Pastèques
Linerion : Marquis m'avait parlé de vieux récits qu'un de ses potes de pension'
lui avaient filés. Ca m'a donné l'idée d'aller écouter des vieilleries familiales !
Des récits russes. Je me souviens d'une femme qui avait fait la guerre. Une vieille guerre,
une guerre à l'air libre. Elle disait que les marins – les gus qui allaient sur la mer –
portaient des revêtements en Coton rayé. Quand ils mouraient à la guerre, leurs cadavres
enflaient dans le Coton rayé. Elle disait que tous ces corps ronds et rayés, côte à côte,
ça ressemblait à un champ de Pastèques. Et les autres soldats, ça les faisait saliver,
toutes ces Pastèques. Cette vision d'un champ de Pastèques, ça les faisait saliver, même
s'ils savaient ce que c'était. Parce qu'ils avaient faim !
J'ai passé des heures à penser à cette scène. « Et qu'est-ce que ça fait, d'aller sur
la mer ? ». « Et pourquoi un marin meurt à terre ? ». « Et comment c'est, un maillot
en Coton rayé ? ». « Et une Pastèque ? ». « Et un champ de Pastèques ? ».
Dans toute cette histoire, la seule chose que je connaissais, c'était la faim !
Et d'un coup, ça m'est venu à l'esprit, que ce n'est pas le soleil qui est terrible.
Que c'est nous ! Que c'est le soleil qui a peur de nous. Qu'il ne veut plus voir de
champ de marins rayés morts. Que c'est pour ça qu'il nous a chassés de devant sa face.
Après, chaque fois que j'ai eu faim, ça m'a travaillé. (p. 369)
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