LETTRES
OUVERTES
(DÉLITS
D'OPINION)
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archive des Lettres Ouvertes n°291 à 300.
Les Lettres Ouvertes les plus récentes sont accessibles par
là.
LO N° 291 (23/03/09)
Un
futur terrorisateur ?
LO N° 292 (24/03/09)
AAAARGH…
Outre
les obscénités habituelles, du type paratonnerre doré, cette fois,
il
parait que c'est la journée française de l'allergie (non, pas de
l'Algérie),
mais aussi la journée mondiale de la tuberculose —
l'un n'empêche pas
l'autre. Et comme, il y a une semaine ou
deux, dans le flot continu
d'informations, passait un écho sur
la recrudescence de la tuberculose
dans les prisons………
…
ce sera encore une LO type "dessin du jour".
Les sentiers, les
chamades et
les femmes battues, la crème fouettée,
les bâtons rompus, les
prix
cassés, les cafés frappés,
que de violence en ce monde...
LO N° 293 (27/03/09)
HALLALI
LUTTER CONTRE LA CRISE
D'APPAUVRISSEMENT
CINÉMA
Je
confirme que "Vous ne l'emporterez pas avec vous", de Franck Capra
(1938)
(vu en DVD), c'est génial… et totalement d'actualité !
Je
confirme que "La journée de la jupe", c'est très bien et totalement
d'actualité,
et plus fin qu'il n'y parait derrière son aspect choc. (En salles
cette
semaine, mais avec peu de copies, paraît-il. Visez bien !)
ARROGANCE
Arrogance
? Provocation ? Ou simple coïncidences ? Comme par hasard,
les
grandes sociétés annoncent de gros bénéfices et, simultanément,
des
licenciement… Ou annoncent des grosses pertes, bénéficient d'aides
de
l'état et simultanément leurs dirigeants se payent des bonus et
stokoptions
maravilieuses… Ou un dirigeant (responsable, en principe,
des
pertes) part avec un paratonnerre doré sur tranche. Sans omettre
les
cas où une grande société (qui vient de recevoir une aide de l'État)
réunit
ses dirigeants en colloque dans un hôtel 5 étoiles aux Bahamas…
(Sans
doute pour y réfléchir dans le calme à ce qu'ils vont bien pouvoir
faire
de tout ce pognon…)
Arrogance ? Provocation ? Certainement.
Mais ça ne suffit pas à expliquer
ces positions et ces
annonces publiques, de la part de gens censément
rationnels.
Il y a de l'attentat-suicide, là-dedans… perdu pour perdu…
baroud
d'honneur… Ça sent l'hallali ! (Et sans doute pourrait-on en dire
autant
des dernières frasques papistes, politistes ou israélistes :
on
sent que la fin est proche, alors on veut finir "en beauté"…)
TRANSPARENCE
Bien
sûr, ces pratiques (superbonus, stokoptions…), nous voudrions les
voir
disparaître, mais on ne nous propose (par la voix du Shark) que de
la
transparence.
Il
est vrai que ces pratiques ont sans doute toujours existé d'une manière
ou
d'une autre, mais ça se faisait en secret, ou au moins discrètement.
Maintenant,
ça se sait. Que cette médiatisation soit le fait d'une réelle
volonté
de
transparence,
donc, ou le fait de révélations du Canard Enchaîné
ou de Libé,
tout se sait. Du coup, la fameuse "
transparence"
apparaît
comme pur cynisme. — Ou simplement met au jour le
cynisme qui a
toujours présidé à ces pratiques. Cela fait
scandale, cela offusque le
bon peuple = nous. Nous sommes
encore pourvus de sens moral, faut
croire, ou en demande de
morale (de moralisation), de cohérence, de
justice. À moins
que nous soyons seulement humiliés, jaloux, envieux ?
Nous
crions à l'injustice, et les hompols sont bien forcés de nous suivre
sur
ce terrain (sincèrement ou cyniquement). Le scandale (populaire,
médiatique
et politique) force donc les dirigeants sans scrupules à faire
machine
arrière, à réguler leur arrogance. Ça leur apprendra !
Donc
peut-être bien que l'exigence de
transparence
produit bel et bien
des effets. La visibilité inévitable joue
un rôle de gendarme préventif.
Un peu comme une caméra de
surveillance peut faire renoncer à un délit…
… Ou peut pousser
à mieux se cacher. Car l'avidité ne renonce pas si facilement.
D'ailleurs,
nous-mêmes protestons devant la présence des caméras de
surveillance,
ou la prolifération des fichiers, alors même que, a priori, nous
n'avons
rien à nous reprocher, rien à cacher. (Quoique… une petite vente
sans
facture… un petit boulot au noir…c'est toujours ça que le fisc n'aura
pas,
hein ?!) Et nous voilà pris dans un paradoxe : nous nous réjouissons
que
les gros soient pris sous l'œil des caméras, obligés à la
transparence,
à
l'aveu, à la révélation de leur voracité, mais nous, nous voulons garder
nos
petits secrets.
« Ben oui, mais moi, mon paradis fiscal, c'est
quelques billets sous mon
matelas, mes stokoptions, c'est mon
livret A à la Poste… Y a pas de
comparaison… Grosse différence
de taille… On ne peut pas parler de fraude
ni d'avidité… »
Tout
cela est petit, oui, donc pas indécent. Mais pas innocent. (Puisqu'il
est
question de morale).
Le petit (en général) espère
devenir gros… et celui qui a vaguement arnaqué
le fisc du
temps de sa jeunesse pauvre ira peut-être mettre ses bénéfices
en
Suisse s'il a la chance de passer les bornes de la moyenne, de franchir
le
seuil de la maison des riches. Petite tricherie deviendra grosse, si
l'occasion
se présente, si le jeu en vaut la chandelle. Et il protestera
vertement
quand on voudra le moraliser de force, comme le gauchiste
proteste
contre le fichage, le droitiste contre la surimposition…
Alors,
est-ce seulement une question d'échelle ? Est-ce que tout un chacun,
au
fond, ne rêve que de richesse, de capital, donc de bonus, parachutes
dorés
et stokoptions bien juteuses ?
Celui qui prétend cela est sans
doute le gros cynique qui cherche à se
dédouaner : « Tu sais
bien que tout le monde fonctionne comme ça, coco…
Chacun est
un salaud avide… » Ou : « Tu es juste jaloux… Si tu avais pu le
faire,
tu l'aurais fait… Toi aussi, lecteur… »
Et du coup, voilà que
l'on débouche sur des questions métaphysiques :
la morale
n'est-elle que la peur du gendarme, ou la jalousie du faible,
ou
la vengeance de la victime…? L'éthique n'est-elle qu'une création
humaine
sociale (via la religion ou la justice) destinée à compenser la
supposée
saloperie fondamentale de l'individu humain, et, partant,
à
rendre la vie en société possible.
Une autre fois, peut-être…
Ou allez chercher chez Darwin, Rousseau,
Freud, les
anarchistes…………
ENTENDU
«
Il faut savoir raison
garder et ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain ».
Dès
que j'entends un économiste/politique/médiatique sortir l'une ou
l'autre
de ces expressions, voire les deux dans la foulée, je coupe !
LU
«
Chaque crise est
l'occasion
inespérée d'identifier les causes de son
apparition…
»
Ouais… Comme dirait le Dr House : « Vous verrez bien,
à
l'autopsie, que mon diagnostic était exact. »
MICHAEL JACKSON REVIENT
(et il rejoue Thriller)
LO N° 294 (31/03/09)
TABOUS
L'ARGENT/DETTE # 14
De
quelques gros mots tout tabous.
PROTECTIONNISME ? (ou
ISOLATIONNISME ?)
Le protectionnisme n'est
forcément de la xénophobie.
Appel
d'offre : c'est le moins cher qui gagne, même s'il doit venir de 2 000
km.
(Cas récent en Angleterre pour une construction de
centrale nuke :
ouvriers
importés d'Espagne et Portugal. Protestations des
chômeurs
anglais.
Et problème en Irlande à cause de l'immigration
polonaise).
Ce
qui est en cause, plus globalement que la xénophobie, c'est le libre
échangisme
libéraliste mondialiste, bien sûr — et la non prise en
compte
de la question pétrole/effet de serre.
Ce
n'est pas (pas
forcément) que les Grands Bretons n'aiment pas les
Espagnols
ou les
Portugais, ni qu'on n'aime pas les Italiens ou les Chinois.
C'est
qu'on
préférerait que le boulot aille à des Français, c'est à dire des
voisins,
des cousins, des frères, fils, filles… Ce n'est pas normal ?
