DÉLITS D'OPINION


LETTRE OUVERTE À CEUX QUI LA LIRONT

Chers récipients indisclosés (traduction approximative de "undisclosed recipients")
Quand j'ai créé mon site, j'ai posé la rubrique "Le Machin du jour" avec un peu l'idée du blog : mettre chaque jour "le truc qui me passe par la tête". Mais évidemment, ce genre d'ambition n'a qu'un temps, trop lourd à gérer… et puis mon site est quand même avant tout professionnel (quoique avec des dérogations et dérapages — mais contrôlés.)
Pourtant je restais frustré de cette envie d'une expression directe, rapide, à diffusion immédiate, sur des sujets d'actualité. Quand je pleure devant les infos ("les restes du monde", comme on dit au Groland), quand je reçois une info protestataire ou une pétition "à transmettre à tous vos correspondants", et quelques autres occasions non répertoriées, comme des simples envies de déconnage en réaction à un fait d'actualité, ou quand un travail de réflexion a mûri et demande à sortir.
Je pourrais faire un blog, donc, mais en en visitant quelques uns, j'ai eu souvent l'impression de trucs vides, purement nombrilistes et que les visiteurs de ces blogs étaient essentiellement eux-mêmes des blogueurs et donc que ça tournait un peu en rond…Je ne tiens pas du tout à me retrouver avec une sorte de "forum-café du commerce" sur les bras.
Faire une lettre ouverte adressée à tout mon carnet d'adresse, comme je le fais de temps en temps à l'occasion d'une annonce d'importance internationale, comme l'actualisation de mon site ou mon dernier bouquin sorti? Le problème, c'est que j'ai 400 adresses ou plus, souvent strictement professionnelles, souvent spamées dans d'autres courriers, ou récupérées de gens qui ont juste laissé un mot sur mon site en passant. Je ne tiens pas à importuner tout ce monde-là chaque fois que j'ai un état de travers ou un pet d'âme. Sans compter que ça prend du temps et que ça suscite pas mal de courrier automatique en retour, du type "n'habite pas à l'adresse" ou "mailbox quota exceeded".
Donc, je me suis contenté tout d'abord de sélectionner dans mon carnet d'adresses e-mail une petite liste de correspondants a priori "importunables" avec ce genre de choses…
Et puis, dans un second temps, je me suis dit que tout ça pourrait être archivé sur mon site au fur et à mesure, mis à disposition de qui veut.
C'est parti, donc.

Pour les nouveaux venus, j'ajoute qu'une mailing-list spéciale vous permet de vous inscrire (et de vous désinscrire) librement et de recevoir ainsi ces LETTRES OUVERTES chez vous par e-mail, chaque fois que ça me pète et jusqu'à ce que vous en ayez marre.
Signez là!

J'ajoute encore que vous êtes libres de rediffuser de votre côté mes envois – c'est même fait pour ça! (Certains sont d'ailleurs déjà des rediffusions, ce qui fait que certains d'entre vous verront revenir vers eux des trucs qu'ils avaient eux-même diffusés… mais c'est le principe du réseau, et la commande "destroy" n'est jamais bien loin sous la souris.)
Peut-être que ça aussi, ça n'aura qu'un temps, mais en attendant, je m'amuse bien.


Les archives des Lettres Ouvertes sont accessibles par les liens suivants :
n°001 à 010n°011 à 020n°021 à 030n°031 à 040n°041 à 050, n°051 à 060, n°061 à 070,
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n°141 à 150n°151 à 160n°161 à 170n°171 à 180, n°181 à 190, n°191 à 200, n°201 à 210,
n°211 à 220n°221 à 230n°231 à 240n°241 à 250.

LO N° 260 (29/11/08)

L'eusse-tu cru ?

Juste un petit hommage à Claude Lévi-Strauss, comme tout le monde.

LO n°260 - Hommage à Claude Lévi-Strauss


LO N° 259 (27/11/08)

PSYCHOLOGIE DE MASSE DE L'ARGENT

LO n°259 - Masse de l'Argent (hors-PDF)

CET OBSCUR OBJET DU DÉSIR
« Between the idea / And the reality / Falls the shadow. » (T.S Elliott)
(Entre l'idée et la réalité, s'abat l'ombre.)
Au delà de l'échange de biens facilité par l'argent, sa fonction naturelle,
il y a l'accumulation d'argent pour lui-même (Plus loin je parlerai de l'avare
et du prodigue). A la base (évidence !), notre besoin d'argent correspond
juste à la nécessité d'assurer nos besoins primaires : manger, s'habiller,
se loger. Mais au delà ? Passé un moment, on ne peut pas manger 12 rôtis
par jour, ni boire 50 scotches, ni vivre dans 12 maisons, 4 yachts, rouler
dans 50 voitures. Le riche, le vraiment riche, celui qui a de l'argent à ne
savoir
qu'en faire, n'arrête pas pour autant de s'évertuer d'en accumuler,
par son travail ou par celui des autres ou par la spéculation.
« Pour Aristote, ce pouvoir de l'argent, qui n'est plus limité par les besoins,
risque de faire sortir le désir humain de son
orbite naturelle au bénéfice
d'une quête déréglée et sans
fin. L'argent, par son abstraction, est le seul
objet illimité
auquel le désir humain, lui-même illimité, peut se fixer. »
(Martin Legros. Philo Mag N°23, oct 2008 — numéro soustitré pertinemment
"L'argent, totem ou tabou ?". Pas mal de ce qui suit en est inspiré.)
(Pour mémoire, Aristote, c'est au 4ème siècle avant notre ère !)
Ce serait donc justement parce qu'il "n'existe pas", parce qu'il est neutre,
parce qu'il n'a pas d'odeur, pas de goût, parce qu'il n'est rien, parce qu'il
est pur signe, pure abstraction, que l'argent est sans fin et donc que le
désir qu'on en a peut être aussi sans fin (sans faim). Sans faim réelle, oui :
une fois les besoins primaires comblés, l'appétit reste. Au delà du besoin,
le désir – inassouvissable, jamais rassasié.
Même sous forme de papiers enfermés dans un coffre ou de chiffres sur
un relevé bancaire, même sans la gloire de l'or, brillant, solaire, divin,
l'argent excite quelque chose en nous. L'imagination, puisqu'il est lui-même
imaginaire. Si nous sommes bel et bien une société abstractionniste et non
pas matérialiste, nous préférons le symbole, le signe, à la chose concrète
(en plus ça tient moins de place.) L'argent en soi n'est pas la richesse, mais
sa puissance est qu'il désigne un potentiel de richesse. Ainsi, gros de tous
les possibles, il excite un fantasme, un imaginaire. Le trésor (très or), la
richesse infinie, et le pouvoir infini qu'elle procure… L'argent "fait rêver",
comme on dit… et ce rêve a, en lui-même, autant ou plus d'importance que
sa concrétisation. Ce rêveargent est virtuellement sans limite, contrairement
aux biens concrets qu'il permettrait acquérir, lesquels sont toujours en
danger d'être décevants.

FASCINATION
Il y a aussi la fascination (infantile) qu'exercent sur nous les grands nombres :
un million, des millions, des milliards, des milliards de milliards… et "un
millionnaire", "un milliardaire". « Tu sais compter jusqu'à un million, toi ?
— Combien de temps ça prendrait ? » Il vient un moment où les chiffres (les
nombres, plutôt), ne veulent plus rien dire, échappent à notre compréhension,
sont inconcevables, un peu comme les distances astronomiques… Des kms,
on imagine, mais déjà 40 000 kms, le tour de la Terre, on a du mal… alors la
distance de la lune, du soleil, des étoiles, à mesurer en années-lumière, en
parsec, c'est astronomique !… C'est, au sens propre, inimaginable : on ne peut
pas s'en faire une image, une représentation qui colle avec quoi que ce soit
de notre expérience. Trouble de l'intellect et fièvre fascinée, terreur sacrée.
(Ne nous étonnons pas que cela ressemble, quelque part, à la spiritualité,
au sacré, à l'idée du divin. L'argent est un dieu.)

IMAGE SOCIALE
De plus, une bonne part de nos richesses matérielle (une fois comblés les
besoins) ont un rôle de représentation sociale plutôt que de jouissance
primaire. Du symbole, encore. La belle maison de quinze pièces, elle
est là pour frimer auprès du voisinage, comme la porte télécommandée
du garage et la voiture lourde et rutilante qui en sort avec un beau
ronronnement profond. Le bureau design en loupe d'orme, le tableau
"de maître" ; le chien magnifique, la tondeuse high-tech, la piscine, font
partie d'une panoplie affichant notre niveau de vie et donc notre place
dans la hiérarchie sociale. La jouissance physique, personnelle, de l'objet
(superflu) lui-même a ses limites, alors que le plaisir d'étaler sa richesse
au vu et au su n'en a pas : il y a toujours quelqu'un d'autre devant qui en
installer. Il y a de l'hubris, là dedans, de la démesure, de cette démesure
qui est au coeur de notre civilisation.

APHORISMES, MANIÈRES DE DIRE, PROVERBES, CITATIONS…
« L'argent ne fait pas le bonheur (mais il y contribue)… ne nous rend pas
heureux mais nous console de ne pas
l'être… donne tout ce qui semble aux
autres le
bonheur… plaie d'argent n'est pas mortelle… » etc. (Il faudrait
commencer par définir le bonheur. Comme c'est impossible, il faut se
contenter de parler de bien-être, de moyens (dans le sens d'avoir les
moyens de –), de richesse… mais toutes notions aussi difficile à définir
car toujours relatives.)
« Avoir les moyens », « Une troisième main », un serviteur… « L'argent
est un bon serviteur et un mauvais
maître. » (Alexandre Dumas fils).
« Les succès produisent
les succès, comme l'argent produit l'argent. »
(Chamfort)…
L'argent comme moyen d'action, puissance, pouvoir. Un outil "magique" ?

L'ARGENT QUI REND FOU ("That old black magic…")
On dit aussi facilement que l'argent est le diable, ou qu'il est diabolique,
qu'il est le mal, ou qu'il rend fou (celui qui le
possède comme celui
qui en manque)
… Mais toutes ces formules, proverbes populaires ou
aphorismes littéraires, pèchent par la personnalisation faite de l'argent :
« L'argent fait ou ne fait pas le bonheur, l'argent rend fou, l'argent n'a pas
d'idées (Sartre), l'argent est bête
(Alain).» Comme si l'argent était quelqu'un.

