PARUTIONS AUTRES ALBUMS

("AUTRES" désignant ceux qui ne font pas partie
du cycle "Le Monde d'Arkadi")


Les mois sont de papier 03
LES MOIS SONT DE PAPIER / 03
Le Pythagore. Novembre 2008.

DESSINS (OU DESSEINS) "POLITIQUES" ?
Je n'ai pas une grande pratique du dessin journalistique, ou d'actualité, qu'on appelle aussi dessin de presse. Peut-être parce que c'est toujours pressé. Et c'est bien là l'un des problèmes! Pondre, à chaud, sur un coup de fil, dans l'heure qui suit, ou dans les 24 heures, quelque chose, un dessin, une idée — géniale de préférence, en tout cas significative, engagée, pénétrante, concernée…
Les mois sont de papier 03 - page 41 Femmes Orient
"Pour ne pas finir radioactif, être réactif."

Il se pose évidemment le problème de la commande, que celle-ci soit extérieure ou que je me la passe moi-même. Dessiner sur un thème imposé et, avant même de dessiner, avoir "une idée", laquelle va commander le dessin. Il s'agit bien de "dire quelque chose". Le dessin doit être au service de l'idée. Or depuis un moment, je suis accro au dessin "gratuit", sans but, qui vient tout seul, qui ne veut rien dire ou alors par la bande, presque par hasard.
Mais l'exercice est intéressant: c'est l'opportunité de faire autre chose, d'aborder le dessin différemment, un autre jeu que celui de la couverture de bouquin ou de la BD. Et de militer, parfois, ou simplement "m'exprimer".

"Mieux vaut soixantehuitard que jamais."

Les lieux sont divers : associations militantes, presse, la vraie en papier ou la virtuelle. Ainsi de mes "Lettres Ouvertes" sur l'internet, souvent plutôt bavardes, parfois ressortant avec opportunisme des dessins "en réserve", parfois dessinés à chaud.
Quand ça doit accompagner un article, ça aide : le dessin peut alors être l'illustration d'une phrase, ou un commentaire personnel sur une idée exprimée dans l'article, prolongeant cette idée ou la critiquant, voire ironisant dessus.
Par contre, il y a quelque chose qui m'a toujours dérangé, chez les journalistes satiriques, chansonniers, etc, c'est l'attaque contre les personnes, les hommes politiques ou autres, la caricature personnelle, portant souvent sur le physique. Peut-être parce que j'ai du mal à "caricaturer", chopper une ressemblance, la systématiser en un stéréotype. Et puis, pour moi, ce ne sont pas des individus qui sont en cause (ou ça ne devrait pas) mais des institutions ou des idéologies. (Pourtant, parfois, c'est difficile de faire autrement, tant la fonction crée l'organe et tant il y en a qui sont très très énervants qu'on a envie de taper dessus!

"L'actualité n'est plus ce qu'elle était."

Après, quels dessins garder, pour un recueil? Il y en a qui sont tellement "d'actualité" que, quelques jours après, on peut déjà ne plus savoir ce qu'ils veulent dire. Qu'en reste-t-il, alors? Le dessin pour lui-même? Mais je ne suis pas le roi du dessin jeté vite-fait, surtout quand je suis tendu vers un but, une intention, un truc à dire. Donc jetage, tri sélectif, recyclage et parfois remise sur le métier! Si bien que, de fil en aiguille, ce bouquin que je voulais composer sur mes archives comprend une majorité (absolue) d'inédits, dont un bon nombre faits spécialement pour!

Enfin, comment classer? Après avoir exploré "chronologique", "par thème", "par support", je suis arrivé à une vague combinaison qui démarre plus ou moins chronologique, avec des dessins des années 70, faits pour La Gueule Ouverte (dit "La G.O."), journal écolo de l'époque, puis tourne au vaguement thématique, mais suivant des fils entrecroisés, un réseau associatif plutôt que des partis avec la carte de membre.

"Il y a autant de différence entre Lénine et Staline qu'entre Lennon et Stallone."
Les mois sont de papier 03 - page 53 - OGM

Caza - Couverture du 30x40 DIALOGUE AVEC L'EXTRATERRESTRE publié par Le Pythagore
DIALOGUE AVEC L'EXTRATERRESTRE
Le Pythagore. Décembre 2005.

Quand Francis Zahnd m'a téléphonodit de sa voix tranquille : "Pour le catalogue de l'exposition du même nom (voir Actu), si on faisait un 30x40 ?", j'ai fait "Waouh!"
Quand il m'a suggéré de le faire avec les crayonnés et brouillons des illustrations contenues dans l'expo, j'ai pleuré "Mais je n'en aurai jamais assez (de qualité suffisante)!" Et puis j'ai pris ma fourche à foin et j'ai attaqué le grenier. Et finalement, oui, bon, voilà!

