Au gré de ses textes, Thomas Day nous a emmenés jusqu’à présent d’un bout à l’autre de la planète. L’Asie a bien évidemment sa préférence, il y a situé bon nombre de ses textes, mais les États-Unis constituent également pour lui une source d’inspiration assez vive, comme le confirme ce recueil de trois nouvelles. Les deux premières sont des rééditions de textes assez anciens, puisque datant de 1999 et 2002 ; la troisième est quant à elle inédite.
« Cette année-là, l’hiver commença le 22 novembre » est un road movie – symbole ultime de l’Amérique s’il en est – d’un genre un peu particulier, puisqu’il s’attache aux basques d’un groupe de barjots qui viennent de tuer un certain président, à Dallas. Mais que viennent faire les extraterrestres là-dedans ? Une nouvelle rythmée par les tirs échangés avec la police, marquée par de vraies trognes, une lecture très agréable à laquelle manque toutefois un brin d’originalité...
« American Drug Trip » est l’une des rares incursions de l’auteur dans l’humour frontal. Thomas Day parsème ses œuvres de scènes drolatiques, d’images ou de réflexions parfois hilarantes, mais il n’en fait jamais le centre de son histoire. C’est en revanche le cas ici, et le moins que l’on puisse dire est qu’il s’en sort bien. Ce texte est sans aucun doute le meilleur du recueil, où l’on nous explique comment le narrateur en est arrivé à sa situation présente, à savoir une discussion, en plein milieu des États-Unis, le long d’une faille gigantesque, avec un ours, à deux pas de sa voiture Rocco Siffredi’s Motors... L’explication sera à aller chercher du côté des univers parallèles, enfilés avec maestria et jubilation par Day, qui nourrit une nouvelle fois son intrigue de nombreuses références à la mythologie étasunienne.
« Éloge du sacrifice », la dernière nouvelle et donc la seule inédite, est en revanche une déception. Pourtant, Day part d’une idée géniale : comment réagirait le président du pays le plus influent du monde si des extraterrestres venaient lui proposer un marché : sauver la Terre de sa destruction à petit feu par l’Homme en éradiquant une grande partie de l’humanité ? Cruel dilemme, que l’auteur illustre par des figures du passé (le roi Léonidas lors de la bataille des Thermopyles, un Zélote lors du siège de Massada...) soumises au même questionnement, mais qui pêche par une fin à mon avis plus que bancale, comme si Day n’avait pas su comment finir son texte.
Au final, This Is Not America nous révèle – mais ça n’est pas une surprise – Thomas Day en fin connaisseur de l’Amérique et de ses mythes, qu’il tord avec un plaisir communicatif. Il n’en reste pas moins que ce recueil est assez inégal, et que de manière inattendue l’auteur se montre plus convaincant dans le registre comique.
Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 18/4/2009
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