Mais l'argent n'est pas ceci ou cela, ne fait pas ceci ou cela. L'argent ne
veut rien, ne fait rien. Ce sont des raccourcis littéraires qui font choc,
certes, mais qui manquent de sens ou qui émettent un sens secret,
inconscient : l'argent considéré par nous, plus ou moins clairement, comme
un être doué de vouloir, comme une entité agissante, un destin, voire
comme "dieu".
« Source de tous les maux ? Intrinsèquement mauvais ? Aliénant ? »
Au delà de la question de la naïveté de la formulation, la question se pose
de savoir si l'argent porte en soi un mal, un problème moral… ou si le
problème est seulement l'avidité, l'appât du gain, l'avarice de celui qui
s'en sert ?
Nous, donc. Problème psychologique, donc, ou moral.
L'argent est-il (vécu comme) un outil vraiment neutre ?
PhiloMag cite une série d'expériences de groupe constatant des différences
d'attitude entre un groupe de référence et un autre groupe que
l'expérimentateur a incité (discrètement) à "penser argent" ou à avoir
l'argent en tête. Il semble que ceux de ce dernier groupe ont eu plus de
difficulté à collaborer, qu'il soit question d'aider un autre dans une tâche
ou de se faire aider soi-même. Ils se sont aussi tenus physiquement plus
loin les uns des autres. Ils ont choisi pour loisir une activité individuelle.
Et quand on leur a demandé de faire un don, ils ont donné moitié moins
que ceux du groupe de référence. Comme si la suggestion de l'argent
allumait quelque part dans la tronche un signal qui obnubilait d'autres
facultés, court-circuitait les réflexes de solidarité humaine. Une pollution
mentale. (En passant, je serais curieux de voir la même expérience avec
deux groupes d'hommes – mâles –, un seul des deux groupes étant en
présence (suggérée) d'une très belle femme… Mais c'est une autre histoire…
ou pas : il y a aussi obligatoirement du sexuel dans notre rapport à l'argent.)
Il semble bien que l'argent crée une sorte de distance entre les gens,
qu'il favorise l'égoïsme, l'individualisme. Qu'il incite
à fonctionner en
autosuffisance plutôt que de faire appel à la
famille ou aux amis.
Et voilà que, comme le rédacteur de PhiloMag, je me suis laissé prendre au
piège d'un langage qui personnalise l'argent, qui le montre comme agissant.
Ce n'est qu'une manière de parler, d'accord, mais elle est significative de
notre rapport à l'argent, en tout cas subconscient. Pour essayer de sortir
de cette idée que l'argent exerce par luimême telle influence, comme s'il y
avait en lui une magie agissante, essayons de le redire dans le bon sens :
En présence d'argent, ou si nous avons l'argent en tête, nous prenons de la
distance avec les autres, nous réveillons
notre égoïsme, notre individualisme,
nous avons tendance à
fonctionner en autosuffisance plutôt que de faire
appel à la
famille ou aux amis.
D'où une perte de lien social, d'implication dans le collectif. Il se pourrait
même que cette perte de lien se fasse aussi au détriment de notre rapport
aux objets : « Devenus tour à tour marchands et marchandises, nous ne
demandons plus
ce que sont les choses, mais combien elles coûtent. »
Sénèque. (1er siècle ! Après ça, il y en a qui disent que le capitalisme est
né au 19ème !)
Et c'est tout notre rapport au monde qui se pose là : aux autres, aux objets
fabriqués, à la nature en général : animaux, choses, territoires, éléments…

(à suivre)


LO N° 258 (24/11/08)

L'ARGENT-DETTE / 7

LO n°258 - Evasion Fiscale ?

CAPITAL
Même étymologie que cap, capitale, capitole, chapeau, capitaine, chef… etc.
Du latin caput : tête.
Dans la tête des capitalistes (= "ceux qui sont à la tête de —") le capital
est un avoir qu'on fait fructifier, non par son propre travail, mais par le
travail des autres. Mais ça, ce n'est qu'un premier temps. Dans le temps
financier (post-capitaliste, "financiariste"), on ne fait plus travailler des
gens, on fait "travailler l'argent" (prêt à intérêt, spéculation boursière,
actions…). Et on croit (ou semble croire) que ça remplace. En fait ça
vampirise le travail vivant, ça le détruit… et après on s'étonne que cette
disparition du travail vivant entraîne la destruction de la finance. (Effet
retour, boucle, boomerang…)

Actu : on a retrouvé dans un bois un homme coupé en morceaux répartis
dans des sacs-poubelle, sauf la tête – restée introuvable. Etait-ce un
capitaliste décapit(alis)é…?

REVENIR AU "CAPITAL HUMAIN" ?
Appliquer l'idée de morale, ou éthique, ou de déontologie au capitalisme-
libre-échangiste-sans-entraves… est une contradiction dans les termes…
un oxymore ! (A part qu'un oxymore, on le fait exprès pour faire joli,
en rhétorique. Là on est plutôt dans l'ornithorynque.) Autant envisager
un loup végétarien, un bleu rouge, un noir très clair (Barack Obama ?),
la quadrature du cercle, la dernière décimale de PI…
Quant à l'expression (sarkozienne, si je ne m'abuse) "capital humain",
voisine de "ressources humaines", elle est aussi un oxymore mal venu
qui fait du potentiel de chacun (la potentia de Spinoza) une chose
capitalisable et exploitable, un travail mort (chose), par opposition au
travail vivant (acte). Un homme a-t-il une valeur marchande…? Et son
juste prix existe-t-il…? A-t-il une valeur d'échange…? Une valeur de
spéculation…? Un humain est-il spéculable, jouable en bourse,
consommable ? La société de consommation consomme-t-elle aussi
des gens ?
… Retour au temps de l'esclavage, maintenant "librement consenti"…
Encouragement à la servilité volontaire, pourrait-on dire… (Ce qui
inciterait à se poser des questions sur les notions de liberté et de
volonté, un peu comme pour les filles qui portent le voile islamique
"volontairement"…) Etre son propre patron, alors ? Mais c'est bien souvent
s'exploiter soi-même, se comporter comme un capitaliste dont le capital
serait sa propre personne. Tous capitalistes, chacun entrepreneur de
soi-même ! (Ce qui peut fort bien arriver aux travailleurs indépendants,
comme les artistes, auteurs de BD et autres…)
Mais l'homme n'est pas une marchandise, pas plus que l'argent.
Quant aux choses que l'on s'est habitués à considérer comme des
"marchandises", en y réfléchissant un peu, c'est très discutable aussi :
la terre — surface et sous-sol — est considérée depuis longtemps comme
achetable, vendable, privatisable, spéculable… et aussi le blé, les fraises
et les patates et les arbres qui y poussent… alors pourquoi pas l'eau des
rivières ou de la mer, pourquoi pas l'air et les nuages, pourquoi pas le
soleil et la pluie, les étoiles et la lune, les hommes, les femmes, les bébés,
les membres et organes, les codes génétiques… Et le temps… On y tend…
(Le temps c'est de l'argent ?)

(Serais-je en train de réinventer l'anarchisme proudhonien dans son opposition
à la propriété privée ? Mais quelque part, depuis longtemps, je suis ébahi
comme un indien d'Amérique du fait qu'un homme puisse posséder une
surface de terre… Les patates qu'il y a cultivées, ça va, j'admets sa
propriété privée et qu'il puisse en faire commerce… mais la terre ?!)

LE PRIX DES GENS
Mais ce qui est valable et pas spécialement choquant pour les patates,
le charbon ou les kg de coton, tant qu'on échange des choses, des matières,
des marchandises au poids… devient problématique dès qu'on s'intéresse
aux échanges de savoir-faire, de compétence, aux heures de travail (qui
entrent de toute façon en compte déjà dans les patates, le charbon, le
coton…), aux "services", aux œuvres d'art… Et la présence, le savoir, la
tendresse, les soins, la justice…? Ces valeurs ne devraient-elles pas
échapper à toute évaluation monétaire, à tout marchandage ?
Quel prix peut bien valoir une musique, une œuvre d'art, un service, une
odeur… au delà du prix des matériaux qui y entrent en jeu…? Aucun prix,
en fait, cela est inappréciable, impayable, "sans valeur", dans l'absolu.
Sauf si celui qui propose l'œuvre ou le service en question annonce :
« C'est à vendre tant. »… ET SI (condition indispensable) quelqu'un l'achète
au prix proposé. De l'absence de valeur absolue, on passe à une valeur
relative, valeur de convention, dépendant de l'offre et de la demande,
dépendant d'une relation, et établissant un consensus (s'appuyant aussi
sur des habitudes, un marché déjà établi par la pratique). D'où la pratique,
dans le domaine de l'art, dans les ventes aux enchères, d'avoir un complice
ou deux, qui vont faire monter les enchères et acheter, créant ainsi une cote,
c'est-à-dire une valeur monétaire "officielle" (consensuelle).
Si personne n'enchérit et si personne n'achète, il y a malaise : on doit alors
passer aux enchères négatives, c'est-à-dire laisser les acheteurs éventuels
déterminer le prix à la baisse. Dans cet exemple, côté psychologie relationnelle,
il y a une lutte : en quelque sorte ce sont deux "chantages" qui s'affrontent ;
jusqu'à ce que l'un des deux craque. Il y aura du triomphe — et de l'humiliation.
Le jeu de l'offre et de la demande, on le présente généralement comme
mécanique, froid, objectif, du moins dans le domaine des échanges de
marchandises concrètes. Neutre et rationnel. Pourtant… le triomphe et
l'humiliation sont là aussi… entre le paysan qui a mis sa sueur et son amour
dans son champ de patates ou sa vigne et qui doit passer par la vente à un
distributeur qui considère sa production comme de la chose, et qui chosifie
le paysan lui-même – quantité négligeable, car remplaçable, ici ou ailleurs.
Donc pas loin de l'esclavage.

