PARUTIONS ALBUMS





Sculpture réalisée par Pascal Dejax
(Pavillon Noir) pour l'exposition "Mégalithes"
quelque part dans les années 90.
Montage photo Scarlett Smul.


"Voici le dernier chant d'Or-Fé.

"Sache, ô Prince, qu'un jour, ou une nuit, il y eut un grand chaos, un grand désaccord dans le concert des astres. Et voici : la Terre a cessé sa rotation et continue son orbe en offrant toujours la même face au soleil triomphant.

"C'est l'Ère de la Masse, la Terre Fixe. Le temps circadien s'est arrêté. Il n'y a plus de jour, il n'y a plus de nuit. Ne restent que "le Jour" et "la Nuit" : les deux faces du monde.

"La lune ancienne, miroir du ciel, s'est brisée. Les tensions gravifiques ont eu raison du fragile équilibre qui la retenait dans notre orbite. Désormais, ses milliards de fragments éclatés entourent la Terre fixe d'une chaîne d'argent terni semblable à l'anneau d'un vieux monde lointain que l'on nomma, en d'autres temps, ou Saturne ou Kro-No.

"Et encore à présent il pleut parfois des pierres de lune...

"Aujourd'hui (mais comment peut-on dire "aujourd'hui", là où il n'y a plus ni jour ni nuit, où le Jour et la Nuit ne désignent plus du temps mais de l'espace ?)... Dix mille ans après, le niveau des mers est descendu de deux mille mèts. Toute l'eau du monde est devenue nuages dans le ciel ou glace lourdement figée sur l'hémisphère Nuit.

"Voici la face ensoleillée du monde, le Jour : là, tout brûle, les mers résiduelles bouillonnent, s'évaporent encore. Le roc fond. Et sous la formidable attraction du soleil cloué au zénith, des volcans s'ouvrent, monstrueux héliotropes, et vômissent au ciel le sang bouillant du monde, les viscères de la Terre. Le feu appelle le feu. Tel est le Pôle Jour du monde.

"Voici l'autre hémisphère, la Nuit : c'est le règne du froid, du gel, des glaces. Les vagues des océans se sont figées en un chaos de cristallisations vitreuses. Les banquises se superposent aux banquises. Les neiges éternelles recouvrent les terres, couche après couche, se tassant sur elles-même de leur propre poids, dans une pesanteur de plomb. Et c'est le Pôle Nuit.

"Entre les deux faces, entre chaleur et froid, entre Jour immobile et Nuit paralysée, il y a cet équateur qui enserre la planète et que l'on nomme, ici ou là, Ceinture ou Interface ou Pays du Long Soir, et plus souvent encore "la Limite". C'est le pays de l'éternel crépuscule. Sur cette bande tempérée, large de quelques kmèts, la vie est encore possible, mais certainement pas facile. Car il y a les vents.

"Au dessus des terres chaudes au bout du Jour, là-bas, terres de feu, terres de flamme, terreur, l'air se fait plus ténu, s'allège et s'élève, monte vers le soleil. Appelés par ce vide naissant, les vents incessants, issus de la bouche d'ombre de la Nuit accourrent en longues meutes blèmes, se précipitent, avides de remplir un nouveau ciel, vers l'orbe du soleil, oeil sanglant sur flot de lave, bouche de feu brûlante, Moloch insatiable.

"Sur leur passage, "vents-de-sel" ou "noir-vent", ils balayent la Terre, impitoyablement, arrachant grain par grain sa peau fertile... Écorchement ralenti mais infiniment prolongé. Desquamation. Ces plaines de la Limite qui, fut un temps, étaient des fonds océaniques, on ne les appelle plus que "morts-fonds". Depuis bien longtemps, là, la mer est morte, la mince couche d'alluvions s'est arrachée, strate aprés strate, le limon est devenu sable et le sable poussière. Et la poussière elle même a fui en longs nuages cendreux. En bien des endroits, déjà, le basalte des plaques tectoniques se révèle, mis à nu, squelette exhumé de la Terre-Mère.

"Pourtant, sur la Limite, dans les lieux sous les monts, dans les vallées plus profondes, dans les failles, les canyons, les grottes, et parfois même derrière l'abri de murs cyclopéens (construits par quels géants... dans quel passé ?), la vie s'accroche, se protège, perdure : l'eau, bien que rare, est encore de l'eau, non de la vapeur ou de la glace. La terre, bien que ravagée, porte encore ses pilosités végétales: herbes et graminées, arbres et plantes, souples sous le vent. Et puis des bêtes. Et des hommes, encore. (Mais pour combien de temps, soumis qu'ils sont à la pauvreté de leurs ressources et aux attaques des Nocturnes, des Radons, et autres monstres des morts-fonds ?)

"Pourtant aussi, au coeur des ténébres de la Nuit, au plein centre de l'hémisphère noir, au Pôle Nuit du monde, il est une cité enfouie dans les glaces, un vaisseau temporel immobile, une arche prisonnière du flot figé du temps. Là, génération après génération, depuis dix mille ans, élus et dieux-machines attendent que la Terre se réveille.

"Mais la Terre se meurt, et dans Dité la bleue, les élus ne s'aperçoivent de rien... Ils rêvent."



LE DERNIER PARU

Arkadi - Tome 8 - Pierres de Lune
TOME 9 :
LE JOUR DE L'ARCHE
(Guy Delcourt éditeur, 2008)


Au fond du puits des mémoires mortes,
là où se joignent l'Alpha et l'Oméga,
se joue enfin le dernier acte de l'aventure d'Arkadi :
Légion, le gardien des ténèbres, sera vaincu…
et Kro-No s'éveillera.
Ainsi disparaîtra ce qui pesait sur la Terre et ses habitants.
Ainsi prendra fin l'Ère de la Masse !


Arkadi T9
Les enjeux narratifs de ce dernier tome sont d'abord des révélations : il s'agissait de donner toutes les réponses aux questions concernant l'état du monde, ses origines et son devenir. Mais il fallait aussi que j'évite des pages de dialogues explicatifs pénibles, il fallait finir "en beauté", en spectacle épique.
Quant aux enjeux psychologiques… Arkadi, enfin, se conduit en leader du groupe… enfin rencontre Kro-No, le mystérieux dieu endormi qui l'appelle… le libère… se libère… et libère le monde. Les héros ne sont ils pas fait pour sauver le monde ?… c'est-à-dire le rendre à la vie : la Terre tournera à nouveau, oui.
D'autres enjeux, plus personnel… Vivre son amour pour Pan-Dra (ou RI-10 ?)… Retrouver, affronter et conquérir un personnage perdu de vue depuis le tome 2… Se libérer de son nouveau double : Or-Fé…

Ark9
Se jouent enfin aussi, bien sûr, les enjeux écologiques qui couraient plus ou moins secrètement tout au long de la série : débarrasser le monde non seulement des "élus", cette soi-disant élite confite dans sa cité de glace, mais surtout des dieux-machines, c'est-à-dire de la domination de la technologie et ses conséquences, ses effets pervers entraînant la pollution (radioactive en particulier), les monstruosités, la désertification. "La Terre qui ne tourne plus" est un peu le symbole de cette mortalité, conséquence de nos inconséquences.
Le Monde d'Arkadi se révèle finalement une BD carrément anti-nucléaire.

Et pour en savoir plus, lisez ou relisez l'EDITO 12… et, bien sûr et surtout, l'album !