Je sais
bien que Le Pen tenait ce genre de discours d'un bon
sens sans
doute
primaire. On n'a rien contre les étrangers mais on
préfère ses
proches,
ceux qu'on connaît déjà, ceux qui parlent la même
langue… La
tribu, quoi…
Sans oublier l'aspect économique : comment se
fait-il
qu'un ouvrier venu
de Pologne coûte moins cher qu'un ouvrier
venu de
vingt km d'ici ? Est-ce
(économiquement) rationnel ? Est-ce
(économiquement) juste ?
Et l'écologie ? Faire venir en
Angleterre
des ouvriers espagnols pour des
chantiers, c'est des trajets
en avion
ou en bateau, des transports, c'est du
pétrole, c'est des gaz
à effet
de serre, c'est du réchauffement planétaire. Absurde.
Et
finalement,
pour moi, cet argument est suffisant et renvoie tous les autres
au
passé décomposé. A un moment ou l'autre, d'ici vingt ans, on sera
forcés
de relocaliser, faute de pétrole, alors autant s'y
mettre tout
de suite.
«
Qu'un
pot de yaourt, une crème solaire ou un lecteur de
CD, sous prétexte
qu'ils ont coûté moins cher à produire à tel
endroit
de la Terre, fassent le
tour de la planète pour être vendus
ailleurs
dans le monde ne peut plus
être envisagé comme un système
viable
puisque le coût réel des échanges
devra désormais se mesurer à
l'échelle d'une énergie qui va devenir chère,
rare et
précieuse. /
Puisque cette mondialisation-là s'avère insoutenable,
c'est au
contraire vers une relocalisation des activités économiques et vers
le
raccourcissement des échanges qu'il faut aller. (etc) »
(Jean-Paul
Besset.
"Comment ne plus être progressiste… sans devenir
réactionnaire". Fayard)
RE-LO-CA-LI-SA-TION ?
Délocaliser
ou relocaliser la production automobile ?
La question n'est
pas là.
La
question est que les automobiles qu'on fabrique ici ou là-bas sont
dépassées…
et sans doute même que "l'automobile" est dépassée.
Dépassée
par les évènements ? Oui, par les évènements qu'elle a elle-même
provoqués
: pénurie de pétrole, production de gaz à effet de serre,
production
de déchets.
(Mais on pourrait en dire
autant des vaches ou des cuvettes en plastique – rose.)
Alors…
RE-CON-VER-SION ?
Qui
peut le plus peut moins :
Avec un peu de soin,
Un
constructeur auto
Peut produire des vélos,
Des
éoliennes et des persiennes…
Des charrette à chwal,
Des
bateaux à voile,
Des poêles à poil,
Des fours à pain,
Des
cuves à vin…
Et des cloches à fromage.
(Ou, pourquoi
pas ?, RIEN.)
De
même, les tailleurs et producteurs de fringues (y en a encore, en
France ?)
peuvent devenir ravaudeurs, réparateurs, repriseurs
de
fringues ; les bétonniers
tailleurs de pierre ; les
marins-pêcheurs
éleveurs de poissons rouges en bocal ;
les semenciers
jardiniers ; les
fabricants d'engrais éleveurs de vers de terre
composteurs ;
quant aux
producteurs de pneus et chambres à air, ils n'ont
qu'à
fabriquer de
capotes anglaises, ça sera plus utile ! etc.
RETOUR VERS LE FUTUR : LE
LOCAL
Face
au fiasco (prévisible et prévu) de la société néolibérale, civilisation
vampire
autodévoratrice, nous espérons quelque chose comme un retour
à
l'Etat-Nation nationaliseur, au protectionnisme antiglobalisation…
Un
resserrement sur soi ? Un rétrécissement ? Ça aussi, dans le discours
politico-médiatique,
c'est tout de suite pouah-caca tant le mythe de
l'expansion
permanente est ancré. Pourtant, face à un danger, un repli
stratégique
sur des positions préparées à l'avance n'a rien de honteux.
On
se remet dans des conditions déjà connues, analysées, maîtrisées,
on
se calme, on se reconcentre sur le niveau local, dans une configuration
contrôlable
parce que plus petite ("small is beautifull") et parce que
cohérente
(territoire, langue culture, distances courtes, équilibre des
échanges
internes… échelon du pays ou même échelon de la région…)
On se
repose, parce qu'on n'a pas à gérer le monde entier à la fois, avec
l'affolement
que cela suppose. Et c'est dans ce calme revenu que l'on
peut
repenser le monde, les contacts, les échanges, le
système, l'homme
global…
non plus comme une fatalité subie dans la panique,
mais comme
un plan
d'avenir. « On arrête tout, on réfléchit et c'est pas
triste »,
disait Gébé.
Oui, mais non : on n'arrête pas tout, mais on
rétrécit le
champ d'action,
on se limite à une surface dont on puisse
évaluer en
permanence les
tenants et les aboutissants, les entrées et les
sorties,
les besoins réels
et les capacités réelles.
On
échappe au global
énorme "boîte noire" pour s'installer dans un local
éclairé ou
éclairable. Et on écolonomise sur les transports.
Le "local",
pour commencer, pourrait être l'Europe. ("Continental" ?)
C'est
une proposition d'Emmanuel Todd :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Todd
http://www.protectionnisme.eu/index.php
PROTECTIONNISME
européen, puisqu'il faut l'appeler par son nom.
Et pourquoi
pas
national, et même régional, et même départemental,
et même
chez moi,
tiens : un potager et une éolienne ?
Il s'agirait d'abord et
avant
tout de ne plus être dans la dépendance
extérieure. Pas
tellement la
dépendance d'autres États, étrangers,
fournisseurs ou clients,
que la
dépendance d'un système général monstrueux,
énorme, flou,
flasque,
liquide, chaotique, multinational. On peut
effectivement
nommer ça
protectionnisme, patriotisme économique,
ou souverainisme, ou
isolationnisme, tous ces gros mots… Si on veut,
mais ce n'est
pas la
question. Ce n'est pas une question politicienne ou
nationaliste
ou
xénophobe ou raciste. C'est une question de survie.
Il s'agit
surtout de retrouver une maîtrise.
(Exemple,
dans le même ordre d'idée : la Réunion, avec la chikungunya,
perd
sa
principale ressource : le tourisme. Il est aberrant et dramatique
qu'une
ÎLE ait mis ainsi sa population à la merci de l'extérieur (la
métropole
ou l'étranger, peu importe) pour sa survie. On peut
penser
aussi à la GB,
grande libéraliste et pourtant à la mentalité
foncièrement indépendante,
qui se retrouve à la merci des
échanges
internationaux, donc du pétrole, pour
son alimentation, la
nourriture
de sa population. Quant aux Guadeloupéens
ou Martiniquais,
ont-ils
vraiment besoin de faire venir à prix d'or de
métropole des
pommes –
fruit exotique, pour eux ?)
RÉDUCTION DE SURFACE
À
l'intérieur d'un continent même ou d'un pays même, quelle devrait être
la
surface d'une "île", capable de s'autogérer financièrement
et
économiquement,
s'autoalimenter, de vivre en (quasi) autarcie
industrielle, agricole et distributive,
de survivre sans
dépendre de
quoi que ce soit d'extérieur – à commencer par
les transports,
c'est-à-dire le pétrole (son prix, bien sûr, et ses conséquences
écologiques,
mais tout bonnement son existence – qui touche à sa fin) ?
Là
encore, bien évidemment, le raisonnement parti de la crise
financière
rejoint la crise écologique, à laquelle, de la même
façon,
on devrait répondre
par le resserrement sur le local. Et je
dis bien
resserrement et non repli (autiste).
IMPORT EXPORT
On
n'a pas
besoin de devises, on a besoin de bouffer. Bon sens primaire.
La
seule
logique de base à laquelle il faudrait revenir, dans les pays du Sud,
en
particulier, c'est de travailler à produire à bouffer pour soi. Pour
son propre
pays, si on veut, mais d'abord pour soi et sa
famille. Ce
n'est pas une logique
"économique" au sens où l'économie est
fondée sur
le commerce, c'est une
logique économique au sens où le
premier devoir
économique d'un État est
de s'assurer que les habitants du
pays aient à
bouffer. Une logique nutritive,
si on veut. N'importe quel
pays
pourrait redevenir à majorité paysanne :
chaque famille
produirait
principalement, d'abord et avant tout, sa propre
nourriture —
autant
que possible.