L'ESCLAVAGE (Quelques mots sur —)
Il fut peut-être un temps où l'esclavage pouvait être vu, après tout, comme
une forme de sécurité : renoncer jusqu’à la fin de ses jours à sa liberté pour
assurer sa subsistance. L'obligation perpétuelle de travail était compensée
par l’assurance d’avoir toujours à bouffer… Mais, de nos jours, on en est
arrivé à un stade où même l'esclavage est précaire !
On peut aisément dire que la mondialisation maintient et même accroît
l’esclavage, notamment des enfants, et que les travailleurs sans-papiers
sont assimilés à des esclaves dans la mesure où ils sont à la merci de leurs
employeurs. Mais s’il y a des travailleurs irréguliers, c’est qu’il y a quelque
part des règles, et ces règles ont été décrétées par des Etats, non par des
entreprises. Il dépend des gouvernants que ces règles soient appliquées
ou non. Non ? (Cf Yves Benot. "La modernité de l’esclavage – Essai sur la
servitude au cœur du capitalisme". La Découverte)(Pas lu)

L'ARGENT (comme relation)
"La parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui écoute", dixit
Montaigne. Ne peut-on en dire autant de tout élément de communication,
intermédiaire, objet transitionnel, substitut, monnaie d'échange… monnaie…?
Argent. L'argent comme vecteur d'échange, symbolique, comme le langage,
et rien d'autre. Censément neutre, objectif, impartial, sans charge en soi
(matérielle ou libidinale). Appartenant autant à celui qui donne qu'à celui
qui reçoit, donc n'appartenant à personne, en fait, pas plus que l'air que
nous respirons, même s'il est déjà passé par des milliers de poumons.
(Beurk.) (Ou, comme dit une Brève de comptoir, « Dans le métro, on respire
un air qui a déjà été pété plusieurs fois ».) (Re-beurk.)
L'argent : un moyen — au sens strict. Le seul objet qui puisse être échangé
contre tous les autres — à part que ce n'est pas un objet, et même que le
problème commence là : quand on en fait un objet. (Fétichisme.)
Le mot n'est pas la chose. Le signe non plus, dessin, peinture (cf Magritte
"Ceci n'est pas une pipe"), pas même la photo. Evidences. Ce sont des
symbolisations, des virtualisations qui permettent de dire, de représenter,
discourir, échanger. Des signes. On peut discuter de pommes de terre, avoir
même un échange fécond sur le sujet, sans pour autant se salir les mains et
pousser des brouettes. La modélisation scientifique ressortit du même principe :
on peut expérimenter sur un modèle informatique plus confortablement que
sur la chose en soi. (Ça fait kantien, tout de suite…)
Mais il ne faut jamais oublier LA CHOSE. Il faut s'y confronter, s'y heurter
(car parfois ça fait mal), la peser. On ne mange pas à quatre autour du mot
"table". Quant à la table-en-soi, c'est "pour manger dessus", certes (fonction),
mais c'est aussi "un plateau de bois sur quatre pieds" (forme), et aussi
"50 kg de bois d'arbre (matière)". (C'est juste un rappel : il y a des portes
ouvertes qui méritent d'être enfoncées.)
Retour à la matière, retour à la réalité (la matière, la terre, le corps — grand
absent de ce jeu financier.)
What's the matter ?
Si l'argent n'est pas une marchandise (ne devrait pas) c'est qu'il n'est pas
une chose. Il n'est pas la chose dont il indique la valeur d'échange. Il n'est
que cela : un nom, un nombre, un signe, désignant une valeur d'échange,
une valeur consensuelle (ou relativement consensuelle) pour une chose,
ou un service. Un équivalent symbolique, un transmetteur, un étalon, un
traducteur, un commun dénominateur, un raccourci… qui permet de créer des
équivalences acceptables, acceptées collectivement, entre des choses et
actes difficilement comparable a priori. Par exemple une heure de travail
physique et tant de kg de patates, 1 m2 de tuiles romaines, et un morceau
de musique… "Entremetteur universel" (Marx), l'argent traduit toutes les
valeurs en leur attribuant un prix (un nombre). Et Michel Serre voit l'argent
comme un Joker, un équivalent général qui a toutes les valeurs et tous les
sens pour n'en avoir aucun.
Partant, l'argent est (censé être) "neutre", non passionnel, n'appartenir à
personne, pas plus que le langage, les opérations d'arithmétique ou les
centimètres. (Je dis bien "est censé"…)
L'argent n'est que l'ombre des choses. (Mais aurait-on lâché la proie pour
l'ombre ?)
On pourrait encore le qualifier de vide. (Et ce vide possède un pouvoir
sans fond.)
Mais si l'argent est ainsi un vecteur vide, impartial, neutre, rationnel,
comment se fait-il qu'il nous TROUBLE tant ?
Pourquoi en sommes nous si avides (a-vide) — et insatiables ?

(à suivre)


LO N° 257 (20/11/08)

CHIOTTES
Hier, 19 novembre, ça ne vous a pas échappé, c'était la Journée  
Mondiale des Toilettes (lancée depuis quelques années par le WTO,  
World Toilet Organisation.
www.worldtoilet.org

LO n°257 - World Toilet Day 08

Plus d'infos ici :
http://www.actu-environnement.com/ae/news/journee_mondiale_toilettes(...)

Mais on peut préférer les toilettes sèches
http://www.dessinacteurs.org/

LO n°257 - Crumb

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Rien à voir (quoique…)
LE BEAUJOLAIS NOUVEAU est arrivé
— Vous prendrez un Beaujolais ?
— Euh… Je préférerais du vin.
(entendu sur France Inter)

DECPOP
Un nouvel espoir dans la lutte contre la surpopulation :
A près les pesticides dans les couilles, les OGM dans les souris.  
Vive Monsanto !
http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/11/18/les-souris-nourries(...)

DÉFLA(GRA)TION
Question état quotidien de la crise financière, ceci est intéressant :
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11/19/crise(...)

BARACORAMA
Bon, élire un Afro-américain, c'est bien, mais quand est-ce qu'ils  
élisent un Amérindien ? (Amer)

(Et pendant ce temps la Californie brûle toujours)

POP ART
Guy Peellaert est mort. Je ne vais pas en mettre une tartine, mais  
Peellaert, avant de faire des trucs sur le rock, des affiches de  
films et des tas de pochettes de 33 T, il a fait Jodelle et Pravda la  
survireuse, deux BD "pop art" qui ont beaucoup contribué, après  
Barbarella, à la réputation d'Eric Losfeld éditeur… et m'ont pas mal  
influencé à mes débuts dans la BD : Kris Kool, chez ce même Losfeld.
http://www.deredactie.be/cm/de.redactie.francais/infos/1.419331
http://some-cool-stuff.blogspot.com/2008/11/propos-de-guy-peelaert.html

AUTRES JOURNÉES MONDIALES
Le 19, c'était aussi la JM des broncho-pneumopathies chroniques 
obstructives. Ça vous dit rien, mais ça fait plus de morts que la 
route. Principal responsable : le tabac.
Et aussi la JM de la prévention des abus envers les enfants…
Qui est suivie, le 20 par la JM des droits de l'enfant. Logique.
Le même jour (aujourd'hui, donc), c'est la JM de l'industrialisation 
de l'Afrique (Moi, je vote contre.)
et la Journée Nationale contre l'herpès (Je vote contre aussi. Contre 
l'herpès, bien sûr.)
Le 21 ce sera la JM des pêcheurs artisans et des travailleurs de la 
mer (amers.)
Et la JM de la télévision (!?)
Mais on peut aussi noter d'ores et déjà que
Le 28, Claude Lévi-Strauss aura 100 ans
Et le 29, c'est la JOURNÉE MONDIALE SANS ACHAT.
En pleine déflation, ça tombe bien.
LO n°257 - Pravda


LO N° 256 (19/11/08)

RÉCRÉATION

RÊVE O'LUTION

Le N°3 de R-EvolutionS, le journal des Collectifs Unitaires pour une
Alternative au Libéralisme est en ligne ici : http://www.coordcuals34.fr/
avec des vrais morceaux de Caza dedans. (Des dessins dont certains
sont déjà connus des lecteurs de mes Lettrouvertes et d'autres qu'on
retrouvera dans Les Mois sont de papier / 03, en librairie incessamment
(Le Pythagore éditeur).

RUE COPERNIC
On aurait arrêté au Canada l'auteur de l'attentat à la bombe dirigé contre
la synagogue de la rue Copernic à Paris, qui fit, le vendredi 3 octobre 1980,
4 morts et 20 blessés.
Le Premier ministre, Raymond Barre, déclara alors sur TF1 : « Cet attentat
odieux a voulu frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue, il a
frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. » Brave
Raymond ! (L'idole de Wens)

LAIT CONTAMINÉ EN CHINE (encore eux !)
Je leur avait pourtant bien dit, aux Chinois, que le lait c'est pas bon pour eux.

APRÈS LE CANAPÉ CANNIBALE, LE FAUTEUIL CONTAMINÉ en provenance
de Chine (encore eux !)
http://www.leparisien.fr/faits-divers/les-victimes-du-fauteuil-contamine(...)
Vendus par le groupe Conforama, 38 000 de ces modèles ont été achetés
par des clients entre mars 2006 et juin 2008. Ils contiennent des sachets
d’un produit destiné à combattre les champignons, le diméthylfumarate.
Celui-ci est susceptible de provoquer des eczémas et des allergies graves.

LO n°256 - Fauteuil



APRES LES FAUTEUILS CONTAMINÉS, LES BOTTES en provenance de
Chine (encore eux !)
Pareil, au diméthylfumarate. On ne choppe pas de mycoses, c'est sûr,
mais beaucoup d'eczéma.

ET LES VESTES À COL DE FOURRURE, elles sont traitées à quoi ?
L'export chinois (encore eux !) frappe encore (sur les chiens et les chats) :
4000 vestes à col de fourrure de chiens et chats en provenance de Chine
(encore eux !) arrêtées à la frontière. Ça coûte moins cher à produire
que l'acrylique, il parait. Et puis c'est plus joli. Et puis au moins ça sent
quelque chose. Je vais finir par paraître sinophobe, mais… comment vous
voulez qu'on les aime, avec ce genre de conneries ?

LIEN SOCIAL
"L'information que le journaliste digne de ce nom doit au public n'est pas
un produit marchand mais un bien social." (Alain Rollat, journaliste)

SNCF
Décès du grand patron de la SNCF : une rupture de cathéter.
(C'est pas vrai, c'est juste pour faire le malin.)

FR 3
"Plus belle la vie" : soap (de Marseille) opera. (Ou alors soupe opéra
— bouillabaisse, évidemment.)
(Ça, c'est vrai, mais c'est aussi pour faire le malin.)

MUR
En novembre 2009, on commémorera les 20 ans de la chute du mur de Berlin.
Un an pour se préparer, c'est pas de trop.

