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La Retraite maudite

Stephen R. DONALDSON

Titre original : The Illearth War, 1977
Fantasy  - Cycle : Thomas l'Incrédule (Thomas Covenant) (chroniques de)  vol.

Traduction de Isabelle TROIN
Illustration de Sandrine RABOUAN
Le PRÉ AUX CLERCS, coll. Fantasy n° (20), dépôt légal : septembre 2006
528 pages, catégorie / prix : 19,90 €, ISBN : 2-84228-243-4

Autres éditions
Sous le titre Le Réveil du titan   FLAMME, 1986
   J'AI LU, 1987
Sous le titre La Retraite maudite
   POCKET, 2008
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Enfin réédité dans son intégralité et dans une nouvelle traduction, l'un des plus grands chefs-d'œuvre de la Fantasy.

     Peu après son retour dans le monde « réel », l'écrivain lépreux Thomas Covenant est de nouveau projeté dans le Fief, cette contrée à la fois familière et insolite, où le temps ne s'écoule pas de la même façon. Quarante ans ont passé depuis sa dernière visite, et c'est Elena, la fille de Léna, qui gouverne désormais le royaume. Un royaume menacé par Turpide le Rogue qui appelle les kresh, les ur-vils, les griffons, les lémures et autres créatures démoniaques à se rassembler pour constituer une armée. Désespérée, Elena supplie Covenant, le porteur d'or blanc, de les aider. Il devra compter avec Hile Troy, un aveugle de naissance, qui vient, lui aussi, du monde « réel ». Ces deux personnages que tout oppose réussiront-ils à repousser les hordes maléfiques ? La destinée de tout un peuple dépend de leurs choix.


    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
André-François Ruaud : Cartographie du merveilleux (liste parue en 2001)  pour la série : Thomas l'Incrédule (Thomas Covenant) (chroniques de)
 
    Critiques    
     Quarante années se sont écoulées dans le Fief depuis la quête du Bâton de la Loi, première aventure de Thomas Covenant (voir La Malédiction du Rogue, critique in Bifrost42). Quarante années de labeur et de préparatifs guerriers pour les défenseurs résignés d'un monde merveilleux en train de s'effilocher peu à peu. Quarante ans qui ne leur ont pas suffi pour retrouver la plénitude de l'ancien savoir, caché après le rite de la Profanation mené par le Haut Seigneur Kevin. Et pourtant, le temps presse, car à l'abri de leurs regards le Rogue rassemble ses forces afin de mener à terme la malédiction dont il les a frappés. Plus que jamais, un seul espoir demeure : la magie sauvage détenue par l'Incrédule. Mais bon, il faut rappeler le méprisable lépreux et espérer qu'il soit convaincu de l'urgence « réelle » de la situation.

     Quelques mois se sont écoulés depuis la réédition dans une version véritablement intégrale du premier tome du cycle « mythique » de Stephen R. Donaldson. Quelques mois que le lecteur a mis à profit pour : 1/ oublier l'attente intolérable où il croupissait en détournant son attention vers d'autres lectures, 2/ faire le point sur « l'événement » éditorial — catégorie artillerie mercatique lourde — que constituait cette réédition. Oui, événement il y avait car le cycle des « Chroniques de Thomas Covenant » était devenu introuvable en France, ce qui n'était pas plus mal compte tenu du découpage assassin, pour ne pas dire le massacre, qu'il avait subi lors de sa première et partielle parution chez J'ai Lu. Cependant, l'assaut marketing auquel a donné lieu la sortie du premier volet de cette réédition peine désormais à masquer un fait que j'ai personnellement occulté, tout à ma joie de renouer avec une lecture marquante de ma folle jeunesse (je suis encore fou, puisque j'en ai entamé sa relecture). L'un des plus grands chefs-d'œuvre de la fantasy [dixit la quatrième de couverture] ne dépare finalement pas dans la production actuelle de fantasy. Certes, ces Chroniques remontent à 1977 (pour la première trilogie), mais il est douteux qu'une date de parution soit un argument suffisant pour distinguer une œuvre dans une masse, surtout lorsque celle-ci manie les mêmes matériaux et ressorts.

