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Elle qui chevauche les tempêtes

George R. R. MARTIN & Lisa TUTTLE

Titre original : Windhaven, 1981
Science Fiction  - Traduction de Patrick MARCEL
Illustration de Alain BRION
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (1), dépôt légal : octobre 1999
444 pages, catégorie / prix : 139 FF, ISBN : 2-207-24875-5

Autres éditions
Sous le titre Windhaven   J'AI LU, 2007
Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Mariss chevauchait la tempête à trois mètres au-dessus de l'eau, domptant les vents de ses larges ailes en métal tissé. Elle volait, féroce, intrépide, ravie par le péril et le contact des embruns, indifférente au froid. Le ciel était d'un menaçant bleu de cobalt, les vents montaient et elles avait des ailes ; cela lui suffisait. Si elle mourrait heureuse, en vol. »
     Sur une planète océane, où les naufragés venus de la Terre se sont divisés en deux castes : les « Rampants » et les « Aériens », Mariss la rampante a appris à voler et ne vit désormais que pour cela. Mais voilà qu'elle doit rendre ses ailes car telle est la tradition, elle doit les laisser à Coll, le fils de son mentor, qui lui ne rêve que d'une chose, devenir barde. Mariss saura être plus forte que la tradition, plus forte que tous les autres, car c'est elle qui chevauche les tempêtes et nul autre.

     Récit d'une lutte passionnelle, magnifique aventure aérienne, Elle qui chevauche les tempêtes est l'unique collaboration de George R.R. Martin et Lisa Tuttle.

     George R.R. Martin est l'auteur de plusieurs romans de science-fiction remarquables comme Armageddon Rag, L'agonie de la lumière. Mais c'est avec les six tomes de la série Le trône de fer qu'il connaît enfin un succès mondial mérité.
     Lisa Tuttle a été abondamment publiée par Denoël : Le nid, Gabriel, Futurs perdus. Au fil de son oeuvre elle a su créer une série de personnages féminins plus impressionnants les uns que les autres.

 
    Critiques    
     Vocations contrariées, lutte contre les traditions, acceptation de la différence et apprentissage de la tolérance... tels sont les thèmes — on ne peut plus classiques ! — qu'aborde ce beau récit, romanesque à souhait.

     Les Aériens forment ici une sorte de caste supérieure, alors que leur fonction principale de messagers paraît pourtant peu glorieuse. La rivalité qui oppose Rampants et Aériens figure une sorte de "lutte des classes" dans laquelle l'élitisme et la défense des privilèges sont au centre des préoccupations. Mariss tentera de modifier cette réalité, mais elle apprendra qu'il n'est pas si facile d'effacer des siècles de préjugés et de traditions.

     L'écriture pénétrante, la richesse des détails et un rythme assez lent font de ce conte une oeuvre convaincante, profondément humaine — et humaniste. La science-fiction s'y fait discrète, prêtant son décor à un récit intemporel qui pourrait s'adapter à tout lieu et à toute époque. Point de quincaillerie ni de monde exotique : les relations et les tensions humaines forment le véritable coeur du récit..

     L'écriture est en effet l'une des principale qualités de l'oeuvre : c'est elle qui en fait la force, par comparaison avec les nombreux autres romans qui traitent des mêmes sujets. Les auteurs excellent par exemple dans leurs descriptions des vols aériens, parvenant presque à nous faire sentir le vent qui souffle. Ils parviennent aussi à donner une stature peu commune aux personnages dans l'ensemble assez solennels, mais attachants, qui peuplent ces pages. Les rôles secondaires, aux caractères volontiers tourmentés, sont d'ailleurs parfois plus intéressants que Mariss elle-même, car son obsession en fait une figure d'héroïne un peu stéréotypée et superficielle, et finalement assez froide.

     L'intrigue est simple, voire un peu trop sage et trop linéaire, mais en prenant le temps d'étoffer les situations et d'en explorer les conséquences, les auteurs peignent un monde riche et cohérent, auquel on les sent manifestement attachés.