ALERTEZ LES SPERMATOS
http://fr.news.yahoo.com/2/20081118/tsc-chimie-sante-et-reproduction(...)
Le sujet était évoqué hier à la télé, au JT, et sur Arte, dans l'excellent docu
sur l'eau dans le monde, ses états sanitaires et les multinationales qui
s'en emparent… une de ces émissions qui font dire "on est foutus"
http://www.arte.tv/fr/accueil/semaine/244,broadcastingNum=911546(...)
www.flowthefilm.com
heureusement suivie par une Théma sur les énergies nouvelles très positive.
http://www.arte.tv/fr/accueil/Comprendre-le-monde/dos-energie/2293842.html
On en reparlera plus à fond mardi 25, même lieu même heure, dans
"Mâles en péril". http://www.arte.tv/fr/accueil/Males-en-peril/2281146.html
En résumé, la stérilité gagne du terrain – principaux responsables : les
produits chimiques un peu partout, des pesticides intempestifs aux
cosmétiques parc'quejel'vobien.
Pour une fois on est face à un effet pervers de la machine infernale du
progrès que l'on peut considérer comme une boucle de rétroaction négative.
(Je rappelle que, en l'occurrence, les termes négatif ou positif n'ont aucune
connotation morale ou de qualité : positif c'est + (plus), croissant, ou
augmentation auto-alimentée ; négatif, c'est – (moins), décroissant, ou
réduction auto-alimentée. Dans les deux cas, c'est l'idée que, au cours d'un
processus prolongé, les effets agissent sur les causes, en les renforçant (+)
ou en les affaiblissant (-)
Trois exemples un peu différents
— Sur une île avec des chèvres et des loups, une surpopulation de loups
et leur trop de réussite en tant que prédateurs provoque une raréfaction
de leurs proies les chèvres ; ce qui entraîne une famine chez les loups ;
donc une baisse de leur population ; il y a boucle de rétroaction négative.
Ce qui permet aux chèvres de retrouver graduellement un bon niveau de
population, voire une surpopulation ; du coup les loups ont de nouveau
suffisamment de proies à leur disposition, ils peuvent proliférer à nouveau…
etc. Il s'est enclenché un cycle : l'excès de l'un entraîne la diminution de
l'autre, qui entraîne la diminution de l'un – qui permet l'augmentation de
l'autre ; qui permet l'augmentation (et l'excès) de l'un. Sur le moyen ou
long terme, il s'établit un équilibre.
A condition que les loups, dans leur phase de succès, aient laissé au moins
un couple de chèvres… Et à condition que, dans les moments de manque de
chèvres et donc de famine des loups, il reste au moins un couple de loups.
Sinon, dans un cas comme dans l'autre : extinction. (A moins que les loups
survivent en bouffant des souris. Quant aux chèvres, laissées sans prédateurs,
la question de leur survie va se jouer entre elles et l'herbe…)
— Chez les hommes (civilisés), l'excès d'usage du pétrole entraîne l'effet
de serre et le réchauffement global qui menace leur vie. Mais cet excès de
consommation entraîne aussi l'usure accélérée des réserves du dit pétrole.
Cette diminution des réserves devrait entraîner une diminution de son
usage (enfin, on espère), donc une diminution de la production de gaz à
effet de serre et donc du réchauffement global. Processus autocorrecteur.
Boucle de rétroaction négative.
Mais 1) L'augmentation de la population mondiale et l'aspiration des pays
émergeants à connaître le même mode de vie que les précédents (occidentaux)
met à mal l'idée que la consommation globale diminue. On est en plein sur ce
seuil, actuellement, comme la balle de tennis qui frappe le filet et retombe
soit en deçà soit au delà… (référence au film de Woody Allen "Match Point")
Et 2) Il n'y a pas création d'un cycle qui se perpétuerait car, contrairement
aux chèvres, le pétrole ne se renouvelle pas. (C'est con – mais tant mieux.)
— L'humanité prolifère (pour ne pas dire : est d'ores déjà surpeuplée).
Il faut nourrir tout ce monde. Révolution agricole (chimique) du XXè siècle.
L'usage intensif de produits phytosanitaires (pesticides) et autres produits
chimiques un peu partout entraîne une baisse du nombre de spermatozoïdes,
et autres problèmes de couilles, donc une baisse de la fécondité. A court ou
moyen terme, une stérilité d'une proportion importante de la population.
D'où chute démographique — tant mieux. Boucle de rétroaction négative
ayant un effet positif (le mot étant employé cette fois dans le sens de bon,
bien.) (J'exclus l'extinction totale, parce que bon, hein, quand même…)
Tant mieux car cela entraîne une baisse des besoins alimentaires ; donc de
l'usage des pesticides : la population restante peut redevenir saine… et,
dommage !, proliférer à nouveau.
Sauf si l'épisode a provoqué une prise de conscience tellement forte que
"plus jamais ça".
On peut rêver.

TAMPONS
"S'il y a des prédateurs, ne devrait-il pas y avoir aussi des postdateurs ?"
Et, le cachet de la poste faisant foi, s'il y a des tampons dateurs, il doit
y avoir des tampons prédateurs. Périodiquement, du moins.

LOGICIEL MON MARI !
http://www.01net.com/editorial/396490/(...)divorce-reel-sur-second-life/
Un couple britannique qui s'était rencontré sur un chat se sépare. La femme
aurait demandé le divorce pour adultère car l'avatar de son mari aurait
couché avec l'avatare d'une prostipute dans Second Life. Pour le découvrir,
elle aurait engagé, toujours dans Second Life, un détective virtuel. Depuis
le divorce, elle aurait trouvé un nouvel amant dans World of Warcraft.
Il est bon de savoir que, sur Second Life, « pour pouvoir faire l'amour, il
faut s'acheter des organes génitaux. Les avatars ne sont en effet pas
dotés de toutes les options au départ et il existe pour compléter sa
panoplie anatomique toute une gamme d'attributs virils et d'organes
disponibles en différentes tailles et couleurs. »

On peut aussi regarder ce petit film hilarant :
http://www.youtube.com/watch?v=KgmQM9cDPHk

« Si le P n'existait pas, les couples couleraient au lieu de copuler. »
(Monseigneur Dupanloup. "Tiens bon le goupillon". Editions du Spectre
Tâteur. 1843)

PS. L'image du fauteuil n'a rien à voir avec le fait divers des fauteuils
contaminés mais je trouve ce fauteuil magnifique, à condition de préférer
le réchauffement du fessier à la préservation du climat global.
(La photo vient du site de Télérama).


LO N° 255 (17/11/08)


LO n°255 - Gastronomie Française Patrimoine Unesco ?

L'ARGENT-DETTE / 6


PAUVRETÉ OU MISÈRE ?

La pauvreté, définie a priori comme un manque d'ordre économique, est
relative : elle se détermine par rapport à une sorte de classement social
officiel en - riches, - moyens et - pauvres. Il y a par exemple des normes
de la Banque Mondiale et des normes nationales, qui cherchent à établir
un critère universel. Elles sont toujours calculées en argent, en revenu
journalier ou mensuel, et fondées sur on ne sait trop quelle statistique.
Des chiffres officiels… la moyenne entre tous les revenus… Calcul grossier,
aberrant même, comme tous les calculs fondés sur une moyenne…

Différente est la perception de ce manque par le pauvre lui-même, ou
par la société qui l'entoure. Intuitif, relatif, variant selon l'état des lieux,
l'histoire et la mentalité personnelle de chacun, le consensus collectif local.
Peut-être pourrait-on partir de la pauvreté "normale" : le mode de vie ou
mode d'être qui a été celui de la majorité des humains tout au long de
l'histoire. La "condition normale", ou basique, de l'homme. Un mode de
vie fondé sur la simplicité, la frugalité, mais aussi la convivialité, le
partage, le soutien mutuel collectif (famille, tribu). Chacun, seul ou
surtout en groupe, vivant d'un minimum vital : cultures, chasse, pêche,
cueillette, élevage… Les bushmen du Kalahari, les Zo'és d'Amazonie, les
Himbas, vont nus, mais mangent tous les jours en travaillant quelques
heures et gardent beaucoup de temps libre pour s'orner le corps ou
papoter. Tant qu'ils n'ont pas de points de comparaison, ils ne sont pas
"pauvres". Ils sont… quoi ? Faut voir… Aucune raison de les dire "riches"
non plus. Les deux notions n'ont pas lieu d'être. Pauvreté normale.
Ni volontaire ni involontaire, c'est juste comme ça.
On peut aussi citer la pauvreté volontaire, celle des saints ermites,
ou des communautés monacales, qui se définirait comme un ascétisme,
une libération de la dépendance aux choses, au superflu, aux richesses
— ce pour préserver son âme, sa pureté spirituelle. Ou simplement une
simplicité volontaire — qui n'est pas sans jouissance, au contraire : la
pauvreté apparaît alors comme une richesse existentielle, une valeur.
(Réelle ou illusoire, je n'en jugerai pas.) En gros, c'est ce que proposent
les "décroissants".
Dans tous les cas, il s'agit d'autre chose que la misère – qui se définirait
comme la grande précarité, l'indigence profonde, et matérielle et
existentielle. Dans la pauvreté, la potentia (Spinoza), c'est-à-dire "les
moyens propres de quelqu'un", sa force vitale, son potentiel de vie,
d'action… n'est pas atteinte. Tant qu'elle est vivante, on n'est pas tombé
dans la misère.
Tombé. Si la pauvreté est un état normal, naturel, la misère est une chute.
La misère suppose que la potentia est détruite ou en danger. Par dégradation
physique ou mentale, ou par la précarité sociale, l'abandon ou le rejet de
la communauté.
Et la misère rend con — tout comme la richesse !

MISERE CAPITALE
Fut un temps où la misère était un accident. Avec le capitalisme et
la société industrielle, au 19ème siècle, elle devient plus courante.
L'humain se trouve redéfini. Le pauvre était un être libre, contrairement
au serf ou à l'esclave. Le capitalisme le réduit à une force de travail sur
le marché. Quand cette force de travail se déprécie, perd de sa valeur
marchande (par exemple parce que dans d'autres pays elle est beaucoup
moins chère), la misère apparaît en masse.
Le "pauvre convivial" devient le prolétaire, un individu réduit au prix de
sa force de travail sur le marché, déraciné, aliéné, mis en concurrence
avec ses proches eux-mêmes, ayant "perdu ses moyens", ceux que lui
donnaient son histoire personnelle et sociale.
Mais, au long du 20ème siècle, il se produit cependant une amélioration
graduelle des conditions de vie, en tout cas dans les pays occidentaux,
et on a l'impression que le prolétaire a disparu. Il a peut-être seulement
changé de place ou d'origine — délocalisé : notre prolétariat (et sa misère)
est en Chine (et autres pays-ateliers) ou, ici, formé d'immigrés, avec ou
sans papiers. Par contre, on voit la naissance d'un "nouveau prolétariat" :
sorti de la misère, entré dans la pauvreté/richesse moyenne, le nouveau
prolétaire aspire à PLUS. Les capitalistes, grâce à son travail, deviennent
plus riches que lui ; ils peuvent accumuler, alors que lui-même est limité
par sa force de travail, ses heures. Mais ces élus, les privilégiés, les
riches, il les a sous les yeux, ainsi que des vitrines pleines de gâteaux.
Il entre dans la jalousie, l'envie, l'identification, le désir mimétique — un
des grands moteurs des actions humaines. Il se crée / on lui crée de nouveaux
"besoins" (consommation), dont il devient de plus en plus dépendant.
Consensus et propagande (publicité) le confortent dans ses envies et désirs :
comme "tout le monde" et lui-même l'ex-pauvre, le presque riche, aspirent
à PLUS, il lui est de plus en plus difficile d'abandonner cette logique de la
croissance. Il devient l'agent ou le complice de sa propre exploitation :
aliénation, servitude volontaire — ou plus justement domestication : un
esclave peut au moins se révolter, un domestiqué, non, conditionné et
autoconditionné qu'il est. Et le mythe de la croissance perpétuelle, loin
de rester seulement le fantasme des seuls riches et nouveaux riches,
devient la religion de tout le monde, y compris les plus pauvres. Le mythe
en sera d'autant plus difficile à déraciner.