     Mais, revenons à l'objet de notre attention, à savoir cette retraite maudite qui donne son titre au deuxième épisode des aventures subies par Thomas Covenant dans le Fief. Le lépreux y met en veilleuse ses obsessions et, aux côtés de ses anciens compagnons, fait la connaissance de quelques nouveaux personnages. Tout d'abord Hile Troy, l'Insigne de la Milice — comprendre, son commandant en chef — , un aveugle de naissance provenant lui aussi du monde « réel » et qui s'affirme d'entrée comme l'antithèse à tout point de vue de Covenant. Amoureux de cette terre d'adoption qui lui a restitué la vue, il s'y épanouit et prend fait et cause dans sa défense, poussant son action jusqu'au sacrifice ultime. Le lépreux est aussi confronté à sa fille Elea, née de ses œuvres criminelles dans le premier épisode. Elle est à la fois sa descendante et l'instigatrice de son invocation pour des raisons avouables — sauver le Fief — et d'autres, qui le sont beaucoup moins... Ça ressemble à une amorce de relations incestueuses, mais ça ne va pas jusqu'au bout. Et surtout, il y a le Fief, véritable personnage à lui tout seul, qui gagne un peu plus en épaisseur dans ce deuxième épisode. Les événements historiques qui ont précédé l'intrusion de Covenant se précisent, on arpente de nouvelles terres, on explore plus longuement des lieux déjà vus et on se pénètre de l'organisation sociale de ce monde où le merveilleux n'est pas encore dénaturé. Mais ce qui ressemble à une richesse supplémentaire contribue également fâcheusement à multiplier les points de convergence avec l'univers du « Seigneur des anneaux ». Les parallèles abondent pour nous rappeler que l'inspiration majeure de Stephen R. Donaldson, en dépit d'une coloration plus wagnérienne du récit, reste l'œuvre de Tolkien. Et ce ne sont pas les seules ressemblances, puisque le mode de narration (un embryon d'entrelacement) et l'intrigue (pendant que les uns attirent l'attaque de l'ennemi, les autres mènent une capitale mission secrète) viennent rendre la filiation encore plus évidente.

     Alors quel intérêt reste-t-il à lire cette œuvre ? Pour le lectorat chenu non anglophone, essentiellement le plaisir de redécouvrir une œuvre dans sa dimension originale. Pour les autres, un cycle de plus dans une offre de fantasy stéréotypée et pléthorique.

Laurent LELEU
Première parution : 1/1/2007
dans Bifrost 45
Mise en ligne le : 29/6/2008

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition FLAMME, (1986)


     Le Réveil du titan est le deuxième tome des aventures de Thomas Covenant l'incrédule. Covenant se trouve projeté à nouveau dans le monde étrange du Territoire, et comme auparavant refuse de croire à la réalité de ce qu'il vit, préférant se réfugier dans l'idée de ce qu'il ne s'agit que d'un fantasme créé par sa lèpre... Seulement les habitants du Territoire ne l'entendent pas de cette oreille, d'autant que le danger incarné par Férus se fait de plus en plus précis : de grandes armées maléfiques sont levées, et les géants ne donnent plus aucun signe de vie. L'anneau d'or blanc que porte Covenant est plus que jamais le garant de la sécurité du pays... Mais comment Covenant pourrait-il savoir s'en servir ?
     Une fois de plus les lecteurs français n'ont pas droit à une version intégrale de l'œuvre qu'il leur est proposée : il s'agit en effet d'une version (fortement) condensée. Ce travail est certes fait avec suffisamment de talent pour que le roman n'en souffre pas trop (encore que la première partie, essentiellement constituée de conversations, est parfois bien ennuyeuse, plus encore que dans l'original), mais il n'en reste pas moins que ce sont des pratiques éditoriales difficilement admissibles... Et si encore l'éditeur s'était contenté du travail de condensation du texte fait par la traductrice ça n'aurait été que demi mal : le texte original souffre réellement de lenteurs et de longueurs. Hélas cette version écourtée devait être encore trop longue au goût de certains marchands de tapis se prétendant « éditeur »... Ce qui fait que la fin (la quasi-totalité de la troisième partie) a été purement et simplement coupée ! Etant donné que toute l'action du roman aboutissait, comme il est logique, à cette fin en forme d'apothéose, il y a un très net problème : comment l'éditeur va-t-il expliquer aux lecteurs dans le troisième tome ce qui a été retiré de celui-ci ? Je serai curieux de voir ça !
     Enfin, les lecteurs de Fiction seront peut-être intéressés de savoir malgré tout ce qui arrive dans cette troisième partie, et je vais donc me faire un plaisir de vous le résumer :
     Amok conduit Héléna et Thomas l'incrédule à une source dans Gorge Profonde, puis disparaît. Malgré les avertissements de Covenant, Héléna boit à cette source. Par là même elle endosse le Pouvoir de Commandement. Elle invoque Kévin et lui demande de combattre Férus le Contempteur. Hélas, ce simple fantôme de Kévin n'a pas assez de forces et Férus le retourne contre celle qui l'a invoqué. Héléna meurt, le Bâton est brisé. Bannor et Covenant s'échappent, et finissent par rejoindre Mhoram et Troy (tel qu'on nous le dit à la fin de la seconde partie). Ce dernier est transformé en arbre par Caerroil Fol-Bois, pour devenir plus tard un nouveau Prodrome. Mhoram, lui, est renvoyé à la Pierre-qui-Rit. Covenant disparaît à nouveau du Territoire, le laissant sans défense aucune devant Férus.
     Que dire du Réveil du Titan ? Bien entendu, l'œuvre de Donaldson est un exemple de fantasy post-Tolkien captivante, d'une facture de très bon aloi, en dépit de ses quelques défauts de lenteur. Mais la « traduction » française est à ce point écourtée que le lecteur n'en a qu'une vision très déformée... Jacques Sadoul n'a réussi à invoquer que le fantôme des Chroniques de Thomas l'Incrédule ! Pour une fois qu'un éditeur français se donnait la peine d'acheter de la fantasy, il est bien dommage de ne pas pouvoir en recommander la lecture.


André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/6/1986
dans Fiction 375
Mise en ligne le : 9/10/2005


 
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