Ces derniers mois, la collection
Titres SF a mis trois volets de la
Saga des Runes à notre disposition. Les deux premiers (
Le Joyau Noir et Le Dieu Fou) furent publiés par Lattes en 73.
L'Epée de l'Aurore par contre est inédit, comme le sera
Le Secret des Runes promis pour mars 80. En se situant délibérément dans le registre classique, codé, de l'heroic-fantasy, Moorcock se pose comme un styliste. Et de ce point de vue, si l'on n'est pas réfractaire au genre, c'est une réussite, bien que le présent cycle souffre un peu de la comparaison avec la
Saga d'Elric. La lecture globale des trois volumes permet de mieux palper le fonctionnement de ce proche parent de la SF. Luttes de type féodal, brassage uchronique, barbarie (à visage moorcockien), quêtes, science et sorcellerie. Un retour au mythe, à l'épopée. Mais aussi, un jeu sur le langage. Par les accents légendaires, le maniérisme des dialogues. Et surtout, l'indice que le rêve s'enclenche autour du Nom, que les phonèmes sont générateurs de l'effet d'ailleurs par leur volonté explicite de signifier. L'imagination va puiser dans leurs connotations (références ethniques, historiques, géographiques, littéraires, etc.) : Hawkmoon, Ysselda, Medialus, Oladahn... Dans leur distorsion : Granbretanne, Kamarg, Asiacommunista... Par ce biais, les significations du récit sont une seconde fois délivrées et, ainsi redoublées, s'enrobent de lyrisme. En ce sens, l'heroic-fantasy (au moins telle que Moorcock nous la donne à voir) est un genre plus « idéalement littéraire » qu'on pourrait le croire.