Quid des ouvriers, des intellectuels, des
bureaucrates, des petits commerçants,
etc…? D'abord, s'ils ne
travaillent pas douze heures par jour, ils peuvent avoir
du
temps libre
pour faire un potager : les jardins ouvriers, ça existe encore,
le
potager derrière le pavillon de banlieue aussi. (Les plantations sur
les
balcons aussi, mais là c'est rare que ce soit pour
manger…) Et puis
un
poulailler ou trois clapiers…
Ensuite, comme, bien
sûr, ça ne
suffit pas, il faut quand même que des
paysans produisent plus
que
leurs besoins propres et vendent aux gens
de la ville ou à des
commerçants qui distribuent en ville. Ceci apportant
aux
paysans en
question l'argent qu'il leur faut quand même pour… je ne
sais
pas… le
sel. Disons les outils, l'énergie — et du superflu. (Vous voyez,
je
casse pas tout. Mais je ne cite pas assurances ou médicaments…)
Les
gens qui ont connu la guerre de 40, mes parents par exemple, (moi je
suis
né pendant) avaient ça : un pavillon loué à Auvers-sur-Oise, un
vélo,
des clapiers, une pompe dans le jardin, des arbres
fruitiers. Et
ma mère
savait tricoter, coudre, retourner des vieux
vêtements, tailler
des fringues
d'enfants dans les vieux blousons de mon père,
fabriquer
des pantoufles
avec des vieux tapis. Et faisait cent km en
vélo pour
aller chercher du
beurre chez des cousins de Normandie. Je
veux dire
par là que c'est
possible, quand les besoins s'imposent.
Economie
de
"survie" imposée par les circonstances exceptionnelles ?
Ou
économie de
vie, simplement, les circonstances constantes étant
la
nécessité de
bouffer tous les jours. Point.
Dessin
extrait de
Monsieur Mouche 2, de Jean-Luc Coudray et
divers illustrateurs.
Zanpano éditeur
2005 www.zanpano.com
LO N° 295 (1er avril 2009)
RÉTROPIE
1
Tout étant lié, partant de
l'argent-dette, j'en suis venu à parler de
"protectionnisme/relocalisation",
et je me trouve amené à enchaîner sur une
série qui mûrissait
lentement sur mon disque dur, et qu'on pourrait intituler
UTOPIE ?
(Point
d'interrogation inclus)
(OU
UKRONIE ? OU RÉTROPIE ? OU RÉTROPÉDALAGE ?
OU RETOUR À LA
BOUGIE ? OU SCÉNARIO – OPTIMISTE - DU FUTUR ?)
CHAP 1
Tiens,
je vais commencer par une sorte de fable.
LE PAYSAN ET L'ÉOLIENNE
1)
Les habitant de tel ou tel village marocain (par exemple),
traditionnellement
agriculteurs (et plus précisément
pratiquant une agriculture à usage
principalement local,
"vivrière", donc : c'est-à-dire qu'on vit sur place de
ce
qu'on cultive sur place ; je précise encore : on mange ce qu'on cultive
;
on vend aussi aux villes voisines… toutes ces précisions
parce que ça semble
très loin de nous, ce mode de vie vivrier)
ces ex-agriculteurs ("paysans"
serait plus exact, d'ailleurs),
donc, tirent maintenant leurs revenus du
tourisme :
hôtellerie, artisanat… Traduction : sont maintenant dépendants
du
tourisme et sont maintenant dépendants des importations — toute cette
dépendance
passant par l'argent, mais ce n'est pas le plus grave. Le plus
grave,
c'est, je précise encore, qu'ils sont devenus dépendants pour vivre,
c'est-à-dire
pour manger tous les jours, du tourisme et des importations.
Eux
et aussi les habitants des villes voisines qui, traditionnellement,
étaient
alimentés par – justement – ces paysans.
2) En
France, on commence sérieusement à planter des éoliennes dans
la
Beauce. C'est bien accepté par les villages et les agriculteurs locaux,
en
particulier parce que ça leur rapporte beaucoup d'argent. Sans rien
faire.
Un peu d'anticipation : On peut imaginer que ça
rapporte tellement sans
rien faire que les agriculteurs
abandonnent l'agriculture et vivent sur le
rapport des
éoliennes. Pourquoi se faire chier ? Total : la Beauce ne produit
plus
de blé et les Beaucerons – et même tous les Français mangeurs
de
pain – se retrouvent dépendants (pour manger tous les jours) des
importations
de blé australien ou russe (par exemple)… donc dépendants
des
récoltes de ces pays… donc de la météo et du climat de ces pays
(lointains)…
et bien sûr dépendants du pétrole pour le transport.
Ce n'est
pas une question économique (financière), puisque les éoliennes
leur
rapportent plein de fric EDF.
Mais l'électricité, ça ne se
mange pas. L'argent non plus.
C'est une question de manger
(tous les jours). Ce bon vieux problème de
l'humanité qui
redevient LE problème de l'humanité du 21ème siècle :
manger
tous les jours.
Partant de là, les suppositions
catastrophiques sont faciles : par exemple
les Australiens,
subissant des sécheresses à répétition, décident de
garder
pour eux-mêmes le peu de blé qu'ils arrivent à produire, se disant
(égoïstement
peut-être, mais surtout très raisonnablement) qu'ils ont
d'avantage
besoin de manger tous les jours tout de suite que de vendre
au
loin à des Beaucerons, certes riches, mais dont, au fond, ils n'ont rien
à
foutre.
3) Avec tout ça, le pétrole devient si cher
que le transport devient
insupportable économiquement. D'abord
pour les transports très lointains
(Australie > France,
par exemple), mais bientôt pour les distances
moyennes (Maroc
> Europe par exemple), et finalement même pour les
distances
courtes (paysans > villes voisines). Et même, encore plus
finalement,
le pétrole manque tellement qu'il n'y en a plus ou presque,
puis
qu'il n'y en a plus du tout… et donc, au delà des raisons économiques
directes,
le transport devient simplement impossible (sauf courtes distances,
en
ressortant charrettes et chevaux — mon dada).
Donc, (toujours
finalement, mais ça n'en finit pas de finir, vous savez bien)
le
prix du blé ayant explosé, les Beaucerons se remettent à en cultiver.
Tout
en conservant leurs éoliennes, y a pas de raison.
Ils
deviennent très très très riches.
Et les paysans marocains,
alors ? Ben, comme y a plus de pétrole, y a
plus de touristes,
l'hôtellerie s'effondre, l'artisanat typiquement local pour
touristes
s'effondre, y a plus de dirhams, on ressort les charrues, les
charrettes
et les ânes, on cultive pour manger et pour vendre un peu à la
ville
voisine. Fin de la parenthèse "enchantée". Et fin de la dépendance au
tourisme
et aux importations. Adieu étranges voyageurs, adieux importateurs.
(Après,
ils peuvent aussi avoir envie d'aller vivre dans la Beauce…)
"
Les mécanismes de la
vie urbaine
sont si compliqués qu'un rien suffit à
mettre la machine hors
d'usage ; à la campagne, au contraire, on bricole
sur le tas,
on rafistole comme on peut et la machine avance tant bien
que
mal. Il est plus facile de transformer un poêle à fuel en poêle à bois
qu'un
ordinateur en four à pain."
(François Feder. La
Crise ultime. Economica édit. 1981)
L'OBÉSITÉ ET LE PRIX DE
L'ESSENCE
(Encore
une sorte de fable…)
13% de l'augmentation du nombre des
obèses aux Etats-Unis entre 1979
et 2004 seraient dus à la
baisse du prix de l'essence. Une augmentation de
1 dollar du
prix du carburant réduirait de 15% le nombre d'obèses en 5 ans,
car
on se déplacerait d'avantage à pied ou en vélo et on brûlerait donc plus
de
calories. Par ailleurs on sortirait moins au restau, or on mange plus
sain
à la maison, paraît-il. Mais comme on roulerait quand même, malgré
l'essence
plus chère, cette dépense supplémentaire forcerait à baisser son
budget
alimentation, donc la qualité de son alimentation… or c'est
l'alimentation
de mauvaise qualité qui entraîne l'obésité… (D'après Charles
Courtemanche,
économiste US cité dans Courrier International 881 – sept 2007)
…
Ou comment les jeux avec les chiffres finissent par ne plus rien dire
du tout.
Mais déjà, même aux USA, l'augmentation du prix du
gallon d'essence à la
pompe entraîne de nouveaux
comportements, plus économes. Il y a même
des vieux cow-boys
qui ressortent leurs chevaux. Logiquement, tout cela
devrait
aboutir à une meilleure santé générale et une baisse de l'obésité.
LE PÉTROLE N'EST PAS
ASSEZ CHER
Il
faut s'habituer à un pétrole cher, qu'ils disent.
Non ! Il
faut s'habituer à un pétrole de plus en plus cher, maintenant,
jour
après jour, et, très bientôt, à plus de pétrole du tout.
