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La Belle ténébreuse

Mike RESNICK

Titre original : The Dark Lady: A Romance of the Far Future, 1987

Traduction de Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de Sofiane TILIKETE

FLAMMARION (Paris, France), coll. Imagine n° (8)
Dépôt légal : novembre 1999
Roman, 322 pages, catégorie / prix : 104 FF
ISBN : 2-08-067708-X   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Ses portraits, avidement recherchés par certains collectionneurs, s'échelonnent tout au long de l'histoire humaine, même lorsque celle-ci est allée se poursuivre dans les étoiles. Et pourtant, au bout de huit mille ans, alors que l'Ere galactique a pris le relais de l'Ere chrétienne, « la Belle ténébreuse » reste toujours jeune aux yeux de ceux auxquels elle apparaît encore...
     On ne sait pratiquement rien d'elle, sinon qu'elle est toujours vêtue de noir et semble porter malheur aux artistes qui ont croisé son chemin. Est-ce une figure mythique ? Une incarnation de la mort ? Une femme aux pouvoirs surnaturels ?
     Les hommes ne sont pas les seuls à se laisser prendre à son chant de sirène. Pour l'extraterrestre Leonardo, expert en matière d'art « humain », elle est plus qu'un fantôme qu'il poursuit de planète en planète, plus qu'un mystère qu'il n'aura de cesse de percer : elle est la clé de son salut.
     En quatre chroniques, il nous raconte sa quête.

     Mike Resnick, né en 1942, s'est imposé au cours des dernières années comme un des grands de la science-fiction américaine grâce à des fables humanistes inspirées de sa découverte de l'Afrique. Son thème préféré : le choc des cultures et des civilisations. Le cycle de Kirinyaga (Denoël), que l'on a pu comparer aux célèbres Chroniques martiennes de Ray Bradbury, lui a valu tous les prix spécialisés.

    Prix obtenus    
Tour Eiffel, roman, 2000
 
    Critiques    
Situé dans un décor interstellaire de SF, La Belle Ténébreuse est un récit fantastique autour d'une énigme historique. Non content de mêlanger les genres — pour pimenter, nous aurons même droit à du western —, Resnick allie le suspense d'une enquête policière à la forme classique d'un roman d'apprentissage, où le candide est un extraterrestre.

     Car Leonardo est un extraterrestre, gentil, courtois, docile, amusant et naïf. Son espèce descendant de paisibles troupeaux d'herbivores, elle en a gardé le pacifisme et l'esprit grégaire. Elle a même développé une véritable science de la communication, adaptant son mode de langage en fonction de l'interlocuteur et de l'effet désiré. La moindre faute de Leonardo — ne serait-ce qu'une impolitesse — ferait rejaillir son déshonneur sur toute sa maison et l'obligerait à accomplir le rituel du suicide.

     C'est donc une rude épreuve pour Leonardo que d'apprendre à évoluer parmi les humains — ces prédateurs carnivores ! — et d'y découvrir des notions inconnues telles que le mensonge, la misanthropie, le vol, l'avidité ou la brutalité. Il n'en ressortira sans doute pas indemne de toute tache, car au bout du voyage, il sera peut-être — hélas ! — plus humain...

     Parallèlement, l'énigme de la Belle Ténébreuse, sorte de figure mythique qui semble traverser les millénaires, mais aussi — et surtout — femme de chair et d'os, est un étonnant conte, immédiatement passionnant. Lorsque Leonardo se lancera dans la quête de cette mystérieuse femme (humaine ?), il devra chercher des indices dans les arts et les cultures anciennes de diverses planètes, il devra aussi comprendre le lien entre les divers personnages auxquels l'éternelle jeune femme s'est révélée, et il devra enfin partager sa quête avec des compagnons qui auront chacun un but différent...

     On pourra regretter que le dénouement n'apporte pas toutes les réponses souhaitées, mais assurément ce roman brillant et original est tout à fait réussi. Comme à son habitude, Resnick a utilisé certaines formes de la littérature classique pour les transposer en science-fiction, et le dosage est ici parfaitement maîtrisé : les différentes facettes de son roman s'enrichissent pour donner une oeuvre inclassable et particulièrement attrayante.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 15/12/1999 nooSFere


