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Le Prince écorché

Mark LAWRENCE

Titre original : Prince of Thorns, 2011
Cycle : L'Empire brisé  vol.

Traduction de Claire KREUTZBERGER
Illustration de Victor Manuel LEZA MORENO
BRAGELONNE n° (380), dépôt légal : juin 2012
384 pages, catégorie / prix : 21 €, ISBN : 978-2-35294-572-7

Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Le Prince Écorché est le meilleur livre que j'aie lu
     de toute l'année. » Peter V. Brett (LHomme-rune) *****

     À treize ans il est le chef d'une bande de hors-la-loi sanguinaires. Il a décidé qu'à quinze ans il serait roi.
     Le prince jorg Ancrath a quitté le château de son enfance sans un regard en arrière, après qu'il fut contraint d'assister au massacre de sa mère et de son frère. Depuis ce jour il n'a plus rien à perdre. Il avance porté par sa fureur.
     L'heure est venue de s'emparer de ce qui lui revient de droit. À la cour de son père l'attendent la traîtrise et la magie noire. Mais le jeune jorg ne craint ni les vivants ni les morts. Animé d'une volonté farouche, il est prêt à affronter des ennemis dont il n'imagine même pas les pouvoirs.
     Car tous ceux qui ont pris l'épée doivent périr par l'épée.

     Mark Lawrence, marié et père de quatre enfants, occupe un poste de chercheur spécialisé dans l'intelligence artificielle. II consacre son temps libre à sa fille handicapée, à un lopin de terre et à brasser de la bière tout en évitant tout ce qui s'apparente aux loisirs créatifs. Le Prince Écorché marque ses débuts fracassants d'auteur publié.

 
    Critiques    
     Mark Lawrence est un nouveau venu sur la scène de la « dark fantasy » où il fait une entrée magnifique avec « Le Prince écorché » ’premier tome de « L’Empire brisé », Editions Bragelonne). Et quand je dis « dark », je suis en-dessous de la réalité : le roman débute par une scène d’ultra-violence qui fait passer Alex et ses copains pour des enfants de choeur. Le « héros » en est le prince Jorg Ancrath, treize ans à peine et déjà quatre années de tueries et de pillages derrière lui, car il a quitté le château du roi son père après l’assassinat dans des conditions épouvantables, lors d’un voyage, de sa mère et de son jeune frère pendant qu’il survivait de justesse à des blessures atroces. Il est devenu un être froid et détaché, pour qui seul compte le « jeu », à savoir gagner la partie qui consiste à devenir roi à son tour et surtout à rétablir l’ancien « Empire brisé » en plus d’une centaine de petits royaumes à la suite de la « Guerre des Mille Soleils ». Nous comprenons vite qu’il s’agit aussi de science-fiction car nous sommes manifestement dans un monde retombé en grande partie à un degré de civilisation moyen-âgeux, où seuls subsistent quelques vestiges de la grandeur passée. L’auteur peint ainsi un petit morceau de ce qui est sans doute l’ancienne Europe, vraisemblablement le sud de l’Angleterre, la Bretagne ou la Normandie, éclatée en nombre de petits fiefs rivaux qui se livrent des guerres picrocholines sans merci. L’Eglise de Roma est naturellement l’un des pouvoirs importants, se livrant à la chasse au pouvoir temporel et à celle des sorciers car l’une des conséquences de la guerre qui a lieu trois cents ans auparavant a été de rendre possible, dans des conditions mal élucidées, la présence de fantômes, de nécromants ressemblant furieusement à des vampires, de ce que nous comprenons être des mutants et permettant à une sorte de magie de fonctionner. Cela donne un monde terrible et magnifique, fort bien décrit par l’auteur.
     A travers les mémoires de Jorg, car tout le roman est écrit à la première personne d’une manière froide et analytique ce qui le rend encore plus efficace et terrifiant, nous entrons dans l’esprit d’un « monstre », nous voyons la manière dont il fonctionne et nous éprouvons une fascination morbide pour ce « Prince écorché », victime des machinations de sa famille qui pourrait rendre des points à nos rois mérovingiens et de mages tout-puissants auquel il sert de pion alors qu’il croit mener sa propre partie. Tout l’intérêt du livre est là, dans cette partie où chacun croit être un joueur et où chacun est une pièce, où tous sont sacrifiables et sacrifiés sans beaucoup de regrets car tout ce qui compte, n’est-ce pas, c’est de gagner (cela rappelle beaucoup les discours contemporains sur l’intérêt supérieur du pays et la doctrine militaire des dommages collatéraux acceptables...). Accompagné de la bande de coupe-jarrets dont il est devenu le chef par des actions calculées qui sont expliquées de manière détachée, Jorg entreprend de réaliser ses buts, de vivre sa propre vie, mais est-ce bien le cas ? Mark Lawrence nous fait assister au déroulement d’une pièce dans un théâtre de marionnettes où chaque marionnette est aussi un marionnettiste mais est-ce un assemblage de poupées russes ou un cercle fermé ? Vous le saurez en lisant ce roman extraordinaire, où il n’y a guère de personnages sympathiques mais uniquement des victimes-bourreaux qui se débattent dans des situations impossibles en essayant, au mieux de faire au moins mal, au pire sans se préoccuper de quoi que soit, l’important étant de survivre à l’instant présent. J’ai lu le roman en une nuit, passionné par le destin de Jorg, personnage répugnant et attachant — il faut féliciter l’auteur pour ce tour de force réussi — et par cet univers de violence et de beauté en ruines. Un grand moment de lecture !

