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Le défi du
temps
Participation au colloque philosophique de
l’Association Ferdinand Gonseth (Malvilliers, 27 septembre 2007).
Le
philosophe suisse Ferdinand Gonseth (1890-1975) est un épistémologue
(théoricien de la connaissance) internationalement connu. Son œuvre
inspire toujours émules, publications et débats. Preuve en est le
colloque annuel qu’organise chaque année dans le Jura neuchâtelois la
société fondée en sa mémoire, l’Association Ferdinand Gonseth.
En 2007, la
manifestation avait pour thème de réflexion « Le défi du temps ».
Plusieurs conférenciers étaient invités à présenter le rôle et la
conception du temps dans leurs disciplines respectives. Les exposés,
introduits par le philosophe Pierre-Marie Pouget, modérateur,
développaient sur même motif des réflexions très
variées : « Le temps éclaté » (Jean-Claude Mermilliod,
astronome), « Vous m’en direz temps… » (Thomas Sandoz, psychologue et
épistémologue), « Du musée à la muséolâtie » (Jacques Monnier-Raball,
directeur honoraire de l’Ecole des Arts de Lausanne). Enfin, pour clore
la journée, j’étais invité à parler de « Temps et science-fiction ». à
la fois comme auteur d’ouvrages critiques sur la SF et au titre de
membre du Conseil de Fondation de la Maison d’Ailleurs.
Le texte de cette intervention est
reproduit ci-dessous dans son intégralité, ainsi que la bibliographie
qui l’accompagne. (Parution originale : Cahiers de l’Institut de la
Méthode n°30, Association Ferdinand Gonseth, St-Imier, novembre 2007)
F.R.

Temps et science-fiction
Introduction
Cadre et limites
Loin de moi la prétention de relever ici
« le défi du temps », au sens d’une gageure philosophique. Mon propos
n’est pas celui d’un penseur astreint à une conceptualisation
rigoureuse, mais les notes de voyage, éparses et lacunaires, d’un
explorateur de l’imaginaire.
Cet imaginaire se restreindra à un
domaine, la science-fiction (SF). Non qu’il s’agisse d’exclure d’autres
champs, comme le rêve, la mythologie, le merveilleux des contes ou de la
fantasy, ou encore le fantastique. Simplement, la science-fiction
reste mon terrain de prédilection, et celui que je connais le mieux.
Disons, en préambule personnel, que
j’affectionne depuis l’enfance les histoires et les images de
science-fiction. J’en ai consommé sous toutes ses formes, un appétit
insatiable qui perdure et se chiffre en milliers de romans, de bandes
dessinées, de films. Cette passion m’a conduit à rencontrer d’autres
amateurs acharnés comme moi, mais aussi des artistes et des écrivains
oeuvrant dans le même esprit. Des fréquentations qui m’ont amené à
publier un recueil de dessins (je suis illustrateur à mes heures) et
quelques nouvelles. Mais c’est dans une perspective analytique que j’ai
surtout écrit ces dernières années, en rédigeant divers articles
critiques ainsi que deux livres documentaires sur la science-fiction
(cf. bibliographie).
Je crois utile d’inviter le public
profane comme les spécialistes à s’interroger sur la SF. Les questions
que suscitent ses univers sont nombreuses : De quels désirs, de quelles
inquiétudes se fait-elle la messagère ? Ses inventions sont-elles de
pures chimères, ou des avertissements utiles ? Ses œuvres nous
aident-elles à intégrer les dernières données de la science, à prévoir
leurs implications dans nos vies, à modifier en conséquence notre vision
du monde ?
J’espère vous montrer qu’en abordant le
thème du temps, tel que l’ont traité les auteurs de science-fiction, de
telles questions méritent d’être posées. Au-delà des fantaisies et des
aventures extraordinaires proposées par les romanciers, s’ouvrent des
perspectives de réflexion insoupçonnées. Dans les uchronies ou les
histoires de voyages temporels, l’imagination met en question le cours
de l’Histoire, le destin, le sens de la flèche du temps,
l’inéluctabilité des événements. À leur manière, tous ces récits
« défient » le temps. Puissent-elles offrir autant d’occasions d’étonner
le philosophe.

