Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

Recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Bandes dessinées
Album
Le Décalage
Série : Julius Corentin Arquefacques    Album précédent tome 6 

Scénario : Marc-Antoine MATHIEU
Dessins : Marc-Antoine MATHIEU

Delcourt , mars 2013
 
Cartonné
N&B
ISBN 978-2-7560-3108-8
 
Critiques
     Au dos du bandeau rouge, l'éditeur prévient « Attention : cet album comporte des anomalies qui sont parfaitement volontaires et en constituent même le sujet. » 1

     De la même façon, je dois vous prévenir que le bref descriptif qui suit va vous paraître extrêmement péjoratif, alors qu'il n'en est rien. En effet, il s'agit d'un album sans queue ni tête, dont l'intrigue tourne en rond, dont le scénario brille par son absence, dont le héros manque de consistance et surtout de visibilité, dont les personnages secondaires font du sur place en parlant de tout et de rien... Rien d'engageant, n'est-ce pas ? Pourtant, tous ces éléments sont factuels.

     Mais nous parlons ici d'un album DU génial Marc-Antoine Mathieu ! Et du sixième album de la série Julius Corentin Acquefacques ! Une série qui, depuis ses origines, explore inlassablement l'art de la bande-dessinée à travers ses conventions narratives, ses codes graphiques et son média lui-même : l'album de papier relié.
     Album, banal support, qui se voit ici bien malmené. Une maladresse du héros ayant provoqué un faux-départ, voici la planche 7 imprimée là où le lecteur respectueux des usages attend la couverture. Du coup, ni le héros, ni le scénario, ni les décors ne sont en place. Or, comment écrire ou lire une aventure digne d'intérêt sans ces éléments ?

     Impossible ! Les personnages doivent se contenter de meubler, glosant à l'aide de jeux de mots et de langage qui rappellent l'absurde et énergique logique d'un Raymond Devos.

     Heureusement, l'histoire finira par se recaler, grâce à une astuce qu'on ne dévoilera pas ici mais qui constitue l'une de ces « anomalies » mentionnées par l'éditeur. Ne rapportez pas votre exemplaire en librairie, tout est « normal » ou en tout cas soigneusement calculé ! Et ne passez pas trop vite, admirez comment cette anomalie fonctionne, recréant divers dialogues par des cases qui s'assemblent et se répondent...

     Ce rêve improbable mériterait sans doute une analyse fredienne 2 plus fouillée, mais complétons plutôt cette chronique par des félicitations adressées pour une fois à l'éditeur. Oser publier un tel album « en l'état » tient du pari un peu fou. Il lui a d'ailleurs fallu trouver un imprimeur en Chine pour réaliser cet ouvrage hors norme. Sans doute faut-il que l'éditeur apprécie « beaucoup » l'auteur pour accepter de telles contraintes (à moins que l'auteur ait des moyens de pression inavouables ?).
     Seule concession au marketing, le fameux bandeau rouge, dont on devine qu'il fut l'objet de disputes passionnées. On imagine facilement (peut-être à tort) l'auteur exigeant l'absence de cet affreux artifice qui dénature son choix artistique. Et en face, les conseillers commerciaux s'arrachant les cheveux en pleurnichant que l'objet est invendable. Puis l'éditeur affirmant son autorité naturelle en imposant le compromis du bandeau salvateur... On aurait certes aimé savoir quelle accueil aurait reçu l'objet nu, mais l'essentiel est qu'il existe.
     Bref, bravo à toute l'équipe ! Avec un peu de chance, vous avez 9 ans de calme avant les prochaines exigences folles de l'auteur, les deux précédents Julius datant de 1995 et de 2004.

     Quant à vous, lecteurs, vous avez désormais compris 3 qu'un véritable amateur de BD doit impérativement avoir lu l'incroyable saga de Julius Corentin Acquefacques.


Notes :

1. Ceci afin d'éviter sans doute des retours intempestifs. On se souvient par exemple que le roman Winterheim de Fabrice Colin avait en son temps suscité de nombreux retours, beaucoup de lecteurs n'ayant pas compris que les rêveries intercalées des deux héros étaient intentionnelles et non dues à une erreur de pagination...
2. Oui, frEdienne, pas frEUdienne, on parle de Fred et de son A perdu dans l'océan...
3. Ou alors votre cas est désespéré...

Pascal Patoz          
nooSFere          
30/11/2013          


Base mise à jour le 7 janvier 2017.
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017