Pour
le moment (2007-2008-2009…), la demande augmente toujours alors
que
l'offre baisse. Déséquilibre incurable.
Le pic des découvertes
(point de non-retour), on l'a déjà passé il y a 20 ans.
Peu
importe la date du pic de production. Les chiffres de réserves annoncés
par
les États ou les compagnies sont bidons (barils, même) ; ils sont
surévalués
pour raisons de stratégie commerciale, en fait, car si on disait
la
vérité, les cours s'effondreraient. De façon générale, il faut savoir
que
la spéculation (fonds d'investissement) ne fait
qu'amplifier les hausses ou
les baisses. Quant à la guerre
d'Irak (pardon, l'intervention américaine),
elle était censée
libérer les approvisionnements que Saddam retenait dans
ses
petites mains avides et donc faire baisser les coûts (les coups ?),
hé
bien c'est raté ! Comme ils ont tout cassé, les installations, les
puits,
les pompes, les pipe-lines, les ports, les
approvisionnements irakiens se
sont cassé la gueule — d'où
autre cause de hausse des prix.
Ce mouvement général à la
hausse ne peut aller qu'en s'accentuant, malgré
la baisse
actuelle, factuelle, conjoncturelle, anecdotique, qui ne fait que
nous
faire oublier pour un temps qu'il faut absolument faire des économies,
et
donc ne fera qu'accélérer (un peu) l'épuisement de la ressource.
Reculer
pour mieux sauter.
QUE VA-T-IL SE PASSER ?
Par
exemple, ça se manifeste par les martins-pêcheurs qui ne peuvent plus
pêcher
à cause du prix du gazul. "Pris en otages" par les émirs du pétrole,
diraient
les médias un jour de grève.
Mais de toute façon, y a presque
plus de poissons. (J'exagère, oui, disons :
déjà plus assez
pour satisfaire notre demande.)
Tant mieux, donc, pour la
préservation de l'avenir (celui des poissons et
celui du
contenu des assiettes — de nos enfants, c'est pas sûr, mais de
nos
petits-enfants). Et dommage (mais tant pis) pour les amers pêcheurs :
ils
ne sont que (parmi) les premières victimes de la décroissance obligée,
provoquée
par l'épuisement des ressources naturelles : poissons et pétrole
en
l'occurrence. Bien sûr, on peut subventionner ceci ou cela, distribuer
des
aides, histoire d'amortir la douleur de la flambée du prix, mais ce
n'est
que reculer pour mieux sauter, encore : il faudra bien y passer, à ce
nouveau
monde sans pétrole. (Il y aura de toutes façons des pots cassés…)
Nous
sommes face, et ça va arriver de plus en plus souvent, à la coïncidence
entre
épuisement du pétrole et épuisement d'un certain nombre de ressources,
alimentaires
et autres. Mais tout particulièrement alimentaires, qui sont
plus
importantes que quoi que ce soit d'autre, question survie (ben ouais,
on
bouffe pas des bagnoles ni du béton — ni des éoliennes, d'ailleurs…).
Le
pétrole étant grand responsable de la dégradation du monde (pollutions
diverses,
gaz à effet de serre), sa raréfaction puis disparition va être la
solution
(douloureuse) de bien des problèmes.
Un "détail" entrant
grandement dans la problématique est que, question
énergie,
puissance de travail, il est bon de savoir que UN litre de pétrole
est
équivalent à une journée de travail de six hommes. (Vous avez dit
"problèmes
de chômage" ?)
« Quand la ligne droite vous conduit
à un mur, on apprend à faire des
détours. On arrive alors où
ne vont jamais ceux qui n'ont pas connu ce
genre d'obstacles.
» (Michel Butor. Le Retour du boomerang)
(De mes carnets de croquis
"autour de
Gaïa"…)
LO N° 296 (11/04/09)
RÉTROPIE
2
RÉTROPIE / CHAP 2
Il s'agit donc de proposer, ou, plus modestement, d'évoquer une
anticipation.
Un saut en avant pour "après la crise" ?
Mais la crise ne finira pas. La crise est un état permanent, et ce
n'est pas
nouveau.
L'idée "scénaristique" est plutôt celle d'une entrée en
décroissance se
passant (relativement) en douceur. Ce qui suppose un certain optimisme,
pour ne pas dire une certaine naïveté. Utopie, donc, oui, assumée.
Après, savoir si j'y crois ou non, s'il est crédible ou non que cela se
passe ainsi (relativement) en douceur, n'est pas la question. Il s'agit
d'un exercice de pensée positive. On verra bien où ça mène au bout de
quelques chapitres, et "si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire
de mal". D'aucuns disent d'ailleurs que la pensée positive, en soi, fait
du bien, peut même contribuer à faire advenir ce qu'elle propose, par
suggestion, mimétisme, prophétie autoréalisatrice. Le battement d'ailes
d'un papillon en Amazonie ne produit pas forcément un cyclone au Japon,
mais peut-être, ici, une jolie brise à faire tourner un moulin ou à
sécher
notre linge…
«
Rendre désirable la
sobriété », dit Dominique Bourg.
CHERS PÊCHEURS
(Ne pas confondre : la pêche, fruit du pêcher ; le pécheur qui commet
des
péchés, action : pécher ; et la pêche, action de capturer du poisson par
différents moyens, œuvre du pêcheur — c'est de ça que je parle ici.)
Le pétrole coûtant de plus en plus cher, donc (refrain), les marins
pêcheurs
vont ressortir les bateaux à voile* (ou les pédalos, comme nous,
automobilistes, on ressort les vélos). Ce sera plus dur, ils auront
besoin
de plus de personnel (bonne nouvelle : baisse du chômage), ils iront
pêcher
moins loin, moins profond. (Re)devenus moins performants, ils pêcheront
moins de poissons, n'épuiseront donc pas les ressources en poissons (on
dit
"halieutiques"), et pollueront moins la mer et l'air — bonne nouvelle,
donc.
Par ailleurs, le pétrole (c'est-à-dire l'énergie en général) coûtant
toujours
de plus en plus cher, c'est aussi la chaîne de distribution qui va
morfler
(réfrigération, transport, lieux de vente). On consommera donc de
préférence
les poissons sur place, dans les villes et villages côtiers (comme dans
les
sociétés traditionnelles).
Pour en distribuer ailleurs, loin des côtes, on aura le choix : soit
attendre
la montée des eaux et que Paris devienne un port de mer, soit
redécouvrir
les méthodes de conservation traditionnelles : séchage, salage… Méthodes
peu consommatrices en énergie, le soleil et le sel étant tous deux
présents
en bord de mer, et méthodes demandant du travail manuel humain, donc
du personnel : économies d'énergie, baisse du chômage. Tant mieux, donc,
et dommage (mais tant pis) pour les transporteurs. (Mais eux, j'en
parlerai
plus loin.)
(* La voile donne un coup de pouce aux marins pêcheurs.
http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3192
11-06-2008 )
RECONVERSIONS
Que dire aux pêcheurs ?, sinon : reconvertissez-vous — dans
l'aquaculture,
de préférence. Il doit y avoir plein de subventions et aides diverses
des
Régions, de l'État ou de l'Europe pour se reconvertir tout en produisant
toujours du poisson (+ crustacés et autres fruits de la mer), parce
qu'on
a faim. Évidemment, il va aussi falloir apprendre à nourrir les poissons
d'élevage autrement qu'en les gavant de poissons de pêche – sinon à
quoi bon ? (Actuellement, il faut trois kgs de poissons pêchés pour
produire un kg de poisson d'élevage, ce qui est idiot. C'est un peu le
même problème que les protéines de bovins nourris de protéines de maïs
ou de soja…)
(Mais) un pêcheur interviewé à la TV : «
Je suis marin pêcheur parce que
mon père était marin pêcheur, mon grand-père…… » Et oui, "
bad karma"………
Pour ce genre de grands changements sociaux (il s'agit de bien autre
chose
que "des réformes") il faut souvent quelque chose comme
trois générations.
Et on n'a pas trois générations devant nous — dix ans, peut-être, pas
plus…
(C'est pour cela, une fois encore, qu'il est difficile d'imaginer que
tout cela
se passe sans casse…… Mais continuons…)
Boulogne
sur mer, c'est le petit monde de Don Cabillaud.
PAYSANS (UTOPINAMBOUR)
D'autres victimes les plus directes sont déjà (et vont être de plus
en plus) les agriculteurs. Tant mieux. Ils vont ranger leurs tracteurs
étranges, bruyants, pollueurs et lourds qui tassent la terre, leurs
charrues qui l'ouvrent bien trop profondément et cassent tout son
fonctionnement biologique à base de circulation d'air et d'eau, de
bactéries, de lombrics et autres bestioles souterraines… Ils vont
ressortir les chevaux, comme les vieux cow-boys, et engager du
personnel = moins de pétrole, moins de pollution, moins de chômage.