Qu’est-ce que la science-fiction ?
Je dois à Patrick Gyger, qui préside aux
destinées de la Maison d’Ailleurs, à Yverdon-les-Bains, l’opportunité de
cet exposé. Le directeur-conservateur du musée de l’utopie et de la SF
m’a en effet demandé de vous parler à sa place du temps dans la
science-fiction, en tant que membre du Conseil de Fondation de
l’institution.
La Maison d’Ailleurs a été fondée en 1972
par Pierre Versins (1923 - 2001). Ce collectionneur et érudit français
est l’auteur d’une monumentale Encyclopédie de l'utopie, des voyages
extraordinaires et de la science-fiction (1972), une somme de 1000
pages qui reste une référence pour les connaisseurs du monde entier.
Versins a également forgé une définition
de la science-fiction dont la pertinence n’a d’égale que la concision.
Comme avant de poursuivre, il me paraît utile de circonscrire clairement
le sujet traité, je n’hésite pas à emprunter les mots choisis par le
fondateur de la Maison d’Ailleurs.
Cette définition tient en trois mots :
conjecture romanesque rationnelle.
L’étiquette peut paraître austère. Elle n’en concentre pas
moins l’essentiel : le nom « conjecture » signifie hypothèse, saut dans
l’imaginaire ; l’adjectif « romanesque » précise qu’il n’y a pas
seulement fiction, mais récit ; enfin, l’épithète « rationnelle » ajoute
aux deux premiers termes un lien avec la raison – raison prise au sens
des sciences ou à celui des Lumières. Un substantif flanqué de deux
adjectifs. Le premier affirme la prééminence de l’imagination, les deux
autres la modulent, respectivement dans la forme et dans l’esprit. On
chercherait en vain, chez d’autres critiques, une formule aussi
efficacement synthétique.
L’Utopie de Thomas More, les voyages extraordinaires au sens
de Jules Verne ou de Jonathan Swift, ainsi que la science-fiction
moderne entrent dans les catégories fixées par Versins. Ces narrations
imaginent des sociétés ou des artifices que la raison (scientifique ou
politique) pourrait concevoir et gérer dans le prolongement du présent.
L’Utopie de More est découverte comme une île australe, et les mœurs de
ses habitants, observées comme celles d’une peuplade exotique. Rien qui
n’offense le bon sens d’un lettré du XVIe siècle, bercé de récits de
voyages. L’obus qui emporte les héros de Autour de la Lune, ou
l’île volante de Laputa des Voyages de Gulliver, tenue en
suspension dans le ciel par un puissant champ magnétique, ne contrarient
pas a priori la science de leur temps.
En revanche, les aventures de Harry Potter, pleines de
sorciers et de sortilèges, font intervenir des éléments surnaturels qui
échappent à la raison. Cette fantasmagorie relève du fantastique, non de
la SF. Pareillement, la trilogie Le Seigneur des anneaux de
Tolkien se situe dans un univers de légende, dont les sortilèges se
rient des lois physiques. Nous nous trouvons dans le merveilleux, en
plein conte de fées, et non dans un imaginaire rationnel.

Les
grands thèmes
Le mot science fiction a été
inventé en 1926 par un éditeur de magazines américain. C’est dans ces
revues populaires, qui publiaient des récits dans la ligne de Jules
Verne et de Herbert George Wells, que se sont cristallisés les
principaux thèmes du genre. Un répertoire qui offrira une mine
d’inspiration inépuisable aux créateurs qui suivront.
Voici les plus connus de ces sujets, tels
que la science-fiction les exploitera jusqu’à aujourd’hui :
·
L’Autre, l’Ailleurs.
L’exploration spatiale et la découverte de civilisation
extra-terrestres, illustration du principe de la pluralité des mondes,
cher à Giordano Bruno et à Fontenelle.
·
La Machine.
Le développement de nouvelles technologies, rivalisant avec la nature
(robots, cyborgs, intelligences artificielles, etc.)
·
L’Homme modifié.
Les transformations futures de l’homme et de la société
·
L’Evolution.
Le devenir de la Terre, du vivant, du cosmos (catastrophes, mutations,
régressions, fins du monde)
·
La Réalité.
Les autres dimensions, les mondes parallèles et (plus récemment) les
réalités virtuelles
et enfin :
·
Le Temps,
le thème qui retiendra notre attention.
De tous les sujets traditionnellement
abordés par les auteurs de SF, le temps est sans doute le plus difficile
à caractériser, parce que souvent mêlé à d’autres motifs. On connaît la
trame traditionnelle des histoires de voyages dans le temps, mais ce
traitement n’est de loin pas la seule manière d’accommoder le temps
dans la science-fiction. Beaucoup de récits s’y réfèrent de manière
indirecte, déviée, allégorique. Les rôles du temps dans l’imaginaire SF
sont variés et féconds, suscitant à chaque fois de nouvelles fictions…
et autant de façons de penser la durée, la finitude, la permanence des
êtres et des événements.
On le verra à la lumière d’exemples
concrets, tirés de la littérature et du cinéma.
Les visages du temps en science-fiction

Le
temps en boucle
L’Antiquité se représentait la marche du
temps sous la forme d’un grand cycle, où les ères heureuses succédaient
naturellement aux périodes sombres de l’Histoire. « Voici que
recommence une grande série de siècles » annonce Virgile au début de
sa quatrième Bucolique, qui prédit le retour fastueux de l’Âge d’or.
La science-fiction a souvent repris à
son compte cette conception cyclique du temps. Non tant pour sacrifier
au mythe de l’éternel retour que pour affirmer, au-delà de l’apparence
de la durée, une dimension supra-temporelle qui gouvernerait le cosmos.
Ainsi en est-il de l’épopée astronautique de 2001, l’Odyssée de
l’espace, roman de Arthur C. Clarke dont Stanley Kubrick fera un
monument du 7e art. Dans le livre comme dans le film,
l’équipage d’un vaisseau spatial est attiré aux confins du système
solaire par des signaux extra-terrestres. Là, le dernier survivant de
l’expédition est happé hors de l’espace connu, dans un environnement où
l’écoulement du temps n’est plus linéaire. Ainsi le héros assiste-t-il à
sa propre mort, que suit sa résurrection sous forme de fœtus nageant
entre les étoiles.
La caméra de Kubrick a figuré ce
basculement hors de l’espace-temps par une succession de scènes
oniriques, mêlant couleurs psychédéliques et blancheur éblouissante. Un
traitement qui montre que le propos est passé à un niveau supérieur,
hors de l’enchaînement logique des causes et des effets. Le cycle
mort-renaissance qui s’achève sur décor interstellaire augure la
promotion de l’humanité à un nouvel ordre cosmique, une dimension que
l’intelligence ordinaire ne peut saisir que sous forme de métaphore
affranchie du temps, quasi religieuse. La science, qu’on a vue à l’œuvre
durant toute la première partie du film, n’est pas niée par ce
dénouement symbolique. Au contraire, ces images sibyllines sont la
marque d’une nouvelle forme de connaissance qui dépasse l’ancienne et
l’englobe dans une boucle temporelle, concept propre aux mythes et aux
légendes. À ce stade d’évolution, hors de portée de nos pauvres
instruments, le seul langage approprié est celui du sacré. Pour
reprendre une citation célèbre de Clarke, « toute technologie
suffisamment avancée est indiscernable de la magie ».