Avant la planche, avant la page, avant la couleur à l'acrylique ou à l'ordinateur… avant la couverture imprimée et le livre dans la poche, il y a ça : les recherches, les crayons, les feutres, les brouillons, les "roughs", comme on dit dans le métier.
Premier jet sur un bout de carnet, agrandissements, révisions déchirantes et parfois déchirées, papiers sauvés de la corbeille, recyclés, remontés, scannés, copiés, collés…
Avant le "premier plat", la cuisine (des anges ?)


Préface de Jacques Baudou
Pour tout lecteur de science-fiction, Philippe Caza est un vieux compagnon de route. Il y a en effet plus de trente ans maintenant que ses couvertures ou ses illustrations balisent nos lectures. Baliser est bien le terme qu'il convient ici d'utiliser : nul ne songe à nier l'importance démiurgique des illustrateurs dans l'histoire de la science-fiction. Nombre d'auteurs américains font remonter leur vocation à la lecture des pulps S-F des années 20-30 et l'incitation à se plonger dans leur lecture à leurs fastueuses couvertures, qui sont la preuve vivante de l'existence d'un véritable art populaire (au même titre que les images d'Epinal ou les cartoons de Chas Addams et Gahan Wilson)...
N'y a-t-il pas dans la manière dont des artistes - j'utilise le mot à dessein et dans son sens le plus fort - comme Hannes Bok, Virgil Finlay ou Michael Whelan ont donné forme aux visions des écrivains une part non négligeable de l'attraction qu'exerce le genre sur les lecteurs sensibles aux échappées dans l'imaginaire ? N'avons nous pas nous-même été fasciné par les illustrations de couverture réalisées par Emsh pour la seconde série de la revue Galaxie publiée par les éditions Opta et n'est-ce pas là une cause notable de notre addiction ?
Caza - Dialogue avec l'extra-terrestre, page 6
C'est justement - et comme il se doit tout naturellement pour l'époque - dans les publications des éditions Opta que Philippe Caza s'est fait, au tout début des années 70, remarquer. L'exercice pérequien de mémoire est, en ce qui le concerne, des plus probant. Je me souviens de la couvertue du n°85 de Galaxie et du portrait que Caza y fit en blanc et noir, avec juste deux tâches de rouge, de l'héroïne de Catherine L. Moore, Jirel de Joiry. Je me souviens de la couverture du n°221 de Fiction avec ces trois humanoïdes et de leur regard entêtant comme un rêve. Je me souviens des illustrations qui ornaient la parution en deux tomes du fabuleux cycle de Jack Vance "Tschaï" au Club du livre d'anticipation. En quelques illustrations mémorables, Philippe Caza s'était taillé une place de choix parmi ceux qui, en France (Forest, Bilal, Druillet, Moebius, Siudmak, Auclair, Jamoul) créaient une imagerie science-fictive originale et d'un indéniable pouvoir d'évocation....
Cette place, Philippe Caza ne l'a plus jamais quittée. Bien sûr, il s'est aventuré sur d'autres terrains d'expression graphique, la bande dessinée, l'affiche, le dessin animé, mais il n'a jamais délaissé l'illustration et nombre de romans de science-fiction lui doivent un premier abord favorable, voire enthousiaste. Il a travaillé pour de nombreux éditeurs : J'ai Lu (on lui doit, par exemple, la superbe couverture du Date d'expiration de Tim Powers), L'Atalante, Mnémos, ISF, Degliame, etc... Et à chaque fois, l'évidence s'impose : il y a un style Caza, une patte Caza, un univers Caza immédiatement reconnaissables qui font de la contemplation du livre illustré un premier bonheur, un plaisir au sens delermien.
Caza - Dialogue avec l'extra-terrestre, page 7
Dans cet album, ce n'est pas le résultat final qui est livré à votre attention. C'est là le rôle assigné à l'exposition organisée par l'Office culturel régional de Champagne Ardenne. Philippe Caza et  Francis Zahnd, son éditeur, ont choisi de réaliser un album Noir et Blanc.
Ce qui nous introduit, de manière subreptice, dans l'atelier de l'artiste. La matière ici dévoilée est celle des esquisses, des brouillons, des crayonnés, des essais abandonnés. Elle correspond à la phase de recherche, quand l'idée rôde, quand l'esprit et la main tâtonnent, quand le geste ébauche la mise en forme. Mais elle comporte aussi des projets plus avancés, voire même dans la phase d'achèvement, telles ces planches après encrage qu'il ne reste plus qu'à mettre en couleurs. Le tout agrémenté, de ci, de là, de croquis, témoins des griffonnages vagabonds qui sont au dessinateur ce que la prise de notes, la collecte d'idées ou de phrases sont à l'écrivain.
Philippe Caza a ouvert pour nous le coffre au trésor, divulgué les étapes de la pratique de son art, révélé la partie secrète de son oeuvre sans que la magie qui s'attache aux illustrations terminées et mises en couleurs ne se dissipe. Ces planches en noir et blanc font rêver elles aussi, mais autrement...
Reste le titre de l'album emprunté à un roman de Frederick Pohl, Dialogue avec l'extraterrestre, qui résume d'une belle métaphore le pari tenté par tout auteur de science-fiction : dialoguer avec l'alien, l'autre, l'indécidable. Le pari exigé de l'illustrateur n'est pas moins grand, puisqu'il lui incombe la lourde, la difficile tâche de la représentation. Celle de donner un visage, une forme à l'extraterrestre. Celle de nous précipiter d'une image dans l'inconnu. Philippe Caza a le chic pour y parvenir.
Jacques Baudou



