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Quatrième de couverture |  |
L'étrange a des patries d'élection : les brumes de Londres et de Hambourg, la moiteur des îles de la Sonde et certains recoins de terre inoffensifs en apparence. Ainsi l'Alsace — où le promeneur a le sentiment d'être en sécurité — se révèle, dans ces récits, un pays chargé de toutes les terreurs ancestrales, nourri de mystères, peuplé d'entités dangereuses. De conte en conte, les auteurs découvrent la réalité d'ombre sous les claires apparences d'une campagne idyllique, engagent le lecteur dans des sentiers fleuris qui débouchent soudain en plein soleil noir de la peur.
Erckmann-Chatrian s'y livrent au jeu de l'écrivain en liberté, s'abandonnant à la passion de décrire ces rêves éveillés qui nourrissent souvent le fantastique, entre le songe bleu et le cauchemar. Les décors familiers de l'Alsace de L'ami Fritz ou du Conscrit de 1813, les auberges fleurant bon les meilleurs plats du pays, le tabac doux et l'alcool paysan, les châteaux en ruine chargés de souvenirs glorieux, toute cette mythologie aimable prend ici les dimensions d'un monde à part où le confortable recèle des dangers inconnus.
Le style inimitable d'Erckmann-Chatrian donne, dans cette partie de son œuvre, sa pleine mesure, restituant à la fois la rassurante image des verts ballons vosgiens et tes inquiétants trésors d'imagination de l'Alsace terrienne.
« Erckmann-Chatrian ont enrichi la littérature française de nombreux écrits fantastiques, dans lesquels une malédiction héréditaire déploie ses dernières forces... Leur aisance à créer une atmosphère de terreur est admirable et leurs contes portent la marque de l'horreur la plus grande. Certains contiennent des abîmes sans fond de ténèbres et de mystères. » (H.P. Lovecraft, Epouvante et surnaturel en littérature).
Emile Erckmann, né en 1822, et Alexandre Chatrian, né en 1826, tous deux alsaciens, se rencontrèrent à Phalsbourg. Le premier y faisait son droit, tandis que le second était répétiteur dans un collège. Erckmann était un rêveur, Chatrian, un bon vivant. Une amitié comme il s'en voit peu devait bientôt naître entre les deux hommes. Elle allait durer quarante ans et se concrétiser par une collaboration littéraire particulièrement féconde, sous le nom désormais indissociable d'Erckmann-Chatrian. Leurs livres connurent un succès prodigieux dans toute la France et pas seulement en Alsace, bien que tous pratiquement s'y passent et qu'ils en aient été sans conteste les plus grands peintres. Erckmann mourut en 1899. Chatrian était mort, lui, en 1890, après quelques années de rupture avec son ami.
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Sommaire |  |
| 1 - Jean-Baptiste BARONIAN, Erckmann et Chatrian : Entre Hoffmann et Poe, pages 7 à 12, Préface | | 2 - Hugues-le-Loup, pages 13 à 124, Roman | | 3 - L'Oeil invisible ou l'auberge des trois-pendus, pages 125 à 143 | | 4 - Le Requiem du corbeau, pages 144 à 156 | | 5 - Le Bourgmestre en bouteille, pages 157 à 174 | | 6 - La Tresse noire, pages 175 à 181 | | 7 - Messire Tempus, pages 182 à 188 | | 8 - Le Chant de la tonne, pages 189 à 196 | | 9 - L'Inventeur, pages 197 à 207 | | 10 - Gretchen, pages 208 à 217 | | 11 - Le Bouc d'Israël, pages 218 à 225 | | 12 - Myrtille, pages 226 à 236 | | 13 - Le Combat d'ours, pages 237 à 253 | | 14 - Les Bohémiens, pages 254 à 274 | | 15 - Le Cabaliste Hans Weinland, pages 275 à 291 | | 16 - Le Violon du pendu, pages 292 à 300 | | 17 - La Reine des abeilles, pages 301 à 313 | | 18 - Le Tisserand de la Steinbach, pages 314 à 320 | | 19 - La Voleuse d'enfants, pages 321 à 336 | | 20 - L'Esquisse mystérieuse, pages 337 à 351 | | 21 - La Lunette de Hans Schnaps, pages 352 à 360 | | 22 - Crispinus, pages 361 à 367 | | 23 - Le Rêve du cousin Elof, pages 368 à 379 | | 24 - Les Fiancés de Grinderwald, pages 380 à 393 | | 25 - Le Combat de coqs, pages 394 à 405 | | 26 - La Montre du doyen, pages 