Le
temps immobile.
Le cycle antique des âges n’est pas la
seule conception non linéaire du temps dont a hérité la science-fiction.
La SF porte en elle une autre tradition, celle de l’utopie. L’utopie,
inventée formellement par Thomas More, n’est pas sans racines,
religieuses entre autres. L’« Île de nulle part » de More, où s’épanouit
une société idéale, rappelle l’Eden biblique ou le règne de mille ans de
bonheur promis aux élus avant le Jugement dernier. Dans l’Utopie comme
dans le millenium de l’Apocalypse de Jean, l’Histoire des hommes
s’interrompt pour faire place à un âge figé dans la perfection. Pour
Platon et les utopistes, cet état d’équilibre est maintenu par des lois
justes et immuables. Pour les millénaristes, le bonheur sur Terre
résulte d’une promesse divine. Dans les deux cas, le temps
s’arrête.
L’Utopie
de Thomas More ou La Cité du soleil de Campanella sont des
tentatives de cristalliser un système social en monde clos, interdit de
changement. Rien ne s’y passe qui marque les annales, puisque tout s’y
répète indéfiniment, comme une mécanique inusable.
Les auteurs d’anticipation modernes ont
retourné le fantasme d’immuabilité des utopistes en visions
cauchemardesques. L’utopie devient dystopie, ou contre-utopie, un
univers où le devenir individuel est aboli. Le Meilleur des mondes,
de Aldous Huxley est une utopie scientifique où, de la naissance à la
mort, le sort de chaque citoyen est exactement planifié. La sélection
des embryons, le conditionnement psychologique, l’usage de stupéfiants
permet de contrôle de tous les rouages de la société, sans échappatoire
possible. Symptôme révélateur, on entretient dans cette civilisation le
culte d’une éternelle jeunesse, et tous les signes de vieillissement
sont gommés par des moyens chimiques ou chirurgicaux.
La négation du temps caractérise
l’utopie comme la dystopie, son double négatif. Ces sociétés, confites
dans l’Idéal telle la République platonicienne ou encloses dans un
cauchemar sans issue, ne s’autorisent plus d’évoluer. Pourquoi prévoir
des lendemains à un éternel présent ? Mais, pour ses citoyens, une
société sans histoire est-elle réellement vivable ?
Les
temps à venir
Le temps bouclé sur lui-même, ou le
non-temps des utopies appartiennent à des traditions qui s’abstraient de
l’Histoire. La plupart des récits de science-fiction, à l’opposé de ces
conceptions passéistes, s’inscrivent dans le temps historique, qu’ils
prolongent dans l’avenir. C’est la démarche - largement majoritaire en
SF – de l’anticipation. Soit la projection de l’imaginaire dans le
futur.
L’anticipation peut envisager un avenir
proche par extrapolation linéaire du présent ou un futur très lointain,
qui diverge totalement de l’évolution du monde que nous pressentons. Les
romans Tous à Zanzibar de John Brunner ou Neuromancien de
William Gibson, dont la portée anticipatrice est limitée à quelques
décennies, mettent en scène un futur où les travers de la fin du XXe
siècle se sont exacerbés.
Le roman de Brunner, paru en 1968,
accélère le déferlement des fléaux modernes que sont la pollution,
l’épuisement des ressources naturelles et la surpopulation. La crise de
l’énergie, la faille économique et sociale qui sépare l’Occident des
pays en développement, l’utilisation sauvage des biotechnologies, la
montée des extrémismes, tout prend une allure asymptotique qui précipite
la planète vers l’Apocalypse. L’écrivain britannique est un pessimiste
qui accentue les pires tendances de l’actualité. Son roman est conçu
comme une mosaïque de faits journalistiques, servis au lecteur comme
autant de nouvelles alarmantes. Avertissements d’autant plus percutants
que dans ces extrapolations, rien, ou presque, ne sort du champ du
prévisible.
William Gibson exerce aussi son talent à
la prédiction à court terme, mais dans un registre moins résigné à la
catastrophe. Le romancier américain concentre ses anticipations sur le
développement des technologies de l’information : réseaux informatiques
tentaculaires, foison de réalités virtuelles, connexion directe de
dispositifs et de prothèses électroniques à l’anatomie humaine. La Terre
est devenue une mégapole survoltée, dirigée par des conglomérats
politico-économiques aux frontières indécises, partagées entre la
réalité matérielle et le cybermonde, l’univers artificiel tissé par
internet et les technologies informatiques. Neuromancien, qui
paraît plus de 15 ans après Tous à Zanzibar, n’est plus un
catalogue de calamités. Les transformations prévues par Brunner se sont
bel et bien produites, mais l’humanité les a intégrées en une nouvelle
forme de civilisation. Neuromancien est à cet égard une
anticipation post-moderne, où les innovations technologiques et les
transmutations qu’elles ont entraînées ont modifié à la fois l’homme et
son environnement.
Au réalisme catastrophiste de Brunner,
qui lance un cri d’angoisse, répond l’esthétique « cyberromantique » de
Gibson, qui s’accommode des changements à venir. Les visions du futur
proposées par Brunner et Gibson ne sont pourtant que deux prolongements
possibles de notre actualité, parmi de multiples autres anticipations.
En se plongeant dans la lecture successive de romans de SF, on voit se
déployer autant de futurs probables, dans un éventail de lendemains
tantôt fascinants et tantôt effroyables. Comme si, entre les doigts du
présent, l’avenir s’ouvrait comme une gerbe de possibles.

