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Francis BERTHELOT

Le Petit cabaret des morts


 Fantastique  - Cycle : Le Rêve du démiurge  vol. 7

Illustration de Eric SCALA
BÉLIAL' n° (55), novembre 2008
256 pages, catégorie / prix : 15 €, ISBN : 978-2-84344-089-2

Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Francis Berthelot réussit l'improbable alchimie de la dureté et de la poésie... »
     [revue Bifrost]

     Été 1988.
     À Viervy, petite ville des Alpes, Yorenn et Romain Algeiba, sœur et frère acrobates, se vouent une passion excessive...
     À Viervy, lieu de heurt du monde réel et de l’au-delà, vit Alvar Cuervos, fils d’un démon et d’une bohémienne, assistant du secret docteur Malejour.
     À Viervy, l’amour qui naît entre Alvar et Yorenn, opposés à tout point de vue, engendre le drame : la jalousie destructrice de Romain, le délire de Malejour aveuglé par science et pouvoir, la duplicité d’Alvar, les violences de Yorenn déchirée entre des idéaux contraires, tout se ligue contre eux — et d’abord eux-mêmes.
     À Viervy, les âmes des morts sont l’enjeu du conflit qui divise les vivants. La guerre s’installe, tributaire des passions des uns et des autres.
     À Viervy, le merveilleux spectacle qu’Alvar monte dans son Petit Cabaret ne livre rien au public du drame qui se joue en coulisse. Combat des vivants contre les vivants, des vivants contre les morts, des morts contre les morts, l’affrontement finit par s’étendre aux forces telluriques...

     Francis Berthelot est né à Paris en 1946. Polytechnicien, docteur en biologie moléculaire, puis chercheur dans le domaine de la théorie littéraire, il a obtenu le Grand Prix de l’Imaginaire à quatre reprises et, fait unique, dans quatre catégories différentes — dont celle du meilleur roman pour Rivage des intouchables, chez Gallimard « Folio SF ».

     Le Petit Cabaret des morts, qui s’inscrit dans l’immense fresque littéraire du Rêve du démiurge, est son onzième roman.

 
    Critiques    
     Jusqu'à présent les six premiers tomes du Rêve du démiurge pouvaient se lire indépendamment. Cette fois, il paraît difficile de ne pas considérer ce Petit cabaret des morts comme une suite directe au Hadès Palace.
     En effet, après l'enfer imposé aux artistes par l'inhumain Bran Hadès, nous visitons le non moins infernal cabaret imaginé par son fils, Alvar Cuervos. Vous aurez repéré la filiation : Bran en celte, Cuervos en espagnol, ne sont autres que de noirs corbeaux — Berthelot aime jouer avec les patronymes, entre autres.

     Principale particularité de ce petit cabaret, les artistes qui s'y produisent sont des fantômes, pour la plupart issus de l'Hadès Palace. Le cycle transfictionnel en équilibre instable sur le fil de la littérature générale penche cette fois dangereusement vers la science-fiction : les âmes spectrales ont été capturées par un savant fou à l'aide d'une bien curieuse machine puis réduites au quart de leurs tailles et enfin condensées, figées dans un état intermédiaire : « Plus de corps physique pour être en vie. Juste une conscience pour penser et ressentir. Juste une substance pour rester derrière ces vitres. » (p.33)
     Prisonnières, ces consciences n'ont d'autres choix que de subir les expériences auxquelles on les soumet, en attendant l'éventuelle délivrance d'une dissolution définitive. Aussi, quand Alvar leur propose de monter un spectacle, certains de ces artistes dans l'âme sont fortement tentés... Collaborateurs actifs, hésitants pensifs ou opposants rétifs, chacun ne peut qu'espérer « vivre » encore les émotions de la scène.

     A l'extérieur du cabaret, on retrouvera avec plaisir d'autres personnages du cycle, comme les frères Algeiba du Jeu du cormoran, Maxime et Ivan, enfin réunis autour de leur cousine Yorenn. Ou comme la Sendra/Cendrillon du Hadès Palace qui joue elle aussi les fantômes, mais en toute indépendance et donc avec moins de consistance que ses compressés collègues. Ensemble, ils oeuvreront à libérer les âmes mortes...

     Succession de chapitres mélodieux, où toutes les formes musicales se succèdent et où le chœur antique forme chorale, Le Petit cabaret des morts offre une relative légèreté, surtout après les éprouvants Nuits de colère et Hadès Palace... Comme d'habitude, pourtant, tout y est désespérément tragique, du suicide de Romain Algeiba à la torture des âmes perdues, en passant par l'emprise charnelle d'Alvar sur Yorenn. Mais cette fois, comme dans Le Jeu du cormoran, la poésie et la musicalité l'emportent — de peu — sur la noirceur.

     Assurément, ce nouvel opus mérite encore maints louanges. Fondamentalement original, psychologiquement puissant, effroyablement tendu, mais souvent malicieusement ludique, un Berthelot n'est pas un roman comme les autres. C'est un Berthelot.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 19/1/2009
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Base mise à jour le 1er février 2010.
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