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La Maison des Atréides

Kevin J. ANDERSON & Brian HERBERT

Titre original : House Atreides, 1999
Première parution : Hodder & Stoughton, 1999

Cycle : Dune - Avant Dune vol. 1 

Traduction de Michel DEMUTH
Illustration de Jackie PATERNOSTER

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (169)
Dépôt légal : juin 2000
Roman, 624 pages, catégorie / prix : 149 FF
ISBN : 2-221-08891-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Dune est le plus formidable événement de la science-fiction du Xxème siècle. Malheureusement, la mort de Frank Herbert, survenue en 1986, empêcha le cycle de connaître la conclusion à laquelle son créateur avait peut-être songé.

     Brian Herbert, le fils de Frank Herbert avec qui il écrivit L'Homme des deux mondes, et Kevin J. Anderson ont relevé un redoutable défi. A partir des notes de Frank Herbert et des indices qui constellent son œuvre, ils sont repartis à la découverte de Dune et relatent dans un premier temps les événements qui préludèrent à l'apothéose de Paul Muad'Dib.



     L'Imperium Galactique va changer de maître. Le Duc Paulus Atréides règne sur Caladan tandis que les Harkonnen exploitent impitoyablement les ressources d'épices d'Arrakis, le monde que ses plus anciens habitants, les Fremen, appellent Dune.

     Les fanatiques Tleilaxu, de leur côté, ruminent de s'emparer de la planète Ix dont les habiles ingénieurs ont peut-être transgressé l'interdit majeur : Tu ne feras pas de machines pensantes.

     Dans l'ombre, les Sœurs du Bene Gesserit poursuivent un plan depuis des millénaires : donner naissance au surhomme qui maîtrisera le temps, lira les avenirs dans les circonvolutions des possibles. Elles vont précipiter les événements qui ébranleront tout l'univers connu.

     Complots, violences, pièges, traîtrises, assassinats politiques, rouages dans les rouages, mais aussi bravoure et loyauté comme celles de Leto Atréides ; c'est une scène shakespearienne que celle de Dune.
 
    Critiques    
     Avec La Maison des Atréides, le fils de Frank Herbert, associé pour l'occasion avec Kevin J. Anderson, retrouve l'univers de l'un des chef-d'œuvres de la science-fiction, Dune. La présence de Kevin J. Anderson, auteur familier des univers franchisés de Star Wars ou X-Files n'est pas faite pour rassurer le fan du cycle de Frank Herbert, surtout s'il a déjà été échaudé par d'autres entreprises du même genre visant à prolonger l'œuvre célèbre d'un auteur disparu. Mais ce fan encore ébloui par les souvenirs de ses lectures ne peut pas toujours refréner l'appétit réveillé par cet appât opportuniste, et espère contre toute attente y retrouver des fragments du plaisir initial. Voyons ce qu'il en est  :

     La Maison des Atréides se déroule une trentaine d'années avant Dune. Le Baron Vladimir Harkonnen vient de remplacer son demi-frère au poste de gouverneur d'Arrakis et entend bien tirer le maximum de profit de l'exploitation de l'épice. L'empereur Elrood IX nomme Pardot Kynes planétologiste impérial chargé de comprendre le fonctionnement d'Arrakis. Le jeune Leto Atréides est envoyé par son père sur la planète Ix afin de parfaire son éducation... Le lecteur familier de l'œuvre de Franck Herbert se retrouve instantanément plongé dans l'univers si familier de Dune. Tout y est  : la planète des sables avec ses Fremens et ses vers géants, les complexes alliances et les jeux de pouvoir auxquels se livrent les grandes familles, l'empereur, le Lansraad, la CHOM, la Guilde Spatiale, les rivalités entre Harkonnen et Atréides, la planète Ix, le Bene Tleilax et ses mystérieux danseurs-visages, le Bene Gesserit et ses programmes génétiques, le jeune Duncan Idaho (et que serait un roman du cycle de Dune sans Duncan Idaho  !)... Bref, c'est avec une certaine délectation que l'on retrouve tout cela.

     Mais bientôt, on comprend que si les auteurs saupoudrent leur récit de tous les termes inventés par Frank Herbert (histoire de rappeler que l'on est bien dans l'univers de Dune), cela tourne vite au procédé artificiel. Les deux auteurs ne semblent avoir retenu de l'univers de Dune que son exotisme et son vocabulaire, sans se préoccuper de sa substance. Ils réutilisent les éléments de l'univers de Frank Herbert pour en faire autant de lieux communs et de clichés. Ainsi le roman nous offre une redite de certaines séquences qui faisaient de Dune un livre magique. Il débute par le survol d'une exploitation d'épice par le baron Harkonnen qui découvre Arrakis. On a également droit à l'empoisonnement d'un personnage important, à une petite ballade à dos de ver dans le désert pour Pardot Kynes et à bien d'autres séquences qui ne sont qu'un décalque de celles de Dune...

     Les auteurs n'apportent rien de nouveau, se concentrant sur l'action plutôt que sur le fond de l'histoire. Ils ne font que réutiliser un décor qui a fait ses preuves. Pire, ils le dénaturent en réduisant un univers d'une richesse et d'une profondeur exceptionnelles à un space opéra sans grande originalité. Quand on sait le soin accordé à l'écologie de Dune par Frank Herbert, on ne peut que frémir devant le parcours affligeant de platitude de Pardot Kynes, dont le travail de planétologiste est à peine évoqué. Le personnage devenant rapidement un prophète aux yeux des Fremens, son destin rappelle bien trop celui de Paul Muad'Dib.

