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L'An prochain à Auschwitz

Lionel MAREK

DENOËL, 1982
240 pages, catégorie / prix : 68 F, ISBN : 2-207-22816-9
 
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     On peut deviner au vu du titre que si la SF et le fantastique font ici leur apparition — en quantité au demeurant généreuse pour le second — ce n'est que pour se mettre au service d'un humour noir pour le moins dévastateur. Tel un bon héros de Vonnegut, Daniel Goldberg peut se déplacer dans le temps et dans l'espace ; mieux même, en Juif éternel, il dépasse largement les limites de sa propre existence. De fait, Goldberg a le chic pour se retrouver partout où un pogrom se mitonne ou s'exécute. C'est, clame-t-il bien fort, parce qu'il y a partout et toujours eu des pogroms, et qu'il en y aura partout et toujours, même en l'an 4000 (de l'ère commune).
     Mégalo ? Fort possible. Mais le livre désarme les objections en les faisant toutes lui-même, Goldberg étant pétri d'incertitudes et de contradictions, vrai fils du peuple où deux personnes forment en général trois partis politiques. Et il se moque autant de lui-même que de son milieu — le portrait du groupe de thérapie de Mammele Schmaltzmann est un chef-d'œuvre de la rosserie. Sans oublier bien sûr de dégommer les goyim, qui pour bien intentionnés qu'ils soient seront toujours prêts à se prêter à la transformation d'un camp de vacances en camp d'extermination. Le livre ne leur est pas fermé, il met même une insistance par trop serviable à accumuler les notes que l'on croirait de la main d'un traducteur de la culture juive.
     En ce qui concerne la forme, Marek a une écriture énervée — il empile un barrage de phrases, d'événements semblables en cascade répétitive, pour souvent se lancer dans le registre inverse dès le paragraphe suivant. Une frénésie qui n'est pas sans rappeler le Sternberg des jours meilleurs. Les situations en deviennent affolantes, et le fantastique inévitable pour suivre la dimension énorme des développements — et parfois des gags. La SF doit s'en mêler aussi, comme quand Goldberg retrouve Dieu dans un taudis, ou qu'il essaie (avec l'insuccès que l'on devine) de remonter dans le temps pour empêcher la Crucifixion.
     On ne peut pratiquement jamais séparer l'humour d'un certain malaise dans ce livre. Il n'en est que plus mordant. Qu'est-ce qu'on s'ennuierait si l'on n'avait que des œuvres saines !

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/4/1983
dans Fiction 339
Mise en ligne le : 7/3/2009


 
Base mise à jour le 17 mai 2013.
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