FIN DU MONDE (D'ARKADI). 1988-2008




Le Monde d'Arkadi

LES TOMES PRECEDENTS

Comme certains d'entre vous le savent, "Le Monde d'Arkadi" a connu une première vie de 6 tomes chez Les Humanoïdes Associés, de 1989 à 1996, avant de disparaître sous une "intégrale" en forme de pierre tombale de belle facture.
Mais, depuis 2000, après la ressortie de "L'Age d'ombre" et la publication du prologue "Nocturnes", la série renaît de ses cendres sous l'égide de Guy Delcourt et sous le sur-titre général "Chroniques de la terre fixe". Grand format, belle qualité d'impression, nouvelles couvs et remaniements divers, importants dans le tome 1, minimes dans les suivants : quelques cases recolorisées, de nouvelles cartes, des glossaires plus développés... Bref, une nouvelle vie pour ces 6 tomes, et la suite, enfin !

Je vous présente ici ces nouveaux tomes, accompagnés de quelques textes apocryphes et extraits d'interviews, pour les fans de lecture. (Il y en a encore, je le sais.)




TOME 1 :
LES YEUX D'OR FÉ
(Guy Delcourt éditeur, 2000)


Arkas le guerrier était allé dans la Nuit.
Il avait affronté les Nocturnes - en vain.
Il en était revenu indemne - presque indemne...
Mais les dents de la Nuit ne lâchent pas facilement leur proie.
Plus loin, au centre de la Nuit, dans une ville bleue enfouie sous les glaces,
Or-Fé, le poête cyborg, affronte aussi ses mémoires mortes.
R.I-10... Il n'avait jamais chanté que pour elle...
Saura-t-il la ramener des cryptes d'hibernation de Dité ?



(Interview parue dans Planète Delcourt en 2000)

La série culte de Caza renaît dans une édition revue et augmentée...
Parus à l'origine chez les Humanoïdes Associés, les six tomes du Monde d'Arkadi constituent la première "pierre" de l'univers créé par Caza : Chroniques de la Terre Fixe. Un univers situé sur une planète immobile, partagée en deux zones (l'une claire, l'autre obscure), dont seule la mince zone frontière est habitable... Caza a d'ores et déjà poursuivi l'exploration de ce monde avec L'Âge d'ombre et Nocturnes, que nous avons publiés en 1998 et 1999. Maintenant, afin de parfaire la cohérence de l'ensemble, nous entamons la réédition du premier cycle. Le Monde d'Arkadi revoit donc le jour sous une forme nouvelle, et, pour le premier tome, avec des changements et des ajouts (9 planches de bande dessinée) qui font de cette réédition une véritable renaissance, comme nous l'explique l'auteur.


Tu as considérablement modifié la structure du premier tome de la série. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

En revenant sur cet album, je me suis aperçu qu'il avait dix ans ! Et moi dix ans de plus ! Ça laisse le temps de progresser, de s'auto-critiquer... et d'être critiqué par les autres. Je me suis aperçu que Les Yeux d'Or-Fé posait un problème de communication : c'était un premier tome un peu compliqué. Il était trop chargé en informations sur des personnages éloignés dans le temps et dans l'espace, sans rapport entre eux à part des parallèles narratifs, qui ont plutôt créé une confusion... le tout dans un monde qui, pour moi, était très défini, mais dont je voulais laisser au lecteur le soin de deviner petit à petit l'état (la Terre fixe) en recoupant diverses informations. Je pense que j'en ai tout simplement trop demandé au lecteur, en tout cas pour un premier tome ! Du coup, beaucoup ne sont pas allés voir la suite. J'ajoute que le public s'est renouvelé, aussi, et se renouvelle sans cesse.
Je n'ai pas fait ces remaniements pour les vieux lecteurs, d'ailleurs ça ne leur apporterait pas d'informations nouvelles. Je l'ai fait pour les nouveaux, les plus jeunes. J'ai été frappé, en dédicace, de rencontrer des gens de quatorze ou quinze ans qui découvraient Caza par "Nocturnes". C'est pour eux que j'ai travaillé à une lecture plus ouverte, plus fluide, de ce tome. C'est quelque chose qui se fait très rarement, une réédition revue, corrigée et augmentée, mais, avec Guy Delcourt, on a pensé que le jeu en valait la chandelle.

Quelles transformations as-tu apportées ?

L'important pour moi, c'était le narratif : présenter le monde, laisser le temps de s'y habituer, bien situer les lieux et les dates et présenter le tout sous la forme de chapitres bien délimités. Et puis laisser souffler. Mes raccords étaient souvent sévèrement abrupts ! Huit pages de plus, ça donne de l'air, ça permet de créer des passages en douceur d'un lieu à l'autre, d'un temps à l'autre, d'un personnage à l'autre... Des repentirs de scénariste, donc, y compris dans le texte : j'ai travaillé sur la clarté, là aussi. Le dessin ? Finalement peu. Il n'y a que deux images que j'ai refaites. En étant très sévère avec moi-même, j'aurais pu en trouver deux ou trois autres, sans plus. Et puis il faut bien s'arrêter, sinon on referait toute sa vie le même album!

Ces modifications traduisent-elles un monde sans cesse en évolution ?

Non, globalement, ce monde n'évolue pas beaucoup, par définition : c'est la Terre fixe ! Il y a aussi que j'ai écrit l'histoire jusqu'à la fin, pas dans le détail mais dans les grandes lignes. C'est un roman en chapitres, plutôt qu'une série. Alors il faut bien que je me tienne à mon plan, faute de quoi je risquerais des incohérences. Il y a des tas de fils qui se tissent d'un tome à l'autre, je prépare des coups très à l'avance. Alors, ce qui a bougé au fur et à mesure de la réalisation des tomes, ce sont des détails, des choix d'itinéraires pour les personnages, des évolutions de caractères... (De gros détails parfois, comme Noone, la baleine mange-terre, qui n'était pas écrite à l'avance et qui m'a entraîné dans un tome supplémentaire pour elle toute seule !) Je me garde donc une marge de manoeuvre, une place pour l'improvisation. Même la fin, le sens global, le pourquoi de la fixité du monde, cela n'est pas complètement décidé. Du coup je me maintiens moi-même dans un certain suspense.

Tu as dessiné de nouvelles cases, mais aussi des pages complètement inédites !

Il y a en fait cinq pages entièrement inédites et trois qui le sont au deux tiers, ainsi que six ou sept cases nouvelles dispersées. C'est le remaniement général du découpage qui a entraîné ça : l'abandon de la narration en parallèle a créé des trous dans la mise en pages... J'ai pu déplacer certaines cases ou blocs de cases, mais il en fallait parfois de nouvelles, pour boucher ces fameux trous... Et tout ça en gardant une unité de style pour bien intégrer les nouvelles cases.

Comment as-tu procédé, techniquement ?

À mon niveau, ça s'est passé avec des photocopies, des ciseaux et de la colle ! À l'heure qu'il est je ne sais pas encore si le service fabrication va procéder par découpage et montage des anciens films avec les nouveaux, c'est-à-dire, là aussi, avec des ciseaux et de la colle, à l'ancienne, ou par montage informatique... J'ai quand même travaillé sur l'ordinateur à un autre niveau que le montage : de nouveaux lettrages avec le caractère que j'ai numérisé pour "Nocturnes", et puis la couleur des nouvelles cases et nouvelles pages, avec une sorte de pari à jouer : que visuellement, on ne fasse pas la différence entre les anciennes mises en couleurs à la gouache sur des "gris", et les nouvelles, colorisées sous Photoshop. J'ai cherché des filtres, des textures qui donnent une matière "gouachée" à la couleur. Je ne sais pas encore si j'ai réussi mon coup (suspense !), mais je me suis bien amusé. Je pense que la mise en couleurs informatique ne peut pas remplacer la couleur directe telle que je l'ai pratiquée dans "Arkhê", "Laïlah" ou "Nocturnes", par contre ça remplace avantageusement les "gris". J'avais l'impression d'avoir enfin entre les mains l'outil qui me permettait de faire ce que je cherchais !

