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LUMIERE NOIRE Bien illustré par Csernus, ce livre, première étape d'un cycle romanesque comprenant Le Jardin de la Licorne (1977) et Les hautes Terres du Rêve (à paraître) peut être lu indépendamment de ces suites. Ce roman, déjà paru en 1960, tombait alors dans une terre stérile. C'était l'époque flamboyante de l'idéologie scientifique : on y célébrait avec une joie malsaine l'agonie des Fantastiques. Aujourd'hui, comme on sait, les démons reviennent hanter les plages délabrées de notre univers mental, réoccupant d'anciennes places fortes. Le cinéma, par exemple, où les Carrie, Malédiction, Exorcistes battent des records d'influence (oui !). Une réédition qui vient à point, appelée par la parution des éléments ultérieurs triptyque. L'ouvrage est conçu en quatre parties, chacune employant des matériaux symboliques et littéraires différents, mais s'articulant en une fresque cosmique baignée d'une lumière noire. Dans la première partie, le pion engagé est Josette Rueil, suicidée. Nous avons à la fois des informations sur sa conduite quotidienne et, par les bribes de son journal, les minutes de sa possession : le monde hors du temps qu'elle rencontre, ainsi que sa mission de Vierge mère d'une sorte d'Anthéchrist. Par la même occasion, on nous éclaire sur l'histoire secrète du domaine de R : cette partie relève manifestement du Fantastique classique. Et s'en échappe, introduisant la figure d'un Joueur, déjà présent dans le Prologue, Joachim Lodaus — le second joueur ne sera démasqué que plus tard. La seconde partie concerne la quête d'un second pion, Didier, sorte d'appât. A la recherche de la suicidée, dans le domaine des rêves et des cauchemars, par une entrée dans une faille temporelle. Monde où l'on trouve à la fois la fantaisie d'Alice et de son Lapin, la luxure des démons inférieurs, les scènes de violence, de supplice, de manipulations magiques des joyaux, les féodalités de tous les temps avec leurs jeux de brute : à l'horizon, quelques villes et des lieux à la couleur lovecratienne. Dans la troisième partie, on assiste à la rencontre avec des humains et au suicide d'un ancien dieu. dont l'énergie dispersée éclaire comme un phare les profondeurs du royaume de la mort, permettant un coup de sonde à l'un des joueurs : Le monde de Catherine Moore sort un instant de son assoupissement. Ces diverses péripéties prennent leur unité dans la perspective, qui est celle de la dernière partie : nous avons alors le point de vue de l'un des joueurs, Joachim. Chacune des aventures précédentes était un coup sur l'échiquier cosmique, dans une partie aux règles mal connues. L'intérêt de l'ouvrage, présenté par défi comme « roman réaliste » et dédié à HP Lovecraft,est multiple. A 23 ans, c'est un premier roman. Ce qui signifie qu'il est un peu autobiographique : la .construction de soi passe à la fois par les paysages de l'enfance et de l'adolescence, et lectures, les rêves, les amours de toute sorte. Cela transparaît dans la multiplicité des références, dont chacune réveille un écho assourdi : y entrait alors une part de jeu, évidente. Donner à lire des citations du Necronomicon (en vers français !) est un plaisir qui doit combler ! Imbriquer les mondes si divers des fantastiques, du Gothique à l'Heroic fantasy, avec des allusions à Tolkien — alors peu connu — mêler à Lewis Caroll le folklore de l'Agenais, les univers des Terres Hautes et ceux des mondes Cyclopéens : tout ceci ne constitue pas seulement un bel exercice de style, c'est presque une profession de foi. Coiffant le tout, atteindre à une articulation savante de ces divers imaginaires, dans le cadre et par la thématique — alors surtout de SF — des Joueurs, tout en l'enrichissant de la variante du Jeu à l'Aveugle voilà qui est une ouverture inédite à la vie littéraire. Jeu à l'aveugle ? Jochim ignore contre qui il joue, et il est en position de faiblesse par son statut de Mortel, alors qu'il affronte, pour le pouvoir suprême, l'un des dieux les plus récents du Panthéon : d'où l'aspect — scandaleusement — humain. En plus de ses références littéraires, l'ouvrage est nourri d'une vaste culture astrologique, alchimique, et ésotérique : loin d'encombrer la marche du récit — l'axe du désir — ces diverses strates enrichissent d'irisations fantasmatiques cette traversée géologique de l'imaginaire. Roger BOZZETTO Première parution : 1/1/1979 dans Fiction 297 Mise en ligne le : 7/3/2010
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Critiques des autres éditions ou de la série |  |
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1959 - 1984, 1ère série) (1980)
TOUT-EN-UN
Pour le millième numéro, Sadoul s'édite lui-même : c'est ainsi qu'on est le mieux servi. C'est le premier tome d'une trilogie, parue en 78, chez Pauvert, le Cycle du Domaine de R. Curieusement, ce premier tome célèbre très bien ce millième numéro de J'ai Lu, en ce sens que c'est une sorte de condensé littéraire, mélange parfaitement dosé de genres et de styles. A la fois conte fantastique avec tout son attirail traditionnel (domaine maudit, énorme chat noir, vieilles légendes chuchotées, envoûtements, démons, incantations, boule de cristal...), récit d'heroic-fantasy (pouvoirs magiques, quête quasi mystique/mythique de Didier Chaptal pour retrouver Josette, alchimie, références à d'antiques civilisations...), conte merveilleux enfantin (le Monde du rêve, Rois et princes, Samarcande...) visant parfois à l'horreur, fable mystique (le Nécronomicon, le Réveil du Dieu Vivant, le caractère illusoire de la « réalité »...), et même roman de science-fiction, de par son agencement (jeu d'échecs cosmique, présence extraterrestre, mondes parallèles...), La Passion selon Satan EST cet incroyable amalgame que l'on retrouve dans le(s) style(s) ; tout y est : le journal intime, le rapport type journalistique, les événements par correspondance, le récit direct, la distanciation — même l'humour et la dérision !... Le plus fort est que ça se tient, la structure oscillante ne se dérobe pas sous nos yeux, l'histoire éclate mais se recompose toujours, et les personnages, manipulés comme manipulateurs, évoluent parmi cette fantasmagorie comme des acteurs amateurs sur une scène étrange et encombrée qu'ils comprennent mal. Et l'on a peine, parfois, à croire en leur existence. Quant au Domaine de R, c'est la Réalité bien sûr, mais laquelle ?
Jean-Marc LIGNY (lui écrire) Première parution : 1/4/1980 dans Fiction 307 Mise en ligne le : 21/6/2009
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Base mise à jour le
17 mai 2013.
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