     Le roman est certes suffisamment riche et habile pour que le lecteur passe un moment agréable. Pris isolément, c'est un roman sympathique et sans prétention, sitôt lu, sitôt oublié. De la SF pop-corn, en quelque sorte. Mais le problème est qu'il s'inscrit dans un cycle qui est devenu un monument de la SF, et qu'il fait tout simplement bien pâle figure à côté de l'œuvre de Frank Herbert, car les deux auteurs réunis pour écrire cette suite ne lui arrivent pas à la cheville. Bref, La lecture de La Maison des Atréides confirme une fois de plus que ce genre d'entreprise ne mène nulle part et conduit à ressasser éternellement la même chose. Mieux vaut lire et relire Dune que d'entrer dans cette Maison des Atréides...


Frédéric BEURG (lui écrire)
Première parution : 1/5/2000 nooSFere


     Dune. À mon sens, l'un des trois plus grands chefs-d'œuvre de la SF avec Tous à Zanzibar de Brunner et En Terre étrangère de Robert A. Heinlein. Il y a près de 20 ans que j'ai lu Dune et j'en ai gardé le souvenir d'un livre génial mais difficile. Exceptionnellement ardu. N'étais-je pas alors insuffisamment armé pour aborder le livre ? Peut-être. Mais l'avis est largement partagé. Et que l'on prenne le problème comme on veut : cette Maison des Atréides ne joue pas dans la même division. On est plus proche du film de David Lynch, voire des « séquelles » de Star Wars dues à Kevin J. Anderson, que de feu Frank Herbert. On avait reproché à Dune d'être ardu, à ses suites ou aux collaborations avec Bill Ransom de l'être trop ; ce ne sera pas le cas cette fois : Frank Herbert est bel et bien mort et il le reste.

     Il y a des personnages de Frank Herbert dans un univers de Frank Herbert, l'odeur de l'épice et des vers de sable. Mais ce n'est pas Dune. C'est du space opera standard. Rien de plus que, par exemple, la Trilogie des Conquérants de Timothy Zahn. Force est d'admettre que ça ne fait guère avancer le schmilblick. De plus, il y a encore la place d'un tome au moins entre La Maison des Atréides et Dune... Et là, l'odeur est davantage celle du billet vert que celle du Mélange ! Dieu seul sait combien les marchands de tapis de l'édition ont prévu de nous fourguer de ces « préquelles ».

     Voici une assez bonne histoire avec ce qu'il faut de machinations et de péripéties, mais où est l'intérêt problématique qui faisait tout le sel de Dune ? Frank Herbert ne cessait d'interroger le pouvoir, le rôle particulier de la religion dans son exercice. Dans La Maison des Atréides, ce n'est plus qu'un background...

     L'univers de Dune est une société féodale dont les principales forces en présence sont :
  • le Landsraad — c'est à dire la noblesse, parmi laquelle on distinguera trois principales familles de protagonistes, les Atréides, leurs ennemis héréditaires, les Harkonnen, et la famille impériale, les Corrino.
  • la CHOM (Compagnie des Honnêtes Ober Marchands) qui détient le monopole du commerce dans l'Imperium.
  • le Bene Gesserit, un ordre religieux féministe et manipulateur qui crée des superstitions, mène un programme eugéniste et a pour dessein de se hisser au pouvoir.
     Tout cet univers gravite autour de l'épice de la planète Dune, que toutes les parties en présence consomment et qui est sous le contrôle des Harkonnen. L'Imperium a été instauré après le Jihad Butlerien — croisade contre la cybernétique et les ordinateurs qui avaient asservi l'humanité et qui, depuis, sont tabou, tabou codifié dans la Bible Catholique Orange qui fonde la religion.

     Dans La Maison des Atréides, trois blocs s'opposent. Les Corrino et l'empereur s'allient au Bene Tleilax — des biologistes honnis — pour produire de l'épice de synthèse et ne plus dépendre des Harkonnen. Pour ce faire, Tleilax et Impériaux conquièrent Ix, monde high tech fief des Vernius alliés des Atréides. Afin de contrer les visées impériales qui les ruineraient, les Harkonnen tentent de dresser l'un contre l'autre Tleilax et Atréides et de faire d'une pierre deux coups.

     Kevin J. Anderson, faiseur de Star Wars, n'était certainement pas l'auteur le mieux indiqué pour cette « préquelle ». Bill Ransom, qui a écrit trois complexes romans en collaboration avec Frank Herbert, aurait probablement obtenu un résultat, sinon meilleur, du moins davantage conforme à l'esprit de Dune. Orson Scott Card, d'un point de vue thématique, est l'un des auteurs les plus proches de Frank Herbert — passionné lui aussi par les jeux de la religion et du pouvoir. Leurs optiques respectives étaient-elles compatibles ? Card aurait-il pu en faire abstraction ? Vaine spéculation...

     Reste que nous sommes ici en présence de space opera qui ne prend pas le chou. La lecture est facile, agréable, mais n'apporte rien sur le plan intellectuel. On conseillera davantage La Maison des Atréides aux fans de space op' à la Star Wars qui apprécient les épisodes rédigés par Kevin J. Anderson qu'aux inconditionnels de Dune. On est à cent lieues en dessous de Dune, loin même de La Culture d'un Iain Banks. Ce livre ne marquera pas la SF, ni même le millésime 2000.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/10/2000 dans Bifrost 20
Mise en ligne le : 15/9/2003


 
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