Laléna. Dédicace inédite
Les six tomes existants vont paraître au rythme d'un tous les quatre mois, en moyenne. Ça devrait être assez sympa, pour les nouveaux lecteurs de la série, de pouvoir la suivre à ce rythme. Ils auront aussi des couvertures nouvelles, mais sans doute très peu de remaniements internes. J'y réfléchis. Et puis les deux ans que va prendre cette réédition devraient me donner le temps de réaliser le tome VII... Puis de m'attaquer aux trois derniers, puisque mon plan prévoit, définitivement je pense, dix tomes.



TOME 2 :
LE GRAND EXTÉRIEUR
(Guy Delcourt éditeur, 2000)


(Je profite du net pour réparer une petite erreur de fabrication : pour la 4ème de couverture, le maquettiste - honte sur lui ! - a repris le texte du tome 1, alors que j'avais préparé celui-ci : ) (Non mais !...)

Le Grand Extérieur est vaste.

Arkas n'est pas resté longtemps aux tièdeurs d'Accaïa - auprès d'Albe.
Le voici déjà qui reprend les chemins glacés de la Nuit,
jusqu'au bout des espoirs, cette fois : la-ville-d'où-l'on-ne-revient-pas.
Là-bas l'attendent les pièges des dieux-machines et une cité orpheline de son poête.

Arkas ne verra pas naître son fils. (Saura-t-il seulement qu'il se nomme Arkadi ?)
Et de quoi seront modelés, sans Or-Fé, les rêves des élus ?



(Extrait d'une interview réalisée par Sara Doke pour Phénix, démarrée oralement à Utopia (Futuroscope) fin 99 et complétée début 2000 par correspondance. )

Revenons quelques instants à Arkadi : une Terre immobile, où la survie est souvent difficile : pourquoi la SF et ce genre d'univers en lutte pour raconter une histoire trés humaine ?

Dans le Monde d'Arkadi, il y a en effet cette hypothèse de science-fiction, peu exploitée par ailleurs : cette Terre tournant toujours autour du soleil, mais en lui présentant toujours la même face. Ce n'est pas seulement un décor, un cadre : c'est le problème de ce monde, la Terre dans un futur lointain. Et j'ai essayé, tout en suivant les aventures, très humaines, oui, de mes personnages, de mettre en place un problème typiquement "de science-fiction" : la Terre s'est arrêtée de tourner sur elle-même. Pour les personnages, c'est la chose la plus naturelle, ils ne se rendent pas compte que ça pourrait être autrement, que "avant", ça a été autrement. Mais pour le lecteur, comment et pourquoi ? Dans un deuxième temps, je veux que les personnages et les lecteurs comprennent que, dans cet état, la Terre est en train de mourir. Mort lente, certes, mais inéluctable. Et dans un troisième temps, se posera la question : "qu'est-ce qu'on peut y faire ?" - c'est-à-dire "sauver le monde" ! Tout un schéma narratif qui est un schéma de science-fiction : les hommes face à un problème cosmique.
Cela dit, j'ai voulu aussi raconter une histoire de personnages, une histoire humaine, une histoire romantique avec des émotions, des sentiments, tout ce que je peux mettre d'humanité dans mes personnages. Je crois que les deux sont intimement liés, symboliquement. Montrant un monde figé, je montre aussi des civilisations bloquées : Dité, ou Accaïa, des gens au comportement figé. Les gens positifs de mon histoire sont ceux qui bougent, qui sont capables de passer de la nuit au jour, et vice-versa... qui changent, qui ont de la curiosité, qui fuient cette immobilisme - non sans effort et rechutes, d'ailleurs. Si bien que ce monde fixe est aussi un cadre "moral".
Tous mes personnages, dans leur psychologie, sont également partagés entre la nuit et le jour. Ils ont leurs deux facettes : leur "coté obscur de la force" et leur côté clair. Ils sont dans cette problématique, j'aime pas dire entre le bien et le mal, c'est pas vraiment ça, mais plutôt entre les ténèbres et la lumière, entre l'inconscient et le conscient, entre l'inculture et l'initiation aux secrets du monde.

Peut-être aussi entre le su et l'oublié, puisqu'il y a un grand jeu de mythologie qui sous-tend tout cela.

Oui, oui entre le su et l'oublié. Ce ne sont pas des termes que j'emploie, ou auxquels j'aurais pensé, mais je suis tout à fait d'accord avec. On est dans un monde où beaucoup de choses ont été oubliées, sauf dans la petite enclave technologique de Dité qui est un conservatoire du savoir. Et encore, le savoir est enfermé dans les ordinateurs, c'est comme une bibliothéque tenue par des aveugles (borgesienne métaphore, isn't it ?). Les humains qui y vivent, les "élus", ont aussi oublié quelque chose, leur "nature". Les barbares qui vivent sur la Terre, eux, ne savent plus rien de cet état passé du monde qui est le nôtre. Par contre, le savoir ou la connaissance la plus profonde perdure d'une part à travers la vie primitive et ses contraintes basiques : manger, faire des enfants, survivre, d'autre part à travers les mythes. Ces mythes qu'on prétend parfois avoir oubliés, je pense qu'ils sont toujours présents en nous. Le légendaire grec ou biblique qui est à la base de notre civilisation est toujours là, maintenant. J'ai fait la supposition qu'il serait toujours là dans 10.000 ans, soit de manière naturelle, dans la mémoire collective, soit de manière artificielle, par la conservation. À Dité, ces "titans", cyborgs et robots qui participent à la vie de la ville (Or-Fé, Pro-Mé) ont été dotés de personnalités mythiques et de looks de super-héros en partant de l'idée que les hommes ont besoin de rêver, ont besoin de mythes pour survivre. Ça fait vraiment partie de mes croyances sur ce qu'est l'homme. Pour moi, le mythe c'est le moment où l'on passe de la nature à la culture, c'est-à-dire de l'animal à l'homme. En tout temps et en tout lieu du monde, on retrouve des archétypes, des mythes parallèles, très semblables. Dans Arkadi, de manière très évidente, j'ai repris beaucoup d'éléments de mythologie grecque, germanique, bibliques, alchimiste, kabbaliste... mais aussi bien un conte africain et des éléments modernes : les super-héros sont la mythologie du XXème siécle ! Ce n'est pas par hasard qu'Or-Fé ressemble au Surfer d'Argent !

Puisque vous travaillez sur les mythes et sur des mondes qui sont des mondes d'après la catastrophe, d'après la fin d'un monde, comment voyez vous venir le prochain millénaire ?