Par ailleurs, on leur dit qu'il faut réduire l'usage des engrais
chimiques
et pesticides. On a raison. On était nombreux à le leur dire depuis
longtemps, d'ailleurs, mais maintenant, c'est le gregrenelle de
l'envenvironnennement, et ça devient des promesses électorables,
des projets, presque des ordres — ouais «
si on peut »,
qu'ils disent
à la FNSEA, «
et
seulement si on trouve de moyens de remplacement :
de préférence des
nouvelles molécules. » Bien sûr.
Mais en fait, vous n'aurez (bientôt) plus le choix, agriculteurs,
adhérents
ou non à la FNSEA, dans la mesure où engrais et pesticides sont
éminemment dépendants de l'énergie pétrolière. (TOUT est dépendant
de l'énergie pétrolière, oui, c'est un peu lassant à répéter mais je
persiste !) Ces machins, donc, engrais et autres produits chimiques
prétendus phytosanitaires, et qu'on doit plutôt nommer "biocides",
sont en tout ou en partie issus de l'industrie pétrochimique et de toute
façon dépendants de lui, le pétrole,
one more time, pour
leur transport,
puisque vous ne les produisez pas vous-même dans votre ferme, ni
quelqu'un dans le voisinage : il faut des grosses usines type
sévéso-azf.
Alors vous, agriculteurs "modernes", vous ne savez pas comment faire
pour vous en passer, il paraît… Vous n'avez jamais entendu parler
d'agriculture biologique ? Vous ne savez pas que le crottin de vos
chevaux, ça fait de l'engrais ? Et le purin d'ortie, vous croyez qu'il
y a
besoin de l'importer de Patagonie ?!
Mais je m'énerve, je m'énerve — bien inutilement, après tout,
a priori
je n'ai pas de membre de la FNSEA dans mes lecteurs, restons donc
dans les conditions sereines de l'utopie littéraire. Bon, l'agriculture
biologique, comme chacun sait, ça demande plus de travail manuel
humain direct, donc plus de personnel et donc tant mieux pour l'emploi.
Et si j'en crois les gens que j'aime bien croire, avec l'agriculture
bio,
on pourrait nourrir toute la planète. Et donc je ne crois pas ceux qui
nous disent depuis longtemps que pour ça (nourrir toute la planète)
il faut absolument l'agriculture industrielle un petit peu beaucoup
OGMisée : une simple arnaque. (Grandiose, l'arnaque, mais arnaque
quand même… Rappel pour ceux qui seraient encore tentés de croire
que les OGM résoudront le problème de la faim dans le monde :
http://www.lesechos.fr/info/analyses/4714170-les-ogm-(...)faim.htm )
Quant aux champs de blé à faucher, si les tracteurs et moissonneuses
-batteuses ne tournent plus, on appellera les faucheurs volontaires
d'OGM, justement, y en a plein et on n'arrive pas à les garder en
prison.
Quant à l'eau d'arrosage, énormes économies : exemple bien connu
du maïs : 90% de la consommation d'eau dans l'ouest français est
destinée à l'arrosage du maïs. Et pourquoi ?, c'est dégueulasse, le
maïs ! Mais on en donne à bouffer aux bestiaux à viande ? Renonçons
à la viande-bouffe, plus de maïs à arroser… Et aussi les multinationales
agroalimentaires en foutent partout ? Plus de multinationales
agroalimentaires (dans mon utropie), plus de maïs.
ÉLEVEURS
Bien sûr, avec les paysans, il y a les éleveurs. Si on ne mange plus
de bœuf, si on ne consomme plus de produits laitiers, qu'est-ce qu'on
va faire de toute cette viande sur pied, des corridas ?
(Je ne rappelle pas ici pourquoi il ne faut pas bouffer de viande ni de
produits laitiers - ou en abuser - , ça va du mauvais rendement en
protéines à la production de pets de méthane, en passant par la
non-digestibilité (
LO 158) et le cholestérol…)
Bon, on va réduire le cheptel, ne serait-ce qu'en arrêtant de mener
les vaches au taureau, les chèvres au bouc, les brebis au bélier. On
relâchera des troupeaux entiers dans la montagne, histoire de nourrir
les ours pyrénéens, les loups transalpins, les vautours de minuit.
On continuera sans doute à bouffer des œufs, du poulet, du lapin, du
chevreau ou de l'agneau. Mais on n'est pas forcé de leur faire du mal.
Mais si on ne mange plus de viande, ou plus tellement, on va quand
même avoir besoin de cuir, de laine (et même de fourrure — aïe !)
D'avantage qu'au XXème siècle, même, petit écolo-paradoxe, parce
qu'il va falloir remplacer un tas de choses qu'on faisait en plastique
(le plastique c'est du pétrole). Les cuvettes en plastique rose, bien
sûr,
mais aussi tout ce qui est nylon, acrylique, tergal… Notre habillement…
(Attention : éviter de traduire "
dangerous
habits" par habits dangereux.) …
ceintures, chaussures, "robe de cuir comme un fuseau", pantalons pédés,
blousons rock, bottes de chwal et sellerie. Et rappelons-nous que nombre
de produits "de consommation courante" qui étaient, dans le temps,
d'origine
animale, ont été remplacés par des produits de synthèse de
l'industrie
pétrolière. Ainsi refera-t-on peut-être de l'encre de seiche, de
la
colle à bois à base de peau de lapin ou de poisson — et tant d'autres…
N'en
déplaise à nos amis
végans,
on continuera à exploiter "nos amis les
animaux" — bien forcés, et ce n'est pas plus mal. Mais on n'est pas
forcé
de découper le cuir sur pieds et de leur arracher la fourrure sur
le dos, pas
plus que de gaver les oies ou passer les abeilles au mixer.
Et finalement,
il faut se poser la question en ces termes : qu'est ce
qui est le moins
écologique, c'est-à-dire le plus dangereux pour la
Terre et donc pour nous ?
les bottes en peau de vache ou celles en plastique-pétrole ? un blouson
en
mouton retourné ou en mylar doublé teflon ? des bas de soie ou de nylon
?
(La soie, oui, je n'ai pas
évoqué la soie : mûriers, bombyx, magnaneries,
filatures — renaissance
des Cévennes !) Et de toute façon, un beau jour,
on finira par avoir
épuisé les stocks de "polaire" faite à base de bouteilles
plastiques
faites à base de pétrole, et il faudra bien se remettre à la laine
et à
la fourrure. (Sauf réchauffement climatique intensif et tout le monde
à
poil à brouter la savane.)
CANTONNIERS
Pour rester à la
campagne, il en est de même pour le cantonnier municipal :
ou bien on
en a un seul avec quelques machines très chères et très
pétrolières,
dont celles – dégueulasses - qui déchiquettent les branches
au bord des
routes et chemins… Ou bien on a six cantonniers et cantonnières
avec
des pelles, des scies, des hachettes, des sécateurs (et un âne bâté)…
Et on arrête de se plaindre du chômage…
LO N° 297 (12/04/09)
SEMAINE
SAINTE
QUELQUES NOUVELLES DE LA
FOIRE D'EMPOIGNE CONTEMPORAINE
(Comptant pour haine ?)
Nous sommes dans un
système où tout et son contraire peut être,
simultanément ou
alternativement, promu, vérifié et considéré comme
vrai, comme juste, comme
bien.
Ou le contraire.
TV
Dans la même semaine, "Notre pain quotidien", "We feed the world
– le marché de la faim" et "Super size me". Beurk. Je ne mangerai
plus que bio !
PÂQUES
Micro-trottoir sur le Golgotha :
— Alors, ce chemin de croix ?
— Ah la la, ne m'en parlez pas, c'est un vrai parcours du combattant !
Pov' Jésus (dit Christ), né à Noël, sacrifié à Pâques : il aura eu la
durée de vie d'un poulet ! (
*)
("Christ", ça n'a rien à voir avec la croix sur laquelle les Romains
l'ont scarifié-sacrifié. Ça vient d'un mot grec (les évangiles ont été
écrits en Grec) qui signifie "oint" (= "qui a reçu l'onction",
c'est-à-dire
"consacré roi"). Ils ont bien fait de garder le terme grec, les
chrétiens,
parce que "Jésus-Oint", ça aurait jamais marché, comme logo de secte !)
BIENVENUE DANS UN MONDE
TRANSHUMAIN
(Reçu par le groupe VHEMT)
###
Et il y a encore des gens qui veulent mettre des enfants dans ce monde!!