L’abîme des temps
L’anticipation à court terme met
l’avenir à portée de main en prolongeant l’actualité de quelques
décennies. Mais il est en SF d’autres visions qui, elles, enjambent
siècles et millénaires pour englober l’immensité du temps cosmique. Une
ampleur de vue qui relègue la durée de toute l’histoire humaine à celle
d’un battement de cil.
Les Derniers et les premiers,
oeuvre du britannique Olaf Stapledon, n’embrasse pas moins de deux
milliards d’années. L’intrigue débute vers 1930 – l’année où paraît le
roman – et s’achève 400 pages plus loin, avec la disparition de la
dix-huitième espèce d’humanité, anéantie par l’explosion d’une supernova
au voisinage du système solaire. Entre-temps, se succèdent des
évolutions prodigieuses et des régressions abominables, des expansions
triomphantes et des guerres sans merci, des catastrophes et des
mutations. Au lieu de personnages, ce sont des civilisations entières
qui naissent et meurent sous la plume de Stapledon, sur une échelle
temporelle proprement astronomique.
Dans un tel panorama littéraire, la
dimension temporelle est magnifiée, mais notre courte destinée, elle,
est réduite à l’insignifiance. Face à ce déploiement, la relativité de
notre durée individuelle apparaît de manière flagrante. Les Derniers
et les premiers incite certes à la modestie, mais offre aussi une
manière de se situer dans l’incommensurable. Notre devenir n’est plus
individuel, mais celui de tous nos descendants. L’aventure personnelle,
si vite passée, se fond dans l’épopée collective, seule apte à franchir
l’abîme des temps.

Le
temps relatif
Einstein a démontré que l’écoulement du
temps n’est pas uniforme. La durée est une donnée élastique qui varie en
fonction de la vitesse à laquelle se déplace l’objet (ou l’observateur)
considéré.
La science-fiction ne s’est pas privée
d’exploiter cette étonnante propriété. Le héros de La Planète des
singes, de Pierre Boulle revient sur Terre 700 ans après son départ.
Mais comme son voyage interstellaire s’est accompli à une vitesse
voisine de celle de la lumière, lui-même n’a vieilli que l’équivalent de
4 années terrestres. Lorsqu’il atterrit sur sa planète d’origine, il
constate que les conditions de vie ont radicalement changé et qu’une
race de singes intelligents a réduit les derniers hommes en esclavage.
D’autres récits imaginent que le temps
subit dans certaines conditions de fulgurantes accélérations, alors
qu’en d’autres lieux, sa marche est excessivement ralentie. Dans
L’Oeuf du dragon, de Robert Forward, une expédition humaine tente
d’approcher une civilisation se développant sur un monde miniature où le
temps s’écoule un million de fois plus vite que sur Terre. Un premier
contact est établi alors que les habitants de L’Oeuf du dragon
font preuve d’une forme primitive d’organisation sociale. Quelques
semaines plus tard, la communication est rendue impossible parce que la
civilisation qui s’est développée dans le micro-univers dépasse en
intelligence et en complexité toutes les facultés de compréhension
humaines.
La même frustration est lisible dans
Le Temps, un conte ultra-bref de Jacques Sternberg :
-
Je vous aime, déclarai-je à Sylgère
qui habitait la planète Drouge. Voulez-vous m’épouser ?
Vingt ans de ma vie passèrent. J’eus
même le temps de mourir. Sylgère se tourna vers moi.
-
Mais oui, répondit-elle
immédiatement, sans hésiter.
Le
temps spatialisé
Dans les œuvres que nous
avons examinées jusqu’ici, le temps n’est pas en lui-même matière à
conjecture. Même ralenti ou comprimé, il s’écoule inexorablement, dans
la direction voulue par les horloges et le sens commun.
Mais avec La Machine à voyager dans
le temps, de H. G. Wells, ces propriétés volent en éclats.
L’écrivain britannique prend Héraclite à la lettre : le temps est un
fleuve. Donc, comme n’importe quel cours d’eau, on peut remonter ou
descendre son cours à volonté. L’idée du voyage dans le temps est une
simple analogie : comme un bateau se déplace en avant ou en arrière sur
une rivière, Wells imagine un véhicule qui avance ou recule dans le
temps. La flèche du temps n’est-elle pas, à l’image des coordonnées
spatiales sur un graphique, une dimension comme une autre ?
Le héros du roman de Wells entreprend,
grâce à son invention, d’explorer le futur. Son voyage comprendra
plusieurs étapes, toujours plus éloignées de son point de départ. Il
fera une halte prolongée au XXXe siècle, une ère où l’humanité s’est
scindée en deux espèces distinctes, l’une douce et oisive, l’autre
prédatrice. Puis il poursuivra son périple, jusqu’à atteindre le rivage
désolé d’une Terre agonisant sous un soleil presque éteint. Le voyageur
et sa machine disparaîtront dans une ultime tentative de plonger dans le
futur, au-delà de la fin du monde.
Le temps chez Wells, comme après lui
chez des générations d’écrivains et de cinéastes, est spatialisé.
Christopher Priest, un autre auteur britannique, inaugure son roman
Le Temps inverti par une phrase révélatrice : « J’avais atteint
l’âge de mille kilomètres ». On se déplace dans le temps déplace
comme le long d’un axe, visitant aussi bien les époques passées que les
âges à venir.
Cette astuce romanesque ne repose sur
aucune caution scientifique, du moins dans l’univers macroscopique qui
est le nôtre, où tous les phénomènes physiques suivent strictement la
flèche du temps et les lois irréversibles dictées par l’entropie. Mais
malgré leurs aberrations, les histoires de voyage dans le temps sont
traditionnellement rangées au rayon science-fiction. Par analogie avec
la conquête spatiale, mais aussi parce que l’hypothèse du voyage dans le
temps est traitée par les auteurs de SF comme une conjecture
rationnelle, avec un souci de vraisemblance aussi contraignant qu’un
autre champ d’exploration scientifique.