Y a-t-il une vie après la "fin du monde"?... Ou la fin du monde est-elle un phénomène permanent ?... J'aimerais croire à l'éternel recommencement. Périodiquement des civilisations s'écroûlent et disparaissent, c'est la fin d'un monde, et quelque part, ailleurs, plus tard, ça redémarre... Mais dans notre situation actuelle, c'est la premiére fois de toute l'histoire de l'homme que toute la Terre est concernée, comme pour la catastrophe qui a entraîné la disparition des dinosaures. Actuellement, depuis que l'homme est sur la Terre, c'est la première fois qu'il a établi une civilisation qui est entrée en possession totale de la planète, au point que l'écroulement de cette civilisation risque d'être l'écroulement de toute l'humanité, voire la fin de toute vie. Alors, un peu lâchement , en BD, j'ai évité de faire de la SF à court terme, j'ai fait exprès de me projeter dans un futur très lointain, parce que j'ai très peur du prochain siècle. C'est une période charnière de l'histoire de l'humanité où tout va peut-être s'effondrer. C'est lié, pour moi, à la technologie, au commerce et à leurs excès, mais aussi à la surpopulation. Je pense que la planéte Terre pourrait supporter une civilisation technico-commerciale (!) de, mettons, un milliard d'habitants maximum, mais pas de six milliards d'habitants. On parle toujours de la surpopulation dans les pays dits sous-développés, mais il faut voir qu'un habitant de nos pays (qu'on devrait dire sur-développés) a un impact sur l'environnement cent ou mille fois plus fort qu'un bushman du Kalahari ! Alors, au XXIème siècle, ou bien on arrive à juguler l'augmentation de la population et il y a possibilité de continuer à survivre sur la Terre ou bien on n'y arrive pas ou pas assez rapidement, et ca va être une énorme catastrophe. Pas forcément une catastrophe " boum tout saute " mais une catastrophe étalée sur cent ou cent cinquante ans, une fin du monde au ralenti, si on veut, mais d'autant plus pénible. Les univers cyberpunk, Blade Runner ou Soleil Vert, c'est pas des mondes dans lesquels j'ai envie de vivre !

Donc une BD comme L'Age d'Ombre on pourrait la comprendre comme un avertissement : " Eh les gars, surtout pas ca " ?

Oui, si on veut. Après les Scènes de la vie de banlieue qui traitaient de "maintenant", logiquement, j'aurais dû faire des politique-fictions "futur proche". (Quelques "Banlieue" pourraient l'être, d'ailleurs : "Bienvenue à Villeville 2" ou "L'A.N.P.E.M.O.U.", qui sont dans l'édition Humanos.)
Arkas. Dédicace inédite
Mais, lâchement, donc, je n'ai pas voulu faire une BD réaliste sur le prochain siécle. J'ai sauté par dessus : dans L'Âge d'Ombre, on est déjà au delà de l'écroulement de notre civilisation technologique... et ce qui l'a suivie, le monde des 'Oms, est aussi en train de crever trés lentement. Avec, quand même, en complément, cette image d'espoir qui est liée à la mythologie puisqu'au fur et à mesure que les 'Oms disparaîssent, on voit surgir ces créatures que j'appelle "les Autres", mais qui sont en fait nos créatures, les êtres légendaires que nous avons imaginés, et qui vont finir par prendre notre place. (C'est pas réaliste, hein, c'est de la poésie !) Quelque part en moi, il y a cet élément d'espoir et, j'insiste, d'espoir en l'homme : l'imaginaire de l'homme est ce qu'il a de mieux, ce qu'il a de plus beau, ce qui mérite de survivre.




TOME 3 :
ARKADI
(Guy Delcourt éditeur, 2001)


" Enfants nés d'Accaïa, nés d'hommes-vrais, nés de sang-pur,
la marque de Râd est sur vous.
Alors voici : il est temps maintenant de descendre aux profondeurs puantes du Shéol
et là, par le sang moisi des radons,
de purger votre sang.

Car il faut soigner le mal par le mal
et le sang par le sang. "



(Extraits d'une interview réalisée par Jean Depelley en 2001 pour Comic Book Artists)

(...) Je connaissais Guy Delcourt depuis toujours parce qu'il était rédacteur en chef de "Pilote" pendant les dernières années du journal. Par la suite, on se croisait régulièrement sur les festivals et nos contacts étaient très sympathiques. La maison Delcourt fête maintenant ses 15 ans d'existence et depuis peut-être 10 ans déjà, c'est pour moi "l'éditeur du moment", comme les Humanoïdes Associés l'ont été en leurs temps.

CBA : En tout cas, votre passage chez Delcourt marque une nouvelle évolution graphique dans votre oeuvre.

J'ai commencé chez Delcourt avec la réédition de "L'Âge d'ombre", suivie de "Nocturnes". Nous n'étions pas encore sûr de pouvoir reprendre un jour "Le Monde d'Arkadi". L'idée a été de faire un one-shot, sans problème de continuité avec la série, mais s'y raccrochant... et donc qui puisse éventuellement servir ma cause auprès de Delcourt pour reprendre la série entière. Je pense que cela a joué son rôle. J'en ai profité pour graphiquement faire un saut...

CBA : Votre nouveau style fait assez penser à ce que l'éditeur américain Image a sorti à la même époque, avec des artistes comme Todd Mac Farlane ou Jim Lee, aux graphismes très dynamiques.

Oui... Peut-être par la dynamique et la richesse des couleurs... La comparaison ne m'était pas venue à l'esprit... Ce sont des gens que j'ai lus, oui, mais je me référais plutôt à Mignola... Dans "Nocturnes", j'ai travaillé la narration de façon relativement classique, avec peu de récitatifs, des bulles et beaucoup d'action, comme dans "Le Monde d'Arkadi". C'est quand même de la bande dessinée d'aventure... En même temps, j'ai cherché à retrouver une richesse graphique qui était celle d' "Arkhê" ou de "Laïlah", en travaillant en couleur directe, avec, en plus, des apports informatiques. Mon but était d'obtenir une grande richesse graphique tout en respectant la dynamique d'une BD d'aventure moderne.

Arkadi et Ombre. Dédicace reprise dans la Monographie Mosquito.
CBA : On sent poindre une cohésion logique dans toute votre oeuvre, puisque, outre "Nocturnes", le cycle de "L'âge d'ombre" semble également compléter celui d' "Arkadi".

Oui, c'est un petit jeu personnel... Je me suis aperçu que dans "L'âge d'ombre" j'avais glissé des allusions au fait que la Terre tournait de plus en plus lentement sur elle-même, par une espèce d'effet d'usure du temps, avec des nuits qui durent aussi longtemps que les saisons... Il y avait déjà cette idée d'un monde qui va sur sa fin. Dans "Le Monde d'Arkadi", la Terre ne tourne carrément plus, c'est donc postérieur à "L'âge d'ombre". Tout auteur de science-fiction a pour ambition d'écrire son "histoire du futur"... J'ai même quelque part le scénario - je ne sais pas si je le réaliserai un jour - d'une petite histoire qui ferait le lien entre "Les scènes de la vie de banlieue" et "L'âge d'ombre" ! Cela bouclerait la boucle !





TOME 4 :
LA CORNE ROUGE
(Guy Delcourt éditeur, 2001)


"Tu renonces déjà, Arkadi ?
Toi qui es descendu dans le Shéol pour dompter les ténèbres,
toi qui as vaincu les quatre animaux malfaisants...
- Qui parle ?
- Celui qui t'attend, qui a besoin de toi,
le dieu endormi...
Kro-No."




(Extrait d'une entrevue avec Damien Dhondt, publiée par le fanzine Apsara)

D.D. : Quand on voit le dessin de "Jirel de Joiry" (chez Opta, puis chez j'ai Lu), on remarque ses cheveux roux qui touchent sa cape rouge... cela ressemble beaucoup à votre dessin de "Shambleau" (dans le "Caza 30x30", puis chez J'ai Lu).

