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Mósa Wòsa

Nathalie LE GENDRE

Science Fiction  - Illustration de Philippe MUNCH
MANGO Jeunesse, coll. Autres Mondes n° 24, dépôt légal : mars 2004
240 pages, catégorie / prix : 9 €, ISBN : 2-7404-1749-7
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Début XXIIe siècle. Fuyant la sécheresse qui ravage le continent nord-américain, les blancs ont bâti dans le désert d'immenses TechnoCi-T climatisées. De leur côté, les tribus indiennes ont aba,donné les réserves pour trouver refuge dans de miraculeux Oasis où elles ont renoué avec leurs traditions ancestrales.
     Sang-mêlé et orphelin de mère, Mósa vit dans l'Oasis Lakota, alors que son père, un homme blanc, est retourné dans la TechnoCi-T avant sa naissance. A la mort de la personne qui l'a élevé, Mósa décide de rejoindre son père et quitte la tribu pour la grande ville qui le fascine. Là, il découvre avec stupeur qu'il a un frère jumeau, Wòsa, atteint d'un mal incurable dû à ses mystérieuses origines.
     Avec l'aide de Stenátliha, jeune chamane et amie de Mósa, Wòsa, amer et xénophobe, parviendra-t-il à se défaire des chaînes de la maladie et retrouver le goût de la vie ?


    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, roman pour la jeunesse, 2005

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    
     Dans un avenir où le réchauffement planétaire a transformé l'Amérique en un vaste désert, les hommes logent dans des cités-dômes protectrices. Seules quelques tribus indiennes ont décidé de survivre au grand air et de retrouver les traditions ancestrales.
     Elevé au sein de l'une de ces tribus par son grand-père, Mosa est un métis dont la mère indienne est morte à sa naissance et dont le père blanc l'avait abandonné avant même ce triste décès pour retourner dans sa TechnoCi-T. Lorsque son grand-père meurt, Mosa décide d'aller à la rencontre de ce père génétique si éloigné.
     Et là, dans l'immense et étouffante cité, Mosa apprend qu'il a un frère jumeau, appelé Wosa. Ce dernier ignore ses origines indiennes et communique difficilement avec son père. Il préfère zoner avec une bande de voyous xénophobes, malgré la mystérieuse maladie qui le ronge.
     Alors voici Mosa, hâlé par le soleil, éclatant de vie et de santé, face à son double Wosa, livide, maladif, haineux... Vont-ils pouvoir s'aimer en frères ?

     Après la Terre submergée de Dans les larmes de Gaïa, voici la Terre brûlée par une terrible sécheresse. Dans la pure tradition des romans post-cataclysmiques de la grande époque, Nathalie Le Gendre semble vouloir décliner les différentes catastrophes écologiques possibles et faire de ses personnages des survivants obligés soit de s'isoler dans des bulles soit de lutter contre une nature redevenue rude et sauvage en réponse aux saccages de l'humanité.
     Mais ce cadre n'est qu'un décor où elle situe une tragédie aux multiples facettes. Dans un premier temps, on pourrait craindre qu'elle n'oppose de façon caricaturale le bon sauvage au méchant civilisé, mais elle se montre heureusement considérablement plus subtile. Par exemple, pour tenter de vaincre la maladie de Wosa, il faudra tenter de réunir les vertus du chamanisme à la science médicale la plus avancée, qui ne s'excluent pas obligatoirement mais dont les savoirs peuvent s'enrichir mutuellement. Il faudra même un autre élément très inattendu, impossible à dévoiler ici au lecteur.

