Edition J'AI LU, Science-Fiction (2001 - 2007) (2001)
Nous sommes en 1997. William Mandella, membre d'un contingent d'élite de l'armée des Nations Unies, nous relate son expérience de soldat dans la guerre totale qui oppose la Terre à la première civilisation extraterrestre qu'elle rencontre : les Taurans. Ecartelé entre son incompréhension du conflit et son instinct belliqueux formaté par les autorités militaires, Mandella évolue de bataille en bataille, dans une guerre dont on n'entrevoit pas la fin, et dont on a presque oublié le commencement. La Guerre éternelle passe pour un plaidoyer pacifiste, et à dire vrai, il en possède tous les ingrédients. Ecrit par un vétéran du Vietnam au moment où le conflit peinait à trouver une conclusion, ce roman, dont on imagine volontiers l'auteur abondamment barbu et chevelu, pourrait aisément être une dénonciation de l'absurdité de toutes les guerres à rallonge sans cause bien définie. Le problème, c'est qu'à y bien regarder, il existe finalement assez peu de différences formelles entre La Guerre éternelle et un roman comme Etoiles, garde à vous ! , qui contribua (à tort ?) à forger l'image d'un Robert Heinlein va-t-en-guerre et tant soit peu fascisant. Attention, il n'est pas ici question de faire un procès d'intention à Joe Haldeman, mais de relativiser le message véhiculé par ce roman qui s'est tout de même vu attribuer le prestigieux doublé Hugo-Nebula. Que nous raconte l'auteur, en fin de compte ? Une guerre entre la Terre et une race extraterrestre. Rien de bien nouveau : depuis des décennies, il s'extermine sur pellicule et sur papier des cohortes d'aliens tous plus laids et effrayants les uns que les autres. On s'apercevra vite que le récit d'Haldeman ne renouvelle pas spécialement le traitement de ce cliché de la science-fiction. Et ce ne sont pas les deux dernières pages du livre, où l'auteur assène l'évidence première que ce conflit vieux de plusieurs siècles (mais de quelques années seulement pour le narrateur, par l'effet de la relativité) était finalement absurde, qui nous convaincront de la portée contestataire de son message. En extrapolant un tantinet, on pourrait à la rigueur distinguer quelques esquisses de critiques, dirigées non pas contre la guerre en tant que tragédie, mais contre l'armée en tant qu'entité. Malgré tout, là encore, la caricature n'est pas très novatrice ; elle est même un peu grossière : les officiers sont obtus, les massacres des combats répugnants, le conditionnement des soldats monstrueux, et suffocante la discipline à laquelle ils sont astreints... D'accord, mais malheureusement, l'écrivain ne réussit pas avec des mots ce que Kubrick accomplit à l'écran (dans des films célébrissimes comme Les Sentiers de la gloire, Dr Folamour, Orange mécanique, tous antérieurs à La Guerre éternelle, ou encore Full metal jacket). Haldeman aurait pu se servir de l'évocation de la guerre pour ériger un monument à la paix et à la non-violence. Au lieu de ça, il nous livre un énième récit de boucherie interstellaire ponctué par un dénouement simplet qu'on croirait destiné à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Cependant, la lecture de ce livre peut se révéler très agréable au premier degré : l'argument scientifique est intéressant (avant d'avoir été militaire, l'auteur est tout de même physicien) ; un réel travail a été entrepris pour donner un peu d'épaisseur aux personnages et à l'arrière-plan social, et les parties d'action sont plutôt réussies. Mais ne faites surtout pas la même erreur que le chroniqueur en entamant La Guerre éternelle : n'espérez pas y trouver un message pacifiste subtil, et encore moins une dénonciation subversive. La déception me rend peut-être injuste, mais je ne peux m'empêcher de penser que si Haldeman avait été voyageur de commerce plutôt que vétéran des rizières, on lui aurait sans doute prêté beaucoup moins d'intentions et on aurait moins exigé de son roman.