Oui, c'est vrai, le "Shambleau" doit dater à peu près de la même époque que le "Jirel", même s'il n'a été publié en J'ai Lu que tout récemment... Qu'en dire ?... C'est l'obsession du rouge, du flamboyant... et je n'y suis pour rien : c'est déjà dans les textes. Jirel est censée avoir des cheveux courts, c'est vrai, mais ce sont bien des cheveux rouges. Quant à "Shambleau'' c'est une histoire entièrement rouge : cela se passe sur la planète Mars... La fille, la Shambleau en question, une sorte de nouvelle gorgone Méduse, a des cheveux comme des vers gras, grouillants, rouges... et elle a la peau dorée, elle est vêtue d'un morceau de cuir rouge... bref, tout est rouge dans cette nouvelle ! "Jirel de Joiry'' est plutôt une nouvelle noire, tout se passe dans les ténèbres... évidemment illuminées par la chevelure de feu de l'héroïne ! Le rouge et le noir, ce sont de grands classiques ! Ce sont les couleurs des émotions les plus fortes, la passion sensuelle, la violence, la mort...

D.D. : Albe aussi a les cheveux roux.

Oui, dans "Le Monde d'Arkadi", il y a deux images de mère, l'une est chaleureuse, l'autre est glacée : Albe, la mère d'Arkadi, c'est I'ambre, le doré, l'or, le soleil... Alors que Hel, l'ordinateur central de Dité, la ville sous les glaces au centre de La Nuit, c'est le bleu, le violet, le vert, les couleurs froides. L'opposition est voulue, calculée.

Arkadi et le lion. Ex-libris édité par Le Pythagore, à Chaumont.
D.D. : J'ai eu l'impression qu'Albe représentait un concept : celui de la vie.

C'est la vie oui, bien sûr. Mais je ne l'ai pas pensée comme "un concept" de la vie, une allégorie. Je l'ai pensée comme une femme, j'ai voulu qu'elle soit une femme, dans toutes ses facettes... magicienne, accoucheuse, amante et mère... je voulais en faire la plus belle image de femme que je pouvais.





TOME 5 :
LES VOYAGEURS DE LA MER MORTE
(Guy Delcourt éditeur, 2002)


Sable et sel...

Arkadi, le jeune barbare,
Pan-Dra, la guerrière venue de Dité,
et Radon, le mutant, le sang-moisi,
comme des spectres de morts depuis longtemps disparus,
sur la mer morte de cette mourante Terre,
ils marchent...

Vers quelle promesse ?




(Autre extrait de l'entrevue avec Damien Dhondt pour Apsara)

DD. Dans Arkadi, il me semble que la symbolique est partout présente. Qu'avez vous voulu faire avec Le Monde d'Arkadi ?

Mon premier but, disons le but "extérieur", éditorial, c'est de faire une grande histoire d'aventure s'adressant aux adolescents. Une grande aventure de science-fiction, avec des idées auxquelles je tiens beaucoup sur le devenir futur de notre planète suite aux malversations écologiques de l'homme moderne - nous.
J'ai aussi voulu donner un côté heroïc fantasy, parce qu'il y a dans ce futur de notre monde un retour à la barbarie. J'oppose ou je fais se côtoyer une civilisation hyperévoluée, cybernétique, décadente et l'absence de civilisation, la barbarie, la dégénérescence... une autre forme de décadence... Bien d'autres l'ont fait avant moi dans la science-fiction, d'ailleurs.
J'ai voulu aussi que ce soit une saga, quelgue chose de vaste, qui s'étale sur des années, avec beaucoup de personnages. J'ai voulu que cela soit encore un "roman de formation", un voyage initiatique : on prend le héros Arkadi très jeune, adolescent et, petit à petit, on va le voir vivre un certain nombre d'épreuves jusqu'à devenir réellement un héros au sens large du terme, au sens mythologigue du terme, même. Bien entendu, I'aspect symbolique est constamment présent, parce que c'est comme ça que je pense, mes histoires se nourrissent toujours de symbolisme et de mythologie, de légendaire. Ce n'est pas une intention intellectuelle, c'est parce que je fonctionne comme ça.

DD. J'ai eu l'impression que vous utilisiez des symboles mythologiques et même bibliques en faisant appel à l'inconscient collectif. On dirait que tout s'emboîte, tout est logique, mais en restant à la surface de la conscience.

Je l'espère, oui, j'espère faire cela, c'est mon ambition. Je tisse une vaste trame où tout s'emboîte à un niveau juste au dessous du seuil de la conscience claire, sous l'anecdote et les faits objectifs... C'est une logique "jünghienne", oui...
Et c'est pour ça que les grandes figures mythiques sont très pratigues. Je crois gue ce n'est pas par hasard qu'elles restent dans notre mémoire, que l'on s'en souvient, que I'on réfléchit encore dessus, qu'on les recrée constamment : les thèmes de I'arche, d'Hercule, d'Orphée, de Gilgamesh sont des thèmes universels qui ont des milliers d'années derrière eux. Si on regarde au niveau de la structure narrative, des archétypes qui sont mis en jeu dans ces légendes, on les retrouve dans toute I'histoire de la littérature, le fantastique en particulier, la science-fiction aussi bien sûr : la science-fiction est un peu la mythologie du XXème siécle... J'ai repris pas mal de mythes, comme ça, parfois systématiquement : les Enfers, Prométhée, Orphée... Le personnage de Hel est inspiré de Hela, déesse des morts dans la mythologie germanique et nordique...

DD. Et peut-être aussi de Hel, la bien-aimée disparue de Rotwang I'inventeur dans Metropolis de Fritz Lang.

Non, ou peut-être à un niveau tout à fait inconscient... Plus vraisemblablement, il s'agit d'une inspiration commune : la scénariste de Metropolis, Thea von Harbou, connaissait sûrement - et beaucoup mieux que moi - la mythologie germanique !

DD. Et, plus concrètement, avez-vous lu la nouvelle "Acmé" de Gérard Klein, parue dans le recueil Les Soleils noirs d'Arcadie ?

Je ne sais pas, je ne me souviens pas...

DD. Albe se baigne dans le lac Acmé dans... justement Le Monde d'Arkadi...

Oui, c'est rigolo, ça aussi... Acmé est un mot grec... il y a beaucoup de noms grecs dans mon monde d'Arkadi, à commencer par Arkadi, prénom russe, mais d'origine grecque. L'Arcadie, ça remonte loin, c'est le pays mythique des Grecs anciens, leur Jardin d'Eden...
Ici nous touchons justement au subconscient collectif, c'est-à-dire à toutes les choses que l'on a lu, tous ces mots qui traînent dans les paroles et les livres, dans le conscient et l'inconscient, depuis des centaines et des milliers d'années, en filigrane dans notre culture...
II y a des mots qui ont des résonnances particulières, on ne sait pas toujours pourquoi... L'acmé c'est le pic dans une courbe, dans quelque chose qui croît en tension, l'acmé c'est le moment le plus fort, le paroxysme... Après, ça redescend. Pour moi, cela a une certaine importance, au niveau narratif, d'avoir un acmé... Pas tant à propos de la scène où Albe s'y baigne mais pour celle, en fin de tome 3, où le lac de barrage craque et où l'Acmé ravage le village d'Accaïa - nom grec aussi... Mon Accaïa, c'est l'île grecque de Santorin, après la disparition des eaux de la Méditerranée... Et puis il y a aussi le jeu de mots qui entre en jeu : il y a un opéra de Léo Delibes qui s'appelle Lakmé... C'est le nom du personnage principal, une prétresse hindoue, si je ne m'abuse... J'ai peut-être eu ce personnage en tête en créant Albe... et l'Acmé.

DD. Avez vous lu le roman d'Arthur C. Clarke La Cité et les astres ?

