes, Ouïgours, Tatars, etc. Sans oublier qu'ils produisent des
jouets
toxiques, des centrales au charbon qui pue, des slips qui se décousent
au
premier usage, des grippes aviaires… qu'ils bouffent nos yaourts et nous
prennent nos boulots… Manquerait plus qu'ils viennent jusque dans nos
bras égorger nos fils et nos compagnes.
DROITS DE L'HOMME
"C'est le blanc qui a inventé l'égalité, alors il en fait ce qu'il en
veut !"
(Brève de comptoir 1997)
Si la balle à blanc ne fait aucun mal, la balle à noir tue, Martin
Luther King
s'en souvient. Mais que fait la balle à jaune ? On ne le sait pas, car
la
presse n'est pas admise au dessus de 3000 mètres d'altitude.
RELIGION OLYMPIQUE
Pourquoi on a mis les JO en Chine, au fait ? Sur l'argument, entre
autres,
que, pour se faire bien voir, sachant qu'ils allaient être très
observés, les
Chinois (les autorités chinoises) allaient veiller à se réformer,
ouvrir leur
presse à la liberté, s'améliorer au niveau des DDH (Droits de l'homme).
C'est con, mais il semble bien que ce soit le contraire qui se produit :
déblayer le terrain, grand nettoyage de printemps, couper tout ce qui
dépasse avant l'été.
Si j'en crois Amnesty International………
http://www.amnesty.fr/index.php/(...)intensification_de_la_repression
— Le symbole de Reporters Sans Frontière brandi lors de l'allumage de
la flamme, ce serait une "profanation" du symbole olympique, d'après
le patron de la Chine.
— Ah bon ? Parce que c'est sacré, les anneaux ?
— Les anneaux du Seigneur !
— Les saints zanos…
Confirmation : l'attitude des manifestants parisiens sur le passage de
relais de la torche serait un "blasphème". Le sport — ou l'olympisme
— serait donc une religion ?… Les orientaux sont sans doute plus que
nous
sensibles aux symboles, et ils n'ont pas tort, mais en l'occurrence ce
langage religieux me semble quand même déplacé. L'idée de profanation
ou de blasphème est sous-tendue de culpabilité, de punition
potentielle.
Et il y a longtemps qu'on ne croit plus vraiment, par ici, à l'idéal
olympique,
au sport en tant qu'idéal de paix et de fraternité. On a peut-être
tort, mais
trop de concurrence acérée, trop de dopage, trop de fric à la clef,
trop de
médias, trop de sponsors. (Eh oui, qui c'est qui tient tellement à ce
que
la flamme parcourre le monde en chantant l'hymne olympique ? Samsung,
Coca-Cola, Adidas, Volkswagen, MacDo…………) Ah ! les belles valeurs de
l'olympisme markettisé, merchandisé, dopé, vendu…
Trop de politique.
L'olympisme, crédo des sportifs et de leurs parasites, est politique au
sens le plus large et le plus noble et économique au sens le plus bas et
le plus vulgaire.
— Le Bouddhisme, il faut méditer deux heures par jour.
— Moi, je bouquine aux cabinets. (Brève de comptoir 97)
Tout ça n'est pas fini, bien sûr, et il y aurait lieu de prévoir des
actions
à long terme, lisibles et non violentes, histoire de profiter du créneau
médiatique énorme fourni par les JO. Il y a par exemple des actions
prévues à base de couleur orange. (Et Bayrou n'y est pour rien.)
http://www.thecolororange.net/uk/
Personnellement, ne considérant pas le Shark comme représentant "la
France", ni comme ME représentant, qu'il aille à Pékin ou non, je m'en
fous un peu. En fait, je préférerais qu'il aille en Colombie récupérer
Ingrid Bétancourt : les FARC le choppent, le gardent, lui font une
petite
cabane dans la jungle et on l'oublie pour dix ans.
Sinon, y a l'Afghanistan.
(A suivre tout de suite ou demain, parce que j'en ai encore autant de
prêt,
mais j'ai préféré subdiviser tout ça en deux lettres parce que y en a
qui
gueulent quand c'est trop long.)