     En bref, il s'agit d'une « belle histoire », très classique dans son déroulement et sa thématique, mais demeurant émouvante grâce aux talents conjugués des auteurs.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


     Sur une planète couverte d'océans où les seules terres sont des îles, les communications sont particulièrement difficiles, d'autant que les tempêtes sont aussi violentes que fréquentes. Grâce à leurs ailes, seuls vestiges des colons de ce monde, les aériens volent d'île en île et permettent aux différentes communautés de ne pas rester isolées. Les aériens, grâce à leur rôle vital dans la société, forment une caste au statut important et la tradition veut qu'un aérien transmette ses précieuses ailes à son aîné lorsque celui-ci atteint sa majorité. Mariss, elle est une rampante, fille de pêcheur, mais elle a été adoptée par un aérien sans enfant qui lui a appris à voler et depuis, elle ne vit plus que pour la sensation magique du vol. Mais, contre toute attente, l'aérien a eu un fils, Coll, et lorsque celui-ci atteint sa majorité, Mariss doit rendre les ailes qui ne lui appartiennent pas. Pourtant, Coll ne veut pas voler, il n'est pas doué pour ça et veut être barde. Mariss s'engage alors dans une croisade pour changer une tradition rigide et continuer à voler. Rude bataille qui n'est jamais tout à fait gagnée, car les préjugés ne sont pas faciles à combattre.

     Dès les premières pages, on est saisi par les sensations que procurent le vol au-dessus de la mer, au milieu des tempêtes. Les auteurs réussissent parfaitement à nous faire ressentir le plaisir du vol éprouvé par les aériens. Mais, loin de se limiter à la création d'un monde, ils ont exploré les problèmes que pourrait poser un tel système où une caste garde jalousement ses privilèges et méprise plus ou moins ceux qu'elle est sensée servir. Mariss réussit à changer les règles de la société, mais les conséquences de ces changements seront bien plus importantes qu'elle ne l'avait imaginé dans sa jeunesse, et la poursuivront toute sa vie.

     L'histoire est simple, classique dans le thème, mais superbement racontée. Le décor, la richesse accordée aux détails et aux personnages fait que la lecture de ce roman est un immense plaisir.

Frédéric BEURG (lui écrire)
nooSFere


     Il y a longtemps que l'humanité a débarqué sur cette planète morcelée en îles battues par des vents incessants. La société féodale qui s'y est développée depuis se partage entre les Rampants et les Aériens. Ces derniers, messagers à la neutralité proverbiale, volent d'une île à l'autre pour assurer la communication entre les cités. ils disposent pour cela d'ailes mécaniques fabriquées à partir des derniers vestiges de la colonisation — des voiles solaires argentées, imputrescibles et très légères, qui équipaient les vaisseaux humains lors de l'époque mythique des vols spatiaux...

     Elle qui chevauche les tempêtes se compose de trois longues nouvelles encadrées de deux autres, plus courtes (« Prologue » et « Épilogue »), présentant l'enfance et la vieillesse du personnage central, Mariss, à la personnalité et au charisme édifiants.

     Devenue la fille adoptive de Russ, un Aérien qui n'avait pas de descendance à qui léguer ses ailes, la jeune Rampante découvre l'ivresse du vol, plaisir auquel elle ne saurait renoncer quand, contre toute attente, naît un fils dans la famille. Elle lui faut donc, au nom de la tradition, céder ses ailes à son frère Coll, un poète qui rêve de devenir musicien et qui, comble ultime, n'a que faire des ailes. Entêtée, Mariss n'hésite pas à braver les lois des aériens pour une société plus équitable où le mérite l'emporterait sur le droit de naissance, esquissant ainsi les bases d'une société nouvelle, apparemment plus égalitaire.

     Pour l'emporter, elle doit combattre les préjugés et les antagonismes latents entre Rampants et Aériens, prêcher pour davantage d'ouverture vers l'autre. Ce récit un peu facile (Mariss, seule contre tous, parvenant à convaincre un par un ses opposants avec ses nobles sentiments pourtant dictés par le désir égoïste de conserver ses ailes...) emporte l'adhésion car on sait combien George R. R. Martin et Lisa Tuttle excellent à faire vibrer les cordes sensibles — au moins aussi bien que cet autre conteur qu'est Orson Scott Card.