Oui, très certainement... Il y a longtemps, lors de sa première parution en France, à la fin des années 50, je suppose...

DD. Est-ce que vous vous en êtes inspiré pour la cité de Dité ?

C'est très possible, oui, de même que des Cavernes d'acier.

DD. Asimov a écrit ce roman un an avant celui de Clarke.

Est-ce que dans Clarke aussi il s'agit d'une cité fermée sur elle même et d'un problème d'agoraphobie ?...

DD. Oui, psychologiquement, personne ne peut en sortir, excepté des anomalies.

Voilà !... Tiens, décidément, il faudrait que je relise La Cité et les astres, c'est toujours amusant de retrouver ses sources, et celle-ci je l'avais oubliée... alors même que les premières notes écrites qui ont formé la base du Monde d'Arkadi datent bel et bien de la fin des années 50...
Par contre, l'une des influences certaines du Monde d'Arkadi, c'est Niourk, de Stefan Wul. Il y a des choses qui en viennent très directement, très consciemment. Niourk raconte l'histoire d'un jeune barbare qui est le seul noir dans sa tribu, dans une période future où il n'y a presque plus de mers... Tout se passe dans des fonds marins encombrés de fûts de déchets radioactifs... La pollution nucléaire a créé tout un tas de mutations absolument abominables, des pieuvres géantes terrestres, luminescentes et télépathes en particulier... Le jeune héros mute après avoir mangé leur chair et aboutit finalement à une ville qui s'appelle Niourk et qui est New-York, abandonnée depuis des siècles mais fonctionnant encore toute seule sur sa technologie, sur ses automatismes...

DD. Je suppose que vous avez aussi lu La Saga du guerrier de Mars d'Edgar Rice Burroughs, vu le nom de "thoat".

Oui bien sûr... Les thoats sont les montures de mes guerriers nomades barbares du tome 5. Là, ce n'est plus de l'influence subconsciente, c'est carrément du clin d'oeil... J'en ai profité aussi pour assouvir une vieille envie de mettre en scène les guerriers martiens ("barsoomiens" !) de Burroughs, errant sur leurs anciens fonds marins asséchés couverts de lichens rousseâtres...

DD. Pour continuer avec les références : Shéol de J.P. Fontana ?

Il se trouve que j'ai découvert ce livre chez un brocanteur il y a quelques jours. Et je suis tout à fait sûr de ne l'avoir jamais lu jusque là. Coïncidence, donc... Ou plutôt culture commune, idées communes, rencontres, entrecroisements dans la trame de ce qu'on appelle la culture... Dans le domaine de la création, comme dans celui du rêve, les lois de la causalité sont souvent remplacées par celles de la synchronicité.
La cité isolée - souvent souterraine - dans un monde revenu à la barbarie est un stéréotype qui rejoint de grands archétypes : utopie, prison, paradis, enfer, labyrinthe... Il y aurait toute une étude à faire sur ce thème en compilant dans toute la littérature de l'imaginaire... Plus directement, je pense aux romans de T.J. Bass Humanité et demie et Le Dieu Baleine : les habitants de la cité souterraine, les néchiffes, n'ont plus que quatre doigts; j'ai repris - consciemment, là - cette idée pour les élus habitant Dité.
Les dieux et les hommes. Ex-libris édité par Le Pythagore, à Chaumont.
À propos du mot shéol, qui, en hébreux, désigne les enfers, on pourrait citer sa dérive en shayol dans "Sur la planète Shayol" de Cordwainer Smith... et remarquer que mes "transformés" de Gandahar, avec leurs membres surnuméraires, ressemblent fort aux condamnés mis en scène dans la nouvelle en question, servant de banques d'organes sur pied... et remarquer qu'un de ces "transformés" se nomme justement Shayol. Et là c'est un clin d'oeil voulu, tant par Laloux que par moi.... Et on pourrait encore citer la première BD de Cadelo, directement inspirée de "Sur la Planète Shayol" et intitulée Skéol... nom qui se mue au bout de quelques pages en Shéol... retour aux sources et boucle bouclée...



TOME 6 :
NOONE
(Guy Delcourt éditeur, 2002)


Avant l'ère de la Masse,
si l'on était perdu dans la nuit
et que l'on désirait la lumière et la chaleur du jour,
il suffisait d'attendre que le soleil se lève...
C'était un monde d'espoir.

Maintenant, quand on est dans la Nuit,
pour voir le Jour, il faut marcher...
C'est un monde de volonté.

Bhül-Ogna, guerrière du Nord
"Bhül-Ogna, guerrière du Nord", un ex-libris pour le festival BD
de Boulogne-sur-mer 1995, et un de mes premiers essais de
"pinceau vigoureux".
Anecdote : je me souviens très bien que l'idée de Noone, cette "baleine mange-terre" qui trimbale son propre milieu écologique, prairies à brouter, arbres fruitiers et bestioles, dans son propre intérieur, m'est venue un matin, comme ça, et que je l'ai évoquée en famille au repas. Tout le monde m'a dit "Ça va pas, non ?" (Et le respect, alors ?) Mais je ne me suis pas dégonflé et je ne le regrette pas, parce que, même si ça m'a valu un tome de plus, c'était une belle idée de type "çavapasnon?", et ça m'a permis de donner à mes héros une période au repos, dans le confort, pour traverser des zones gravement inhospitalières. C'était ça ou une grosse ellipse.
Mais ça me permettait aussi de faire avancer la psychologie des personnages, individuellement ou dans leurs relations. C'est toujours difficile à mettre en place dans les épisodes d'aventure ou de bataille, c'est plutôt dans les épisodes en vase clos qu'on peut faire ça.
Je me suis amusé à commencer l'album sur une conversation en cours, au milieu d'une phrase, presque. Ça ne se fait pas. Pan-Dra explique ce qu'elle a compris de Jonas : il a quatre doigts, la peau pâle, etc : c'est un élu. Mais comment est-il arrivé là ?
Puis du "plafond", tombent des bouses : Noone fertilise ses pâturages intérieurs, puis arrose ces mêmes prés. Ça faisait partie de ce qui m'amusait dans cet environnement biologique. Mon côté scato, sans doute… mais tout l'album expose une situation infantilisante : tous les personnages vont régresser, à l'instar de l'habitant des lieux, l'ex-élu Jonas, qui se révélera finalement être Om-6, le servant d'Or-Fé.
J'ai pu aussi mettre en scène une Pan-Dra érotique, ce qui n'était pas vraiment envisageable jusque là, sauf pour qui adore les body-buidées castratrices ! Et l'intérêt dans le récit est aussi que la nudité de Pan-Dra entraîne une importante révélation : elle n'a pas de nombril. C'est un être artificiel. Organique, certes, mais fabriqué. Un golem de chair et de sang. Elle a été fabriquée par Hel et les bio-doctes à partir du code génétique d'un barbare — dont elle ignore tout. De là à ce que Arkadi soupçonne que ce fameux code génétique est celui de son père Arkas…
Par la suite, Arkadi utilise la base de données de Pan-Dra, sa "boîte". Il apprend à lire et à écrire, et acquiert quelques connaissances sur le monde. (La fameuse boîte de Pandore, dans la légende grecque, contient toutes les plaies du monde. Ici, elle contient le savoir, la connaissance, seul salut possible… ou en tout cas moteur d'évolution pour Arkadi.)
Quelques mois plus tard, Radon a régressé au stade batracien. Pan-Dra a énormément grossi, comme souvent les sportifs quand ils se laissent aller. Jonas est toujours obsédé par la bouffe. Arkadi, par contre, est le seul qui ne régresse pas à un stade infantile ou fœtal. Actif, agité, même, il se consacre à se développer intellectuellement et physiquement. Et puis, claustrophobe, il explore Noone, cherchant la sortie, et ainsi découvre la matrice et les œufs qui y croissent. (Décors organiques qui m'ont rappelé l'époque ou, travaillant dans la pube pute, j'ai pas mal donné dans le domaine médical.)
Cuivre, portfolio Amazones

"Cuivre", la planche couleurs du portfolio "Amazones", publié par
Le Pythagore en 1995. Dessin crayon, couleurs encres et gouaches.

