Prenez un roman intimiste. Une héroïne recherche son identité, ses racines, en enquêtant sur le passé d'un père qu'elle n'a jamais connu, dont la simple évocation lui donne des frissons de dégoût et qu'elle rend coupable de la mort sa mère. Mêlez maintenant à ce scénario classique chez Marion Zimmer Bradley tous les clichés d'un bon roman occulte. Un leader mystérieux et charismatique, une scientifique, fille d'un occultiste célèbre, confronté à des phénomènes d'apparence surnaturelle, des rituels satanique, une mystérieuse demeure pleine d'esprits et de passages secrets, un manuscrit indispensable à l'accomplissement de l'Oeuvre, des individus inquiétants... Mélangez bien et vous obtenez Fantôme de Lumière, le premier roman de la série des light novels écrits par Marion Zimmer Bradley à partir de 1995. Une sorte de clin d'oeil aux archétypes du fantastique, du gothique et des légendes urbaines conjugués.
De nombreuses choses peuvent gêner dans ce roman. La scientifique, Vérité, réputée pour son sérieux et ses capacités intellectuelles, semble parfois extrêmement crédule, pour ne pas dire stupide. Elle ne soupçonne jamais que Julian Pèlerin puisse être Pèlerin, son demi-frère disparu. Elle lui cache un manuscrit nécessaire à l'accomplissement de l'Oeuvre en le cachant sous son matelas, alors même que sa chambre a été dévalisée. Elle tombe amoureuse du beau leader charismatique et ténébreux. Il y a franchement des passages où l'on se dit qu'elle a eu ses diplômes dans une pochette-surprise et qu'une bonne claque lui reconnecterait peut-être les neurones. A croire que Bradley ne peut pas dépeindre une femme ordinaire, non féministe, sans la rendre un peu handicapée du bulbe. D'accord, elle est sous l'emprise d'un sortilège, mais il y a quand même des limites à la dose de stupidité induite... Quant aux clichés et aux clins d'oeil, leur systématicité finirait presque par lasser.
En dépit de cet agacement occasionnel, peut-être dû à mon peu de goût habituel pour les histoires à la X Files, Fantôme de Lumière se laisse lire et plaira sans nul doute aux amateurs d'étrange et de pratiques occultes. L'atmosphère du Portail de l'Ombre est glauque à souhait. Les personnages louches et inquiétants. Les événements ne dépareraient pas à une fête d'Halloween. Bref, un roman divertissant, à prendre pour ce qu'il est. A good page turner, comme diraient les américains.
Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 10/11/2000
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