     Plus ambigu et plus profond est le second texte, « Une-Aile », centré sur la personnalité complexe de Val, personnage cynique qui fait tout pour se rendre haïssable. Désormais les ailes ne sont plus la propriété d'une famille d'Aériens mais de celui qui sait s'en rendre digne en gagnant des épreuves annuelles. La chance donnée à tous a conduit à la création d'écoles de vol, Mariss étant formatrice. Ce système n'efface pas les vieilles rancoeurs et favorise de vilaines pratiques... peu sportives. Le combat de Mariss est cette fois basé sur la tolérance et sur le pardon. Le fait qu'il doit également être mené contre elle-même n'est pas étranger à l'excellence de ce texte, probablement le meilleur du recueil.

     Le troisième récit, « La Chute », raconte un nouveau combat d'une Mariss maintenant vieillissante, forcée d'abandonner le vol suite à un accident. Alors qu'elle se cherche une nouvelle identité, elle se voit obligée de défendre le statut des Aériens vis-à-vis des Rampants. Ici les victoires décisives et les lendemains qui chantent sont immédiatement suivis par l'apparition de problèmes compliquant le tableau. Il est à chaque fois question de choix à effectuer, entravé par des situations personnelles qui rendent la décision conflictuelle, situations aisément transposables dans le quotidien du lecteur, ce qui ne peut que l'impliquer davantage...

     Des personnages vrais, des intrigues magistralement orchestrées mêlant destins individuels et enjeux collectifs, le tout associé à un art consommé de la narration, font, au total, de ces récits généreux et humanistes de véritables leçons de vie.

     Elle qui chevauche les tempêtes s'impose comme un véritable chef-d'oeuvre et on ne peut que s'étonner de la vingtaine d'année qu'il nous aura fallu patienter pour le voir enfin traduit en français. Un grand merci à l'éditeur.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/2/2000
dans Bifrost 17
Mise en ligne le : 20/9/2003


     Nouvelle collection chez Denoël, superbe présentation, beaux livres et, surtout, excellent choix...
     Car ce roman qui est en fait un assemblage de novellas revisitées est une véritable merveille. Récit initiatique plein de hargne et de poésie, il s'inscrira sans aucun doute dans les annales du genre.
     Elle qui chevauche les tempêtes raconte l'histoire d'une jeune fille « rampante », c'est-à-dire purement terrienne, sur une planète en grande partie recouverte d'océans où l'humanité est divisée en « rampants » et « aériens ». La condition de tout un chacun est déterminée, comme il se doit, par la naissance. Ne peut voler que l'enfant d'un aérien. Mais, il est une rampante qui rêve de voler depuis qu'un jour, un aérien lui a prêté ses ailes. Et voilà que cet aérien l'adopte, l'élève, lui offre ses ailes quand il ne peut plus les utiliser... Puis il a enfin un enfant de son propre sang et le cauchemar peut commencer. Car, selon la tradition, seul l'héritier d'un aérien peut porter ses ailes et si son frère ne souhaite pas voler mais préfère chanter, il n'a pas le choix.
     Alors, prenant son courage à deux mains, sa détermination et sa passion dévorante pour le vol qui lui font oublier toute prudence, elle vole ses ailes et tente le tout pour le tout : révolutionner la tradition, ouvrir le vol à tous les hommes...
     Ceux qui auront aimé les Dragons de Pern d'Anne McCaffrey ne pourront qu'adorer Elle qui chevauche les tempêtes tant le côté initiatique est proche. Tant la poésie et la révolte sous-tendues par le récit sont perceptibles.
     Elle qui chevauche les tempêtes est un très beau roman, une très belle et très forte aventure, un récit initiatique et initiateur comme il en est peu...

Sara DOKE
dans Phenix 54
Mise en ligne le : 1/1/2004


 
Base mise à jour le 17 mai 2013.
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