Les mois sont de papier 02
LES MOIS SONT DE PAPIER / 02
Le Pythagore. Octobre 2005.

De 1997 à 2002, le plus gros de mon activité a été consacré au dessin animé "Les Enfants de la pluie", en toute complicité avec son réalisateur Philippe Leclerc. Arrivé au bout, on s'est retrouvé avec un film dans les salles, puis en DVD, tout cela avec un succès correct, c'est bien… mais aussi avec des brouettes de dessins préparatoires, allant de la jolie acrylique sur joli papier au crobard crado jeté sur un bloc au coin d'une table.
En fait, il y a un peu deux stades. Le premier, c'est quand le producteur monte le projet, la "pré-prod": il a besoin, outre le scénario, de dessins soignés, en couleurs, susceptibles de séduire les partenaires sollicités: CNC, chaînes télé, co-producteurs, distributeur, studio de réalisation. Donc des illustrations de moments précis du scénario, mises en scène comme des plans du futur film, et puis des recherches déjà orientées vers la réalisation, en particulier les personnages principaux, pour qu'on puisse déjà imaginer ce qu'ils donneront à l'écran.

Les mois sont de papier 02 - Amphi petite place
Mais ensuite commence la réalisation, du moins la "préparation", c'est-à-dire tout ce qui vient avant l'animation proprement dite. Là, je ne suis plus tout seul, mais je dois fournir à l'équipe character design et à l'équipe background design des centaines de croquis, généralement de simples crayonnés, qu'ils devront adapter, nettoyer, épurer, et à partir desquels ils devront extrapoler. Par exemple, pour un figurant, je me contente de le dessiner de 3/4, à eux d'en tirer la face, le profil, le dos… Pour les décors, c'est un peu pareil, je fournis une esquisse ou un dessin précis du "décor clé" d'une scène, les assistants en tirent une mise au propre ainsi que les angles de vue complémentaires, en y apportant la rigueur (construction, perspective) qu'il n'y a pas forcément dans mon esquisse. De même, je fournis un tas d'éléments décoratifs et d'objets, soit "prêts à l'emploi" soit bases de travail pour un assistant… La coupe sur la table, les fruits, le steak de queue de klütz, le coussin, tout y passe, je crois qu'il n'y a pas un personnage, un décor ou un objet que je n'aie au moins esquissé. Total, arrivé au bout, j'en ai deux caisses! Et qu'en faire?

Beaucoup de ces dessins préparatoires ont servi à nourrir les dossiers de presse, les articles de journaux, bien sûr (cf par exemple la série d'articles de Fabrice Blin dans Anime/land). Et puis est venu "KronoZone", mon nouveau recueil d'illustrations paru chez Guy Delcourt-Série B fin 2004, où Vatine et Blanchard souhaitaient bien sûr une section "Enfants de la pluie", ce qui fut fait, avec les plus beaux dessins en couleurs de "pré-prod".
Restaient les noir et blanc, les croquis, pas forcément propres, pas forcément aboutis, mais dans lesquels je pouvais sûrement faire une sélection sympathique. Évidemment, il a fallu gommer, nettoyer, parfois refaire au propre des dessins qui avaient du caractère mais n'étaient pas présentables tels quels, jeter, ordonner, composer… J'ai opté pour un ordre qui suit à peu près le film: on commence avec Orfalaise et les Pyross, on finit avec la crypte et l'affrontement final… Mais ce n'est pas "le film raconté", et ce n'est pas non plus un making-of ou un art-book… plutôt une balade dans le monde des Enfants de la pluie et dans les carnets de son auteur… de l'un de ses auteurs, pour être honnête, car tout cela n'existerait pas sans une chaîne de gens qui vont de Serge Brussolo à la dernière violoniste du Bulgarian Symphony Orchestra. 
Les mois sont de papier 02 - Djuba

KronoZone
KRONOZONE
Delcourt-Série B. Octobre 2004.

