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David CALVO

Wonderful


 Fantastique  - Illustration de GETTY IMAGES
J'AI LU, coll. Fantastique (2001 - 2007) n° 7372, octobre 2004
320 pages, catégorie / prix : K, ISBN : 2-290-32555-4

Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Vous écoutez Blue FM, il est bien trop tard, la neige tombe et le directeur des programmes m'a demandé de vous résumer ce qui se passe ici. Demain, c'est la fin du monde, la lune nous tombe sur la tête, Londres s'effondre pour la dernière fois. Des gens disparaissent, des hommes en noir arpentent ces rues, à la recherche d'un documentaire que personne n'a vu. Dans quelques jours, le grand marathon de danse de Trafalgar Square ouvrira ses portes. Quelles intrigues cosmiques se noueront sous les arcades de cette ville millénaire ? Qui pourra prétendre sauver ce qui reste de nos rêves ? Moi ? Non, moi, je passe des disques. Je vous accompagne en attendant l'apocalypse. »

     David Calvo est né à Los Angeles au milieu des années 1970. Il n'a pas spécialement besoin d'une biographie, sa vie n'aura été jusqu'ici qu'un long tunnel d'informations. Il ne sait pas s'il doit résulter de cette somme, exister tout seul comme un grand, ou juste continuer à dire non. En attendant le moment où tout changera, il persiste à écrire pour repousser le néant. Il vit aujourd'hui dans un carton, Downtown Marseille.


    Prix obtenus    
Julia Verlanger, [sans catégorie], 2002
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition BRAGELONNE, (2001)


     Quelques heures nous séparent de la fin de l'humanité  : la Lune comateuse se fissure et se fragmente, menaçant la Terre d'une pluie mortelle.
     Que faire en ces derniers instants  ? Est-il encore utile de soigner les malades ou d'écouter la radio  ? Faut-il participer à ce grand marathon de danse prévu pour durer jusqu'à l'inéluctable dénouement  ? Quelle attitude est-elle encore « logique  »  ?
     Plus rien n'est logique justement et Londres semble devenu fou. Les fées envahissent les parcs et les marchands de sable déambulent dans les rues. Un certain Mr Grimm s'est proclamé roi de Londres et cherche l'immortalité dans un kaléidoscope maléfique. Un groupe prétend avoir franchi les barrières du temps et vivre dans XIXème siècle bourré d'anachronismes, prêt à célébrer le retour de la Reine Victoria. Certains fuient vers le pôle Nord, d'autres sous terre telles des taupes.
     Au milieu de cet univers en folie, une série d'événements étranges vont précipiter le Dr Loomis dans un tourbillon de péripéties et de poursuites, à la recherche d'un mystérieux film.

     L'itinéraire de Loomis est ponctué de rencontres bizarres, de scènes burlesques ou poétiques. Sa trajectoire dans un monde de plus en plus absurde évoque évidemment celle d'Alice au Pays des merveilles, l'une des références avouées de ce roman. Pendant les deux premiers tiers du livre, le lecteur est promené dans un univers onirique dont le sens lui échappe mais dont la sensibilité est touchante.
     L'absurde est un genre difficile à manier car la frontière avec la banale incohérence ou le délire gratuit est vite franchie. La grande réussite de David Calvo est qu'il parvient à conserver un parfait équilibre entre le désordre apparent du nonsense et la progression d'une véritable intrigue en forme de conte cosmique. Chaque fois que le lecteur pourrait décrocher, il relance l'intérêt par de nouveaux éléments qui permettent de reconstituer peu à peu la toile de fond à l'échelle du système solaire qui sous-tend l'histoire.

     Certains aspects pourront rappeler le Neverwhere de Neil Gaiman  : le décor londonien bien sûr, ainsi que l'irruption d'éléments fantastiques dans un quotidien banal, mais surtout une certaine parenté d'inspiration et de références. L'ombre de Peter Pan plane sur ces deux romans. Ces points communs demeurent cependant superficiels, car le roman de David Calvo est véritablement et profondément original. Objet Littéraire Non Identifiable, il s'adresse au lecteur curieux qui aime être amusé, surpris, bousculé, excité. Il pourra en revanche déstabiliser l'amateur de récits conventionnels produits en série.

     Sous des dehors légers et loufoques, la rêverie de Calvo est donc un superbe hommage à l'imaginaire et au merveilleux, un roman unique qui pourrait devenir un futur classique  !

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 2/5/2001
nooSFere


Edition BRAGELONNE, (2001)


     Lisez ce roman. Trois mots. Les seuls valables.

     D'une case à l'autre, le décor a changé. La souris a maintenant projeté sa brique, que le chat reçoit ; il y avait un mur, il y a des arbres. Ça n'a pas d'importance : le mur s'arrêtait au milieu de nulle part, sans plus de raison. Les années 20 : Georges Herriman dessine des planches où une souris tente de lancer des briques sur un chat amoureux d'elle, un chien policier défend le chat, seuls les éléments du décor nécessaires au gag persistent. La vérité du comics se concentre sur le triangle amoureux formé par la souris Ignatz, le chat Krazy Kat, le chien policier. Tout le reste est accessoire. La vie appréhendée par la focale de l'absurde, des questions sans réponse, des sentiments.

     David Calvo place une autre mécanique au centre de son roman : celle du système solaire. La Lune tombe sur la Terre. Rien à faire. Une transgression a été commise, se commet, un meurtre ; Newton avait compris que le ballet des planètes pouvait se détraquer, les planètes ont des sentiments. Écoutez Holst, la Symphonie des Planètes. La puissance aveugle des sentiments, la spirale, le néant.

     Pas d'absurde sans le néant.

     David Calvo expérimente : donnez à vos personnages une durée de vie limitée par la fin du monde, laissez-les effleurer le sublime, anéantissez tout espoir de compréhension. Laissez-les courir, délirer, crever ; ces personnages, c'est un bout de vous-même. La fin du monde pour le roman, la fin de soi pour l'écrivain.

     Estimer que le titre, Wonderful, relèverait d'une ironie cruelle ne tient pas. La haine, le vertige, l'auteur les transcende par de l'amour, tout l'amour contenu dans les fibres de son cœur qu'il presse... De l'amour pour ses personnages, de l'amour pour le sacrifié, de l'amour pour ses lecteurs.

     Il sait que ses personnages vont mourir de sa main, que le David Calvo qui a écrit ce roman ne lui survivra pas, que les lecteurs, la dernière page lue, poseront Wonderful. Dans un cartoon, les créatures folles de Tex Avery tutoient la mort sans jamais en faire l'expérience, tout au plus subissent-elles un expression graphique de leur déconfiture, les carottes ne sont cuites que lorsque surgit That's all, folks !, l'annonce du néant.

     Pourquoi de l'amour ? Crime passionnel.

     Il vous manipulera. Vous pleurerez.

Al' DUROU
Première parution : 1/8/2001
dans Bifrost 23
Mise en ligne le : 10/9/2003


 
Base mise à jour le 5 septembre 2010.
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