Jeune marseillaise de seize ans, Syrine est à l'âge de tous les possibles. Avec sa famille, la jeune fille vient de déménager en Bretagne. Le choc est plutôt rude au lycée où elle ne connaît personne et éprouve des difficultés à se faire des amis. Et puis il y a les cauchemars qui sont revenus — alors qu'elle pensait en avoir fini grâce à son changement de vie — , son besoin de viande crue — qu'elle n'apprécie pourtant pas spécialement — , mais surtout les douleurs dans son dos qui ne la quittent plus et dont elle a bien trop honte de parler.
Sophie Dabat a un talent certain pour décrire les travers de l'espèce humaine. Elle conte avec réalité l'ostracisme dont peut faire preuve tout un lycée, la violence ordinaire mise en place par les groupes et la peur du nouvel arrivant, cet inconnu vécu comme un danger pour les codes et les habitudes bien établies d'une communauté. Certains se remémoreront sans nostalgie une période de leur existence qu'ils sont soulagés d'avoir laissée derrière eux !
Mais l'auteur aborde aussi avec clarté la dynamique d'échange qui alimente le mécanisme du rejet de l'autre. L'agressivité et le silence de Syrine génèrent un sentiment de malaise et d'incompréhension qui participe activement au processus. Le thème de la confiance est décliné sous tous ses aspects dans la sphère intime comme dans les choix auxquels la jeune femme sera poussée pour prendre sa vie en main. Sa douleur et ses peurs nous saisissent à la gorge et on se rend compte que la facture est déjà existante, qu'elle se dévoile doucement plus qu'elle ne se creuse.
Quid alors de l'aspect fantastique ? Le récit de Syrine est complètement ancré dans la réalité quotidienne. Le lecteur vit l'histoire de l'intérieur et l'évolution de l'héroïne — son corps qui se modifie ainsi que ses échanges avec les autres — reste centrale dans les deux premiers tiers du roman. Si la thématique fantastique prend peu à peu de l'importance, c'est parce que l'aboutissement du changement physique de la jeune fille expulse en quelque sorte les problématiques vers le monde extérieur en les matérialisant, et l'oblige à décider d'impliquer ou non d'autres personnes. Mais arrivé à ce stade de la lecture, tout cela n'est en définitive que secondaire au regard de l'horreur que peut contenir l'existence banale d'une simple vie humaine.
Voici donc un roman à mettre sans restriction entre toutes les mains, non pas pour son contenu en matière de paranormal même si la trame développée est intéressante et ne manque pas d'une certaine originalité dans le contexte familial de l'héroïne, mais bien pour la qualité pédagogique de l'écriture. Espérons que le second tome de ce cycle sera du même calibre et ne rejoindra pas la masse tout de même assez uniforme de la littérature fantastique pour adolescent.
Nathalie TELL
Première parution : 5/12/2010
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