L.O. 207 (13 avril 2008)
PÉKIN EXPRESS – SUITE comme promis
Vu et entendu ce matin J.C. Carrière (l'un des hommes au monde que
j'aime et admire le plus) dans 'Thé ou café' sur France 2. Lui qui a
pas mal fréquenté le Dalaï Lama et est toujours en relation avec son
entourage, avoue que celui-ci vit une crise grave dont l'enjeu essentiel
est de ne pas voir les jeunes Tibétains en venir au terrorisme. "Le jour
où un ou deux soldats chinois seront tués par des Tibétains, c'en sera
fini du Tibet.", concluait-il… (L'émission, où l'on voit aussi le
jardinier
en chef du château de Versailles faire l'éloge du purin d'ortie, doit se
retrouver en ligne dès ce dimanche après-midi.)
BIENVENUE CHEZ LES CH'TINOIS
Qu'est-ce qu'on dit quand on dit "les Chinois" ?
- Le gouvernement ? les autorités ? le régime de Pékin…? ("Enlarge your
pekin's", comme disent les spams.)
- Les grands commerçants fabricants de tee-shirts, de TV et de
téléphones
portables…?
- Le peuple, les gens…?
Et dans ce cas, qui ? Les Han, les Hui, les Mandchous, les Kirghizes,
les
Ouïgours, les Tatars… les Tibétains…? — qui après tout,
techniquement,
sont chinois. (Dans la liste de Wikipédia, il y a 56 ethnies
répertoriées).
Les Chinois sont généralement, comme tout le monde, de braves gens,
plutôt plus souriants et aimables que la moyenne. Je peux le dire
aisément :
je n'en connais pas un seul personnellement. Les Chinois, comme ennemis,
ne sont pas héréditaires, contrairement aux Allemands et aux Anglais.
(Il
y a bien aussi les Italiens, mais ils sont moins héréditaires et ils
sont
maçons ou chanteurs, ce qui est plus gai, surtout quand ils savent
qu'ils
auront de l'amour et du vin… De même que les Portugais, surtout les
filles, du moins question de chanter (Aah, le fado !…) Les Espagnols
sont
ramasseurs de fraises, alors on ne peut pas leur en vouloir. Dans nos
voisins (parce que les ennemis héréditaires sont toujours les voisins),
il y a aussi les Belges et les Suisses, mais eux, ce sont nos amis, du
moins
ceux francophones. Les autres sont des étrangers comme les autres.)
Evidemment ces gens vivent dans un régime paradoxal de communisme
capitaliste répressif, avec expression limitée, censure naïve,
grossière,
grotesque, comme elle a toujours été dans les pays dits communistes
— mais au fond qui a "quelque chose à dire", hein ?… à part une petite
minorité, comme ici ? (à part qu'ici on a le droit.)
"Les deux sortes de Chinois sont : les Chinois communistes,
qui mangent
les enfants ; et les Chinois nationalistes, qui mangent des conserves
saupiquet, si ça se trouve.
Comment reconnaître un
Chinois nationaliste d'un Chinois communiste ?
C'est impossible : on
dirait des Japonais." (Pierre Desproges. Les Etrangers
sont nuls)
Quand en 2001, Pierre de Coubertin confie à la Chine
l'organisation des
J.O. 2008, la gauche tiers-mondiste se réjouit — elle devrait hurler de
peur. La droite mondialiste aussi. Quant à la Chine, devenue Machine,
elle
se réjouit de son statut de nouvelle puissance mondiale, elle triomphe.
— Elle devrait hurler de peur. — Et nous aussi. (De toute façon, tout le
monde, sur cette planète, à l'heure qu'il est, devrait hurler de peur.
Si on
ne le fait pas, c'est qu'on a sa fierté.) Les J.O. ne sont qu'une
médaille
en chocolat disant "bon d'accord, on vous reconnaît, bien forcés*, comme
grande puissance économique et autre, maintenant soyez sympas, parce
que nous on est morts* de trouille." Logique de la terreur, bien que les
Chinois ne pratiquent pas le terrorisme explosif — plus malins que ça.
Terreur économique, alors ?
Et où est le "racisme" ?
