Ce volume contient la traduction des différents textes qui composent le volume intitulé en espagnol El Hacedor. Il s'y ajoute les huit morceaux de l'Antologia Personal qui ne figuraient pas dans les recueils antérieurs. Les uns et les autres constituent un ensemble qui reflète de façon presque intime la personnalité de J. L. Borges, en quelque sorte les clés de son œuvre, la réunion de ses mythes et labyrinthes. Ils assemblent en tout cas des pages dont l'accent est impossible à confondre et difficile à oublier. C'est afin de faire mieux percevoir cet « accent » que le présent volume est réédité en édition bilingue. On y verra comment proses et vers possèdent la même densité poétique. On constatera également avec quelle piété le traducteur, en l'espèce Roger Caillois, a souhaité non seulement conserver le sens littéral du message, mais surtout sauvegarder le ton de l'auteur, son chant profond, fût-ce au prix de quelques licences dans la versification française : « J'ai pris garde, explique-t-il, que la plus grande fidélité à un moule métrique rigide et impersonnel n'entraînât aucune infidélité — combien grave dans le cas particulier — à l'apport irremplaçable de l'auteur, je veux dire à sa pudeur, à la distance qu'il maintient entre lui et l'anecdote, l'accident, la sensation. Aussi, ai-je accordé la préférence à ce qui me semble l'originalité radicale du poète et qui tient au maniement du langage, au son d'une voix que nul n'a le droit d'altérer, car c'est ce timbre, ce ton et lui seul, qui fait autorité, qui rend la vérité exprimée tout ensemble nouvelle et immémoriale, c'est lui qui, de l'intelligence seule et du refus obstiné du pathétique, fait naître l'émotion. »
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