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D'ici à nulle part : hommage à Charles Bukowski

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Richard COMBALLOT


Imaginaire  - Illustration de Beb DEUM
EDEN, 1er trimestre 2004
312 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 2-915525-00-5
Couverture

    Quatrième de couverture    
Frédéric BeigbederSerguei DounovetzYves Ramonet
Hervé MestronGilles VidalJacques Barbéri
Daniel PasquereauJohan HeliotCatherine Dufour
Olivier MauTony CoppolaChristian Vilà
Marc VillardAlain DartevelleJean-Pierre Andrevon
Jean-Bernard PouyFrancis MizioYves Frémion
Daniel WaltherSholbyPascal Dessaint


     Sous la direction de Richard Comballot, vingt et une plumes françaises de fiction rendent hommage au grand romancier et poète Charles Bukowski, à l'occasion du dixième anniversaire de sa disparition.

     À la fin de sa vie, alors qu'il s'était mis à ressembler physiquement à Louis-Ferdinand Céline – sa plus grande idole avec John Fante –, Bukowski déclara : « Si j'écris à partir de quoi que ce soit, c'est de deux choses. L'une, c'est le dégoût. Et l'autre, c'est la joie. »
Frédéric Beigbeder



    Sommaire    
 
    Critiques    
     Charles Bukowski est mort en 1994, laissant derrière lui une œuvre éclectique et à nulle autre pareille. Poèmes, nouvelles, romans, chroniques ou autobiographies déguisées, Bukowski a toujours puisé dans sa propre existence la matière de ses écrits — même si le plus souvent, il n'apparaît que sous le pseudonyme, aisément reconnaissable, de Chinaski. Ses sujets de prédilection : sexe triste, beuveries, chambres miteuses et courses de chevaux. Ses influences avouées : Louis-Ferdinand Céline (qu'il ressuscita dans le bien nommé Pulp, roman noir dont le héros rencontre notamment un monstre de l'espace/femme fatale) et John Fante, l'auteur de Demande à la poussière. Dix ans après la disparition de Bukowski, Richard Comballot (le nouveau roi de l'antho' !) réunit une vingtaine d'auteurs, évoluant pour la plupart dans les « mauvais genres », pour lui rendre hommage. On peut discerner ici trois types de nouvelles. D'abord, les simples pastiches à la manière de qui se contentent de réciter les thèmes bukowskiens sans leur insuffler une âme propre. D'autres ensuite ont surtout retenu la peinture forcément sombre des laissés-pour-compte — avec pour modèle les Souvenirs d'un pas grand-chose. On remarquera sans grande surprise que ce sont principalement des auteurs de polar qui ont choisi cette approche sociale. Hormis Jean-Bernard Pouy, toujours aussi mordant, Marc Villard et une poignée d'autres qui parviennent à imposer leur style, le résultat n'est guère enthousiasmant. Contrairement à ce que laissent entendre certains, le verbe bukowskien est tout sauf misanthrope -il est même éminemment empathique ; lire Bukowski, c'est d'abord apprendre à aimer davantage. Et la SF dans tout ça ? On y vient. Car enfin, lire Bukowski, c'est aussi, et surtout, une bonne « poilade » garantie. Or, il n'y a guère que les auteurs de SF ou de fantasy à avoir su remiser leur respect au placard et s'en donner à cœur joie. Si Christian Vila et Catherine Dufour nous offrent deux textes attachants, le premier par son humour débridé (avec William Burroughs en guest star) et le second par ses accents volontiers poétiques (« Je suppose qu'il avait la queue pleine d'étoiles, parce que dès qu'il l'a eue mise j'ai senti des galaxies me remonter dans le ventre jusqu'aux yeux. »), donnons cependant notre prix spécial à Jacques Barbéri et à Johan Heliot, auteurs de deux nouvelles déjantées, hilarantes et bukowskiennes en diable. Heliot, dans Meeting Fante — que l'auteur qualifie un peu exagérément d'uchronie — , narre la visite de Buk à son dieu John Fante, dans sa chambre d'hôpital. Et ce n'est pas triste : les deux écrivains rivalisent de roublardise, les dialogues sont irrésistibles, et Johan Heliot s'y montre parfaitement à l'aise. Barbéri pousse le bouchon encore plus loin avec Les couilles de la momie, récit macabre et déglingué d'une partie de cul qui vire au Grand-Guignol. Un peu désinvolte, mais au poil. Enfin, la palme revient sans conteste à Jean-Pierre Andrevon avec La pute aux nichons de vingt livres l'un, géniale exhumation (au sens propre) du cadavre de Bukowski. Car même mort et enterré, même putréfié au dernier degré, que ne ferait pas le vieux Buk pour empoigner des lolos de cette taille ? C'est drôle, dégoûtant, émouvant. Du grand art. Comme Francis Mizio dans Happy Buck's Day (du bon Mizio, décapant mais un brin aigri), quoique de manière moins frontale, Jean-Pierre Andrevon s'interroge sur la légitimité d'un tel hommage à cet iconoclaste devant l'éternel, ce pourfendeur des culs-serrés et autres officiels de la culture. La réponse n'est pas évidente. Mais la qualité de certains textes justifie amplement l'existence de l'anthologie — rendons ainsi grâce à Comballot d'avoir puisé dans le roman noir et la science-fiction, sans doute plus à même de prolonger l'œuvre et l'esprit de Bukowski (même si le choix des auteurs doit sans doute peu à une filiation véritable ; on commence à connaître l'écurie Comballot). Attribuons enfin une mention spéciale à la nouvelle Love, action, death, word is emotion d'Yves Ramonet, où Bukowski réincarné est trahi par ses couilles — qui sont, comme chacun sait, vraiment magnifiques.