406 à 425 | | 27 - Les Trois âmes, pages 426 à 440 | | 28 - Le Sacrifice d'Abraham, pages 441 à 468 | | 29 - Hans Storkus, pages 469 à 477 | | 30 - L'Araignée crabe, pages 478 à 489 | | 31 - Entre deux vins, pages 490 à 492 | | 32 - Science et génie, pages 493 à 533, Recueil de nouvelles | | 33 - Le Münster, pages 495 à 497 | | 34 - Le Statuaire, pages 498 à 502 | | 35 - La Vision, pages 503 à 505 | | 36 - Science !... ô science !, pages 506 à 508 | | 37 - Le Liebenstein, pages 509 à 511 | | 38 - Elle, pages 512 à 514 | | 39 - Le Bras de pierre, pages 515 à 517 | | 40 - Amour d'artiste, pages 518 à 520 | | 41 - La Tombe !, pages 521 à 524 | | 42 - L'Univers pétrifié !, pages 525 à 528 | | 43 - Le Mariage de granit, pages 529 à 533 |
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Adaptations (cinéma, télévision, théâtre, radio, jeu vidéo, ...) |
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Critiques |  |
Introduit par Jean-Baptiste Baronian, qui émarge de plus en plus souvent chez NéO, voici donc un pavé de 540 pages, qui regroupe (à l'exception d'une pièce de théâtre), tous les récits fantastiques du célèbre couple de la littérature populaire et régionaliste française... On peut bien sûr chipoter sur l'acception de « fantastique » : telle ou telle histoire ne le sera qu'à cause d'une bizarrerie de son personnage principal, ou d'une étrangeté psychosociologique, comme l'anthropophagie de La voleuse d'enfants, un conte de la misère si l'on veut, qui rend bien compte de la tonalité générale des histoires d'Erckmann et Chatrian, qui presque toujours mettent à contribution une déviation suscitée par l'environnement et les contraintes sociales. En d'autres occasions, leur fantastique folklorique est plutôt animalier (L'araignée-crabe, assez horrifique), et il arrive même que les auteurs, sans le savoir, frôlent ce qui sera plus tard en SF le monde parallèle ou le paradoxe temporel (comme dans L'esquisse mystérieuse, où un homme est témoin d'un meurtre décalé dans le temps). De toute façon, il ne serait guère de mise de juger une par une toute les pièces (il y en a quarante au total, plus le court roman Hugues-le-coup, lui bien sûr évoquant timidement le mythe du loup-garou) de cet ensemble, et de vouloir en donner des satisfecits ou des blâmes : ces contes fantastiques complets sont à prendre dans leur ensemble, comme toute œuvre complète. Et à ce titre, l'effet est aussi fort qu'en leur temps les contes fantastiques complets de Maupassant, ou les récits de SF de Rosny-Aîné, deux productions Marabout à l'époque déjà organisées par Baronian : ce pavé-là, il faut le soulever en bloc. Plus amusant est de survoler le paysage exploré, ces villes provinciales aux noirs secrets, ces ruelles ténébreuses où se cachent des étudiants pauvres, des notaires indélicats, des servantes effrontées. Vous avez dit ruelles ténébreuses ? Elle conduisent à force tavernes, et l'on boit et l'on se bâfre beaucoup chez Erckmann-Chatrian, la plupart de leurs contes ménageant des haltes prolongées en compagnie de vin du Rhin, de bière et de saucisses. Une sorte de paysage qui nous conduit directement à Jean Ray, avec lequel nos deux compères ont plus d'un point commun. Descendent-ils, comme le souligne Baronian, de Hoffmann et de Poe ? Mais il est patent aussi que la filiation entre L'ami Fritz et le Grand Nocturne passe par ces endroits chaleureux et enfumés, où l'on se goberge pour oublier les maléfices du dehors. Manger ? L'anthropophagie et la dévoration animale n'est que la suite logique de ces agapes... Comme quoi le fantastique va au lieu même d'où il vient. Gageons qu'Erckmann et Chatrian étaient de fameux Gargantua ! Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire) Première parution : 1/1/1989 dans Fiction 404 Mise en ligne le : 15/2/2002
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Base mise à jour le
17 mai 2013.
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