Car certains posent ainsi la question : sous prétexte de défendre les
droits de l'homme tibétain et ceux de l'homme de la rue chinois, ne
sommes-nous pas en train de développer un racisme anti-Chinois (un
"anti-sinisme" ou une "sinophobie") lié à des raisons plus personnelles
d'Européens se sentant menacés par l'économie chinoise.
Les Chinois, déjà qu'ils produisent des jouets toxiques, des centrales
au charbon qui pue, des slips qui se décousent au premier usage, des
grippes aviaires… qu'ils bouffent nos yaourts et nous prennent nos
boulots… manquerait plus qu'ils viennent jusque dans nos bras égorger
nos fils et nos compagnes. (Je me répète, je sais, c'est exprès, le
copié-collé n'est pas fait pour les chiens. Quoique, en périodes de
chaleurs…)
"On est envahis de produits chinois !"
Oui, mais on est victimes consentantes de cette invasion. Je dirais même
"on en redemande". On y délocalise, on y fait fabriquer, on y achète, et
trop contents : pas cher. Mais on leur en veut, quand même, coincés
qu'on est dans cette double contrainte : peur et dépendance. La relative
indifférence dans laquelle nous tenions "les Chinois", trop étranges
étrangers pour que nous puissions faire preuve à leur égard d'un racisme
primaire, viscéral, se transforme en racisme secondaire, motivé par la
dépendance économique et la jalousie, mélange de complexe d'infériorité
et de supériorité… On a besoin d'eux, ils nous dominent économiquement,
vous ne voulez pas qu'on les aime, en plus ?!
Viennent s'y adjoindre de vieilles peurs : "le péril jaune", la vision
de
hordes attilesques ou gengiskhanesques déferlant d'est en ouest ; et
si nombreux — armée de fourmis, robots, clones, tous semblables,
négation de notre précieux individualisme — et tous affamés.
"Les Chinois sont appelés ainsi parce qu'ils sont périlleux
en tant que
jaunes." (Pierre Desproges. Les Etrangers sont nuls)
Cette invasion physique n'a pas eu lieu, remplacée par cette
invasion
économique à notre corps consentant. Alors oui, de plus en plus, on
devient anti-Chinois — et je n'appelle pas ça du racisme.
"Le calendrier chinois, au moins t'as pas les pompiers
chinois qui
passent te le vendre chez toi." (Brève de comptoir 97)
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Cela dit, j'ai trouvé ça sur un forum. Ça pue un peu mais ça
n'est pas
totalement injustifié et ça mérite aussi la parole :
| # Mr T | Re : Qui veut la peau de la flamme olympique? |
J'ai bouffé épicé hier soir, de
la bouffe chinoise, et j'ai mal au ventre.
J'ai envie de chier mou
sur toutes les têtes de cons qui ont essayé et de
flinguer le parcours de la flamme et y sont malheureusement parvenus.
Vous pouvez me taper
dessus, mais Menard me fait penser à l'autre abruti
d'ancien président d'Act Up qui, à force de se mêler de tout, a fini par
traiter la France de pays de merde. Il est mort, je ne le pleurerai pas.
Hier, je suis passé à
Trocadero vers midi, l'esplanade était gavée de
crasseux qui ferment les yeux quand ils parlent. Tous ces gens sont
solidaires du Tibet depuis deux mois et avaient sagement fermé leur
gueule lors de la désignation de Pékin il y a quelques années. Tous ces
défenseurs de toutes les causes, qui se sapent dans des tenues locales
sous prétexte qu'ils ont fait du tourisme au Népal et qui vivent
d'allocations me donnent des envies de torture.
S'ils veulent défendre
les tibétains, qu'ils aillent pisser sur l'ambassade
de Chine, pas sur la flamme olympique.
Cela dit, le mutisme de
Sarkozy renvoie à l'anecdote des racailles.
