Le sourire cruel des trois petits cochons |
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| A mon fils aîné, que les trois petits cochons faisaient crever de trouille. |
"C’était une affaire mesquine, et inconfortable : il s’agissait de prendre sur le fait un de ces types qui
hantent les cimetières et jaillissent derrière les croix, sous les yeux moroses des veuves,
en agitant comme une pipette une érection plus triste qu’un chrysanthème. Le lieutenant Nguyen se retrouva
donc de faction, un matin de février, au cimetière de Denfert. Piétinant la boue glacée et
soufflant dans ses doigts, il étudia longtemps le terrain avant de se décider à planquer dans un
bosquet de sureaux décharnés, qui le couperait à la fois de la vue et du vent. Sous le bosquet poussait
une stèle lépreuse sur laquelle il s’assit. Il appuya son dos contre une brassée de branches
élastiques et mouillées, alluma son clope, torcha son nez goutteux et se mit en mode "veille".
Ca dura longtemps. Parfois Nguyen se grattait le mollet, sans même s’en rendre compte, parce que de fines tiges
de ciguë commençaient à pousser contre lui. Un tapis de serpolet moussait sous ses semelles, derrière lui
le sureau feuillait et fleurait comme un fou.
Le lieutenant inspecta l’intérieur de son paquet de Philip Morris : ça faisait quinze mégots qu’il
se gelait les couilles pour rien. Il écrasa le seizième contre l’écorce pelée. De fines branchettes
se nouèrent à ses chevilles, il se douta de quelque chose quand il dût écarter une
poignée de feuilles pour observer un nouvel arrivant d’allure suspecte (l’individu s’était embusqué
derrière la tombe de monsieur Taillevent Sylvain, 1937-1995, Père regretté, et baissait
lentement son pantalon…).
Les feuilles se refermèrent sur sa main, comme un gant vert."
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