Il y avait longtemps que j'espérais réaliser un nouveau recueil de mes illustrations SF et autres, les précédents étant épuisés. Et puis voilà, très logiquement, ça s'est fait dans la belle collection d'art-books Delcourt-Série B, régie par Olivier Vatine et Fred Blanchard, collection qui comprenait déjà un fort beau Manchu et un non moins beau Vatine.
Préface de Roland C. Wagner. Lequel RCW me rend un bel hommage sur :
http://generationscience-fiction.hautetfort.com(...)kronozone.html





Quelques éléments préparatoires d'une interview pour BD-Mag :

KronoZone - Temple Nuit
Pourquoi vous êtes-vous orienté vers la SF matinée d’heroic fantasy ?
Je suis lecteur de SF depuis mon plus jeune âge ou presque (les Fleuve Noir avec couvertures de Brantonne, les Rayon Fantastique avec couvertures de Forest, et en BD, les Météor… sans oublier Tintin ou Blake et Mortimer qui contenaient pas mal de SF) et quand j’ai commencé l’illustration et la BD, il était évident que c’était pour faire de la SF… Quant à l’heroïc fantasy, pour en dire plus, voici la première mouture de l’introduction du chapitre “Fantasy“ dans KronoZone :
BARBARIE. Adolescent, déjà, je rêvais d'histoires barbares et j'avais en tête que si je ne faisais pas dans la SF, je ferais dans le moyen-âge réinventé, les cavaliers des steppes, les sorciers et les dragons… Plus tard j'ai appris que ça s'appelait l'heroic fantasy et que c'était une sorte de branche de la SF, souvent mal vue parce qu'elle n'a pas donné de grande littérature ou d'idées neuves…
    Pourtant, dans la SF même, on a toujours vu courir un désir de barbarie : voyage dans le passé jusqu'en préhistoire, dans l'espace vers des planètes primitives, ou futurs post-atomiques caractérisés par le retour à des pratiques comme le cannibalisme, certes plus rigolotes que les courses au super-marché!
Le gros truc, c'est ça : la fantasy, c'est du sang et de la sueur, du spectacle, de l'épopée, et, pour qui pratique l'image, sculpter une guerrière en armure chevauchant un dragon est nettement plus excitant  que designer un écran d'ordinateur!

KronoZone - PinceNeurone
Avec le Art of, quel regard sur votre carrière ? Que va-t-on trouver dedans?
Dans KronoZone, on va trouver un panel à peu près complet de ma production d’illustrations de SF depuis 1970… D’abord, pour le passé, une sorte de best of de ce qu’on avait déjà compilé dans quatre recueils précédents (Aux Humanos, le 30x30 et Chimères, à La Sirène, De Métal et de Chair et L’Oeil du dragon), ensuite pour le plus frais, beaucoup d’illustrations de ces dix dernières années, dont mon travail pour la jeunesse, peu connu, aux éditions Degliame, et aussi un joli chapitre de dessins préparatoires pour le dessin animé fait avec Philippe Leclerc, Les Enfants de la pluie. Des inédits, aussi…
Ce qu’il y a, c’est que je ne suis pas nostalgique. Je me suis même un peu battu avec Fred (Blanchard, dirlo artistique de la collec) qui, dans ses choix, abusait à mon goût de mes chères vieilles choses, faites dans les années 70 pour Opta ou pour Métal Hurlant. Je ne renie pas, mais ce qui m’intéresse, c’est de montrer le plus récent… C’est "aujourd’hui, demain et après" comme disait Andrevon (il y a déjà longtemps)… Et surtout ce qui n’a pas déjà fait l’objet de compilations… ou ce qui est marginal, peu connu, différent. Cela dit, il y a quand même dans ces trente ans et plus de production des sortes de bornes, de pierres blanches, quelques illus devenues des classiques incontournables, des icônes… Mais moi, parfois, j’ai un attachement extrêmement subjectif à tel ou tel dessin parce que ça a été l’occasion de franchir un pas, explorer une technique nouvelle pour moi, réussir un peu magiquement quelque chose sur lequel j’avais ramé deux ans plus tôt… ou un rapport sympa avec un bouquin, un auteur ou un éditeur.
Et je reste fidèle à ça : j’aime toujours faire des couvertures de bouquins.