Ce que nous pensons de
notre destin transgénique
Le 19 février 2009, Envoyé Spécial consacrait un reportage intitulé
« un rêve sans fin » à l'humanité du futur, dont les performances et la
longévité seraient décuplées par les prouesses de la génétique et des
nanotechnologies. […] Dans cette conférence sympathiquement intitulée
« l'homme transgénique : un infini, des possibilités », J.-C. Weil et
M. Radman exposaient leurs travaux : induire chez les souris, et plus
tard chez les humains, des mutations génétiques permettant de retarder
l'apparition du cancer et de prolonger la durée de la vie humaine bien
au-delà de cent ans. Loin d'être un simple débat d'idées, comme le dit
la
journaliste, cette conférence était un exposé des recherches
actuellement
menées par les principaux instituts scientifiques français. […]
Replaçons
cette conférence dans son contexte. Il est maintenant avéré que les
dégâts provoqués à notre milieu de vie par l'industrie induisent une
épidémie de cancers, d'allergies et de maladies nouvelles. L'institution
scientifique, loin de s'interroger sur les causes de ces maux, s'attache
à bricoler les humains pour les adapter à leur environnement pathogène.
Pas de panique, Mesdames et Messieurs, nous avons la solution à tous vos
problèmes, l’ultime synthèse, la fin de l’Histoire : l'homme
transgénique.
Déjà, l’abondante production laborantine d'animaux transgéniques sert,
entre autres choses, à étudier quelles mutations devront subir les
humains pour cohabiter avec la radioactivité, la pollution chimique et
électromagnétique, etc.
D'ailleurs, il ne s'agit pas seulement d'adapter l'humain, mais de
l'améliorer.
En gommant certains de ses « défauts » (disaient les conférenciers ce
jour-là),
comme celui de ne pas vivre au delà d'une petite centaine d'années.
Puis,
par le biais du diagnostic pré-implantatoire, de s'assurer qu'il ne
souffre pas
de tares. Ensuite, d'augmenter ses "performances", selon les critères en
vigueur. C'est notamment ce que dit le généticien Daniel Cohen, bien
placé,
comme Weil et Radman, dans les institutions scientifiques : « Je crois
en
la possibilité d'une nouvelle évolution biologique humaine consciente et
provoquée, car je vois mal l'homo sapiens (...) attendre patiemment et
modestement l'émergence d'une nouvelle espèce humaine par les voies
anachroniques de la sélection naturelle. »
Etc, etc, etc.
L'article est signé du Groupe Oblomoff (?) et de OGM-Dangers (
www.ogmdangers.org)
On trouve l'intégralité ici, sur le site grenoblois (et passionnant) de
contestation technologique Pièces et Main d'œuvre, que je découvre à
cette occasion.
http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Destin_transgenique.pdf
###
+ Comme par hasard, je lis en ce moment "La Marque du sacré" de
Jean-Pierre Dupuy, où il est largement question de la démarche
"transhumaniste" (une sorte de secte scientifique, en fait…) et des
inquiétudes (humanistes) qu'elle suscite.
J'ajoute que l'un d'eux, Nick Bostrom, s'exprime dans le dernier
Philosophie magazine, qui propose un dossier "Et si…" où "17 penseurs
inventent le futur"… "penseurs" qui n'ont manifestement (sauf exception)
jamais lu un seul livre de SF. D'ailleurs, la double page de
présentation
du dossier cite, pour les utopies du 20ème siècle, Ernst Bloch, Anatole
France (1908) et Eugène Zamiatine (1920). Ça s'arrête là. Bon.
Je cite Virilio : «
La
téléportation n'est pas un vain rêve, une faribole
relevant de la science-fiction. C'est un thème qui était déjà très
présent dans la religion. Dans le catholicisme, par, exemple,
la bilocation… » etc. Donc, ce qui relève de la SF est de
l'ordre de la
faribole, contrairement à ce qui relève de la religion… Bon encore.
(Par ailleurs, il dit des trucs intéressants…)
ET À PROPOS DE TÉLÉPORTATION
HADOPI
Carla Bruni : "J’aime
qu'on me télécharge"
«
J’ai grand plaisir à
être téléportée, j’ai grand plaisir à être
copiée, j’ai
grand plaisir à être piratée, car au fond, quand on est piraté, c’est
que l’on
intéresse des gens », confiait Carla Bruni aux équipes
d’”Envoyé Spécial”
en 2004. Bon d'accord, ça date d'avant, (et on s'en fout) mais, vu d'ici
et maintenant, c'est savoureux. (Le lapsus confondant téléportation et
téléchargement est d'elle.)
http://teleobs.nouvelobs.com/rubriques/vite-vu/articles/carla-bruni(...)
VIRUS
###
Si vous recevez dans les prochains jours une enveloppe avec l'en-tête
de l'Administration fiscale, NE L'OUVREZ SURTOUT PAS !
Elle contient un virus capable de vous faire perdre l'équivalent de deux
mois de salaire.
Il s'agit d'un piège grossier pour vous extorquer de l'argent, sous
prétexte
de renflouer les caisses de l'État, cet argent irait en fait à des
entreprises
peu scrupuleuses (renflouage des déficits passés, hauts fonctionnaires
peu
scrupuleux, entreprises privées distributrices de bonus et parachutes
dorés...)
NB : Tous les antivirus testés à l'Assemblée depuis des décennies n'ont
fait qu'aggraver la contagion. Seul le logiciel "bouclier fiscal"
réservé à
certains particuliers a prouvé son efficacité...
Pour ne plus être la victime de ce détournement, il ne vous reste qu'une
chose à faire, copiez-collez la lettre ci-dessous :
Monsieur l'inspecteur des impôts,
Je vous écris pour résilier mon abonnement.
En vertu de la loi informatique et liberté, je vous demande de retirer
définitivement mon nom de votre fichier d'adresses.
###
CHÔMEUR ACADÉMIE
###
Vous êtes virés et c'est à la TV.
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/04/07/(...)
Chaque semaine, le patron d’une entreprise en difficulté réunit ses
employés.
L’un d’entre eux doit partir, pour alléger les frais. L’employeur
soumet au
groupe les feuilles de salaire de chacun, leur évaluations, bref toutes
les
informations disponibles, et demande à tous de voter. Qui doit partir,
selon eux?
Pour couronner le tout, c’est filmé, ça passe à la télé. C’est même une
nouvelle série américaine, “Someone’s Gotta Go”, produite en ce moment
par Mike Darnell, chez Fox, et par Endemol (… c'est quoi, ça, "Endémol",
une purge ?!)
L’idée serait venue du cas, réel, d’un patron qui avait réuni ses
employés pour leur demander de désigner le prochain licencié.
Heureusement, le salarié viré se verra ensuite conseillé par un
“business coach”! »
###
C'était en quelque sorte une spéciale "
Obscénités de la semaine".
Mais il y en a eu d'autres comme Berlusconi qui demande aux réfugiés
du tremblement de terre de considérer ça comme un week-end en
camping ! (Mais B est à lui tout seul une obscénité permanente…)
+
C'est arrivé près de chez moi :
Vol de poubelles à Quissac
http://voleursdepoubelles.eklablog.com/article-86313-accueil.html
LO N° 298 (17/04/09)
TASLIMA
NASREEN
"Aucune religion ne prône
l’égalité entre les hommes et les femmes"
Par Taslima Nasreen - Vendredi 10 avril 2009
Taslima Nasreen,
réfugiée en France, appelle les forces de gauche, partout
dans le monde, à
réinvestir les combats laïque et féministe pour élever une
digue face aux
fondamentalismes. Contrainte de quitter son pays, puis l’Inde
où elle avait trouvé
refuge, sous la pression des fondamentalistes, l’écrivaine
bangladaise Taslima
Nasreen, figure du combat contre l’intégrisme,
participait, samedi
dernier, aux Rencontres laïques internationales
-organisées par l'UFAL-
à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Entretien réalisé par
Dominique Bari et Rosa Moussaoui (L'Humanité)
Votre combat contre le
fondamentalisme ne s’arrête pas à l’islamisme.
Vous dénoncez également les intégrismes chrétien, juif, hindou.
Quels sont leurs points communs ?
« Je m’élève en effet contre les intégrismes de tous bords. En ce qui
me concerne, j’ai souffert toute ma vie du fondamentalisme musulman.
Je suis née, j’ai grandi dans un pays musulman. Lorsque je critique les
fondamentalismes, mais aussi les religions en tant que telles, qu’il
s’agisse de l’hindouisme, du christianisme, du judaïsme, du bouddhisme,
parce qu’elles oppressent les femmes, personne ne me menace de mort.