Quand Noone est près d'accoucher, Arkadi a construit une tour de blocs de sel, qui lui permet d'atteindre la "perle d'ambre" qui éclaire la matrice. Un symbole solaire qui rappelle le "luz" au front d'Albe et le soleil de ses visions envoyées par Kro-No, de même que la tour de sel, spiralée… comme la corne de la licorne — thème qui nous suivra jusqu'à la toute fin.
Arkadi se délivre de Noone, ventre trop maternel. Mais quand il sort sur son dos, le noir-vent, le blizzard furieux de la Limite l'emporte. Il disparaît. Pan-Dra sort de son état obèse-ramolli. Par un effet de ses pouvoirs de gynoïde, elle se "pyrolyse", perdant d'un coup les quinze kilos qu'elle avait pris. (Gag. Quelques filles m'ont avoué qu'elles aimeraient bien être pourvues de ce genre d'équipement interne !) Elle éclate la paroi de Noone d'un coup de pistolet et part dans le noir-vent à la recherche d'Arkadi. Radon mute à nouveau, se couvrant de fourrure, métamorphe toujours à même de s'adapter à quelque environnement que ce soit.
Finalement tous se retrouvent au pied d'une immense muraille, naturelle ou construite, mais très ancienne. Ce mur date sans doute de peu après l'arrêt de la rotation terrestre, un temps où les survivants tentèrent de dresser un barrage contre la Nuit… et les Nocturnes. Serti dans cette muraille colossale, le Château d'Antarc… d'où provient la musique d'Or-Fé.

Aux Humanos, on m'a dit que c'était un épisode de transition, ce à quoi j'ai répondu que TOUS les tomes étaient des épisodes de transition (à part le premier et le dernier !)
Après, ils m'ont dit qu'il fallait que je termine la série là. Conscients quand même que je ne pouvais pas régler toutes les questions en l'air dans ce tome (et d'abord, je ne voulais pas !), ils m'ont demandé au moins de faire quelques révélations, une fausse fin, et m'ont laissé huit pages de plus pour cela. Mais, sans être le moins du monde suicidaire, juste un peu obstiné, je n'ai jamais voulu admettre que c'était fini, et je leur ai interdit de nommer "intégrale" le recueil des six premiers tomes qu'ils allaient publier en guise de pierre tombale.
N'empêche que la série s'est retrouvée arrêtée là, devant un MUR, comme mes héros en fin d'album…
Il se passera donc huit ans avant que le tome 7 sorte, chez Guy Delcourt, non sans que j'aie produit "Nocturnes", one-shot  et/ou prologue à la série, et réalisé avec Philippe Leclerc "Les Enfants de la Pluie"… Et que Delcourt ait réédité bellement ces six premiers tomes.
(Sur le plan technique, c'est à l'occasion de ce tome que, avec Scarlett Smulkowski, nous avons fait nos premiers essais de couleur informatique. Le plus gros de l'album a été coloré par la méthode alors la plus courante, sur des "bleus", mais les flash-backs et rêves (planches 10, 11 et 19, 20, 21, cases à coins arrondis), ainsi que les effets d'écrans (planches 32, 33) ont été faits dans PhotoShop. Les éditeurs étaient encore réticents au numérique, alors, en 95, 96… avant que ça bascule à l'inverse !).

"Dragon Belle", affichette du Pythagore en 1996. Crayon. "Mégalithes". Affiche pour le festival BD de Colomiers 1995

"Dragon Belle", affichette du Pythagore en 1996. Crayon.
(Il existe aussi une version couleurs)
(… Pour rester dans le genre "guerrières, amazones,
body-building et gros nibards"…)

"Mégalithes". Affiche pour le festival BD de Colomiers 1995, ainsi
que pour l'exposition-événement de Pascal Dejax, qui fit beaucoup
parler d'elle à l'époque. (Voir, en haut de cette page, l'astéroïde
contenant mon Or-Fé grandeur nature.)




Arkadi - Tome 7 - Le Château d'Antarc
TOME 7 :
LE CHÂTEAU D'ANTARC
(Guy Delcourt éditeur, 2004)


Or-Fé, le cyborg poète,
après la mort de la seconde R.I.-10,
a abandonné Dité, la ville sous les glaces.
Depuis, il se tient là, au Château d'Antarc,
sur la Limite entre le Jour et la Nuit,
comme sur la rive du Styx.

Attend-il un passeur ?


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© Delcourt Prod. & Caza
Évidemment, pendant que je faisais du dessin animé, Guy Delcourt, mon éditeur préféré, se disait "Il ferait mieux de me pondre des planches, celui-là..." Et il n'avait pas tort.
Donc, j'ai fini par réussir à me mettre sur Arkadi, tome 7, "Le Château d'Antarc", et à en venir à bout. Il faut dire d'abord que les choses s'étaient organisées pour que, pendant que je travaillais sur "Les Enfants de la pluie", on sortait les rééditions d'Arkadi de 4 mois en 4 mois (plus ou moins) de façon que, une fois libéré de mon film, j'arrive avec le tome 7 dans des délais raisonnables. Et c'est bien ce qui s'est passé, à ce détail près que, une fois effectivement dégagé du film, fin 2001, je me suis retrouvé vidé, seulement capable de produire des brouettes de crayonnés (voir Les Mois sont de papier, dans la page "Parutions albums - Les autres albums"), pas mal d'illustrations (voir les autres pages "Parutions"), mais incapable de me mettre sur du boulot à long terme : un album de BD, pour moi, c'est 10 à 14 mois...
J'avais laissé mes personnages à un moment crucial de leur voyage, celui où ils allaient enfin rejoindre Or-Fé. Le tome 7 raconte donc ces retrouvailles et... ça se passe assez mal, mais on a plein de révélations. Je ne vous en dis pas plus, hein, je ne vais pas tout vous raconter, faut le lire !
Sur la forme, j'ai continué à encrer au pinceau, comme je l'avais fait sur "Nocturnes" et à intégrer de plus en plus l'outil informatique : modélisation des décors, montage d'éléments faits à part des planches, couleur, bulles, lettrage, sans compter les intégrations de peintures symbolistes et les cases travaillées sans encrage: flashes-back, récits d'Or-Fé illustrés, rêves... À un moment, je voulais traiter ces passages en couleurs directes à l'acrylique... et puis je me suis aperçu que je m'ennuyais! Quand on a commencé à prendre son pied avec l'ordi, il devient difficile de revenir en arrière... Cet album présente finalement un résultat visuel à mi-chemin de "Nocturnes" et d'un tome "ordinaire" d'Arkadi.
Quant à la suite, j'ai maintenant scénarisé avec une certaine précision la fin de la série : ce sera en 9 tomes, finalement. J'arrive à un stade de l'histoire où il ne faut plus que ça traîne. En cette fin 2005, le tome 8 est largement entamé (voir page "Projets"). Si j'arrive à mettre sur le papier ce que j'ai en tête, les deux derniers tomes seront spectaculaires, pleins de bruit et de fureur — et de révélations cosmiques!