(Propos recueillis par Philippe Audoin en 2004) 


------
Et des extraits d'une autre, parue dans L'Ecran Fantastique.

L'illustrateur et les éditeurs?
En général, j'ai été plutôt gâté : que ce soit chez Opta ou chez J'ai Lu, époque Sadoul, on me faisait confiance, on ne me demandait pas de proposer des roughs. Il faut dire que je lisais le livre, et ça se voyait. J'avais un certain sens de "l'esprit" qu'il fallait donner à tel ou tel livre, quitte à varier mon style, à m'adapter. Je savais aussi m'adapter aux contraintes techniques : au début, chez J'ai Lu, ils photogravaient les couvs par 12, alors tout le monde devait dessiner au même format, soit des originaux A4!
Quand je fais une couverture, je garde à l’esprit que je fais un travail à mi-chemin entre l’artistique et le publicitaire. La première chose que voit l’acheteur potentiel d’un livre, c’est sa couverture.
De temps en temps, il y a un directeur de collection qui pète les plombs, mais ça n'empêche pas l'amitié… Parce que je dois dire aussi que la plupart du temps, j'ai eu et j'ai toujours des rapports amicaux avec mes directeurs de collec (chez Opta, Demuth, chez J'ai Lu, Jacques Sadoul et Roland Deleplace. Chez L'Atalante, Pierre Michaut et son équipe – je ne cite pas tout le monde… C'est agréable.

KronoZone - Sagittaire
A côté des thèmes classiques, space-opera ou heroïc fantasy, des dessins "engagés"?
Comme disait Woody Allen : "Arrêtez- la Terre ! Je veux descendre !" L’état actuel de la planète me donne surtout envie de fuir à l'autre bout de la galaxie ! J'ai eu l'occasion de faire des couvs pour John Brunner, "Le Troupeau aveugle" et quelques autres livres très orientés. L'état actuel et l'avenir proche du monde confirment les pires prévisions des écolos et auteurs SF… La SF est évidemment un excellent support pour exprimer des idées sur le monde contemporain. Mais ça fait chier d'avoir eu raison depuis 30 ans, avec Andrevon et les autres!
L’artiste, qu'il le veuille ou non, joue un rôle dans la société, ne serait-ce que comme fou du roi, soupape de sécurité. Il exprime tout un contenu inconscient de la société. Personne n'est seul. Personne n'est innocent. Il n'y a pas d'île déserte ni de tour d'ivoire.  Je n'aime pas le discours militant premier degré, j'ai un rejet contre les slogans et les idées générales creuses. Je crois d'avantage aux messages souterrains, ceux qui passent plus secrètement à travers les émotions, les symboles, l'art en lui-même, la forme autant que le fond.

Et les autres illustrateurs?
Avec ART & FACT,  j'aime bien l'idée de faire partie d’un groupe, d'une coterie de professionnels, de ne pas être placé à part justement par ma carrière. Si ma position peut aussi rendre service au groupe, tant mieux. L'idée d'être un illustrateur parmi ses pairs, quelque soit leur âge. Une chaleur humaine, là encore. Ça se retrouve dans les expos, fresque ou dans les moments de solidarité activiste comme l'affaire J'ai Lu (Cf Edito N° 7).

Propos recueillis par Gilles Francescano en 2004 et vaguement rebidouillés par moi avant de les mettre en ligne.

À signaler : un nouveau site enfin, pour Art & Fact
www.artetfact.org


©Les Humanoïdes Associés et Caza.
SCÈNES DE LA VIE DE BANLIEUE / L'INTÉGRALE

La nuit, tous les hachélèmes sont gris (le jour aussi, d'ailleurs).
Chaque soir, Marcel Miquelon, le balai en main, frappe les trois coups de son petit théâtre de banlieue.
Des talons aiguilles marchent au plafond avec un bruit de mitraillette.
Pourtant j'habite au dernier étage.
Debout à ma fenêtre, je regarde passer les hachélèmes, pensant, à l'instar du général Custer, "le seul bon Miquelon est un Miquelon mort".
J'hésite entre la prise d'étage, la bombe à l'entresol et le détournement de palier avec crash de tour.
Mais sera-ce efficace ?...