Paradoxes temporels
Voyager dans le temps n’est pas aussi
simple que se déplacer dans l’espace. Surtout si on se rend dans le
passé. Le Voyageur imprudent, héros d’un roman éponyme de René
Barjavel, remonte le fleuve du temps jusqu’au début du XIXe siècle. Son
dessein est d’assassiner Bonaparte avant qu’il ne devienne Napoléon,
afin d’infléchir le cours de l’Histoire. Mais la balle rate sa cible et
atteint un soldat du futur empereur, qui meurt à sa place. Or il se
trouve que ce soldat est l’ancêtre du Voyageur.
« […] il a tué son ancêtre avant que
celui-ci ait eu le temps de prendre femme et d’avoir des enfants. Donc
il disparaît, c’est entendu. Il n’existe pas, il n’a jamais existé. […]
Mais s’il n’existe pas, s’il n’a jamais existé, il n’a pas pu tuer son
ancêtre. […] Donc il existe. »
Voici, clairement exposé, le principe
d’un paradoxe temporel. Cette problématique est au cœur d’un nombre
impressionnant d’histoires de science-fiction. La SF n’aura de cesse
d’inventer des intrigues où les héros modifient leur propre histoire et
en subissent les conséquences – souvent absurdes - une fois revenus à
leur époque d’origine.
Le paradoxe temporel peut susciter
divers raisonnements : pour les pragmatiques, il prouve que le voyage
dans le temps est impossible et confirme l’inéluctabilité du passé ;
pour les esprits imaginatifs, il devient une forme inédite de koan
zen qui force la logique ordinaire à se remettre en question ; enfin, le
paradoxe temporel peut aussi suggérer l’existence d’univers divergents,
qui naissent lorsque deux réalités possibles se font concurrence. Ainsi,
dans l’exemple du Voyageur imprudent, le paradoxe serait résolu
par la division de l’axe du temps en deux réalités parallèles, au moment
où le héros fait feu. L’une où l’ancêtre est tué, et l’autre où il reste
vivant.

Le
temps multiplié
L’existence de réalités (et de temps)
multiples est une autre conjecture chère aux auteurs de science-fiction,
surtout lorsqu’entre ces destinées parallèles s’ouvrent des failles ou
des passages.
La Machine lente du temps
de Elisabeth Vonarburg est une histoire d’amour déclinée dans une
enfilade d’univers parallèles. Ces mondes jumeaux sont communicants, et
par des portes secrètes certains initiés peuvent transiter d’une réalité
à l’autre, échanger des informations et même nouer des rapports
amoureux. C’est tout le drame de La Machine lente du temps : un
gardien de porte s’est épris d’une voyageuse, qui l’a quitté pour
reprendre son périple entre les mondes. Peut-il espérer que son amante
lui revienne ? Et dans cette éventualité, sera-t-il sûr de retrouver la
même femme, et non sa jumelle débarquée d’une réalité différente ?
Qu’advient-il des relations
transversales qui se tissent entre les habitants de réalités
divergentes ? Les sentiments que j’éprouve dans cet univers-ci ont-ils
leur pareil dans celui d’à côté ? Est-ce que les êtres peuvent vivre
leurs passions au-delà des circonstances hasardeuses de leur venue au
monde ? Existons-nous seulement à titre particulier sur une Terre
unique, ou partageons-nous notre identité avec une multitude de doubles,
habitant une chaîne continue de réalités alternatives ?
En un mot, vivons-nous une seule
existence, ou la résultante d’une infinité de possibles ? La question
aurait pu interpeller un Leibniz et sa théorie des
monades.

