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Trois automnes fantastiques

Ray BRADBURY

Fantastique  - Illustration de Guillaume SOREL
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (37), dépôt légal : octobre 2002
960 pages, catégorie / prix : 30 €, ISBN : 2-207-25263-9

Ce volume incorpore, dans le recueil "L'homme illustré", la nouvelle éponyme qui était absente dans les éditions précédentes (et pour cause, puisqu'elle ne fait pas partie du recueil original).
Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Qu'est devenu l'artiste ?
     — Elle est retournée dans l'avenir. Je ne plaisante pas. C'était une vieille femme qui vivait dans une petite maison au milieu du Wisconsin, quelque part près d'ici. Une vieille petite sorcière qui avait l'air d'avoir mille ans à certains moments, et vingt l'instant d'après. Mais elle disait qu'elle pouvait se déplacer dans le temps. J'ai ri. Je m'en garde bien à présent. « 
     Il me raconta comment il l'avais rencontrée. Il avait vu son enseigne peinte, au bord de la route : Illustrations sur la peau ! Illustrations, et non tatouages ! Bien tourné ! Il était resté assis toute une nuit, tandis que ses aiguilles magiques dardaient sur lui des piqûres de guêpes mordantes et d'abeilles délicates. Au matin, il avait l'apparence d'un homme tombé sous une presse d'imprimerie, polychrome, d'où on l'aurait retiré tout enluminé et coloré.
     « Je la cherche chaque été depuis cinquante ans, dit-il en étendant les bras. Quand j'aurai retrouvé cette sorcière, je la tuerai. »

     Au fil de ces Trois automnes fantastiques, Ray Bradbury nous propose des récits où la terreur et la poésie se mêlent sans cesse, se cachent derrière chaque ombre, dans les greniers et les caves, au sein de chaque goutte de pluie.


    Sommaire    
1 - L'Homme illustré (The Illustrated Man), pages 7 à 290, Recueil de nouvelles
2 - Le Pays d'octobre (The October country), pages 291 à 635, Recueil de nouvelles
3 - La Foire des ténèbres (Something wicked this way comes), pages 637 à 955, Roman
 
    Critiques    
     Ray Bradbury fait partie de ces auteurs connus au-delà du cercle des amateurs des littératures de genre. Ses Chroniques martiennes, mais aussi l'adaptation cinématographique de son roman Fahrenheit 451 par François Truffaut, ont contribué à lui associer, auprès du grand public, l'image d'un auteur de SF. Trois automnes fantastiques viendra peut-être dissiper ce malentendu, puisque, comme l'auteur l'indique lui-même (page 295) : « Je m'étais imaginé, à l'âge de douze, dix-huit et vingt ans, que je serais un écrivain de science-fiction, mais je pris très vite conscience que j'étais, pour le pire ou le meilleur, le fils illégitime du Fantôme de l'Opéra, de Dracula et de la Chauve-Souris. (...) Le résultat fut, bien sûr, Chroniques martiennes, cinq pour cent de science-fiction, le reste étant de la fantasy. » Et c'est bien de cela qu'il s'agit ici : de fantasy — très noire, parfois, l'acceptation anglo-saxonne du terme intégrant souvent ce que nous appelons, en France, le fantastique.
     C'est L'Homme illustré qui ouvre le bal. Ce recueil de nouvelles paru pour la première fois en 1951 propose une vingtaine de textes réunis par l'épiderme de l'homme illustré qui lui donne son titre. En effet, sa peau est recouverte de dessins qui s'animent, au fur et à mesure de la lecture et font office de passage de témoin entre ces histoires. Ce n'est qu'un prétexte, un rien artificiel : les nouvelles se suffisent à elle-même et n'ont guère de rapport entre elles, à part peut-être, pour plusieurs récits, le thème récurrent du voyage spatial. Mais nous sommes loin de l'approche hard science d'un tel sujet. L'espace de Bradbury est le miroir des qualités et des défauts de l'humanité. Ainsi, dans Les Bannis, une fusée en provenance de la Terre s'apprête à se poser pour la première fois sur la planète rouge. Ses occupants sont loin de se douter qu'ils sont attendus de pied ferme par tous ces auteurs dont les œuvres ont été détruites par la censure terrienne. Poe, Shakespeare, Bierce... ils sont tous là, bien décidés à prendre leur revanche. Dans La Fusée, Fiorello Bodoni emmène ses enfants dans l'espace sans quitter la terre ferme, mais y gagne l'amour de sa famille, là où l'argent et la technologie lui ont fait défaut. Comme on se retrouve reprend les prémices des Bannis, mais cette fois c'est la communauté noire exilée sur Mars qui attend la première fusée terrienne depuis des années, ses membres les plus remontés bien décidés à appliquer le vieux principe « œil pour œil, dent pour dent » à l'encontre de l'équipage — blanc — du vaisseau. Prenez le temps de (re)découvrir ce classique qui a sa place dans toute bonne bibliothèque.
     Juste à côté de lui, il vous faudra aussi garder une petite place pour Le Pays d'octobre, un recueil plus ouvertement fantastique qui réunit des nouvelles écrites entre 1943 et 1955. Nous y faisons la connaissance d'une famille d'immortels peu ordinaires (Oncle Einar, inspiré d'un oncle pour lequel Bradbury avait une profonde affection et qu'il a affublé d'une paire d'ailes du plus bel effet, avant de l'immortaliser, et La Grande Réunion, un rassemblement familial qui doit beaucoup... à Charles Addams, créateur de la famille du même nom) qui reviendra fréquemment dans l'œuvre de l'auteur (voir ci-dessous). Humour et horreur dans Le Squelette, émotion et hantise enfantine dans Le Lac, poésie et terreur dans Le Vent, Le Pays d'octobre est sans aucun doute le meilleur recueil de son auteur, celui où s'affirme sa maîtrise de tous les thèmes classiques du fantastique et où il entre en pleine possession de ses moyens d'écrivain dans des vignettes tour à tour nostalgiques, cruelles, drôles ou émouvantes. Un must !
     Le troisième automne fantastique est un roman. On ne présente plus La Foire des ténèbres, le récit fantastique d'initiation par excellence, celui qui inspira King (Ça), Dan Simmons (Nuit d'été), Robert McCammon (Le Mystère du lac) et bien d'autres encore. Paru en 1962, ce roman a défini pour les années à venir la façon dont serait mis en scène l'éveil de jeunes adolescents dans une petite ville américaine. Jim Nightshade et William Holloway ont treize ans lorsque le cirque dirigé par messieurs Cooger et Dark entre dans Green Town, Illinois. « Tous deux allaient sur leurs quatorze ans ; ils les voyaient déjà frémir dans leurs mains. Au cours de cette fameuse semaine d'octobre, ils vieillirent en une seule nuit et ne retrouvèrent jamais leur jeunesse... » (page 640). Je n'en dirais pas plus, pour ne pas gâcher votre plaisir. Si vous n'avez pas encore lu La Foire des ténèbres, je vous envie.
     Faites-vous plaisir et plongez dans ces 950 pages de bonheur dont la traduction a été — admirablement — révisée pour l'occasion. C'est l'introduction idéale au roman de l'auteur publié simultanément dans la même collection : De la poussière à la chair.

Benoît DOMIS (lui écrire)
Première parution : 1/2/2003
dans Asphodale 2
Mise en ligne le : 1/10/2004


 
Base mise à jour le 16 juin 2013.
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