Jean-Luc RIVERA
Première parution : 1/8/2012
dans ActuSF
Mise en ligne le : 27/1/2013


 
     Que dire sur les « coups de cœur » de Bragelonne que l'on n'ait pas déjà dit ? Qu'aucun d'entre eux n'a vraiment convaincu depuis Le Nom du vent de Patrick Rothfuss... De fait, les envolées dithyrambiques de l'éditeur Stéphane Marsan ont perdu de leur superbe. D'autant qu'elles ont dangereusement tendance à se multiplier au fil du temps, tout en faisant dans la surenchère constante.
     Ici, on nous vante la rencontre entre David Gemmell et... Metallica. Soit. Difficile donc d'aborder ce nouveau « coup de cœur » de façon totalement neutre, surtout quand on constate que l'accent est mis sur la violence et la jeunesse de son anti-héros endossant volontiers les oripeaux du meurtrier. Bref, un premier roman vendu clairement sous l'angle du « coup de poing » dans le ventre d'un lecteur qui n'aurait jamais vu ça.
     Autant le dire d'emblée en filant le champ lexical, il n'y a aucune « claque » à attendre à la lecture du Prince écorché. Mais nous ne sommes pas non plus face à une déception de l'ampleur d'un Lame damnée de Jon-Courtenay Grimwood. Ainsi, on ne pourra pas reprocher au roman de Mark Lawrence d'être terne. S'il trempe volontiers dans l'outrance, il évite la plupart du temps la surenchère bêtement grotesque. L'âge de son personnage principal, Jorg, ne manquera pas de faire tiquer, non pas à cause de ses treize ans, mais plutôt à cause de la vraisemblance du tout, qu'importent ses traumatismes. Bien sûr, l'auteur tente d'expliquer le pourquoi du comment et l'ensemble se tient d'ailleurs plutôt bien, mais le choix de la narration à la première personne implique que la voix du personnage nous marque, ce qui n'est pas le cas, la faute à un humour et une noirceur forcés. L'univers recèle quant à lui quelques surprises, même si plusieurs éléments ancrant ce monde dans une certaine réalité semblent souvent tomber comme un cheveu sur la soupe.
     Au final, on peut compter sur un récit au caractère dynamique et efficace, ce qui n'est déjà pas si mal en ces temps de disette. Le recours à des chapitres courts et des interludes illustrant l'opinion de Jorg sur ses « camarades de jeux » s'avère un choix payant. Tout comme l'alternance entre passé et présent. Le risque étant de voir le lecteur privilégier l'un des deux axes et survoler l'autre d'un œil distrait, mais Lawrence réussit à éviter l'écueil.
     Dommage qu'il n'en soit finalement pas de même en ce qui concerne la profondeur de ses personnages ou l'ampleur de son intrigue. Même dans le contexte du traditionnel premier tome d'une trilogie, ces deux aspects ont un goût certain d'inachevé. On en reste donc à une histoire de vengeance et de colère larvée chez un adolescent pas vraiment comme les autres, certes, mais un ado qui reste un petit garçon perdu malgré tout. Un parti pris qui aurait pu convaincre, si une fois encore le roman n'avait pas été présenté comme une histoire choc à la hauteur des écrits d'un Joe Abercrombie.
     Au-delà des attentes potentielles, le roman de Mark Lawrence se révèle encore très loin des maîtres du genre, à l'instar de beaucoup de premiers romans anglais ou américains proposés depuis deux ou trois ans. Si l'on met de côté la violence du roman, il ne reste guère qu'un timide coup de pied dans la fourmilière, plaisant mais pas inoubliable.

Emmanuel CHASTELLIÈRE
Première parution : 1/10/2012
dans Bifrost 68
Mise en ligne le : 9/4/2016


 
Base mise à jour le 7 janvier 2017.
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