Julien RAYMOND (lui écrire) Première parution : 1/12/2001 nooSFere
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) (1985)
En 1968. quelque part au Vietnam, Joe Haldeman sautait sur une mine. Sa pension d'invalide l'aidera à se lancer dans l'écriture, et voilà comment la sale guerre nous aura valu un remarquable écrivain. Cela signifie également que lorsque Joe Haldeman parle d'armée et de guerre, il sait plus ou moins de quoi il parle — à l'inverse sans doute d'un Robert Heinlein auquel on l'a inévitablement comparé lors de la publication de La guerre étemelle, pour le contre-pied évident de Starship Troopers. Avec Haldeman, la guerre est sale, elle tue, elle étripe, elle mutile, et elle laisse des hommes solitaires, orphelins de toute une vie. Roman réaliste que celui-ci, que J'ai Lu réédite excellemment quelque neuf ans après sa traduction française chez Opta. Les « horreurs de la guerre », comme on dit, ne sont pas rhétoriques : la brutalité du livre est patente, et comme on le fit de Spinrad et d'Hitler, on peut parfois se demander quelle est la part de la fascination et de la dénonciation, Mais le lecteur, estomaqué, fera vite la différence : Haldeman hait la guerre, s'il ne hait pas vraiment l'armée. Ou plutôt : ceux qui constituent une armée et qui font la guerre, les hommes de tous les jours. Quelqu'un qui est passé par là ne peut plus être fasciné. A l'heure où l'on jongle avec les « méga-morts » et les missiles de croisières, relire ce livre, après, par exemple, avoir vu Threads, ce film de la télé britannique qui raconte l'avant, pendant, et surtout après une attaque nucléaire sur la ville de Sheffield (beaucoup plus poignant et horrible que The day after), est plus que jamais indiqué. La guerre laisse des hommes orphelins, ai-je dit. L'aspect « SF » de La guerre éternelle accentue encore cette évidence : lorsqu'on combat aux confins du cosmos en passant de collapsar en collapsar, on finit par se perdre dans la relativité et les méandres temporels. William Mandella, dont le patronyme évoque le mandala de la destinée orientale, conscrit en 1997, se retrouvera civil en 3143, vétéran d'une vieille, trop vieille guerre... La structure purement scientifique du récit est évidemment menée de main de maître, ainsi qu'un écrivain U.S. nous en donne l'habitude. Que ce récit au thème fondamental et à la cohérence scientifique sans défaut soit aussi un excellent roman d'aventures montre le degré de sa réussite. Enfin, un prix Hugo (en 1976) qui ne fut pas volé ! L'horreur est absurde par essence, dit Haldeman, et cette métaphore vietnamienne dépasse de loin l'anecdote terrienne qui en fut sans doute le détonateur. Et autant que la guerre, le Temps, ici, est maître du jeu.
Dominique WARFA (lui écrire) Première parution : 1/5/1985 dans Fiction 362 Mise en ligne le : 17/7/2003
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) (1985)
La collection J'ai Lu fait peau neuve et pour la seconde fois mentionne le prix Hugo sur la couverture, mais sans en préciser la date. Marqué par la guerre du Vietnam, Joe Haldeman développe le thème de la guerre dans presque tous ses écrits, et a même concocté une anthologie réunissant les meilleurs auteurs anglo-saxons. La Guerre éternelle l'a révélé au grand public. Il faut dire que le récit de ce combat cosmique, raconté par Mandella, un soldat perdu dans un conflit qu'il ne comprend pas, a de quoi épouvanter. Le retour du guerrier pose toujours le problème de la réadaptation à la vie civile, des années après l'avoir quittée. Mais maintenant que les couloirs de l'espace-temps sont aussi fréquentés que les grands axes autoroutiers, la réinsertion est pratiquement impossible : l'humanité a trop changé. Il ne reste à Mandella, ballotté par les événements, qu'à retourner se battre encore et toujours, à l'arme blanche s'il le faut, comme l'avait prédit Einstein. Edifiant par l'invention criminelle dont l'homme sait faire preuve — et son adaptabilité aux pires conditions — , ce roman est le plus efficace manifeste contre la stupidité de la guerre et des militaires.
Claude ECKEN (lui écrire) Première parution : 1/5/1985 L'Ecran fantastique 55 Mise en ligne le : 17/7/2003
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