LE SYNDROME DE LA LOTERIE
Une minorité de gagnants du gros lot sert d'exemple, de modèle appétissant
pour une majorité de perdants. Pas de gros lot gagnant sans les milliers de
mises, donc finalement des milliers de perdants. De nouveau le goût du jeu,
et la superstition, la croyance en "la chance", l'espoir — veilles lunes toujours
brillantes et toujours exploitables. Une sorte d'hystérie. Et ce aussi bien dans
la vraie loterie (nationale, par ex) que dans le capitalisme en général ou le
financiarisme. De même que ce sont les mises perdantes qui font le gros
lot gagnant, c'est le travail des travailleurs qui fait la richesse du riche.
L'immense majorité paye pour la richesse d'une minuscule minorité. En ce
sens, le riche, qu'il soit patron ou trader ou actionnaire, qui gagne mille
fois plus que le pauvre, c'est comme s'il possédait mille esclaves.
Les nouveaux prolétaires sont incapables de se résigner à redevenir des
prolétaires basiques ou des "pauvres conviviaux", ils ne constituent pas une
classe sociale, juste un tas de gens malheureux, frustrés, rongés d'envie.
… Tout ce passage sur pauvreté et misère m'a été inspiré par Majid Rahnema,
auteur de "Quand la misère chasse la pauvreté" (Babel 2005), interview dans
Réel N° 91, avr. 2006. Le quel conclut sur l'idée que la véritable richesse est
indissociable de celle des autres, sur la fraternité qui nous compose, par
opposition à la concurrence et autres dérélictions qui nous décomposent.

DE LA VERTU DES RICHES (pourtant)
Dans le passé, sous l'ancien régime, les aristocrates exploitaient le petit
peuple (surtout paysan), mais faisaient travailler des milliers d'artisans et
d'artistes, pour leurs châteaux à construire et à décorer, pierre taillée,
sculpture, peinture, leurs meubles marquetés, leurs robes et pourpoints
brodés de fils d'or, etc. Que de belles choses ont pu se créer grâce à la
richesse des riches ! (Plus tard, après la révolution, on a inventé la
cuvette en plastique verdâtre tirée à des millions d'exemplaires…)
Aujourd'hui, à New York, la sphère financière emploie directement ou
indirectement 320 000 personnes. Cela représente 5% des emplois de
la ville, mais 25% de la masse salariale, 10% des taxes et impôts, et
finalement 6% de l'économie des USA !
La crise va coûter des milliers d'emplois directement dans le secteur financier,
mais pire : « Il faut savoir que pour un emploi perdu dans la finance, trois
autres disparaissent dans des secteurs qui en dépendent. » (Akram Belkaïd.
Le Monde Diplo 656. Nov. 08 — de même pour les chiffres cités ci-dessus.)
Et oui : commerces de luxe, mode, parfums, grands restaurants, galeries d'art,
antiquaires, immobilier haut de gamme, etc. Et, en tâche d'huile, tous ceux
qui dépendent de ceux-ci : les brodeuses, les tueurs de crocodile à sac,
les nez de parfumeurs, les cuisiniers, les oenologues, les artistes, les
artisans de l'habitat, les balayeurs, les femmes de ménage, les ramasseurs
de mégots de cigare, etc, etc…
Autrement dit, il y a interdépendance, au moins à un niveau "anecdotique".
Mais cette anecdote, c'est quand même la vie de tous les jours de milliers
de gens. Et cette interdépendance s'exprime en phénomènes de tâche d'huile,
effets en cascade, effet dominos, effet boule de neige, avalanche, retombées,
dégâts collatéraux — les métaphores ne manquent pas.

BOUCLE DE RÉTROACTION POSITIVE (one more time)
La crise fonctionne en boucle, se nourrit d'elle-même : moins de
consommation = moins d'investissements = moins de production = moins de
travail (plus de chômage) = plus de pauvreté = moins de consommation… etc.
Autodestruction : on est en plein dans les effets pervers du libéralisme qui se
retourne en son contraire, s'autodigère, s'autodévore. Se révèle suicidaire,
finalement. La crise n'est pas conjoncturelle mais systémique. Tout le système
est touché.
Les tours du WTC n'en finissent pas de chuter.
Déclin ou chance de salut ?« Seule une crise réelle ou perçue comme telle peut
engendrer
un réel changement. » (Milton Friedman, économiste ultralibéral des
années 50 cité par Naomi Klein.

RÉCESSION
Le mot, encore tabou il y a 15 jours, sort de partout avec sa vilaine gueule
anti-libérale. Il y a quelques semaines, on nous promettait aussi une reprise
au printemps… sans que qui que ce soit explique d'où sortait (sortirait) cette
reprise. On n'en parle plus. Petit à petit, le réel revient. Le compte à rebours
est en marche. Décroissance en catastrophe, qui n'est pas celle que "les
décroissants" (ou "objecteurs de croissance") cherchent.
Jean Baudrillard : « Contre la nouvelle donne mondiale d’échange généralisé,
peut-être
faudrait-il en revenir à un principe de réalité. J’en arrive ainsi,
paradoxalement, à souhaiter la
réhabilitation du capital contre quelque chose
de pire que le capital. Toute la pensée critique
s’est exercée contre le capital,
contre l’idéologie de la marchandise. Aujourd’hui, cette pensée
ne peut plus
rien faire contre le nouvel ordre mondial. L’ordre capitaliste constituait
peut-être
un ultime rempart contre cette ultradéréalisation qui nous attend
partout
…» (Interview dans Télérama 2923 (01/06)

(à suivre)


LO N° 254 (16/11/08)

DÉMATÉRIALISATION

LO n°254 - SDF

L'ARGENT-DETTE / 5

SEUIL
J'ai parlé de seuil. Dans bien des domaines, écologie, économie, 
connections Internet, circulation, connections neuronales dans un 
cerveau, démographie, il vient un moment où le seul fait du nombre 
change tout. La quantité influe sur la qualité et même, par un 
changement de niveau, change la qualité. (L'opposition quasi morale 
que nous faisons habituellement entre ces deux notions n'est peut-
être qu'une bien-pensance romantique parmi d'autres.) Quand la 
quantité de quelque chose augmente, particulièrement dans le domaine 
humain, il semble que le passage de certains seuils entraîne des 
changements qualitatifs. Par exemple, dans un cerveau, si on prend un 
million de neurones et qu'on les connecte, on a mettons 1 M multiplié 
par 1 M = 1000 milliards de connections. Maintenant si on part de 1 
millions de neurones + 1 (1 000 001) multiplié par 1 millions de 
neurones + 1, on n'obtient pas 2 connections de plus, mais 2 millions.

Et c'est peut-être comme ça que, au cours de l'évolution, on passe, 
d'un coup, pour un neurone de plus (seuil) du singe à l'homme — qui 
n'est pas un sur-singe, mais autre chose. (Faites pas gaffe aux 
chiffres que j'avance, je ne suis pas documenté sur la question du 
nombre de neurones dans l'arrière-boutique et je ne suis pas matheux, 
c'est juste un exemple bidon pour la démo.)

De planète des singes, le monde devient planète des signes.

Sur un plan trivial, quand tout le monde crève de faim, deux quintaux 
de blé de plus (quantité), c'est du mieux-être (qualité), mais quand 
l'épuisement du milieu commence à poser problème, le plus cesse 
d'être le mieux…

On pourrait même sans doute dire que la vie intérieure d'un individu 
passe par des seuils, non seulement à cause d'événements, mais par 
accumulation. Accumulation de savoir, d'expérience(s), atteignant une 
masse critique et un basculement qu'on appelle révélation ou prise de 
conscience.

Tout ça pour dire qu'un dollar de plus ou de moins, une transaction 
de plus ou de moins, peut faire franchir un palier, un seuil qui 
change le monde qualitativement, fait passer du simple au complexe ou 
du complexe à l'hypercomplexe, d'un système à (la nécessité d') un 
méta-système Un changement de niveau de pensée et de conception du 
monde ; paradigme, ou  weltanschaung, comme disent les philosophes ; 
logiciel, comme disent les politico-médiatiques.

Du troc à la monnaie-or, ainsi, il y a un seuil symbolique franchi, 
de l'or au billet de banque aussi, du billet au chèque, du chèque à 
la CB, encore un passage… une passe. Tout cela allant du plus concret 
au plus abstrait, du réel au virtuel, comme bien des choses dans 
notre société qu'on dit matérialiste alors qu'elle travaille en 
profondeur à se dématérialiser… à sublimer (dans tous les sens
du terme, à commencer par le sens chimique.)


DÉMATÉRIALISATION
La diffusion de musique qui est passée de la fanfare sous un kiosque 
ou de l'orchestre live dans une salle de concert au téléchargement 
sur Internet, en passant par le 78 T, puis le microsillon, puis le 
CD… peut servir d'exemple assez typique de cette dématérialisation. 
Un autre exemple de déréalisation : les marques. On ne boit pas une 
boisson gazeuse sucrée parfumée à on ne sait trop quoi, mais 
"cacacola", on ne mange pas une tranche de pain-éponge avec du hachis 
dedans… mais un "macdaube", on ne porte pas des chaussures de sport 
mais des "reeblok" ou des "adidasse".) Nous consommons de signes.