Le
temps inversé
Inverser la flèche du temps, voici une
autre entorse au sens commun et à l’orthodoxie scientifique.
Dans A Rebrousse-temps de Philip
K. Dick, le temps se met à couler à l’envers. Les morts reviennent à la
vie, les bébés retournent dans le sein de leur mère. Toute l’activité
humaine consiste à défaire, à effacer, à oublier. Un chantier qui
déconstruit la civilisation pierre par pierre et annihile patiemment
connaissances et souvenirs…
Le
temps modifié
Si le temps peut en science-fiction
s’inverser ou se modeler, l’Histoire, par voie de conséquence, devient
aussi pour l’imagination matière à modification.
Dans Voyage, de Stephen Baxter, la tentative
d’assassinat de Kennedy échoue. Le président survit à l’attentat et
imprime à l’Amérique l’élan économique et social que la nation espérait
de lui. Principale bénéficiaire de cet essor, la conquête spatiale
n’accuse pas le fléchissement dont elle a pâti (dans notre réalité) à
partir des années soixante-dix. Sur la lancée des missions Apollo, la
NASA programme une expédition habitée vers Mars et atteint son objectif
en perfectionnant la technologie des vols lunaires. En 1986,
l’astronaute Natalie Wood marche sur la planète rouge.
Voyage est une uchronie, ou « utopie dans le
temps », selon la définition du philosophe Charles Renouvier. Le
principe de telles fictions est de répondre à l’interrogation « et si
les choses s’étaient passées autrement ? » Et si la grande Armada avait
vaincu la flotte anglaise ? Et si les forces de l’Axe avaient remporté
la victoire sur les Alliés en 1945 ? Précisons bien que ces scénarios
restent des conjectures, et ne basculent pas dans le montage
révisionniste. Les uchronistes, comme les utopistes, restent des
affabulateurs. S’ils entrent en compétition avec les faits, ce n’est que
par jeu. Le « et si ? » de la fiction bouscule la conviction d’habiter
un univers inéluctable. En feignant d’échapper au révolu, l’uchronie
rappelle que tout événement est un carrefour et tout instant, une
arborescence de possibles.

Le
temps prédit
La science-fiction met volontiers en
scène des personnages dotés de pouvoirs paranormaux, comme celui de
prévoir l’avenir. De telles facultés apparaissent aussi dans la
littérature fantastique, prodigue de rêves prémonitoires et de prouesses
divinatoires. Cette thématique est toutefois envisagée dans la SF comme
une perspective scientifique reprenant à son compte les prétentions de
la parapsychologie. La conjecture rationnelle s’empare de l’irrationnel
pour lui donner un statut de phénomène objectif et reproductible.
Dans le film de Spielberg Minority
Report, adapté d’une nouvelle de Philip K. Dick, la police utilise
les services de mutants capables de deviner le futur. Leurs prédictions
permettent ainsi d’arrêter les criminels avant qu’ils ne commettent
leurs méfaits.
Dans le cycle de Dune de Frank
Herbert, une drogue fabuleuse, l’épice,
donne à ses usagers le pouvoir de lire l’avenir. Sous son action, le
cerveau perçoit le temps, non plus comme une durée, mais comme une
dimension multiple, ouverte et mouvante.
[...] cette transe d’épice qui
apportait des visions de l’avenir changeantes et imprécises, comme un
paysage observé au travers d’un voile de gaze flottant sous un vent
capricieux...
Il ne s'agit pas d'une prescience figée,
où le futur apparaît comme une voie inéluctable. La drogue donne la
vision simultanée de plusieurs avenirs possibles, entre lesquels il faut
choisir. Elle n'enlève donc rien à la responsabilité du choix. Au
contraire : l’Épice révèle aux hommes que le futur n'est pas une
fatalité, et qu'il n’en tient qu'à eux de diriger leur sort.
Il semble alors - en les termes dont use
le philosophe Guy Lardreau - que « le prescient, entre tous les
futurs possibles, qu’aucun privilège ne distingue, fait advenir celui
que sa prescience a élu ». Le libre-arbitre atteint son apogée. La
volonté humaine surplombe l’éventail des possibles et choisit, entre
tous, le destin qui sert au mieux le dessein de son espèce.
Cette approche de l’avenir comme terrain
de liberté d’accomplissement de possibles concurrents a-t-elle quelque
pertinence pour éclairer notre propre liberté de choix, celle qui
s’offre à nous dans le monde réel ? Oui, si notre conception du futur
est ouverte, le présent redistribuant les cartes à chaque seconde. Oui,
si nous admettons que nous pouvons, dans une mesure qui reste à définir,
advenir et faire advenir le monde. Une compétition s’établit entre le
possible « réel », soit celui dont les conditions d’actualisation sont
réunies, et celui de la pure fiction, où tout reste imaginable. La
raison déterministe voudrait que ne soit élu qu’un seul avenir, celui
qui résulte de toutes les causes que réunit le présent. Et le fatalisme
nous pousse naturellement à choisir cette voie. Mais la clairvoyance que
procure l’Épice de Dune – et la métaphore qu’elle représente - veut que
le devenir soit au contraire remis en cause, soumis à la vision d’une
arborescence de possibles. Cette vision porte le sort du monde, le
présente à la volonté. Si infime soit-elle, la décision consciente
devient alors déterminante.
Pour emprunter une image à la théorie
mathématique du chaos, le choix est comparable au battement de l’aile de
papillon chinois, qui, amplifié au gré des turbulences atmosphériques,
provoque un cyclone sur les côtes américaines. Face au poids du destin,
le choix ne pèse rien. Mais cette variation dérisoire survient à un
carrefour crucial, d’où partent des routes qui ne se croiseront plus.
Ces routes sont pareilles à la fourche représentée par une équation de
croissance non linéaire : à partir d’un point donné, la courbe se sépare
en deux segments distincts. Tout se joue à cette bifurcation. Les
paramètres en jeu y atteignent une valeur critique. Ce qui était
comportement prévisible, parfaitement déterminé, se scinde en deux
courbes jumelles et concurrentes ; l’équation offre non plus un, mais
deux scénarios possibles. À ce point, le sort du monde n’est plus tracé
d’avance, et la liberté reprend son droit.

