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Alien 3

Titre original : Alien 3
Réalisation : David Fincher ( 1992 )

Novellisation : Alien 3 [ Livre ] de Alan Dean FOSTER
Image adaptation
 
    Critiques, Analyses    
     Version courte vs version longue

     Alien 3 appartient à cette race de films mal aimés pour de mauvaises raisons. Basé sur un script (très remanié) de William Gibson, écrivain culte du mouvement cyberpunk, et réalisé par David Fincher, un inconnu déjà célébré dans le milieu de la pub (c'était avant Se7en et Fight Club), le film prend le parti de retrouver le rythme lancinant du premier opus de Ridley Scott, après les débordements guerriers d'Aliens.

     Le film débute avec le crash d'une capsule de secours évacuée par le vaisseau militaire dans lequel s'étaient échappés Ripley, le Caporal Hicks et Rebecca à la fin d'Aliens. L'histoire commence plutôt mal car Ripley est la seule survivante, et elle échoue sur une planète pénitentiaire à l'environnement hostile nommée Fury 161. Cet endroit aux allures de purgatoire est peuplé de prisonniers classés irrécupérables par la société, condamnés à perpétuité pour toutes sortes de crimes. Relégués à l'oubli, ces hommes ont fondé une religion sous le commandement moral du charismatique Dillon, leur chef spirituel, une sorte de croisement improbable entre Martin Luther King et Malcolm X. Forcément, la présence d'une femme dans cette communauté organisée selon des principes monacaux va rapidement entraîner des tensions. En outre, Ripley n'est pas venue seule... Nous savons, dès le générique, qu'un « face hugger » a pondu dans l'organisme d'un passager du vaisseau pendant son sommeil prolongé... Mais lequel ?

     Alien 3, dans sa première version, a fait un bide au box-office. Le rythme particulier du film, son ambiance morose, ses décors rouillés, son autopsie d'une petite fille, sa Ripley au crâne rasé et sa bande de psychopathes sur le chemin de la rédemption n'ont pas mobilisé les foules, désappointées par cette audace artistique et ce refus du compromis. Pourtant, Fincher a dû faire beaucoup de concessions, avant de se faire finalement expulser de la salle de montage. Des années plus tard, à l'occasion de la sortie du coffret regroupant les quatre films, la Fox a décidé — Fincher étant désormais un cinéaste reconnu et le film n'ayant, de toute façon, plus rien à perdre — de sortir la version de travail du réalisateur, la workprint, en reprenant son montage initial pour finaliser cette version censée être plus proche de sa vision (ce qui explique la piètre qualité des inserts de l'alien et de certaines prises de son). Il faut donc rester conscient que cette version longue N'EST PAS une director's cut montée et approuvée par David Fincher, qui semble écœuré par son expérience sur ce film.

     Dès son ouverture, la version longue impose une sorte de poésie macabre au rythme lent en insistant sur les paysages désolés, battus par le vent de Fury 161, et insiste sur l'ambiance de cette planète où le temps semble s'être arrêté pour figer une sorte de tableau peint par un artiste dépressif. Ici, le médecin de la prison part à la rencontre de la capsule écrasée, pour y découvrir une Ripley entre la vie et la mort. Il la ramène ensuite en la portant dans ses bras, dans une curieuse évocation de La Belle au Bois Dormant au romantisme assumé. On comprend, dès lors, l'intention initiale de Fincher : faire de ce film une sorte de conte philosophique, une fable dont l'alien serait le Loup. Toute mention au chien dans lequel évolue l'embryon est désormais écartée. Comme le voulait Fincher, l'alien naît désormais dans un bœuf, avant d'effectuer sa première apparition sous la forme d'un « bébé » ensanglanté animé image par image, sous un aspect particulièrement effrayant. Le décor de la cantine ne donne plus lieu à l'attaque impromptue de l'alien, maintenant temporisée afin de repousser sa révélation. Le doute des prisonniers subsiste donc plus longtemps (Ripley est-elle folle ?). La première scène dans la cantine est l'occasion de montrer Dillon jouer son rôle de chef spirituel en réglant un conflit entre trois prisonniers, une affirmation incontestable de son autorité sur le groupe). Nous découvrons également un Judas en la personne du premier détenu à avoir vu l'alien. Fasciné par le « dragon », il n'hésitera pas à égorger un « frère » pour le libérer. En effet : dans cette version, les prisonniers parviennent à enfermer l'alien (à moins que mes souvenirs ne me fassent défaut, ce n'est pas le cas dans la version courte). En outre, un monologue fait référence au passé pédophile de ce Judas (d'où son impopularité dans la prison), mais il me semble qu'il est également évoqué, plus subtilement, en sous-entendus, dans la version cinéma.

     Comme nous le découvrons avec cette version longue, la version cinéma a été amputée de tous les éléments jugés trop perturbant pour le public (autant dire les plus intéressants) : le fait que l'alien se développe dans un bœuf, l'approfondissement de la religion et de la philosophie des détenus à travers le personnage de Dillon, tout acte à même de les présenter sous un jour positif... Bref, tout a été fait pour transformer une fable contemplative en un film d'action. Forcément, le résultat est bâtard, dans la mesure où le film n'a pas été pensé comme tel en amont. En définitive, le script destiné à être filmé par Fincher s'avérait sans doute plus littéraire que cinématographique, plus axé sur la description d'un monde de désolation et sur la psychologie de ses acteurs, dénué de scènes d'action marquantes. Comment l'en blâmer, en passant après Aliens, l'un des mètres étalon des action movies ? Il suffit de voir la catastrophe Alien Resurrection pour comprendre que la surenchère dans l'action n'était clairement pas la voie à suivre. Alien 3 reste un OVNI qu'il fait bon de redécouvrir.

Florent M. (lui écrire)
Première parution : 24/11/2009
nooSFere
Mise en ligne le : 24/11/2009


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