Déjà dans les années 60, Alan Watts, philosophe tendance hippie bon-
vivant, gentiment provocateur, nous disait, dans "Matière à réflexion",
que, contrairement aux idées reçues, les Américains n'étaient pas
matérialistes mais abstractionnistes. (Il allait jusqu'à dire spiritualistes !)
Dans l'article "Meurtre dans la cuisine", sa réflexion part de la différence
entre le cuisinier (matérialiste) et le diététicien (abstractionniste) et
passe par l'élevage industriel (pseudo-poulets et simili-œufs = non-goût),
par le style des cuisines : « blanche, froide, moche,… reluisante et 
d'une propreté agressive… ressemblant à des cabinets : de simples 
lieux d'aisance… la nourriture y est dûment rendue mastiquable et 
assimilable — parce que "c'est bon pour la santé". » Tout serait à 
citer dans ce passage assez hilarant… Je ne résiste pas à celui sur 
le pain : « … composé d'une substance sans substance, veule et 
spongieuse, bourrée de produits chimiques antiputrides et soi-disant 
nutritifs. Ce n'est pas tellement qu'il soit blanc, il est l'ultime 
perfection dans l'absence de couleur, et le génie humain a tout mis 
en œuvre pour le doter du goût du Néant. C'est un ramassis de bulles 
d'air, chacune enveloppée d'une pellicule de plastique synthétisé à 
partir de blé ou de seigle… Si vous portez cette pellicule de 
plastique au contact d'un liquide, que ce soit sauce ou salive, elle 
se dissout immédiatement en une pâte gluante sans consistance, qui 
ressemble tout à fait à cette bouillie blanche – on dirait de la bave 
de limace – dont on nourrit les bébés et que la plupart, cela se 
comprend bien, s'empressent de recracher aussitôt. »

Et ça continue sur la manière dont le blé est semé, récolté et 
traité, d'un bout à l'autre de la chaîne, tout cela pour aboutir à un 
"produit" qui n'a plus rien de pain mais représente un certain 
pourcentage de protides, eau, lipides, hydrates de carbone, dûment 
agréé par la Food and Drugs Administration.… Une abstraction de pain, 
un signe de pain… et non "du pain", au sens matériel du terme.
Au restaurant, « l'abstractionniste préférerait, si cela était 
possible, manger la carte plutôt que le repas… »

On pourrait aussi bien parler de la batterie de cuisine, passant de 
la terre cuite à l'odieux aluminium, des immondes cuvettes en 
plastique (« Au toucher, on dirait une espèce de cuir épais, froid et 
graisseux, et pourtant il ne vous reste pas de graisse sur les mains. 
Vous avez plutôt l'impression que les pores de votre peau sont 
pénétrés de particules moléculaires… Le plastique… une 
spiritualisation nihiliste  de la matière : il peut imiter toutes les 
formes et être transformé en n'importe quoi, sans pour autant être 
quoi que ce soit. »)… l'architecture et son évolution, allant de la 
pierre (lourde) ou du bois (vivant) au béton-acier-verre, matériaux 
morts, informes (pâtes à mouler), allégés, et très gourmands en 
énergie, menant à la construction de tours détachées de la terre, 
transparentes ou réfléchissant le ciel… et très gourmandes en 
énergie. (On sait comment ça finit…) Il y a de belles pages dans 
Mircea Eliade, aussi, dans "Forgerons et alchimistes", où il parle du 
« programme pathétique des sociétés industrielles qui visent à la 
"transmutation" totale de la nature, à sa transformation en "énergie". »

Tout cela m'emmène dans des considérations très générales et plus 
spécifiquement écologiques — mais tout est lié, autour de l'idée 
d'une humanité détachée de la nature, de la matière, du corps, 
déréalisée — abstractisée, oui. Confondre la carte et le territoire — 
ou plutôt préférer la carte au territoire, l'idée à la réalité, le 
signe à la chose, ou, en termes moraux, le mensonge à la vérité.

Pour en revenir aux questions financières, Alan Watts nous dit :
« Autre manière d'avaler la carte : préférer l'argent à la richesse. » 
Il y aurait donc confusion entre l'argent (carte) et la richesse 
(territoire) ?


L'ARGENT OU LA RICHESSE ?
Je me permets de paraphraser son chapitre "La richesse ou l'argent" 
en appliquant au monde entier ce que lui disait à propos de Etats-
Unis d'Amérique.

« La civilisation — la somme des hauts faits de l'art, de la science, 
de la technique et de l'industrie — résulte de notre invention de 
symboles et de l'usage auquel nous les soumettons : mots, lettres, 
nombres, formules et concepts, ainsi que les systèmes conventionnels 
sociaux de portée universelle : pendules et règles, balances et 
horaires, cahiers de charges et lois. Ces divers moyens nous 
permettent de mesurer, de prévoir et de contrôler le comportement des 
mondes humain et naturel avec une efficacité apparemment si complète 
qu'elle nous trompe. Nous finissons par confondre beaucoup trop 
facilement le monde tel que nos symboles le représentent et le monde 
tel qu'il est. Il est grand temps de ne plus confondre la carte et le 
territoire, le symbole et la réalité.

En ce sens, est à dénoncer la confusion fondamentale qui est faite 
entre l'argent et la richesse. Avant la grande crise des années 30, 
l'économie de consommation était florissante et chacun vivait à 
l'aise. Du jour au lendemain, ce fut le chômage, la misère, des 
queues pour la soupe populaire. La raison ? Les ressources physiques 
du pays — les cerveaux, les muscles, les matières premières — 
restaient intactes, mais il s'était produit une brusque raréfaction 
de l'argent liquide, un effondrement des cours. Les experts des 
problèmes bancaires et financiers, à qui l'arbre cache la forêt, ont 
à leur disposition toutes sortes d'arguments subtils pour expliquer 
en détail ce type de désastre. Plus simplement, ce fut comme si vous 
étiez venu travailler à la construction d'une maison et que, le matin 
de la crise, le chef de chantier vous avait déclaré :
« Désolé, mon gars, on ne peut pas travailler aujourd'hui. Nous 
manquons de centimètres.
— Qu'est-ce que vous voulez dire par "nous manquons de 
centimètres"  ? On a du bois, on a du métal, on a même des mètres
à
ruban.
— D'accord, mais vous ne comprenez rien au problème. Nous avons 
consommé trop de centimètres, et il ne nous en reste plus pour 
continuer… »
La réalité de l'argent n'est pas de même nature que le bois de 
charpente, le fer ou la force hydro-électrique, elle est de même 
nature que celle des centimètres, des grammes, des heures ou des 
degrés de longitude. L'argent ne vient et n'est jamais venu de nulle 
part. Nous avons inventé l'argent, au même titre que nous avons 
inventé l'échelle thermométrique ou le système de mesure du poids. 
L'argent est un moyen de jauger la richesse ou d'échanger des biens, 
mais ce n'est pas, en soi, la richesse. De quelle utilité peut être 
un coffre rempli de pièces d'or, un portefeuille gonflé de billets de 
banque, à un naufragé abandonné seul sur un radeau ? Ce qu'il lui 
faut, c'est un bien réel : une canne à pêche, une boussole, etc. 
» (Allan Watts. "Matière à réflexion". 1968 – 69 – 70. (Denoël 
Médiations 1972)

Déterminer ce qu'est la vraie richesse serait donc un enjeu essentiel…

A chacun de se poser la question, pour soi et aussi plus globalement, 
pour la survie de tous les habitants de la planète. Et question 
corollaire : la pauvreté, c'est quoi ? Qu'est-ce que c'est, être 
pauvre ? Et être un pauvre ?

« Pendant que certains se font des couilles en or, d'autres se font 
des nouilles, encore. » (Rufus Agnostyle Junior. "Réveil au pays des 
malices". Edith Heur éditeur, 1909.)

  (à suivre)


LO N° 253 (12/11/08)

CYBER@CTION

LO n°253 - Le désespoir des crocodiles

L'ARGENT-DETTE / 5

PETITION
Avec un peu de retard, je retransmets cette cyber@ction, totalement dans
le droit fil de mes lettres actuelles. Une pétition de plus, me direz-vous…
Mais le texte de présentation que je reprends ci-dessous résume et explique
tellement bien les points principaux du problème que je n'y résiste pas :
l'argent n'est que de la dette… à commencer par "l'argent des  Etats"
(c'est-à-dire le nôtre) !

« En cette période de crise financière et économique, le soutien des États
aux banques risque d'alourdir encore la dette publique dont les seuls
intérêts annuels engloutissent déjà la quasi totalité de nos impôts sur
le revenu.

Peut-être vous interrogez-vous, êtes-vous choqués, dépassés ?

Comprenez-vous que l'Europe s'apprête à renflouer les banques avec des
milliards d'euros alors que des postes sont supprimés dans la fonction
publique, que vos retraites diminuent, que l'on vous oblige à travailler
plus longtemps, que l'on ferme des petits hôpitaux, maternités, des
tribunaux pour cause de déficit budgétaire ? Comment se fait-il que
l'Europe et les États-Unis soient capables d'imaginer un plan de sauvetage
de plusieurs milliers de milliards pour sauver le système financier, au prix
d'une dette encore alourdie, alors qu'ils restent impuissants à trouver les
"petits" 100 milliards qui résoudraient le problème de la faim, de la santé
et de l'éducation dans le monde entier ?

Pour beaucoup d'entre nous, c'est parfaitement incompréhensible !
Mais c'est malheureusement l'ignorance dans laquelle les peuples
sont tenus en matière monétaire qui permet de telles aberrations.

Bien sûr on peut se dire que tout cela nous dépasse, que l'on n'y peut
rien à notre niveau... Détrompez-vous ! Nous pouvons non seulement
résoudre la question de la dette publique dont le montant risque de
croître fortement en 2009, mais en plus nous donner les moyens de
financer l'immense chantier à mettre en œuvre pour permettre à tous
une réelle amélioration de la qualité de la vie, sans oublier personne.

Pure utopie pensez-vous? Certainement pas ! Savez-vous que :

- Depuis 1971, plus aucune monnaie n'est liée à un étalon réel (or),
ce qui la rend depuis totalement virtuelle et donc potentiellement infinie.
Seules les règles définies par les hommes eux-mêmes en limitent l'émission.

- En 1973, la France s'est légalement obligée d'emprunter sur les marchés
financiers
cette monnaie dont elle avait auparavant le pouvoir d'émission !

- Contrairement à ce que croit la majorité d'entre nous, ce ne sont plus les
États qui émettent la monnaie, mais le système bancaire privé. La Banque
Centrale Européenne a seulement le monopole de l'émission des pièces et
billets (soit 15% de la masse monétaire) ; les banques commerciales créent
la différence, soit 85%. Comment ? Lorsqu'elles acceptent une demande de
crédit
. Elles ont donc en main le destin des peuples, puisqu'elles seules
décident d'accepter ou de refuser le financement des projets dont les
citoyens demandent le financement.

