Recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Littérature Choisir un autre habillage   
    Critiques    
    Littérature    
    Fiche PDF    
-
    Identification    
    Fiche livre    
China MIÉVILLE

Le Roi des Rats

Titre original : King Rat, 1998
Traduction de Florence LÉVY-PAOLONI
Illustration de Alexis LEMOINE
FLEUVE NOIR, coll. Rendez-vous ailleurs n° (39), septembre 2006
300 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 2-265-08121-3

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Londres, années 90. Un soir, alors qu'il rentre chez lui, Saul Garamond découvre le cadavre de son père. Accusé par la police, il est bientôt emprisonné. Surgi de nulle part, un personnage étrange se présente alors comme le Roi des Rats... et l'oncle de Saul ; un neveu qu'il libère et entraîne à travers les égouts de Londres, au plus profond de son royaume. Peu à peu, il révèle à Saul ses origines animales et l'héritage qui est le sien. Commence alors la métamorphose, mais le temps presse : un tueur fou est sur les traces du Roi des Rats et de son nouveau protégé, un joueur de flûte prodige qui a déjà envoûté les amis musiciens de Saul. Jusqu'à ce que mort s'ensuive...

     China Miéville est né en 1972. Il cumule les prix avec ses romans, nouvelles et novelas. En France, il a été récompensé par le Grand Prix de l'Imaginaire pour Perdido Street Station ; un succès confirmé avec Les Scarifiés. Voici son premier roman, Le Roi des Rats, saisissant mélange de thriller et de fantasy urbaine, le tout sur fond de musique drum'n'bass. Un roman gothique qui n'est pas sans évoquer l'univers d'un Lovecraft ou d'un Neil Gaiman.

 
    Critiques    
     Onze mois après la sortie des Scarifiés (même éditeur — cf. critique in Bifrost n°40), et alors que nous arrive la réédition poche (Pocket) des deux volumes de Perdido Street Station (critiqué dans notre n°33), voici donc le nouveau China Miéville sous une couverture signée Alexis Lemoine du plus bel effet. Nouveau ? Pas tant que ça, en fait, puisque Le Roi des rats est le premier roman (publié en 1998 au Royaume des Sex Pistols) de celui que la presse anglo-saxonne ne cesse d'encenser dès qu'il aligne deux mots (comment ? comme Charles Stross ! ?), l'homme qui rafle les prix littéraires plus vite que la lumière. Difficile donc d'imaginer trouver ici la justification d'un tel engouement (sauf à espérer que le premier roman de Miéville soit plus abouti que les deux suivants, ce qui est toujours possible mais peu probable), ce qui ne signifie pas qu'on ne puisse s'attendre à un bon moment de lecture avec le présent bouquin.

     Verdict ?
     Après quelques jours passés sous la tente, dans la campagne du Suffolk, Saul retourne à Londres, dans la demeure familiale qu'il occupe avec son seul père, sa mère étant décédée en le mettant au monde. Parce que les relations entre le père et le fils n'ont pas l'air simples, parce qu'il est crevé et qu'il préfère éviter une confrontation qu'il imagine pénible, Saul regagne directement sa chambre en évitant de déranger son paternel, qui, visiblement planté devant la télé, ne l'entend pas rentrer. Après une nuit de plomb, c'est le brutal martèlement des flics à sa porte qui réveille Saul. Il est six heures du matin, son père vient d'être retrouvé à l'état de steak tartare sur le trottoir après un passage éclair à travers la fenêtre du salon... L'univers quotidien de Saul vient d'en prendre un sacré coup, et ce n'est que le premier. Ainsi, sitôt emprisonné, après s'être vu accusé du meurtre de son géniteur, Saul rencontre un drôle de type débarqué dans sa cellule sans que personne ne le remarque. Un type dont il ne parvient pas à distinguer le visage. Un type qui a tout du clochard faisandé. Un type qui pue comme une rue marseillaise après un mois de grève du service des éboueurs. Un type qui affirme à Saul qu'il est sorti du monde. Un type qui prétend qu'il peut aller où il veut, que rien ne peut le retenir. Un type qui affirme être un roi, le Roi des rats... Et le pire, c'est que c'est vrai ! L'initiation peut débuter. Saul va se transformer en arme, la seule à même de venir à bout du plus mortel des ennemis du Roi des rats — un certain joueur de flûte ayant fait un tabac quelques siècles plutôt en Allemagne...

     On l'a dit : nous sommes en présence du premier roman de China Miéville. Point donc ici de « Nouvelle-Crobuzon », cycle dans lequel s'inscrivent tous les romans de l'auteur depuis Le Roi des rats, à savoir Perdido Street Station et Les Scarifiés pour les titres disponibles en français (le troisième opus, Iron Concil, étant attendu pour 2008 au Fleuve Noir). Exit aussi ce mélange de science-fiction, de fantasy et de fantastique caractéristique du cycle précité : on se contentera d'une fantasy urbaine mâtinée d'horreur. Exit enfin Crobuzon elle-même, la monstrueuse mégalopole étant ici remplacée par Londres. Ainsi donc retrouve-t-on, dès son premier roman, la fascination qu'exerce sur Miéville l'environnement urbain. Et finalement, c'est là qu'achoppe Le Roi des rats. En effet, quoique les trois premiers livres de Miéville soient tous très différents, ils fonctionnent sur le même mode : une plongée initiatique au cœur du côté obscur d'une cité tentaculaire. Crobuzon pour Perdido..., Armada pour Les Scarifiés, Londres pour Le Roi des rats. Sauf que si Crobuzon et Armada fascinent, il en va différemment du Londres de Miéville.

     Londres n'est pas Gotham (en dépit des nombreuses références à Batman qui émaillent le récit), pas plus que Miéville n'est Neil Gaiman. L'auteur aura beau faire, accumuler les descriptions, les ambiances, les couleurs, le Londres qu'il nous dépeint échoue a acquérir toute dimension mythique, au contraire de celui que Gaiman exposait avec une exceptionnelle réussite dans le non moins remarquable Neverwhere (Neil Gaiman signant là, lui aussi, son premier roman solo, un bouquin qui, comme celui de China Miéville, parut outre-Manche en 1998...).

     Faut-il pour autant passer à côté du Roi des rats ? Pas nécessairement. Car en dépit de quelques longueurs agaçantes, de références et d'ambiances musicales destinées aux seuls amateurs de techno et de jungle, sans oublier une traduction française répétitive et peu inspirée, le livre n'en reste pas moins plaisant — principalement du fait du « méchant » de l'histoire, fort convaincant, et grâce à quelques scènes tout ce qu'il y a de spectaculaires. Voici en somme une réécriture moderne du Joueur de flûte d'Hamelin digne d'intérêt mais qui reste ce qu'elle est : un premier roman aux ambitions avouées mais inabouties.

ORG
Première parution : 1/10/2006
dans Bifrost 44
Mise en ligne le : 13/3/2008


 
Base mise à jour le 5 septembre 2010.
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2010. Tous droits réservés.
Les PDF sont générés avec le composant ABCPdf de Websupergoo.