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Temps blancs

Jean-Marc LIGNY

Science Fiction  - Illustration de Stéphane DUMONT
DENOËL, coll. Présence du futur n° 273, 1er trimestre 1979
256 pages, catégorie / prix : 2, ISBN : néant
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Il y a la Cité. Au coeur, les Ordinateurs centraux, qui contrôlent le temps et les gens. Il y a la Périphérie, domaine en ruine des Mutants, oscillant entre deux temps.
     Et il y a la Campagne, légende pour les citoyens, rêve pour les Mutants, réalité glaciale pour les autres. Car le froid polaire étend inexorablement ses tentacules de givre — repoussés sans cesse par les ordinateurs de la Cité. Il y a le temps qui se détraque, des projets qui s'écroulent et des rêves qui naissent. Il y a la vie programmée de la Cité, sauvage de la Périphérie, végétative de la Campagne. Il y a l'espoir enfin — l'espoir de temps meilleurs au milieu du chaos, l'espoir de survivre aux loups blancs, l'espoir de connaître une parcelle de réalité.

L'auteur :
Né à Paris en 1956. Découvre l'auto-stop à 14 ans, la guitare à 15, le militantisme à 16, Nietzche et Fiction à 17, les philosophies orientales (notamment chinoise) à 18, la possibilité d'écrire à 20. S'intéresse à la S.F. depuis l'âge de 8 ans. Sa nouvelle dans l'anthologie Futurs au Présent (Présence du Futur) a été très remarquée. Temps blancs est son premier roman.

 
    Critiques    
 
     LE TEMPS DES LOUPS BLANCS

     Il y a un an à peine, Jean-Marc Ligny publiait son premier texte, Artésis comment ?, dans l'anthologie que Philippe Curval consacrait aux jeunes auteurs, Futur au présent (Coll. Présence du futur). Douze mois plus tard, le voilà en solo dans la même collection pour son premier roman. A 23 ans, c'est pas mal non ?
     Temps Blancs c'est une Cité piégée par l'inexorable glaciation environnante, une Cité aux mains des Ordinateurs qui gèrent les citoyens-lemmings grâce à des moyens rapides et efficaces : la Cospo, les Killdozers, les sondeurs psychomagnétiques, les micro-yeux homéostatiques ; c'est la Périphérie, « labyrinthe de routes désertes, jungle de ruines industrielles », zone instable et incertaine, incertaine et floue au visage de mille morts et où vivent, survivent plutôt, Mutants et Tarés ; c'est l'immensité blanche de la Campagne dans laquelle rôdent des hordes sauvages de loups blancs télépathes.
     Temps Blancs c'est un univers de violence et de givre et d'apocalypse glacée, un univers dont les paysages de mort, figés, prophétisent l'ultime destinée de notre civilisation en proie à la mort de l'affectivité, civilisation qui gèle les rapports humains et castre les individus. Les pluies acides rongent les gens, les grands loups blancs chers à Freud dévorent les errants, le silence et le froid pétrifient tandis que la drogue et la schizophrénie déploient leur vertige chronolytique.
     Temps blancs c'est le refus de cette déshumanisation, le refus de la castration, le refus d'un monde sans tendresse, d'un monde sans chaleur, le refus d'un mode de pensée binaire et manichéen. Les multiples personnages du roman sont tous à la recherche d'une issue, quêtes diverses et désespérées, parfois violentes, parfois mystiques, parfois humanistes, pour échapper au froid de l'âme et du corps.
     « La réalité échappe toujours à qui veut s'en saisir » (p. 213). Aussi, pour donner à voir le monde de Temps blancs, Jean-Marc Ligny a rejeté la linéarité totalitaire, éclatant son propros en cent-dix courts paragraphes, traversés par une trentaine de personnages. La morcellisation du récit renvoie à la morcellisation de l'individu selon un nihilisme littéraire cher à Joël Houssin et Daniel Walther. Mais à la fureur bouillonnante du Houssin de Locomotive rictus 1 ou la logorrhée vénéneuse de l'auteur de Krysnak, Ligny a préféré la froideur d'une narration acérée. Cependant, malgré l'adéquation certaine entre le propos et la forme utilisée, la structure éclatée du récit ne m'a pas pleinement convaincu, de même que la sarabande des personnages, réduits souvent à un nom. Reproches mineurs malgré tout devant la maîtrise du roman et ses qualités d'écriture évidentes.
     A vos raquettes !

Notes :

1. Il existe une filiation très nette entre Locomotive Rictus et Temps blancs, deux romans placés sous le signe du loup et de sa signification freudienne, à savoir l'angoisse de castration (Cf. mon analyse de Locomotive Rictus dans Fiction 264).


Denis GUIOT
Première parution : 1/7/1979
dans Fiction 303
Mise en ligne le : 11/11/2009


 
Base mise à jour le 16 juin 2013.
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