Prévenez le Guinness : Chris Bunch vient d'établir un record de vitesse, celui d'être parvenu à caser le plus gros poncif que la
fantasy ait jamais produit dès la septième page de son roman. En effet, le jeune Gareth Radnor y voit son village natal razzié par des esclavagistes et ses parents tués. Citation : «
Je ne leur ai même pas dit combien je les aimais. » C'est beau, c'est triste. Mais Gareth a à peine le temps de s'apitoyer sur son sort qu'il est envoyé chez son oncle, un marchand dont les affaires prospèrent à Ticao, la capitale, et qui le prend comme apprenti. Cependant, notre jeune et intrépide héros ne rêve que de vengeance et d'aventures dans les mers chaudes. Ça tombe bien, après avoir offensé un noble, Gareth n'a d'autre choix que de s'embarquer sur un bateau pour se faire oublier quelques temps. Là commence son ascension fulgurante de marin, qui, de voyage en voyage, finira par devenir le capitaine d'une flotte pirate de plusieurs navires dont le passe-temps préféré est de bouffer de l'esclavagiste à tous les repas.
Inutile de gâcher du papier pour dire la médiocrité de ce roman, qui a aucun moment ne parvient a susciter une once de sensations fortes. Est-ce parce qu'on se fout comme d'une guigne de ce qui va arriver au personnage ? Ce roturier qui, par son intelligence et son audace, parvient à s'enrichir et à se hisser parmi les plus grands de ce monde... Non, c'est sans doute parce que ce livre pue tellement le libéralisme primaire qu'on se croirait revenus au plus fort de la Guerre Froide, lorsque chaque camp faisait de son modèle social et économique une propagande éhontée. Mais, preuve de sa modernité, Chris Bunch y ajoute une touche de colonialisme bon teint : au passage, le roturier a aboli l'esclavage, libéré les peuples opprimés et instauré la démocratie sur toutes les mers connues. Même
Jack Vance n'avait pas osé !
On conseillera donc ce roman aux partisans de Bush, Sarkozy et consorts, et, plus généralement, à quiconque dépourvu du moindre sens politique et doté d'un goût littéraire particulièrement douteux.