     Si l'écologie, la liberté, la maladie et le racisme sont quelques uns des thèmes abordés par l'auteur, ils ne sont pas les seuls. On y parle par exemple d'émancipation féminine, avec le combat de la jeune Stenatliha pour se faire accepter comme chaman par ses pairs masculins. On y rejoue de vieux mythes : la maladie de Wosa ne vient-elle pas d'une sorte de « péché originel » lié à la nature même de sa conception, d'une connaissance qui en séparant ce qui ne devait pas être séparé condamne les personnages à souffrir jusqu'à ce qu'un sacrifice rachète leur faute ? On y plaint la culpabilité d'un père prométhéen, rongé et affaibli par le remord...
     Et si cette tragédie résonne formidablement en nous, c'est que Nathalie Le Gendre excelle à mettre en scène cette souffrance, sans que son récit soit larmoyant, mièvre ni exagérément mélodramatique. Au contraire, l'émotion s'accompagne d'une vigueur ardente qui emporte d'un seul souffle le lecteur jusqu'au dénouement.

     Pour finir, l'auteur utilise cet ouvrage de façon militante, en exposant dans sa postface le sort de Léonard Peltier, un « indien lakota-anishinabe incarcéré depuis plus de trente ans aux Etats-Unis pour un crime qu'il n'a pas commis. » Elle rappelle les faits et fournit une liste de liens permettant de se documenter. Ce bouleversant cri de révolte face à l'injustice confirme que l'énergie et l'émotion que Nathalie Le Gendre instille dans ses fictions traduisent bien une bouillonnante et admirable sincérité.

     Cette richesse émotionnelle et thématique, cette aisance à renouveler de surprenante manière les thèmes les plus classiques de la SF et cet engagement personnel ne peuvent qu'enthousiasmer. Indubitablement, ces différentes qualités placent d'emblée Nathalie Le Gendre parmi les meilleurs auteurs jeunesse du moment.


Laureline PATOZ (lui écrire)
Première parution : 6/9/2004
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     Nathalie Le Gendre apporte de la passion et de l'émotion à la littérature de science-fiction pour les jeunes. Son Mósa Wòsa vibre de couleurs et de larmes. De l'émotion, oui. Mais pas de mièvrerie. Avec Nathalie Le Gendre, on n'est pas chez Mimie Mathy. On est dans la retenue, dans l'intériorité. D'ailleurs, chez les Indiens Lakota, le visage reste de marbre même quand le cœur est dans la tempête.

     Vingt-deuxième siècle. Le grand désordre climatique a poussé les hommes à se réfugier dans des TechnoCi-T, dans cette Amérique du Nord dévastée. Mais des Indiens en ont profité pour renouer avec leurs traditions dans des oasis miraculeusement épargnées.

     Mósa, 16 ans, y vit. Avec son grand-père Zintka'la et son amie Stenátliha, qui veut devenir chaman à la suite dA'yu. Une femme chaman, quelle impudence !

     Mósa est un sang-mêlé. Sa mère, Indienne, est morte en le mettant au monde. Son père, Blanc, vit à la TechnoCi-T, où il est médecin. Quand Zintka'la meurt, Mósa s'en va découvrir les mœurs étranges de ces Blancs enfermés dans leur ville aseptisée. Où est le murmure du vent, la chaleur du soleil sur la peau, le cri de l'aigle qui vole haut dans le ciel ? Il découvre surtout qu'il a un frère, Wòsa. Un frère malade, un frère ennemi. Agressif parce qu'il n'est pas bien dans sa peau.

     L'histoire est simple : c'est celle de cette rencontre, difficile mais combien enrichissante. Le propos est simple aussi : c'est un hymne à la liberté, celle que les Indiens ont trouvée en respectant la nature, en jouant leur humanité avec elle et non contre elle. La morale est simple encore : c'est un appel à la responsabilité, que le père, Chrys, n'a pas pu prendre dans le roman, que les hommes ne veulent pas prendre dans la réalité pour mettre fin à la lutte incessante qu'ils mènent contre la nature.

     Une belle histoire d'amour et de liberté.
Jean-Claude Van Troyen
Première parution :
Le Soir, 16 avril 2004

Jean-Claude VANTROYEN
Première parution : 1/3/2004
dans Galaxies 32
Mise en ligne le : 13/12/2008


 
Base mise à jour le 19 octobre 2014.
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