Depuis quelques années, les relevés de stocks des Humanos indiquaient encore la présence de quelques centaines d'exemplaires des rééditions des Banlieues. Pourtant les libraires et festivals peinaient à en obtenir. Donc, prenant ma plus belle plume (=clavier d'ordi), je demandai à Bruno Lecigne: "Qu'est-ce qu'on fait? Vous me rendez mes droits ou on fait une intégrale?" Il me répondit, impavide: "On fait une intégrale." Et voilà.
Histoire de renouveler le concept, j'ai suggéré d'abord une édition "définitive" en ce sens qu'on y mettrait tout ce que j'avais pu faire se rattachant au domaine Banlieues, avant, pendant et après. Des trucs parus dans Fiction (ma participation au feuilleton collectif "Tout va bien!" initié par Volny)… ou Galaxie (un port-folio déjà intitulé "Scènes de la vie de banlieue")… des petits dessins et quelques pages de BD faites pour La Gueule Ouverte (magazine écolo lancé par les éditions du Square à la grande époque de Charlie, Hara-Kiri, Charlie-Hebdo, etc)… des petites choses répandues à droite-à gauche (surtout à gauche, quand même)… ainsi que le mythique "Fume, c'est du Caza", publié par Kesselring en 74: 50 pages en N&B, dont seule l'histoire "La Paix!" avait déjà été reprise. Je suggérai aussi de refaire les couleurs sur quelques histoires qui me sortaient par les yeux...
Tout ceci fut refusé pour raisons économiques parce que, après tout, il ne s'agissait que de faire une réédition d'une série ayant déjà bien vécu et qui ne pouvait donc laisser espérer de grosses ventes.
Après discussion, on décida simplement de replacer les histoires dans leur ordre chronologique de réalisation et/ou de parution et de boucher les quelques trous (provoqués par les problèmes d'implantation gauche-droite des pages) avec quelques unes de ces planches d'époque mais quasi inédites qui m'étaient chères. On ajouta aussi l'histoire "Le Caillou Rouge", parue dans Pilote et que l'on peut considérer comme prologue aux Banlieues "officielles". (Les planches originales ont été re-scannées pour l'occasion.)
Donc, dans cette intégrale, outre les planches de Pilote, on trouve "La Paix!", extraite de "Fume...", des "fausses couvs" et couvs de l'édition Dargaud, deux histoires parues dans Métal Hurlant, une dans Fluide, une couv J'Ai Lu d'époque, la couv de l'édition allemande et deux pages de La Gueule Ouverte. Certains de ces matériels supplémentaires ont été fraîchement mis en couleurs par Scarlett Smulkowski.


"Comme au Spectacle". ©Dargaud et Caza.
(Ce qui est amusant, c'est que au moment même où on préparait cette réédition, Dargaud me demandait de participer au numéro unique spécial de Pilote de l'été 2003, où je pus aussi placer une de ces pages parues à l'époque dans La Gueule Ouverte, avec des couleurs de Scarlett. Je vous la donne à voir ici, au cas où.)
Avec ça, je me suis fendu d'une petite intro. J'ai d'abord essayé de faire un truc "historique", et puis ça m'a gonflé, alors j'ai fait plutôt dans le déconnant engagé correspondant au contenu du bouquin... Et, sur la suggestion des Humanos, je me suis régalé d'une double couverture basée sur le même principe "avant-après" que mes deux couvs pour "Le Troupeau aveugle".

©Humanoïdes Associés et Caza.
Les titres auxquels vous avez échappé:
"Essai sur les comportements comparés du
Caza et du Miquelon."
"Du Côté du manche (à balai)"
"Marcel Miquelon a encore frappé (au plafond.)"
"Pour en finir avec les banlieues."
"Attention, chute de tours!"
"Les Miquelon attaquent à l'aube."
"Si la banlieue n'existait pas, il ne faudrait pas l'inventer."
"Le Ciel est rouge sur la zup nord."
"L'Odyssée de l'espace vert."

Et puis je peux bien l'avouer maintenant:
Marcel Miquelon ne porte ce nom qu'en
vue de sa rencontre avec St-Pierre dans
l'histoire "Toujours du bruit au plafond"........


LES MOIS SONT DE PAPIER / 01

Comme bien d'autres dessinateurs, j'ai une forte propension à continuer en dehors des heures de travail. Une sorte de manie. Ça n'a pas toujours été le cas et j'en connais de pires que moi, mais c'est un fait que depuis novembre 2001, c'est à dire depuis que j'en ai à peu près fini avec le boulot créatif sur Les Enfants de la Pluie, je garde le carnet et le crayon à portée de main, en particulier quand je zone dans mon salon, sur mon canapé, devant la télé ou un film - ou devant rien.

Résultat : accumulation de croquis. Et une certaine sorte de croquis : pas des dessins préparatoires pour autre chose (même si ça arrive), pas des trucs d'après nature (quoique ça arrive aussi), plutôt ce que je pourrais définir par "tout ce qui me passe par la tête". Et j'ajouterai "dans n'importe quel style qui me passe par la main". Du dessin en liberté, pas forcément "humoristique", mais en tout cas sans esprit de sérieux. Une manière de faire le vide, pour ne pas dire la vidange.