Comment peut-il être si mal entouré qu'il ne trouve pas un mot
juste pour calmer le jeu et permettre à tous les abrutis de service
de distinguer les JO de la répression tibétaine ? Ca me sidère. #
Distinguer, oui, telle est la question. Pour gueuler contre
l'organisation
des J.O. en Chine, il est en effet un peu tard. Maintenant et dans les
mois qui viennent, par contre, il y a moyen de profiter de l'occasion,
la
formidable occasion médiatique que cela représente, y compris ce défilé
de la flamme un peu partout. A condition de s'en servir pour envoyer un
message lisible. Essayer d'arrêter le cortège, d'éteindre la flamme et
autres actions plus ou moins violentes, n'a aucun sens ; ou ça ne fait
pas sens. Ça s'attaque aux J.O., au sport, aux sportifs, ce qui ne veut
rien dire. (Et c'est un qui s'en fout royalement du sport de
compétition,
des jeux et des championnats, qui vous le dit.) Au final c'est carrément
contre-productif, comme on dit de nos jours. Alors que faire aux
relayeurs une haie de drapeaux tibétains, de T-shirts 'I love free
Tibet',
de banderoles RSF, d'appels pour la libération des dissidents
emprisonnés,
pour la suppression de la peine de mort, etc, ça aurait été tellement
plus
lisible. Désolé qu'une fois de plus ça soit les élus Verts qui aient
fait
les plus grosses conneries. Au total, ces actions entrent dans le cadre
du vaste complot qui tend à ce que plus personne ne comprenne rien à
rien. Chaos. C'est le terme médiatique qui est le plus souvent sorti à
l'occasion de cette journée. Il le mérite. Chaos dans les faits et
gestes,
chaos du sens.
Tout cela n'exclut pas que le sport soit politique — comment
pourrait-il
ne pas l'être ? Comment le CIO pourrait-il ne pas avoir fait acte
politique
en donnant les JO à Pékin ?
Quant aux drapeaux, il serait peut-être temps d'inventer et
d'étaler un
drapeau, non du Tibet, mais un drapeau de tout peuple opprimé — ou de
tout peuple — un drapeau de la Terre, de l'Homme. Ça aurait pu être, et
ça a peut-être été, un temps, le drapeau aux anneaux olympiques… mais
c'est trop tard, il est cassé et la surface de réparation n'y suffira
jamais.
………
… Et pendant ce temps la flamme poursuit son périple jaune…
Je sens que je vais passer l'été à boycotter les JO de Pékin comme un
fou,
vêtu de mon T-shirt RSF devant ma télé éteinte. Mon salon télé étant
l'endroit le plus frais de la maison, et mon tome 9 d'Arkadi étant alors
(en août) bouclé, ça se présente plutôt bien. Déjà que je boycotte
l'Équipe et les retransmissions sportives depuis toujours…… (Quoique…
la gym filles… le beach-volley……)
------------
NOTE GRAMMATICOPHILE
* Quand je dis "on", c'est parfois suivi du singulier "on est désolé
de", c'est
que j'utilise alors un "on" indifférencié et que je respecte la
grammaire.
Quand il est suivi d'un pluriel "on est désolés", c'est que je fais
'style
langage parlé' et que ce "on" tient lieu de "nous", tant pis pour la
grammaire. "On" me dira que je pourrais choisir une bonne fois et m'y
tenir, mais non : ça n'a pas le même sens. Je n'ai pas analysé tout ça
en détail, mais a priori quand j'utilise un "on=nous", c'est que je
m'inclus
dans le tas, ce qui n'est pas (ou pas forcément) le cas du "on"
indifférencié.
Avec ça, débrouillez-vous.
Quant au point-virgule, j'ai tendance à déplorer sa voie de disparition
et
je promets de faire un effort pour le réhabiliter, à condition que je
trouve
à le placer judicieusement. (Point.)
"On reconnaît tout de suite un homme de jugement à l'usage
qu'il fait
du point et virgule." (Henry de Montherlant, Carnets)


A
CHAQUE JOUR SON CASSE
Des propos pour le moins édifiants rapportés par
Charlie-Hebdo du 27.10.2004
M. Renaud Dutreil, alors ministre de la Fonction Publique et
de la Réforme de
l’Etat (sic) s'exprimait comme suit lors d'une réunion de la Fondation
Concorde,
un think tank (ou groupe de réflexion, mais lui, il doit préférer dire
think tank…)
proche de la majorité actuelle, le mercredi 20 octobre 2004 au Café
Restaurant
Pépita à Paris :
"Les retraités de la fonction publique ne rendent plus de
services à la nation.
