Joanna Russ est une vieille connaissance de
Fiction pour y avoir publié plusieurs nouvelles (ainsi que dans
Galaxie). Malgré des débuts qui remontent à 1959, Joanna Russ fait encore partie de la nouvelle vague d'auteurs américains. Ses deux romans traduits en français
Pique-nique au Paradis (Galaxie-Bis) et
L'autre moitié de l'homme (Laffont) restent marqués par son engagement idéologique, par son militantisme actif en faveur de la libération féminine ; les cinq nouvelles qui composent ce recueil reflètent également ce combat : il n'est qu'à voir l'importance de l'élément féminin dans ces cinq récits. D'entrée, dès le premier texte, intitulé
Ames, le personnage principal est une femme, l'abbesse Radegonde qui seule, tient tête à une horde de vikings assoiffés de sang : il est difficile de ne pas y voir l'exaltation de la femme face à la brutalité de l'homme : à l'image de Sainte Geneviève repoussant les Huns d'Attila. Radegonde symbolise la femme émancipée.
Ames est le texte le plus long et le plus réussi du recueil (il a été couronné par le Hugo), c'est aussi le plus riche en réflexions philosophiques et théologiques. Dans
Le mystère du jeune gentleman, le conflit qui anime la trame du récit tourne autour du thème de l'identité : le personnage principal est-il un homme ou une femme ? Il en va de même pour le texte suivant,
Corps, où la distinction homme/femme n'a plus de sens (reflet d'une certaine Amérique où l'homosexualité tend à se développer comme en témoigne une ville comme San Francisco ou le
gay movement ?). Quant aux deux derniers récits ils nous parlent également de deux jeunes femmes tourmentées par des problèmes d'identité. Cette quête se trouve présente dans les cinq nouvelles qui constituent autant de réflexions sur la place de I'Homme dans l'agencement de l'Univers. De l'homme et de la femme...
Ce recueil démontre que Joanna Russ est toujours un écrivain de premier plan. Mais en doutions-nous seulement ?