     Avec La Belle Ténébreuse, Resnick s'attaque à un autre genre de mythe  : celui de la femme fatale. Son personnage principal est un extraterrestre, « Léonardo  » (son vrai nom est imprononçable), historien d'art qui fait des recherches pour un milliardaire excentrique, Malcolm Abercrombie. Celui-ci tient absolument à compléter sa collection privée, qui consiste en plusieurs portraits peints et holosculptures représentant tous l'image d'une même femme, toujours vêtue de noir, avec des cheveux foncés et une mine qui exprime une profonde tristesse. Mais ces oeuvres sont originaires de différents secteurs de la Galaxie, et leurs dates de réalisation s'étalent sur une période de 8000 ans. Qui est donc le modèle  ? S'agit-il d'une figure mythique, d'un énorme canular, ou bien d'un seul et unique personnage réel  ?
     Léonardo localise d'autres exemplaires de ce type, et voyage sur d'autres mondes afin de se les procurer pour le compte de son employeur. Mais au fur et à mesure qu'il progresse dans son enquête, il ne cesse d'accumuler des ennuis. Il attire d'abord les ires d'Abercrombie, extrêmement raciste envers les extraterrestres, et puis il se voit obligé à s'associer avec un voleur d'objets d'art. Selon le code d'honneur très strict de sa race, c'est la disgrâce totale, dont le seul moyen de se racheter serait le suicide rituel. Mais Léonardo s'accroche, car il est convaincu que résoudre l'énigme de la « Belle Ténébreuse  » est sa seule planche de salut.
     Le sort de Léonardo, innocent au début en ce qui concerne les mœurs des humains et victime constante de leur racisme, est assez émouvant. Car déraciné de sa propre culture, il doit adopter des croyances venues d'une autre. Comme dans les deux livres précédents, Resnick jongle brillamment avec mythe et réalité. Tout en mesurant la différence qui existe entre les deux, il montre dans ces trois romans que les mythes et les légendes détiennent leur parcelle de vérité, et peuvent acquérir une puissance bien réelle.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/12/1999 dans Galaxies 15
Mise en ligne le : 1/8/2001


     Un Resnick de plus ?

     Le premier à ne point paraître chez Denoël mais toujours sous la tutelle d'un Jacques Chambon dont on a parfois peine à comprendre pourquoi il s'est entiché de l'auteur.

     Une fois encore, Resnick nous ramène dans la société galactique qui sert de background à la plupart de ses livres. Malgré une banque de données globale et omnisciente ou presque, des astronefs et des extraterrestres à foison, la galaxie de l'Oligarchie ressemble à la Terre actuelle autant que faire se peut ; les humains y tenant le rôle des « étatsuniens ».

     De la même manière que l'etablishment a du mal à accepter qu'un nègre soit expert en art renaissant, une part influente de la société galactique n'accepte pas ce même rôle pour l'extraterrestre qui est le principal protagoniste de cette histoire. La métaphore est passablement lourdingue... Resnick nous entraîne donc dans l'univers des marchands d'art, des galeries, des tableaux, des collectionneurs et des voleurs. Là encore, les millénaires n'ont rien changé, pas même le marteau du commissaire priseur.

     Leonardo — non, ce n'est pas un joueur de foot ! — est un ET expert en art humain travaillant pour la galerie Taï Chong dans le cadre d'un échange culturel. Lors d'une vente, les enchères montent de stupéfiante façon pour le portrait d'une mystérieuse femme en noir, oeuvre d'un quasi inconnu, du fait de l'acharnement de Reuben Venzia et Malcolm Abercrombie. De par sa connaissance d'autres tableaux représentant le même modèle, Leonardo passe au service de ce parangon de racisme primaire qu'est Abercrombie, lequel les collectionne. À la recherche d'une autre toile, de récente facture, il rencontre Valentin Heath, aristocrate et voleur. Devant échapper à la police, Heath entraîne notre pauvre Leonardo dans sa fuite. ils gagnent Achéron où vivait feu l'artiste, un chasseur de prime que l'on eut guère pensé porté sur le pinceau et qui a entre temps été abattu. La Belle Ténébreuse a, depuis 8000 ans, toujours été portraiturée par des artistes d'occasion mais tous des têtes brûlées. Elle est encore sur Achéron, attendant que le truand qui a tué son peintre revienne en ville se faire trucider à son tour... Elle est pleine de mystère, immortelle et dangereuse, et s'évapore du vaisseau de Heath en plein vol. Leonardo, Heath et Reuben Venzia, qui rêve d'immortalité, se lancent à la poursuite de cette femme qui n'apparaît qu'à des hommes qui bravent la mort constamment...

     À la fin du roman, Mike Resnick n'aura pas livré d'explication à l'existence de la Belle Ténébreuse. Elle est un archétype incarné, la mort faite femme sans que cela entre dans l'ordre naturel des choses de l'univers de Resnick — comme du fantastique enchâssé dans un space opera. Le livre, dont l'ambiance n'a rien de gothique, finit en queue de poisson. Le mystère reste entier, ou presque.

     Ceci mis à part, La Belle Ténébreuse, écrit tout en dialogues, est d'une lecture alerte et facile, qui vaut davantage par la mise en scène du personnage de Leonardo, issu d'une culture matriarcale et parangon de moralisme suintant qui fait pendant à Abercrombie et surtout au cynique Valentin Heath. Heath, Abercrombie et Venzia, malgré leurs défauts, ressortent favorablement du roman parce que plus humains — et pour cause — face à la morale obséquieuse de Leonardo. Derrière les hôtels et restaurants pour ET., la première classe, les expositions, et même les planètes interdites aux E.T., Resnick satirise l'apartheid. C'est toujours ça.

     Certes, La Belle Ténébreuse n'est pas le plus médiocre ouvrage de Resnick, mais on s'extrait à peine du tout-venant.. Reste qu'en fin de compte, on en a pas pour 104 FF Le déferlement de grands formats destinés à taper dans la poche du lecteur conduit à publier cher des livres qui ne le méritent pas. Outre la qualité, il va falloir désormais s'attacher au rapport qualité/prix de ce qui nous est donné à lire.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/2/2000 dans Bifrost 17
Mise en ligne le : 21/9/2003


 
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