Ces gens-là sont inutiles, mais continuent de peser très lourdement. La
pension d'un retraité, c'est presque 75% du coût d'un fonctionnaire
présent.
Il faudra résoudre ce problème."
Une bonne
euthanasie (euthanazi ?) et il n'y paraîtra plus.
"Le grand problème de l'État, c'est la rigidité de sa
main-d'oeuvre. Pour
faire passer un fonctionnaire du premier au deuxième étage de la place
Beauvau, il faut un an. Non pas à cause de l'escalier [rires dans la
salle],
mais des corps. Il y a 1400 corps : 900 corps vivants, 500 corps morts
[rires],
comme par exemple l'administration des télécoms. Je vais les remplacer
par cinq filières professionnelle qui permettront la mobilité des
ressources
humaines : éducation, administration générale, économie et finances,
sécurité sanitaire et sociale. Si on ne fait pas ça, la réforme de
l'État est
impossible. Parce que les corps abritent des emplois inutiles."
Se débarrasser des corps, effectivement, c'est ce que
cherchent à faire
tous les assassins.
"A l'heure actuelle, nous sommes un peu méchants avec les
fonctionnaires.
Leur pouvoir d'achat a perdu 4,5% depuis 2000."
C'est rien… (Sachant que ce texte date de 2004, calculez
l'état actuel…)
"Comme tous les hommes politiques de droite, j'étais
impressionné par
l'adversaire. Mais je pense que nous surestimions considérablement
cette force de résistance. Ce qui compte en France, c'est la
psychologie,
débloquer tous ces verrous psychologiques."
Guy Môquet et Jean Moulin sont morts
depuis longtemps… alors la
résistance……
"C'est sur l'Éducation nationale que doit peser l'effort
principal de
réduction des effectifs de la fonction publique. Sur le 1,2 million de
fonctionnaires de l'Éducation nationale, 800 000 sont des enseignants.
Licencier dans les back office de l'Éducation nationale, c'est facile,
on
sait comment faire, avec Éric Woerth [secrétaire d'État à la Réforme de
l'État] : on prend un cabinet de conseil et on change les process de
travail, on supprime quelques missions. Mais pour les enseignants,
c'est plus délicat. Il faudra faire un grand audit."
C'est sûr que les enseignant, ils sont chiants. Il veulent
enseigner,
ah ah… voire même éduquer, ah ah ah ! Et avoir les moyens de.
"Le problème que nous avons en France, c'est que les gens
sont contents
des services publics. L'hôpital fonctionne bien, l'école fonctionne
bien, la
police fonctionne bien. Alors il faut tenir un discours, expliquer que
nous
sommes à deux doigts d'une crise majeure - c'est ce que fait très bien
Michel Camdessus, mais sans paniquer les gens, car à ce moment-là,
ils se recroquevillent comme des tortues."
En fait, faut arriver à casser tout ce qui fonctionne bien,
créer la "crise
majeure"… et là on pleurera : "Réformez tout, réformez nous… Changez
tout ! Privatisez tout ! Comme aux USABush, où c'est tellement bien !"
On retrouve tout ça là
http://www.ou-vont-les-cops.org/phorum/read.php?f=40&i=74&t=74
… Et si la pétition demandant la démission de Renaud Dutreil
date un peu,
il semble que le contenu théorico-cynique reste gravement d'actualité.
JoW : "Le ministre de la
Fonction publique actuel est Eric Woerth.
Egalement ministre du Budget et des Comptes publics, ce qui inaugure
de toute façon mal de l'avenir des fonctionnaires. Comme on l'aura
peut-être retenu, il veut autoriser le recours à l'intérim ou à un agent
contractuel pour remplacer un fonctionnaire absent et "fluidifier" la
fonction publique. La "mobilité" semble son maître mot... en dehors
des milliards d'économie à réaliser pour assainir le budget (et les
dettes) de l'état."
Alors,
hôpital, éducation nationale, justice…… qu'est-ce qu'on casse,
aujourd'hui ?