Le
temps désarticulé
Si le temps est une substance malléable,
cette matière peut par conséquent se dégrader, s’évaporer, souffrir
d’inquiétantes lacunes, éclater en fragments ou en boucles vicieuses.
Les personnages de Ubik, de
Philip K. Dick, reculent dans le passé sous l’effet d’aberrations
temporelles. Les lieux qu’ils traversent, les objets qu’ils manipulent,
tout régresse et se racornit, comme si le temps subissait
d’incontrôlables distorsions.
Le voyageur temporel que Jacques
Sternberg envoie explorer Le Passé (titre de ce conte bref)
revient de sa mission avec un rapport consternant :
[…]
il déclara officiellement qu’il ne
retrouvait pas la moindre trace des XVIe et XVIIe siècles dont on avait
pourtant beaucoup parlé. A ces époques, il n’avait trouvé qu’un grand
vide. Même pas de Terre. Rien. Le néant.
Quant au naufragé de L’Invention de
Morel, de Adolfo Bioy Casares, il échoue sur une île où les mêmes
événements se reproduisent à intervalles réguliers : mêmes festivités,
mêmes personnes dans les mêmes costumes, mêmes conversations, mêmes
intrigues amoureuses. Comme si un morceau du passé de l’île s’était
détaché de l’Histoire et tournait en boucle, à jamais, refrain tronqué
sur un disque rayé, indéfiniment répété.
Au-delà du temps
étiré,
démembré, morcelé, le temps laisse entrevoir des failles de néant et
d’insondable mystère. La science-fiction s’est aussi aventurée dans ces
abîmes intemporels, tâchant de leur donner une réalité, ou du moins,
apparence descriptible.
La Maison au bord du monde
(1908) de William Hope Hodgson est bâtie au-dessus d’un gouffre qui
communique avec une dimension sise hors du temps et de l’espace. Par les
fenêtres de cette demeure sans âge, on voit passer les siècles et les
millénaires, les montagnes s’éroder à vue d’oeil, les glaciations
recouvrir le paysage, tandis que dans les cieux les astres s’allument et
se consument. Jusqu’à ce que tous les soleils s’éteignent et que
l’univers bascule dans la nuit éternelle.
Le personnage principal de L’Oeil du
purgatoire de Jacques Spitz subit une opération qui projette sa
vision dans l’avenir. Le héros assiste alors à l’avance à la dégradation
future de son environnement quotidien : le journal qu’il tient lui
apparaît froissé et jauni, les fleurs qu’il vient d’acheter sont fanées,
les passants qu’ils croise dans la rue sont des vieillards ou des
cadavres. Le phénomène s’accélérant, le monde n’est bientôt plus qu’un
monceau de ruines peuplé de squelettes.
Dans Le Temps incertain, de
Michel Jeury, les voyageurs temporels projettent leur esprit dans le
corps d'êtres humains d'autres époques. Mais ces plongées dans le passé
et l’avenir affectent le temps, qu’elles rendent « incertain ». Les
voyageurs finissent par perdre pied et échouent dans une étrange
contrée, un pays au-delà du temps, préservé des cahots de l’Histoire, un
dernier îlot de réalité avant le vide et la folie.
Il dérivait lentement vers un
territoire merveilleux et secret où aucun regret, aucune nostalgie, ni
aucune peur ne pouvaient plus l’atteindre... un endroit où il était à
jamais en sécurité... une oasis paradis sur la route froide du néant.
De la malléabilité du temps
Quelques pistes de réflexion
Le
temps revu et corrigé à la lumière de la science
La SF refuse la
dimension linéaire, uniforme et inéluctable du temps. Elle intègre et
souvent, dépasse en audaces romanesques, les conceptions de
l’espace-temps forgées par Einstein et la physique des quantas. Cet
exercice a fonction de vulgarisation, de visualisation, d’intégration de
nouveaux concepts, à l’usage d’un public qui vit encore dans un univers
newtonien.
L’étude des phénomènes quantiques, surtout depuis la
fiction savante qu’est l’épisode du Chat de Schrödinger, a donné
à la science-fiction l’idée d’attribuer au monde macroscopique, donc
historique, certaines des propriétés propres aux particules
élémentaires. L’expérience de pensée du Chat de Schrödinger
permet, par analogie, d’imaginer (soulignons bien : d’imaginer)
qu’une chose ou une créature puisse à la fois être et ne pas être. Ou
que la réalité soit faite non d’un continuum, mais de couches de temps
différentes, coexistantes, à travers lesquelles il serait possible de se
déplacer.
Dès lors, il devient pensable de vivre dans des temps
différents, des réalités multiples ou feuilletées, des destinées
réversibles.