Mais lorsque je parle de l’islam, alors les fondamentalistes musulmans
profèrent des fatwas demandant mon exécution, ma pendaison. Ma tête
est mise à prix. C’est ainsi que j’ai été expulsée de mon propre pays,
le Bangladesh. Après avoir vécu dix ans en Europe, je suis partie en
Inde,
à Calcutta. Là encore, j’ai été visée par des fatwas. Mes livres ont été
brûlés sur la place publique. Lors de la présentation de l’un de mes
livres,
j’ai été agressée par des fondamentalistes musulmans à Hyderabad.
À Calcutta, ils sont descendus dans la rue pour exiger mon expulsion.
En réponse, le gouvernement indien de gauche m’a placée en résidence
surveillée à New Delhi, avant de m’expulser. À cause de ces intégristes,
je suis aujourd’hui contrainte à un nouvel exil. C’est difficile à
vivre. Je suis
une écrivaine bangladaise. Je vis douloureusement cet éloignement de mon
pays, où je pourrais encourager les femmes à poursuivre leur combat pour
le droit à la liberté. »
Pourquoi les
fondamentalistes font-ils des droits des femmes leur cible privilégiée ?
« Dans leur vision, le pouvoir des hommes se mesure à l’oppression
exercée
sur les femmes. La religion est la source du fondamentalisme. Or aucune
religion ne prône l’égalité entre les hommes et les femmes. Toutes sont
hostiles aux femmes. Ce sont bien les religions qui encouragent
l’oppression
des femmes, qui les empêchent de jouir des mêmes droits que les hommes.
Elles pérennisent le système patriarcal, incompatible avec la liberté
des femmes. »
Quel jugement
portez-vous sur les confrontations, ces dernières années,
en France et en Europe, sur le port de signes religieux à l’école et
dans
la sphère publique ?
 |
« Je suis très favorable à
la loi française qui interdit
le port de
signes religieux dans l’enceinte des écoles publiques. Il est
essentiel, pour une société laïque,
de préserver l’école comme espace
de liberté de conscience où les signes religieux n’ont pas leur place.
Quant au voile, sur lequel se sont focalisés ces
débats, il est pour
moi un symbole d’oppression.
Les femmes devraient refuser le port du
voile.
Si toutefois elles acceptent de le porter, ce devrait
être une
affaire privée. Toute société laïque devrait
préserver l’école et plus
largement la sphère
publique de tous les signes religieux. »
Les tentatives de
reprise en main des sphères
publique et politique par le religieux, en Europe,
vous surprennent-elles ?
«
Cela prouve que cette question ne se pose pas
uniquement dans les pays
musulmans. Les
fondamentalistes progressent aussi en Europe.
Pas
seulement les intégristes musulmans, mais
aussi les intégristes
chrétiens. |
Aux États-Unis, ceux-ci n’hésitent pas à agresser, à menacer
de mort les médecins
pratiquant l’IVG. Dans la première puissance
mondiale, les chrétiens évangéliques
se sont infiltrés jusque dans les
sphères du pouvoir. En Angleterre,
les fondamentalistes musulmans
revendiquent la possibilité d’appliquer la charia
(la loi islamique -
NDLR) aux citoyens de confession musulmane. Des évêques
anglicans et
des hommes politiques ont indiqué qu’ils n’y étaient pas opposés.
Si
nous ne mettons pas un frein à cette expansion des fondamentalistes,
si
nous les laissons agir sans contrôle, si la gauche et les progressistes
n’apportent pas leur soutien au combat laïque et humaniste contre
toutes les
formes d’intégrisme, alors de grands reculs de civilisation
deviendront possibles. »
Jugez-vous les forces de
gauche trop complaisantes vis-à-vis des fondamentalistes ?
« Les citoyens de confession musulmane sont minoritaires en Europe. Dès
lors,
certains, à gauche, s’interdisent toute critique de la religion
musulmane et font
même preuve de complaisance envers les dérives fondamentalistes, croyant
assurer ainsi la défense de minorités victimes de discriminations.
C’est à mon
avis une très lourde erreur. Sans la gauche, comment serait-il possible
de
mener le combat laïque, le combat pour les droits des femmes ?
Laisser la droite se saisir de ces questions et nous soutenir serait
mortifère.
La droite déteste l’islam et les musulmans. Elle tente
d’instrumentaliser les
laïques pour conforter ses visées racistes. Mais nos convictions sont
de gauche.
Nous voulons une transformation progressiste des sociétés. Nous ne
pouvons
donc pas laisser la droite dévoyer notre combat laïque. »
Pensez-vous que la
prétendue « guerre contre le terrorisme » conduite ces
dernières années par les États-Unis a renforcé les fondamentalistes
musulmans
en leur offrant des arguments ?
« Les fondamentalistes ne sont jamais à court d’arguments. Lorsque
l’URSS
existait, leur croisade était dirigée contre les communistes, accusés
d’être les
ennemis de la religion. Après la chute de l’URSS, ils se sont retournés
contre
les États-Unis, accusés d’être les ennemis de l’islam.
Les fondamentalistes, quelle que soit leur cible, ne méritent aucune
sympathie.
Ils doivent être combattus sans relâche, sans considération des raisons
qu’ils
invoquent pour justifier leur idéologie destructrice. Au fond, les
ennemis qu’ils
désignent importent peu. Les justifications de leurs visées et de leurs
actes,
ils les puisent dans la religion elle-même. C’est la religion qui
inspire leur
intransigeance, c’est au nom de celle-ci qu’ils menacent et tuent ceux
qui ne
partagent pas leur vision du monde. Ce n’est pas la guerre menée par les
États-Unis qui pousse les intégristes à opprimer les femmes. Cette
oppression
existait déjà auparavant. C’est donc bien la religion qui est en cause
comme
source du fondamentalisme.
La guerre américaine relève d’un autre débat. On peut la contester, s’y
opposer.
Mais l’activisme des fondamentalistes serait une réalité même sans les
guerres
d’Irak et d’Afghanistan. Ils n’ont pas attendu ces guerres pour
combattre les
droits des femmes, les frapper, les torturer, les flageller, les
lapider à mort
au nom de l’islam. Dans les pays musulmans, les femmes souffrent depuis
très longtemps. »
Croyez-vous qu’une
négociation avec les talibans puisse rendre la paix possible
en Afghanistan ?
« Si c’est possible, pourquoi ne pas essayer ? Mais aucune solution
durable
n’émergera sans un changement radical du système qui fabrique les
talibans.
Il faut fermer ces madrasa, qui sont des usines à fondamentalistes, et
promouvoir une éducation laïque, scientifique. C’est primordial. Que
l’on
négocie avec les talibans ou qu’on les traque revient au même, si ce
système
reste en place. Il faut saisir le problème à la racine. En réalité, je
ne rejette
pas la responsabilité du chaos afghan sur les talibans.
Lorsque vous envoyez des jeunes garçons dès l’âge de deux ans dans des
madrasa (écoles coraniques - NDLR) où ils apprennent le maniement des
armes,
avec pour seul horizon éducatif la récitation du Coran, les prêches
exhortant à
l’instauration d’un État islamique ou au meurtre des femmes et des
non-musulmans,
il n’est pas étonnant qu’ils deviennent des extrémistes. Ces enfants
n’ont aucune
autre fenêtre sur le monde. Ils n’ont aucune possibilité de bénéficier
d’une
instruction publique et laïque. Ce n’est donc pas à eux que j’en veux,
mais aux promoteurs de ce système qui transforme des innocents en
talibans.
Dans le monde musulman, les madrasa poussent comme des champignons,
avec la complicité de gouvernements qui veulent s’assurer l’appui
électoral des
fondamentalistes. Il faut cesser d’abandonner l’éducation des enfants à
des
imams radicaux qui les endoctrinent. Les États doivent assumer leur
mission,
en créant des écoles où les enfants entendent parler d’égalité, de
démocratie,
de liberté d’expression. Si personne ne leur transmet ces valeurs,
comment
pourraient-ils un jour s’en réclamer ? L’éducation laïque est la seule
arme
efficace contre les fondamentalismes. »
par Taslima Nasreen
« Les trois
monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique,
partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de
l'intelligence;
haine de la liberté; haine de tous les livres au nom d'un seul; haine
de la vie;
haine de la sexualité, des femmes et du plaisir; haine du féminin;
haine des
corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela,
judaïsme,
christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l'obéissance
et la
soumission, le goût de la mort et la passion de l'au-delà; l'ange
asexué et
la chasteté, la virginité, l'âme et l'esprit. Autant dire la vie
crucifiée et le
néant célébré. » (Michel Onfray. Traité d'athéologie)
LO N° 299 (18/04/09)
NARKOZY
ET BOBAMA
LO tentant, comme d'hab, d'assurer le développement durable de la
lecture,
merci pour elle.