- Suite au Traité de Maastricht (article 104 qui interdit à la BCE et
aux banques centrales nationales d'accorder un quelconque crédit aux
institutions ou organes publics de la Communauté), toute l'Europe est
dans la même situation. Cela conduit les États à s'endetter pour obtenir,
au prix fort, auprès de la finance privée, la monnaie "virtuelle" qu'ils
pourraient émettre eux-mêmes par l'intermédiaire de leur Banque Centrale.

C'est ainsi que dans notre pays, depuis 1973, nous avons déjà payé, au seul
titre de l'intérêt, plus de 1300 milliards d'euros, soit une ponction actuelle
sur nos impôts et sur le fruit de notre travail de près de 120 millions d'euros
par jour, et nous devons toujours 1250 milliards d'euros en principal. Si nous
n'avions pas eu à payer d'intérêts, nous n'aurions pas de dette publique !

Les "élites" européennes ont volontairement abandonné notre droit de
création monétaire, au profit exclusif d'une finance privée dont les excès
et l'irresponsabilité sont aujourd'hui étalés au grand jour ! Cette politique
du "tout marché", appliquée à la fonction monétaire, est la cause première
de la dette publique, avec son cortège de restrictions budgétaires,
resserrement des aides sociales, salaires et conditions de travail qui se
dégradent, et recul du service public...

Alors disons « Ça suffit ! ». Ensemble réclamons qu'au minimum la Banque
Centrale Européenne (ou à la Banque de France si nécessaire) puisse disposer
du droit d'émission monétaire et de crédit au bénéfice des collectivités - Etat,
Régions, Départements et Communes - pour financer les investissements
nécessaires.

Aidez-nous dans notre action en participant à cette cyber @ction

Merci aussi de diffuser largement cet appel. »
 

L'équipe "public-debt.org »

Alain Uguen Association Cyber @cteurs

Cette cyber @ction est signable en ligne
http://www.cyberacteurs.org/actions/lettre_dep.php?id=338


LO N° 252 (10/11/08)

LE CHAOS ET LA LOI

LO n°252 - Vendez !

L'ARGENT-DETTE / 4

CHAOS

Comment en est-on arrivé là ? Comment ça a commencé, s'est mis en place
lentement, s'est complexifié par ajouts successifs et accumulation, dérives,
effets pervers (à la base, l'actionnariat, c'était une bonne idée, non…?),
quand et où un seuil a-t-il été franchi, qui a enclenché un mouvement
exponentiel, qui nous a fait passer de la complexité à l'hyper-complexité
non-maîtrisable.

"L'effet papillon" cher à la théorie du chaos ?

Je préférerais la métaphore plus évidente (car expérimentable chez soi par
chacun) des ronds dans l'eau. Supposez un bassin et au milieu une source
de vibration prolongée produisant des ronds dans l'eau en permanence.
Les ondes d'abord bien rangées, concentriques, harmonieuses (ordre) et bien
perceptibles, viennent buter contre les bords du bassin, s'y réfléchissent,
rebondissent et, du coup, se mettent à se croiser avec les ondes encore
bien rondes qui continuent à venir derrière elles. Pour peu que la production
d'ondes continue, pour peu que le bassin ait des angles, les rebonds d'ondes
vont vite se croiser dans tous les sens, se mêler, s'entremêler et, passé un
certain seuil d'entrecroisements superposés — saturation — ne plus montrer
qu'une surface désordonnée, autant cahotante que chaotique. On pourrait
évoquer un phénomène d'écho dans une caverne, aussi bien : le son original
qui se perd dans une confusion d'échos multiples et échos d'échos.

« L'interdépendance entre les marchés, loin de constituer un adjuvant
efficace de la main invisible contribue au contraire à amplifier les
déséquilibres, en les répercutant à tout va le long d'improbables chaînes
causales, rapidement non maîtrisables. »
(Laurent Cordonnier, Le Monde Diplo 654. Sept 08)


Il y a eu bel et bien création de confusion, de chaos.
"Quand l'Énergie, la Forme et la Matière sont présentes, mais pas encore
séparées, on appelle cela le Chaos… Si l'on regarde, il n'y a rien à voir ;
si l'on écoute, il n'y a rien à entendre ; si on le suit, on ne trouve rien."
(Commentaire du Yi-King.)


Dans cet état, il deviendra impossible de distinguer l'origine, de délimiter
l'influence de tel ou tel élément, de lire ou comprendre quoi que ce soit.
Passé un certain seuil, on ne maîtrise plus rien.

Soyons un peu modestes (ceci s'adresse tout particulièrement aux
écono-mystes, sortes de gourous médiatiques qui sont censés avoir tout
compris et savoir tout expliquer) : les capacités de notre pensée, même
avec des superzordinators, sont limitées. Notre cerveau est incapable
d'analyser, de modéliser le système financier international, d'y découvrir
ou d'y insuffler un ordre (une loi – voir plus loin)… En fait, on y a renoncé
depuis longtemps, on l'a abandonné à la main invisible et aveugle du
marché – boîte noire. On voit des entrées et des sorties, oui, et encore…
mais ce qui se passe à l'intérieur de la boîte est aussi peu cartographié
et conceptualisé que ce qui se passe à l'intérieur d'un cerveau, fût-il celui
d'un tradeur passé directement de sa console nintendo à son écran boursier.

« Il est impossible de prévoir le comportement des systèmes complexes et
ouverts (la bourse, le net, le cerveau humain). Certaines substances comme
le LSD (mais aussi la méditation et d'autres pratiques dites mystiques)
transforment la conscience en système ouvert. »
(Je ne sais plus où j'ai
pêché ça.)  Autrement dit, le système financier serait comparable à un
cerveau shooté au LSD.

LOI

On oppose traditionnellement le chaos à la LOI. En l'occurrence, l'absence
de loi, au sein du marché, est typique : jeu sans règles, pas d'interdits, pas
de discipline, pas d'autorité supérieure… un seul mot d'ordre "make money"…
Tout cela aboutit à cette aberration civilisationnelle, ce monde de déréliction :
une barbarie. Un inconscient, un ça — sans surmoi pour le surveiller ou le
guider. Sans loi.

Mais, quand on parle de loi, il faut bien distinguer entre lois naturelles et
lois édictées.

On parle des lois naturelles ou "lois de la nature", mais il n'y a pas de lois
de la nature. Je veux dire qu'elles ne préexistent pas à leur formulation par
l'homme. Elles se situent en aval des phénomènes qu'elle décryptent. C'est
par notre attention assidue (recherche scientifique, expérimentation, analyse),
que nous les décelons, que nous les tirons hors de la matière observée, et
que nous les conceptualisons, formulons, formalisons. Ces lois n'étaient pas
là avant — sauf les croire promulguées par un dieu Grand Horloger ou Grand
Architecte. Nous les inventons, en fait. (D'ailleurs ne dit on pas "l'inventeur
d'un trésor", plutôt que le "trouveur" ou le "découvreur" ?)

L'autre acception du mot loi, ce sont celles qu'une société se donne, que ce
soit en les prétendant tombées du ciel, comme les fameux dix commandements
de Moïse (qui sont bien plus de dix, en fait : toutes les pratiques et rituels
quotidiens sont précisés maniaquement dans Nombres ou Deutéronome,
depuis les prières, les sacrifices, les punitions valant pour telle ou telle faute,
et jusqu'à la manière de faire caca*. Il en est de même avec la charia.) Ou
que ce soit, au moins depuis la révolution (mais ça existait en Grèce ou en
Rome antiques), les lois déterminées démocratiquement par une institution,
par exemple un roi ou une assemblée politique : législative, comme son nom
l'indique. Le Code Pénal, etc. Elles sont en amont des actes, faits et gestes
humains, qui leur obéissent – ou non.

Quand certains parlent des "lois du marché", bien voir qu'on est dans la
première acception : on regarde "le marché" comme un phénomène, comme
on regarde la nature, le chaos primitif, et on essaie, à grand peine, d'en
extraire des schémas de fonctionnement, des lois cachées, inconscientes.
(Et si j'ai parlé de machine, il faut imaginer une machine hypercomplexe dont
on aurait perdu les plans et le mode d'emploi depuis des siècles… qui serait
ainsi rendue à "l'état de nature".) Et donc, comme déjà dit, l'hypercomplexité
ne laisse découvrir aux chercheurs que quelques schémas superficiels. Ils ne
sont pas plus capables de dérouler tout l'écheveau que ne l'est l'écologiste,
même brillant, qui voudrait formaliser TOUTES les lois de la nature. Face à
cette situation, celle du nœud Gordien, il est inévitable qu'il faille trancher,
couper, pour simplifier — d'où la nécessité de coupables. (Une sorte de
réductionnisme scientifique : un homme coupé, disséqué, décapité, décapitalisé,
est clairement simplifié : on l'enterre et puis voilà.)

Quant à la seconde acception, les "lois légales"… Aucune assemblée
législative n'a décidé à l'avance des "lois du marché". C'est bien le drame !

   * Deutéronome, 23, 13 : « Tu auras un endroit hors du camp et c'est là
que tu iras au dehors. Tu auras une pioche dans ton équipement, et quand
tu iras t'accroupir au dehors, tu donneras un coup de pioche et tu recouvriras
tes ordures. Car Yhwh ton Dieu parcourt l'intérieur du camp pour te protéger
et te livrer tes ennemis. Aussi ton camp doit-il être une chose sainte, Yhwh
ne doit rien voir chez toi de dégoûtant ; il se détournerait de toi. »
(Bon,
c'est juste une règle d'hygiène de base, mais il faut croire que les Hébreux
d'époque avaient besoin pour comprendre ça d'un ordre écrit de Yhwh, dieu
qui manifestement n'appréciait pas de marcher dans la merde en se baladant
entre les tentes !)


JOUIR SANS ENTRAVE (Sans foi ni loi)

La jouissance du JEU du marché, cet optimisme, cette "positive attitude"
béate, liée à une "disposition humaine à l'euphorie"… disait je ne sais plus
qui… mais aussi bien à la crétinerie de base, et, niveau freudien, le désir
insatiable, la boulimie, le "ludique hystérique", avatar de la voracité infantile…
quelque chose qui a sans doute à voir avec la privation du sein maternel.