Au bout d'un moment, j'ai eu envie de publier ça et Le Pythagore, mon "libraire personnel", a marché dans le coup. Alors voilà : le premier volume est paru, format "cahier de 100 pages", belle impression, prix abordable, bourré de dessins au crayon réalisés pendant le mois de novembre 2001. Pour agrémenter ça, j'ai ajouté quelques aphorismes, réflexions profondes, citations ou contes brefs qui traînaient dans mes tiroirs...
On le trouve directement chez l'éditeur : Le Pythagore.
8 rue de Verdun. 52000. Chaumont,
sur son site web : www.lepythagore.com
...et dans les bonnes librairies BD (Distribution Makassar - makassar[arrobe]club[tiret]internet[point]fr)
(remplacez à chaque fois le mot entre crochets et les crochets par le signe désigné par ce mot — ceci pour tenter d'éviter un peu de spam)



Évidemment, le terme 01 accolé au titre semble vouloir dire qu'il y aura un 02... Bien vu ! Je ne continuerai pas forcément à livrer ma production mois après mois, mais je fouillerai dans mes archives histoire de construire des bouquins peut-être (je dis bien peut-être) un peu moins hétéroclites. Et pour commencer, très vraisemblablement, le tome 02 sera consacré aux croquis préparatoires des Enfants de la Pluie (Vous avez une brouette?)


L'ÂGE D'OMBRE
(Guy Delcourt éditeur, 1998)


En 79, arrivé à trois albums de ma série des "Scènes de la vie de banlieue", j'ai eu envie de passer à autre chose, dans Pilote. J'étais un peu las, à vrai dire, de dessiner des hachélèmes, des Marcel Miquelon, des postes de TV et des voitures - tout ce que je n'aimais pas! J'avais envie de me situer dans un monde où j'aurais tout à créer (décors, costumes, appareils ou êtres vivants) pour retrouver le plaisir de l'invention graphique pure et simple. Disons pour simplifier "un monde de science-fiction" très libre... (Je ne cacherai pas qu'il y avait aussi l'influence de Moebius, là-dessous...)

J'avais aussi l'envie d'histoires lyriques, poétiques, sombres ou claires, mais en tout cas "prises au sérieux". Fondamentalement, les thèmes et la philosophie étaient les mêmes que dans les banlieues... c'est le ton qui changeait.

Je produisis donc dans Pilote, jusqu'en 83, la matière de deux albums ("Les Habitants du crépuscule" et "Les Remparts de la nuit"), puis je fus pris par "Gandahar" - le dessin animé. Ensuite, Dargaud ne voulut pas continuer la série sous forme d'albums sans prépublication... Et les Humanos préféraient du neuf, plutôt que de reprendre la suite. Cette interruption en fait une série plus sombre que je ne l'avais souhaité, car, après le crépuscule et la nuit, je comptais bien faire naître l'aurore, le matin, le jour!... Le thème de la Terre qui ralentit sa rotation sur elle-même était présent en filigrane et la série devait s'arrêter en même temps que la Terre, après 5 tomes (ce qui en fait une sorte de prologue au "Monde d'Arkadi"...)

L'lobo.
Ex-libris publié par
Le Pythagore, libraire
à Chaumont.
1998.
(Reproduit dans la Monographie Mosquito)

Il se trouve par ailleurs que, en 97, j'ai eu l'occasion de travailler pour Heavy Metal, aux USA, et que j'ai ressorti à cette occasion (et retravaillé) un scénario prévu pour l'Âge d'Ombre: "L'lobo"... L'esprit est le même, la noirceur est toujours là, plus profonde peut-être, sans lueur d'espoir (tant pis... ça reviendra...), le graphisme, lui, est différent, très pictural, couleurs directes... J'y ai pris un grand pied!