Olivier NOËL
Première parution : 1/9/2004
dans Galaxies 34
Mise en ligne le : 12/1/2009


     Un recueil de vingt nouvelles et une préface en hommage à Charles Bukowski décédé il y a dix ans, a priori il y avait de quoi me faire peur et plutôt deux fois qu'une, car Bukowski, sans être un spécialiste capable de pondre un mémoire de douze pages sur son corpus vérolé et couperosé, je connais, j'ai dû lire tous ses bouquins et si j'en ai raté un, c'est uniquement parce qu'aujourd'hui encore j'en ignore l'existence... Alors autant dire, en résumé, que les histoires du Buk, tous ses contes tarés pleins de bière, de grosses putes, de paris hippiques, de Volkswagen pourrie à L.A., de match de boxe contre Hemingway, j'en ai bu du petit lait (de poule), ma poule...

     Alors voilà, j'ai ce truc gris et marron caca dans les pognes, la couverture est de Beb Deum (déjà, ça commence fort), il y a du Mizio dedans (bon signe), du Beigbeder (méfiance), du Andrevon (quelle surprise !), etc. Et je m'y colle, en buvant de l'eau, vu que j'ai une infection dans la jambe droite qui me pourrit la vie jusqu'à la couille du même côté (mais bon, ça n'a rien a voir avec Bukowski, enfin du moins je vois pas le rapport, sauf qu'il aurait pu écrire l'histoire d'un mec qui a une infection du genou qui lui remonte dans les burnes)... Trois ou quatre heures plus tard (quand on aime, on ne compte pas), j'ai terminé le bouquin, ça fait trois cents pages, mais ça se lit vite. Première surprise, et elle est de taille, j'ai fini toutes les nouvelles sans me forcer. Deuxième bonne surprise, je n'ai trouvé aucune bouse, aucun texte hors de propos, aucun truc indigne, indécent. Troisième bonne surprise, j'ai pris cinq bonnes baffes. Dans l'ordre : Johan Heliot avec sa rencontre Fante/Bukowski incroyable de justesse, bien qu'uchronique ; ensuite, le grand retour du père Mizio avec une idée à la Mizio (et si le gouvernement frenchy organisait le « Happy Buk's Day », le jour des alcoolos, des laissés pour compte, des putes qui pissent direct du huit ans d'âge premier prix tellement elles sont imbibées, et j'en passe)... jubilatoire ; puis ça a été au tour de Catherine Dufour de m'en envoyer une bien belle entre les jambes, une road-story sentant l'autobiographie, le vécu, la pellicule de pollution moisie de L.A. et la tendresse des paumés ; suivant de près la petite Dufour (par la taille, pas par le talent), c'était au tour de Christian Vilà d'envoyer la purée, plutôt en grande forme le bonhomme, occupé à narrer la virée des fantômes Burroughs et Buk aux courses de Vincennes... Tout ça, c'était très bien, toujours sincère, jamais putassier, mais bon, il fallait bien que quelqu'un sorte du lot, qu'un bourrin franchisse le premier la ligne d'arrivée avec une gaule de soixante centimètres de long, le bout tout rose et de la sueur en mousse plein le colbac... et mon gagnant est une pouliche, « La Pute aux nichons de vingt litres l'un », montée par le jockey Jean-Pierre Andrevon ; il a beau être végétarien, le grenoblois aux bottes de vacher andalou, question viande (humaine) il s'y connaît, et à mes yeux son texte (fantastique) est le meilleur du lot, car c'est du pur Andrevon et du pur Bukowski, un point de jonction entre deux œuvres désormais inoubliables.

     Pour le reste, je regrette juste que quelques grands noms aient oublié de bosser un peu plus leurs textes, messieurs Jean-Bernard Pouy, Jacques Barberi et Pascal Dessaint en tête de gondole, mais bon, on s'est bien marrés, moi, ma couille droite pleine de germes et ma jambe pourrie... Merci, monsieur Comballot.

CID VICIOUS
Première parution : 1/7/2004
dans Bifrost 35
Mise en ligne le : 12/1/2009


 
Base mise à jour le 17 mai 2013.
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