A un niveau plus obvie, social, ça s'exprime sans doute dans la prédation,
la rapacité, la corruption, mais, je l'ai déjà dit, ce n'est pas ce qui m'intéresse
le plus, car ça mène toujours à porter des jugements moraux, à chercher des
victimes et des bourreaux, des coupables. Temps perdu. M'intéresse plus
"le système" et ses hommes-rouages inconscients. Pour préciser encore ce
que j'entends par machine, par système, je dirai que l'action d'une personne
sur une autre peut être vue comme une addition ou une soustraction, alors
que ce qui se passe dans un système serait plus proche de la multiplication.
Cela correspond au problème de grand nombre et de passage de seuil que
j'évoquais plus haut (j'y reviendrai). On peut aussi évoquer l'idée de réseau,
bien sûr, mais en imaginant quelque chose de mille fois plus complexe qu'une
simple toile. Dans une toile (tissée), les fils de trame et de chaîne se croisent
seulement par deux et au carré… Dans les réseaux auxquels on a affaire ici
(cerveau, univers de la finance mondiale ou Internet), TOUS les points sont
reliés (au moins potentiellement) à TOUS les points.

Le "système", donc, poussé dans ses extrémités, dans son hypercomplexité
chaotique, arrive à un seuil critique et bascule dans l'aberration qu'il portait
en germe, comme on bascule dans la folie, non suite à un coup du sort,
à une situation exceptionnelle, mais parce que, depuis toujours, c'était là.

" Les situations de crise ne sont pas, comme on le croit souvent, des
situations anormales où tout fonctionnerait autrement qu'à l'habitude,
mais bien plutôt des situations où les règles implicites qui président aux
comportements dans les conditions ordinaires apparaissent soudain au
grand jour
." (Paul Jorion.  "L'Implosion". 2008)


Révélation… Révolution…

Chassez le réel, il revient au galop.

REVENIR AU POINT OÙ IL Y AVAIT ENCORE DU RÉEL

(Parce que "révolution", avant de désigner un changement brutal, ça désigne
un tour complet sur soi-même ou autour de quelque chose… pour revenir à
la même place…)

Jean Baudrillard : « On invente des techniques de plus en plus "irréalisantes"
et dans le même temps on essaie de trouver de plus en plus de gravité,
de pesanteur, de raison d’être. Contre la disparition, la ventilation dans le
virtuel, on cherche à revenir au point où il y avait encore du réel. »
ITW Télérama 2923 (01/06)



— J'aime bien Jean Baudrillard, comme penseur, mais je l'ai longtemps
confondu avec Roland Dubillard.

— Les Diablogues, ça tue, pour utiliser une expression à la mode chez les
djeunes. Je n'en suis pas encore mort, mais il est vrai que je crains le pire,
quand je lis une scène assis dans ma cuisine tout en buvant mon thé de
cinq heures et que je me retrouve au sol, plié en position fœtale et agité
de mouvements spasmodiques.

— Ça s'appelle le rire.

— Ah bon, tu me rassures.


LO N° 251 (09/11/08)

QUELQUES MOMENTS D'HISTOIRE CONTEMPORAINE

CORINNE LEPAGE

Eviter l'effondrement (sur son blog, 20.10.2008)

# Dans son livre "Effondrement" consacré aux choix des sociétés de survivre
ou de disparaître, Jared Diamond identifie quatre formes de comportement
collectif qui ont été fatals aux sociétés qui les ont choisis :


- L’incapacité d’identifier un problème avant qu’il ne se manifeste ;

- L’incapacité de percevoir un problème alors qu’il est présent ;

- L’incapacité à le résoudre — voire même à réellement chercher des
solutions — lorsque le problème est identifié ;


- Et surtout le maintien d’un système de valeurs sociales inadaptées
à la situation nouvelle.



Et Jared Diamond écrit à ce propos : « Il est douloureusement difficile de
décider qu’il faut abandonner certaines de ses valeurs centrales quand elles
sont devenues incompatibles avec la survie ».

#

Suit un questionnement assez flou de "notre système de valeurs" et de son
inadaptabilité à la situation nouvelle… et quelques propositions tendant à
ce que les Etats reprennent la main sur les banques et les banquiers, à un
retour à l'éthique, et à une lutte contre le chauffage climatique et pour le
développement du rable. Tout ça, euh… manifestant pas mal de bonne
volonté et ne me convainquant pas plus que ça. (Je n'ai rien contre
Corinne Lepage, quand même…)

La suite ici :
http://corinnelepage.hautetfort.com/archive/2008/10/20/corinne-lepage(...)

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JEAN-LOUIS ETIENNE et la fonte des banques

Aujourd'hui à Monaco, et suite à une démarche enclenchée depuis longtemps,
Jean-Louis Etienne suggère que le gouvernement français, qui assure
actuellement la présidence de l'Union européenne, propose aux Nations Unies
le vote d'une résolution qui classerait la banquise de l'océan Arctique comme
"zone d'intérêt commun pour l'humanité".

Et si on classait LA TERRE comme "zone d’intérêt commun pour l'humanité" ?

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BARACOBAMA

Pendant la soirée élection, on a vu une journaliste apparaître virtuellement
"sur" un plateau de télé à ses centaines de km, par projection holographique.
Ce qui nous plonge encore une fois, comme à l'occasion de la crise financière
(krach entre le virtuel et le réel, en fait…), dans les questions du réel et de
l'irréel, du vrai et du faux, de la réalité et de la fiction… Science-fiction
devenue réalité ? Sommes-nous bel et bien entrés depuis quelques années
dans un monde de SF, dickien, cyberpunk…? (Ce qui, en passant, explique
peut-être que la SF se vende mal : on n'en a plus besoin, on est dedans.)

Obama lui-même ne serait-il pas un hologramme, une image de synthèse ?
Il est quand même très improbable, cet homme ! Moitié noir, moitié blanc,
un peu immigré, avec un premier prénom juif, un second arabe, un nom de
famille bien africain, et une allure de mannequin de vitrine… Et élu Président
US. Ne serait-ce pas une intrusion de l'imaginaire dans la réalité, comme
la crise financière est née d'une virtualisation de l'argent, agissant en
boomerang sur le réel.

On a vu ces dernières années des films et séries télé US avec des présidents
noirs, dans des thrillers plus ou moins SF et pas spécialement gais
("24 heures chrono", si j'ai bien compris – pas vu)… La fiction a-t-elle créé de
la réalité ?… (On pourrait en dire autant pour l'élection de Schwartzenegger
en Californie, d'ailleurs…)

Tiens, ça me donne envie de relire "Terre, planète impériale", d'Arthur C.
Clarke, dont le héros est noir, si je me rappelle bien… et qui contient cette
considération politique que j'adore : "Depuis le dernier siècle, presque
toutes les nominations aux principaux postes politiques sur la Terre s'étaient
décidées par choix au hasard d'un ordinateur parmi l'ensemble des personnes
ayant les qualifications requises. Il avait fallu plusieurs milliers d'années à
l'espèce humaine pour se rendre compte qu'il existait des postes qui ne
devaient jamais être donnés aux gens qui les briguaient, spécialement s'ils
y montraient trop d'enthousiasme. Ainsi qu'un fin commentateur politique
l'avait exprimé, "Nous voulons un président qu'il faudra porter à la
Maison-Blanche, hurlant et se débattant, mais qui ensuite fera le meilleur
travail qu'il pourra, si bien qu'il obtiendra une remise de son temps de
présidence pour bonne conduite. " (Arthur C. Clarke "Terre, planète impériale".
J'ai Lu)


BARACK OBAMA = JÉSUS-CRIST ?

Barack Obama va-t-il fermer les Bourses ?

Barack Obama va-t-il interdire les automobiles ?

Barack Obama va-t-il tuer tous les dealers ?

Barack Obama va-t-il instituer un contrôle drastique des naissances ?

Barack Obama va-t-il interdire les OGM ?

Barack Obama va-t-il fermer MacDo et Coca ?

Barack Obama va-t-il fermer les compagnies aériennes ?

Interdire tous les pesticides ? Faire enfermer tous les curés ? Avorter Sarah
Palin à mains nues ? Marcher sur les eaux ? Guérir les écrouelles des traders ?
Faire vendre du riz Uncle Ben's et du Banania ? Se faire assassiner et
ressusciter pour le week-end ?

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VIRGULES

Un prof d'anglais écrit cette phrase au tableau =

"Woman without her man is nothing", et demande à ses élèves de mettre
la ponctuation.

Les garçons écrivent :

"Woman, without her man, is nothing."

Les filles :

"Woman ! without her, man is nothing."

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RUMBA (film franco-belge hilarant — with une prof d'anglais included)

J'y suis allé à la dernière séance de son passage près de chez moi.
Dommage. Si ça passe encore quelque part, courez-y !
http://www.rumba-film.mk2.com/

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BREVE DE COMPTOIR

— Vous admirez Céline parce que c'était un bon écrivain ?
Ben heureusement qu'Hitler était pas un grand peintre, hein ? © Gourio)

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PARADIS TROPIFISCAL

Le cyclone Paloma est passé sur les îles Caïman sans faire de victimes.
(Sans commentaire)

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MARIZA (une merveille à voir et à entendre)
http://www.youtube.com/watch?v=LTvjdkvDZHs

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DIABLOGUE

« Les aiguilles de cette horloge n'indiquent sur son cadran aucunement
l'heure qu'il est. Cette horloge indique son prix actuel. C'est une invention
américaine. Vous voyez, en ce moment, son cours à Wall Street est de
douze dollars vingt-cinq et des poussières, parce que ce matin je n'ai
pas eu le temps de l'épousseter, mais on peut dire que c'est son prix
moyen. Si vous voulez l'acheter, vous avez intérêt à l'acheter le matin de
bonne heure. Malheureusement j'ouvre à neuf heures, ce qui vous la met
à quarante-cinq francs, ce qui représente, vous l'avouerez, une bonne
affaire. Ce soir à minuit, quelqu'un qui se présenterait dans ma boutique
l'obtiendrait, s'il est vraiment pressé, pour vingt-quatre dollars ;s'il est
moins pressé, vers zéro heure, il l'aurait pratiquement gratis, plus les
taxes. Mais ce soir à minuit, quelqu'un qui se présenterait devant ma
boutique, en réalité, il faudrait qu'il revienne le lendemain, car je ferme
à dix heures. » Etc.
(Roland Dubillard. Les nouveaux diablogues. 1988. Folio 2008)


Outre les rapports évidents avec la situation déboursière, ça me fait aussi
irrésistiblement penser à une conversation avec la SNCF pour louer une
place dans un train…

LO n°251 - SNCF - Projet de couverture inédit
(Projet de couverture inédit)

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Le feuilleton financier reprend dans la prochaine LO.