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© Delcourt Prod. & Caza
Arkadi T7 chambre en couleurs, 62ko
© Delcourt Prod. & Caza


 
Pour les gourmands, une page entière! (Mais sans les bulles!)
Arkadi T7 img15 128ko
© Delcourt Prod. & Caza



Arkadi - Tome 8 - Pierres de Lune
TOME 8 :
PIERRES DE LUNE
(Guy Delcourt éditeur, 2006)


… Et tous,
arrachés à la Terre,
navigueront sur les pierres de lune,
de la Limite au Pôle Jour
et du Pôle Jour au Pôle Nuit.

Au bout du voyage,
Dité, la cité-folie.

… Et Hel !?



Arkadi T8 - Or-Fé fusionné à Arkadi, 54 ko.

Or-Fé fusionné à Arkadi.

On avait laissé nos héros en plein suspense, alors que les robots Légion envahissaient le Château d'Antarc. Bataille ! La seconde envoyée de Hel, la "Pan-Dra N°2", n'y survivra pas.
Finalement, dans l'urgence, Pan-Dra arrache Or-Fé de sa machine, n'emportant que sa tête et une épaule, un bras.
Ils fuient par la voie des airs, "à bord" du dôme observatoire porté par une ventouze, emportés par le vent en direction de l'hémisphère Jour. Selon le régime des vents expliqué au tome 3 à propos du ventoux et de la ventouze, les vents bas soufflent toujours de la Nuit vers le Jour. Le vent les entraîne donc comme une montgolfière sur la face ensoleillée de la Terre, à l'opposé de Dité.
Mais, à proximité du pôle Jour, l'air remonte en haute altitude comme une trombe et s'étale en enclume.
À l'occasion de ce passage à proximité du pôle Jour, Arkadi vit une grave crise : les appels de Kro-No se font plus intenses, les visions de plus en plus envahissantes. Kro-No serait là, au pôle Jour... Arkadi veut, doit y aller... Mais "Ombre", son frère siamois, habituellement silencieux, s'oppose à lui, sort des bras, essaye d'étrangler Arkadi... Scène d'horreur rappelant le cauchemar du tome 7... Pan-Dra arrache "Ombre" du corps d'Arkadi, le délivrant de son influence  (… et par là même de celle de Légion, car "Ombre" est "l'antenne", le récepteur des ordres de Légion.)
Arkadi T8 - Hel est folle

Hel est folle !

Arkadi perd son sang. C'est Jonas/Om-6 qui trouve la solution : spécialiste de l'interface cyber-bio, il connecte les circuits de ce qu'il reste d'Or-Fé (lui-même en mauvais état) sur le système sanguin d'Arkadi. Maintenant, Or-Fé et Arkadi se retrouvent fusionnés en une entité à deux têtes, la tête d'or d'Or-Fé remplaçant la tête noire d'"Ombre"... (Les problèmes d'identité et la situation sentimentale se compliquent encore : d'un côté Or-Fé/Arkadi, de l'autre R.I.-10/Pan-Dra... laquelle, on s'en souvient, a été clonée d'après Arkas, père d'Arkadi...)
Les vents ascendants entraînent le "ballon" de nos héros, à une telle altitude qu'ils rejoignent l'Anneau-Lune : les restes de l'ancienne lune, éclatée, qui se sont formés en "anneau de saturne". Ils y côtoient un peuple d'êtres volants, les Pselles : Radon subit sa dernière métamorphose : il devient l'un d'eux et reste parmi eux.
Ensuite, la rotation de l'anneau-lune les ramène vers la face nocturne, ils y retombent et se posent à proximité de Dité.
Ils y pénètrent. La ville est sombre, glacée : ne l'oublions pas, Pro-Mé, le pourvoyeur de soleil a aussi manqué à sa mission. Tous les élus sont en hibernation. Leurs cauchemars concrétisés hantent les terrasses de la ville, comme des spectres hagards. L'architecture elle-même a bougé, étirée, verticale, comme si la ville était tirée vers le bas. D'un monastère clinique qu'elle semblait, Dité a maintenant l'apparence de limbes dantesques...
 Hel, l'ordinateur, prise dans les manques et les contradictions de sa programmation, est "folle".  Jonas/Om-6 parviendra à la vaincre - ou à la guérir - en pénétrant mentalement dans sa matrice cyber.
Pro-Mé réapparait, porteur d'un nouveau soleil pour Dité, balayant les cauchemars des élus endormis...

Arkadi T8 - planche 1 - aplats Arkadi T8 - planche 1 - terminée
La planche 1, au premier stade de la mise en couleurs :
un simple remplissage en aplats.
La même terminée.



NOCTURNES
(Guy Delcourt éditeur, 1999)



(Extrait d'une interview réalisée par Sara Doke pour Phénix en 1999)

En ce qui concerne la préquelle, Nocturnes, est-ce un one-shot ou y a-t-il d'autres petites choses prévues pour mieux définir les contours de votre univers ?

Ça, ça va dépendre du temps qui me reste à vivre ! La Terre Fixe, l'ère de la Masse, c'est un univers riche, sur lequel j'ai beaucoup travaillé et que je peux m'amuser à continuer à explorer pendant longtemps.
La suite directe de Nocturnes, elle existe déjà, et va donc ressortir, puisque c'est le tome 1 du Monde d'Arkadi, Les Yeux d'Or-Fé ! Je fais l'ellipse sur quelques années de la vie d'Arkas : dans cette période là, je n'ai rien de spécial à raconter. Par contre, il y a d'autres périodes qui pourraient susciter d'autres albums one-shot, comme ce qu'a pu vivre Arkas entre le moment où il reçoit une pierre de lune dans le crâne et le moment où il rencontre Albe, donc une histoire complétant le tome 1, bouchant un trou... De même, sur le personnage de Pan-Dra, entre le moment où elle a été créée dans la ville de Dité et le moment où elle rencontre Arkadi, il s'est passé dix ans. Dix ans de voyages sur la Terre, elle peut avoir vécu pas mal d'aventures, surtout quand on voit la nana que c'est ! À la limite, je pourrais faire une série autonome sur Pan-Dra, tellement je l'aime ! Je pourrais aussi raconter l'origine d'Or-Fé, par exemple, ou celle des autres "titans" de Dité, Hé-Fa-Is, Pro-Mé, les autres dieux-machines...

Ça pourrait prendre la forme d'une BD ou bien d'un compagnon, voire de textes ?

Ce n'est pas impossible. A priori, bien sûr, je vois de la BD, mais ça peut être aussi une question de temps disponible : j'ai pas loin de 60 ans et je pense que je n'aurai jamais le temps de faire ces peut-être dix albums supplémentaires. Par contre si j'en faisais... je n'ose pas dire "des romans", parce que je ne suis pas romancier, mais peut-être la publication des scénarios bruts, sans dessins. Ça ne se fait pas couramment, ce genre de chose, ca pourrait être amusant ! Sinon, ça pourrait prendre la forme d'une sorte d'encyclopédie de la Terre Fixe, avec des fiches historiques, géographiques, climatiques, etc, et aussi des "fiches persos" abondantes dans lesquelles je pourrais mettre ce que je n'ai pas pu raconter en BD.


Arkas et Myriam.
Carte de voeux publiée par Le Pythagore, libraire à Chaumont.
1999.

Arkas.
Ex-libris publié par Fantasmagories, libraire à Paris.
1999.

Arkas.
Ex-libris publié par Forbidden Zone, libraire à Bruxelles.
1999.


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