CAZA, UNE MONOGRAPHIE

Dans les année 90, Richard Comballot (connu comme chroniqueur et anthologiste dans le domaine de la SF) m'a poursuivi de ses assiduités à différentes occasions (festivals, appels téléphoniques, correspondance). Il en est sorti quelque chose comme six heures d'interview serrée, qu'il s'est chargé de mettre sur le papier et auxquelles je me suis chargé d'apporter par écrit divers compléments et mises en formes (je suis très pointilleux sur le langage parlé mis par écrit...), sans compter l'exhumation d'une vaste iconographie apocryphe (des images inédites, quoi...)
Ensuite, la meilleur voie qui s'offrait à nous était de porter ça chez Mosquito, déjà éditeurs de monographies de grande qualité et réputation (Loisel, Margerin, Juillard, etc.) Ca tombait bien, ils avaient justement un trou dans leur programme!
Après, le principe de leurs monographies étant que l'interview est suivie de quelques articles plus spécialisés sur différents thèmes de l'oeuvre, il a fallu compléter le dossier. Nous avons obtenu les participations de quelques vieux complices de l'univers "SF, BD et gauchisme à tendance écologique", Frémion et Andrevon, et de quelques universitaires de qualité, Jean-Bruno Renard, sociologue montpelliérain, connu en particulier pour ses études sur la rumeur, et Karin Heller, théologienne internationale auteuse d'une thèse sur "La Bande dessinée fantastique à la lumière de l'anthropologie religieuse" (L'Harmattan), où elle décortique L'Incal, Le Monde d'Arkadi, Thorgal et Les Tortues Ninja. Et je ne blague pas.
Est encore intervenu Gilles Ratier, bibliographe d'élite et participant habituel des monographies Mosquito.
Le tout donne 130 pages denses, avec une quatre-vingtaine d'illustrations en noir et en couleurs , dont plus de la moitié inédites ou très peu connues, issues de mes cartons, de fanzines ou autres publications marginales...
Parleur.
Roman d'Ayerdhal.
Etude inédite pour la couverture J'ai Lu-Millénaires. Acryliques.
1999.
A noter qu'il existe une édition de luxe à 100 exemplaires, à la couverture cartonnée-toilée, accompagnée d'une sérigraphie signée et de 4 crayonnés tirés à part (des guerrières comme j'aime bien...)

Et comme, encore une fois, je crois que sur le net il y a des gens qui lisent, je vous propose ici la conclusion de l'article de Karin Heller "Le Temps des dieux-machines".

L'histoire d'Arkadi nous apparaît comme un tableau mythique de l'humanité contemporaine confrontée à une situation où des vestiges du passé sont sur le point de s'effacer, et où les espoirs envisageables peuvent eux aussi être menacés par des négligences irréversibles. Ce mythe présente un âge de transition, le passage d'un temps à un autre, d'une génération à la suivante. La culture moderne, dominée par la technique et l'ordinateur, est ressentie comme une antichambre du pays glacial de tous les problèmes que l'homme "congèle", que cela soit Tchernobyl, dont le réacteur dort sous sa chape de plomb, ou les embryons qui attendent une vie hypothétique à la suite de manipulations génétiques.
Arkadi pose sans doute la question d'un monde et d'une société humaine dominée par les machines. Celles-ci sont à l'origine d'un mode de vie et d'existence tout à fait nouveau dans l'univers, qui va jusqu'à produire un "homme sans homme". Cette problématique nous semble actuellement plus présente dans la série que le thème de la pollution lié aux rejets d'une industrie devenue incontrôlable : le danger bien plus grave qui guette l'humanité est celui de la place qu'occupent nos chères machines au sein de nos familles, nos écoles, nos sociétés. Que cela soit tout simplement la télévision omniprésente qu'un de nos amis, chef de service de psychiatrie, appelle "le vrai chef de famille", ou l'ordinateur en passe de devenir tout aussi omniprésent, ou encore une production "humaine sans humanité" qui tend à substituer toujours davantage aux relations interpersonnelles la relation à une machine, dans le travail comme dans les loisirs, relation "facile", "sans danger", sans "mutualité" et, du coup irréelle... avec le risque encouru de dommages psychiques irréparables.
La sérigraphie de l'édition luxe.
A cette problématique, Le Monde d'Arkadi répond positivement : sur cette Terre livrée au pouvoir des dieux-machines, quelque chose d'humain demeure inaliénable. Dité n'est pas l'aboutissement indépassable de l'humanité élue. En dépit des hommes-machines, des rites et des drogues susceptibles de maintenir l'humanité dans un état d'asservissement et de prétendue pureté raciale, il reste toujours une étincelle, un feu sacré : la vie d'un village perdu quelque part sur cette planète en danger de mort, le ventre accueillant de Noone au milieu des morts-fonds, l'âme de poète d'Or-Fé au sein de son corps de métal, le Radon, qui, se métamorphosant sans cesse, s'adapte à tout sans se poser des questions... et Arkadi qui, après mort et renaissance, marche sur la voie initiatique, la voie de la transformation par excellence, la voie vers la connaissance. Le salut ne consistera sans doute pas dans la destruction pure et simple des machines, mais dans l'établissement d'une nouvelle "relation de mutualité" entre les forces cosmiques, techniques et humaines... à commencer par le réveil du "dieu endormi".


Albums Arkadi
Cadran Bleu
J'ai Lu
Divers
Para-
B.D.