Noirs dessins
par Jean-Philippe Guerand

(article paru dans Le Nouveau cinéma, novembre 1999)

Né de l'imagination de Lucas et de ses sbires, Star Wars a beaucoup emprunté, sans les citer, à deux dessinateurs français, Moebius et Jean-Claude Mézières. Un Critique belge a qualifié de « rimes d'images » les emprunts nombreux auxquels s'est livré Hergé, le père de Tintin. Le terme semble particulièrement adapté à la saga Star Wars, conçue par George Lucas, ses disciples, ses clones et ses épigones. On constate en effet que ces Américains-là ont lu beaucoup de bandes dessinées françaises et s'en sont inspirés... sans jamais citer leurs sources.

 
          Retour à la fin des années 60. Dopé par le succès d'Astérix, Pilote réunit le gratin de la BD, à commencer par deux copains promis à un brillant avenir : Jean Giraud, alias Moebius, et Jean-Claude Mézières. Le premier touchera au cinéma avec Alien et Tron. Il influencera aussi un autre film de Ridley Scott, Blade Runner, sans être crédité au générique. Le second crée, avec Pierre Christin, le personnage de Valérian dont la première aventure paraît en 1967. Suivront une vingtaine d'albums, publiés chez Dargaud, et l'émergence d'une héroïne, Laureline. Le tout sous l'influence d'auteurs comme Asimov et Bradbury, mais aussi Forest (Barbarella) et Kubrick (2001 : l'odyssée de l'espace). Lors de la sortie de la Guerre des étoiles, en 1977, Mézières est surpris de constater que non seulement certains vaisseaux spatiaux ressemblent trait pour trait à ceux qu'il a dessinés six ans plus tôt dans l'Empire des mille planètes mais que les analogies pullulent : en retirant son casque, Darth Vader apparaît nucléarisé comme l'un de ses personnages, Han Solo est coulé dans un bloc de plastique comme Valérian, et de nombreux éléments trahissent une culture sous influence(s). Mézières écrit au cinéaste, qui omet de lui répondre. Il apprend par de bienveillants confrères admis dans le saint des saints que ses albums figurent en bonne place dans l'atelier du directeur du design de Star Wars, Doug Chiang. De plus, nombreuses sont les petites mains recrutées en France, l'école des Gobelins étant considérée dans le domaine de l'animation comme un vivier de premier choix.
 
          La saga continue et, dans la Menace fantôme, Mézières reconnaît en Watto, le marchand de pièces de rechange, une copie des trois Shingouz qui remplissaient la même tâche dans l'Ambassadeur des ombres, en 1975. Le dessinateur cite d'autres emprunts repérés dans Conan le Barbare et Independence Day. « Moi, je vous engage et je vous paie », déclarera d'ailleurs le trublion Luc Besson en faisant appel à Moebius et Mézières pour participer, dès 1992, à la conception des décors de ce qui allait devenir le Cinquième Elément. Pas étonnant que les taxis volants figurent dans l'album intitulé les Cercles du pouvoir : ils ont été imaginés par Jean-Claude Mézières.

 

 

 


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