Ça alors, voici qu'en France, après quelques mois d'administration
NARKOZY
(Président de l'Anesthésie Générale) on se met à regretter JIRAC, devenu
(paraît-il = dans les sondages) "la personnalité politique préférée des
Français",
qui le confondent sans doute encore (et d'autant plus aisément qu'il
n'est plus
au pouvoir) avec sa marionnette des Guignols. En période de crise, une
"valeur
refuge"… Une image de "père de la nation", même dévoyé, vaudrait mieux
que
pas de père du tout, vaudrait mieux qu'une image de gamin capricieux,
le petit
frère qui vous marche sur les pieds, le pur produit de la culture de
l'enfant-roi.
Imaginez qu'aux USA, après quelques mois de gestion de BOBAMA, on se
mette à avoir la nostalgie de GUSH !
Ça alors, il y a des syndicats à Monaco !
Ça alors, BOBAMA serre la main de HAVEZ !
Ça alors, autre sujet d'étonnement, voire de réjouissance : il semble
bien que
la production de CO
2 européenne accuse une
baisse. Peut-être grâce à diverses
incitations techniques (marché du carbone, volontés du grenier de
l'environnement,
campagnes médiatiques d'extinction de ceci ou cela, etc). Peut-être
grâce
à LAKRIZ : des usines arrêtent de tourner, des voyageurs de voyager,
etc.
Résultat : on économise de l'énergie et on balance moins de CO
2
en l'air.
Après le 11 septembre, aux USA, les avions ne volaient pas, le ciel
était
plus bleu. Mon espion sur la frontière Autriche-Hongrie, quelque part à
l'est de
Vienne, me dit qu'on voit moins d'avions et que l'air est plus pur.
Peut-être
y a-t-il aussi moins de voitures et camions sur l'autoroute voisine…?
Chez nous je ne sais pas, mais il est vrai que Air-France licencie…
Mais, dit une déléguée de Greenpeace, si cette baisse de la production
de CO
2
n'est due qu'à LAKRIZ et que celle-ci n'est que conjoncturelle, ce
n'est que
reculer pour mieux sauter : c'est-à-dire que cette amélioration
(provisoire)
de la situation risque de retarder d'autant la mise en place de mesures
vraiment costaudes de restriction des émissions impossibles. Pessimisme
?
Politique du pire ?
Au USA, l'agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a
annoncé,
vendredi 17 avril, qu'elle considérait désormais les gaz à effet de
serre,
principalement le gaz carbonique (CO
2), comme
étant dangereux pour la santé
publique. (C'est sûr que l'oxygène O
2, c'est
meilleur à respirer que le CO
2 ou
le méthane CH
4 !)
Et ça, c'est génial !
Parce que, dans la psychologie du pékin
moyen (toi, moi, le patron de Renault, Borlooo…) le réchauffement
climatique,
la honte des pôles, l'étude du climat à l'échelle du monde et des ères
géologiques,
ça nous passe largement au dessus de la tête, on a du mal à se sentir
concerné
personnellement. Alors que si on nous parle de
la santé, c'est ma
santé, ta santé,
celle de nos enfants, etc, c'est immédiat, c'est direct, visible,
palpable… c'est la
dioxine dans le poulet, c'est le cancer du fumeur, c'est la rivière où
on ne peut
plus se baigner, c'est l'oncle malade de l'amiante… En ramenant l'effet
de serre
à "la santé", il devient terre à terre et personnel, l'impact
psychologique est
immédiat. J.P. Dupuy, philosophe qui travaille beaucoup sur le thème de
"la catastrophe", dit que le problème c'est qu'on
sait mais qu'on ne
croit pas.
Alors, si on se rend compte que, au delà des graphiques du GIEC, "ça
nous
touche personnellement ici et maintenant", on risque d'y croire un peu
plus.
Et donc d'être un peu plus motivés pour changer. Bon.
Les étudiants sans cours et sans examens vont devoir redoubler. Tant
mieux :
une année d'études en plus, c'est une année de chômage en moins.
LAKRIZ, comme la police, aurait des
indicateurs.
Qui lui disent sur la base d'indices faibles mais fiables que la
reprise est en vue,
de loin avec des jumelles, mais enfin en vue.
Repriser ou reprendre
? La "reprise" ça peut vouloir dire boucher les trous,
comme on reprise des chaussettes, quoi, pour faire durer… Ou ça peut
vouloir
dire "tout reprend comme avant"… Business as usual…
SONY à Pontonx-sur-Adour, c'est fini. Trouverons-nous encore des K7
vidéo
vierges à l'Intermarché du coin pour enregistrer à la TV nos films
préférés
ou l'émission qui passe tard et qu'on regardera le lendemain (One Shot
Not
au petit déjeuner, c'est quand même bien sympa…) ? Rien n'est moins sûr.
Déjà qu'il devient quasi impossible de trouver un bête magnétoscope…
On sera donc forcé de passer au DVD enregistrable avec
lecteur-enregistreur
à la clé… Ou au système avec disque dur qui permet, paraît-il,
d'enregistrer
tout ce qu'on veut et de regarder quand on veut, mais que personne n'a
encore réussi à programmer. (Y a un complot.)
Ou alors RIEN.
Et pendant qu'on nous bassine avec "la petite Elise" et son père
(pourquoi
est-ce que je n'arrive pas à m'ôter de l'idée que c'est un psychopathe
?)
plus personne ne parle de…
Madagascar.
Pourtant…
Ça ne date pas forcément de la semaine mais je l'ai lu lundi
avant-dernier
dans TGV magazine en revenant de Paris et du festival BD
d'Auvers-sur-Oise
(recommandé).
Le gouvernement de Madagascar aurait prévu de louer 1,3 millions
d'hectares
pour 99 ans à Daewoo Logistics (Corée) pour y cultiver du maïs et du
palmier à huile.
1,3 millions d'ha, c'est la moitié des surfaces cultivables de l'île.
"Les Sud-Coréens comptent de ce fait renforcer la sécurité alimentaire
de
leur pays, quatrième plus gros importateur de maïs." disent-ils. Mais,
plus
vraisemblablement, me dis-je, ce sont les automobiles coréennes qui vont
manger tout ça sous forme d'agrocarburants, merci pour elles.
J'aurais pu en rester là et balancer ça comme
obscénité de la semaine,
mais, par acquis de conscience, je vais voir sur le net et je découvre
tout
un feuilleton à rebondissements multiples dont personne ne parle dans
les grands médias.
http://www.portail-humanitaire.org/news/actu/2009-02-19-MADAGASCAR-Daewoo(...)
http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=91867
Daewoo ferait main basse sur les terres malgaches, donc…
MAIS attendez la suite : apparemment, ça n'a pas marché !
http://www.madagascar-tribune.com/Les-lecons-de-l-echec-de-la,11177.html
Donc, finalement, ce serait une "BONNE NOUVELLE" …?
Encore que…
http://www.madagascar-tribune.com/Daewoo-Logistics-se-dit-pret-a,11143.html
(… Daewoo se dit prêt à patienter…)
Résumé ici :
http://www.madagascar-tribune.com/Chronologie-de-l-affaire-Daewoo,11023.html
MAIS aux dernières nouvelles (dimanche de Paq 12 avril)
http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-30154015.html
Dimanche 12 avril 2009
Madagascar
: Rajoelina annule le projet agricole de Daewoo
Le projet du groupe
sud-coréen Daewoo Logistics de louer un million
d’hectares de terres à
Madagascar pour y planter du maïs est annulé,
a déclaré le nouveau dirigeant de l’île.
Andry Rajoelina, porté
au pouvoir après l’éviction jeudi du président Marc
Ravalomanana, avait
vivement critiqué ce projet annoncé l’an dernier,
qui a contribué à rendre impopulaire le chef d’Etat déchu.
Le géant industriel
sud-coréen comptait initialement planter du maïs
dans l’ouest de Madagascar,
et produire ensuite de l’huile de palme sur
300 000 hectares de plus dans l’est du pays, dans le cadre de
ce projet.
La firme était censée
s’engager à embaucher de la main-d’oeuvre locale et
à financer le développement
d’infrastructures dans les régions concernées.
« Nous ne sommes pas
contre l’idée de travailler avec des investisseurs,
mais si nous voulons
vendre ou louer des terres, nous devons modifier la
Constitution, il faut consulter le peuple. A l’heure qu’il est,
l’accord est
donc annulé », a indiqué Rajoelina.
Bon.
Fin du feuilleton ?
LO N° 300 (22/04/09)
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