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L'Univers-ombre

Michel JEURY

Fantasy  - Illustration de KNACK / SABLONS
ENCRE, coll. L'Utopie tout de suite - Romans n° 1, 1er trimestre 1979
240 pages, catégorie / prix : nd, ISBN : néant
Autres éditions
   in Escales en utopie, BRAGELONNE, 2010
   FLEUVE NOIR, 1987
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Avant la naissance de l'Empire, Terrego était un monde paisible, heureux et libre, voué au soleil, au vent, à « la terre chaude » un monde à l'échelle humaine, où chacun pouvait vivre ses rêves et redevenir un enfant.
     Mais Lejeran, le visiteur de la Terre, surgit en pleine crise. Il tente de traverser le continent pour rejoindre la mystérieuse Syris dans le désert blanc où elle l'attend. Prisonnier des Impériaux, il découvre enfin la vérité sur Syris, sur Terrego et sur lui-même.

     L'Univers-Ombre décrit d'une manière saisissante et peut-être prophétique, une autre vie, possible tout de suite :
A coups d'énergies douces, d'écologie pratique et d'utopies réalisables, Michel Jeury met son grand talent au service d'un monde plus juste où l'idée autogestionnaire est développée concrètement.
Et ça marche !

     L'auteur du TEMPS INCERTAIN, SOLEIL CHAUD, POISSON DES PROFONDEURS, et PONEY-DRAGON mêle ici une réflexion sociale audacieuse à une fiction éclatante.

VOICI ENFIN
UNE UTOPIE A LA MESURE DE NOS PROBLEMES.

 
    Critiques    
 
     OMBRES JEURYENNES

     Lire L'Univers Ombre immédiatement après Le Territoire Humain (dont on vous parlera, si ce n'est déjà fait, dans ces colonnes) n'est peut-être pas la meilleure des choses à faire, tant Le Territoire Humain est bon, un grand livre, sans doute le meilleur roman écrit et publié à ce jour par Jeury... mais le gaillard nous réserve sûrement d'autres monuments, on peut avoir confiance. Cela dit, le problème est ardu car il faut naturellement lire aussi L'Univers Ombre. Alors ? Bof, laissez passer un rien de temps...
     L'Univers Ombre, c'est la queste du « visiteur de la Terre », tombé abruptement sur Terrego, alors que les peuples de ce monde libertaire, pacifiste, régi par des énergies douces — l'eau, le soleil, le vent — sont en crise. Traversent une crise, plus exactement, et voient enfler la soudaine volonté de puissance colonialiste de l'Empire. Pourquoi ce « visiteur de la Terre », l'univers ombre, se trouve-t-il « parachuté » de cette façon sur Terrego, et pourquoi doit-il rejoindre Syris la mystérieuse, dans quel but final, voilà une des questions majeures qui soutiennent la trame de ce roman. Il y en a d'autres. Par exemple : que sont en réalité les déserts blancs, que cachent-ils ? Où vont les compagnons qui se joignent à l'itinéraire du personnage central ? Qui est Sirys ? Qui sont les gardiens du Cheval-Soleil et pourquoi le pouvoir est-il endormi, par qui, sur Terrego ? Quand il s'éveille, pourquoi ne se rendort-il pas comme prévu, parfois ? Enfin, la plus importante : l'univers ombre possède-t-il réellement une identité propre ?
     C'est l'entrelacs coutumier des interrogations que pose (se pose ?) Michel Jeury au fil de ses romans, pour notre grand bonheur. Ici, la réflexion est une fois de plus basée sur le pouvoir, dans le contexte social et économique d'un univers écologique doux — même dans l'étude des relations sociales de ce peuple, c'est encore les notions de pouvoir et pouvoirs qui prédominent : par exemple : pouvoir de la société sur l'individu, par l'intermédiaire des castes de Coutumiers. La promenade dans ce monde est agréable ; elle nous vaut de bien jolies et bien tentantes découvertes — La rue de Justice nous paie largement du détour ! Promenade, c'est aussi ce qu'a tenté et réussi Jeury en écrivant ce roman : une promenade dans les mots et les idées, dans son utopie qui possède la belle force évocatrice d'une réalité — mais c'est bien connu : les utopies ne sont jamais que des réalités minoritaires qui flottent et mûrissent sous le soleil généralement dur d'une unique réalité dictatoriale... Promenade. Baguenaude. C'est tout aussi agréable d'accompagner Jeury pour un bout de balade, mains dans le dos, sur ses sentiers non-battus, que de le suivre en haletant dans les folles équipées de ses autres romans : dans tous les cas, il nous force à sa compagnie. Même s'il ne nous abandonne jamais tout à fait (et c'est si chaud !) : une fois arrivé au bout du chemin, toujours, on regrette que ce soit déjà fini.
 

Pierre PELOT
Première parution : 1/9/1979
dans Fiction 304
Mise en ligne le : 6/10/2009

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition FLEUVE NOIR, Anticipation (1987)


     L'Univers-Ombre, initialement paru aux Editions Encre en 1979, a été réécrit pour le Fleuve Noir ; simplifié, peut-être. Je ne saurais le dire, n'ayant pas lu la première version, et je vais donc me contenter d'évoquer la seconde mouture.
     Une impression frappe d'emblée : il existe de profondes similitudes., ou liens, entre ce roman et la nouvelle de l'auteur parue dans Utopies 75 (Laffont), La Fête du Changement.
     Les deux œuvres présentent un monde sympathique, sagement et naïvement utopique, décrit avec des moyens rudimentaires dans le roman qui ne retranscrivent pas la générosité et la richesse de la nouvelle. Les deux mondes stables et auto-régulés, sans état, sans gouvernement, sans armée, sans véritable police ni véritable agressivité, sont soudain attaqués par un puissant empire, royaume totalitaire et ambitieux. Ils ne peuvent se défendre, ils ignorent la guerre, son concept et sa réalité. C'est là peut-être que les deux textes bifurquent.
     Dans l'Univers-Ombre, la violence finit par triompher, le pouvoir est réveillé, le passé de la Terre resurgit, une armée se constitue dans les pays envahis qui renouent peu à peu avec la tradition de violence oubliée. Et la Coutume qui préservait l'équilibre mais ne permettait pas de lutter contre un monde différent et belliqueux est balayée. Tandis que dans La Fête du Changement, la non-violence règne jusqu'au bout, les armes sont des mirages, les fusils sont en bois. La victoire réside dans une défaîte apparente, ô combien trompeuse, se laisser envahir afin d'envahir à son tour le vainqueur avec une armada d'idées qui vont faire leur chemin dans le coeur des envahisseurs, en un mot qui vont faire du changement une fête.
     L'Univers-Ombre propose visiblement un récit moins subtil et plus stéréotypé que La Fête du Changement. Mais le roman est bien adapté à la collection Fleuve Noir. II s'agit d'une bonne et courte introduction à l'œuvre monumentale de Michel Jeury qui peut donner envie à ceux qui ne le connaissent pas encore de le découvrir.
     Le dénouement semble un peu abrupt bien que se situant dans la logique du personnage central, l'Hexarque Rob Lejeran ; pauvre Don Quichotte qui se battra toujours contre le Pouvoir. N'a-t-il pas compris que sa charge héroïque est sans fin et que l'utopie, quand par mégarde elle existe et se montre féconde, se révèle aussi éphémère qu'un papillon de nuit ?


Éric SANVOISIN
Première parution : 1/7/1987
dans Fiction 388
Mise en ligne le : 20/4/2003


 
Base mise à jour le 31 août 2014.
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