Le
jeu avec le temps interroge le destin
Inverser, remodeler,
accélérer le temps, c’est remettre en question l’enchaînement des faits
qui nous ont constitués, donc nous remettre en cause. Et qui dit cause
dit causalité. En manipulant le temps, la SF saute les étapes logiques,
redistribue les cartes, met la charrue avant les bœufs. À travers les
personnages de fiction qui traversent ces bouleversements, le
lecteur/spectateur éprouve la relativité de son propre sort. Les
histoires de paradoxes temporels sont des conjectures où le factuel part
à la dérive, où le contingent est aboli. Qu’est-ce qui survit à cette
expérience de pensée ? L’être ou le néant ?
Réécrire l’Histoire
Dans l’uchronie, la SF prend à la
lettre la pensée de Blaise Pascal, « Le nez de Cléopâtre : s’il eut été
plus court, toute la face de la terre aurait changé ». L’uchronie
applique à l’Histoire des distorsions qui la secouent et l’éclairent à
la fois. Vivons-nous dans le seul monde pensable ? Ou n’habitons-nous
qu’une réalité possible parmi une infinité d’autres univers ? Le concept
et les interrogations qu’il soulève n’effrayeraient pas un Leibniz.

Conclusion
La SF, expression du changement
Les changements
rythment l’avance du temps. Dans la société du XXIe siècle, ceux-ci se
produisent d’une manière toujours plus radicale et fréquente. Le
sentiment qui prévaut chez nos contemporains est celui d’une marche
accélérée des événements (progrès et nuisances, échanges de biens et
d’informations, évolution des mœurs.)
D’où le
dilemme moral : peut-on encore croire en un monde immuable, continuer à
voir en l’humanité une espèce invariable dont l’histoire se répète ? Ou
faut-il au contraire et comme la SF, défier le temps en annonçant sur
tous les tons qu’aujourd’hui… c’est déjà demain ?
François Rouiller
5 octobre 2007
Remerciement
Merci à Anthony
Vallat pour son exposé « philosophie et science-fiction », dont j’ai
soustrait quelques idées et citations.

Bibliographie
Œuvres de fiction :
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Gallimard, 1944. Rééd. in Romans extraordinaires, Paris : Presses
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GB 1997]. Trad. Paris: J’ai Lu « Millénaires » (2
tomes), 1999.
·
BIOY CASARES Adolfo, L'invention de Morel (roman), [La
invencion de Morel, Argentine 1940]. Trad. Paris : Laffont
« Pavillons » 1955. Rééd. in Romans, Laffont « Bouquins » 2001.
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1963. Rééd. : Pocket « Jeunes Adultes », 2004.
·
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Zanzibar, GB 1968]. Trad. (rééd.) : Paris :
Le Livre de Poche « SF », 1999.
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del Sole, Italie : 1602-1603]. Trad. (rééd.) in Voyages aux pays
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XE "2001, l’Odyssée de l’espace"
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Trad. Paris: Robert Laffont, 1968.
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·
DICK Philip K., Le maître du haut
château (roman) [The man in the high
castle, USA 1962]. Trad. (rééd.) in Substance rêve, Paris :
Presses de la Cité « Omnibus », 1993.
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Trad. (rééd.) : Paris : Robert Laffont « Ailleurs et Demain –
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(roman) [Dragon's egg], USA : 1980. Trad. Paris : Robert Laffont
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Philadelphie: Chilton Books, 1965] – Trad. : Dune, Paris: Robert
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HUXLEY Aldous, Le meilleur des mondes (roman) [Brave
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Kubrick
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Littérature secondaire :
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LARDREAU Guy, Fictions philosophiques et
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L’Armée des 12 singes, La Jetée, Vertigo in (collectif) Colloque
de Cerisy – les nouvelles formes de la science-fiction, Paris :
Bragelone, « essais », 2006.
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ROUILLER François, 100 mots pour voyager en science-fiction,
Paris : les Empêcheurs de penser en rond, 2006.
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ROUILLER François, Stups & fiction, Amiens : Encrage/Belles-Lettres,
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VERSINS Pierre, Encyclopédie de
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, Lausanne: L'Âge d'Homme, 1972.
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VERSINS Pierre, Une porte peut être ouverte et fermée in
Fiction n°140, Paris: Opta, 1965
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WEYEMBERGH Maurice, Temps et mémoire dans L’Odyssée de
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Philosophie et science-fiction, Paris : Vrin, 2000.
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