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Diamond Dogs, Turquoise Days

Alastair REYNOLDS

Titre original : Diamond Dogs, Turquoise Days, 2003

Traduction de Sylvie DENIS
Illustration de Alain BRION

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5844
Dépôt légal : avril 2006
288 pages, catégorie / prix : 7
ISBN : 2-266-14537-1   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Diamond Dogs, ou le stupéfiant périple d'une expédition aux confins d'une planète morte abritant la Flèche. Quelle est la raison d'être de ce monument-piège quasi conscient ? Pourquoi ces énigmes mathématiques de plus en plus complexes, étage après étage, auxquelles sont confrontés les membres de l'expédition ? Des énigmes qui se révèlent bientôt mortelles...
     Turquoise Days, ou la rencontre des Mystifs, le plus fascinant des organismes marins de la planète Turquoise. Les plongeurs qui se sont risqués à leur contact y ont laissé leur mémoire, leur empreinte au cœur de cette immense conscience collective. Naqi Okpik y a perdu sa sœur. Parviendra-t-elle à percer le secret de ce monde lointain et protégé ?

     Diamond Dogs, Turquoise Days réunit deux récits magistraux d'Alastair Reynolds, inscrits dans son cycle des Inhibiteurs (L'Espace de la révélation, La Cité du Gouffre), deux très grands moments de science-fiction.

    Sommaire    
1 - Sylvie DENIS, Avant-propos, pages 7 à 13, Introduction
2 - Diamond Dogs (Diamond Dogs), pages 15 à 166, trad. Sylvie DENIS
3 - Turquoise Days (Turquoise Days), pages 167 à 286, trad. Sylvie DENIS
 
    Critiques    
     Le moins qu'on puisse dire, c'est que du côté du groupe Pocket/Fleuve Noir, il y a du grain à moudre ce trimestre pour les amateurs de S-F. Ainsi, après Les Légions immortelles de Scott Westerfeld en mars chez Pocket, nous sont arrivés en avril un nouveau Iain M. Banks au Fleuve Noir (La Plage de verre), et le présent recueil d'Alastair Reynolds. Quoi ? Deux inédits chez Pocket, et qui plus est en S-F ? Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume de la pink fantasy ? Faut croire. En tout cas par chez-nous, en Bifrosty, on n'ira pas s'en plaindre...

     Ainsi, alors que Pocket s'apprête à rééditer en poche L'Arche de la rédemption, troisième volet de l'incontournable tétralogie des « Inhibiteurs », l'éditeur nous propose, en guise de mise en bouche, Diamond Dogs, Turquoise Days, recueil de deux longues nouvelles inscrites dans le même univers que le cycle précité (petite info en passant : on lira aussi bientôt dans Bifrost deux autres récits de Reynolds issus du même cycle).

     Passée une intéressante préface de notre collaboratrice Sylvie Denis, qui a le mérite de poser l'univers de Reynolds tout en esquissant une définition du « Nouveau space opera » (intitulé qui semble avant tout se résumer à un argument commercial sous-entendant que non, le space op' n'est pas une branche de la science-fiction réactionnaire et débile, et, oui, il y a aussi des auteurs de gauche qui en écrivent, et même qu'ils sont intelligents...), le recueil s'ouvre donc sur la plus longue des deux novellas proposées : « Diamond dogs ». Qui repose sur un pitch pour le moins excitant : imaginez une planète lointaine et déserte. Rien n'y pousse, rien n'y vit. Bref, une zone sans intérêt, n'était un curieux artefact, une tour gigantesque et muette. Dans cette tour des pièces se succèdent, chacun d'entre-elles renfermant une énigme qu'il faudra résoudre avant d'accéder à la suivante. Et gare à l'erreur, la sanction de la Flèche est souvent sans appel... Que cache l'édifice ? Qui l'a construit ? Et pourquoi ? Autant de questions auxquelles devra répondre l'expédition qui, autour de Roland Childe (référence transparente, du moins pour les lecteurs anglo-saxons, au long poème de Robert Browning « Childe Roland to the Dark Tower Came » (1855), qui a aussi inspiré le cycle de « La Tour Sombre », de Stephen King), s'est fixée pour but de percer les mystères de la Flèche. Ici, sous des dehors classiques et référencés (on ne peut s'empêcher de penser à Cube), Alastair Reynolds livre une nouvelle d'une implacable efficacité, peuplée de personnages tous plus dingues les uns que les autres, d'une froide cruauté et d'une constante tension. Bref, un excellent texte (en dépit d'une résolution un peu décevante), y compris pour les lecteurs n'ayant jamais ouvert un bouquin de l'auteur, qui découvriront là un substrat S-F passionnant et n'auront qu'une envie : aller plus avant dans ce futur aussi terrifiant que fascinant.

     Si le premier récit de ce petit recueil convainc sans déchaîner l'enthousiasme, « Turquoise days » est à mon sens bien au-dessus. Sous des dehors d'un absolu classicisme (planète lointaine, créature extraterrestre mystérieuse et fascinante que les humains tentent de comprendre, personnage principal hanté par un passé qui trouvera écho dans la résolution du texte...), voici un petit bijou d'humanité, à mi-chemin entre le meilleur de Robert Silverberg et Ursula Le Guin, de ces textes d'ethno-SF dont on se dit en les refermant : « Putain, ouais, c'est pour ça que j'aime la science-fiction. » Une perle, en somme, bien moins « froide » que la plupart des textes de l'auteur de la Cité du gouffre, moins « abyssale » aussi, peut-être, mais d'une justesse bâtie sur une économie d'effet remarquable.

     A l'arrivée, Diamond Dogs, Turquoise Days propose 250 pages d'une excellente science-fiction pour pas cher, une occasion toute trouvée de découvrir l'un des auteurs les plus saisissants du moment, ou, pour ceux qui connaissent déjà, de se replonger dans un univers appelé à devenir un classique. Bref, une belle initiative de l'éditeur, dont on espère qu'elle sera suivie de nombreuses autres du même tonneau, et tant pis pour les amateurs de pink fantasy.

ORG
Première parution : 1/5/2006 dans Bifrost 42
Mise en ligne le : 30/7/2007


     Ces deux courts romans s'ajoutent à la tétralogie d'Alastair Reynolds : L'Espace de la Révélation, La Cité du gouffre, L'Arche de la rédemption, Le Gouffre de l'absolution. Il ne s'agit pas de quelconques suites mais d'œuvres nouvelles qui s'inscrivent dans le grand puzzle que construit patiemment l'écrivain gallois. On retrouve, en arrière-plan, des lieux connus, Resurgam, Chasm City, des personnages comme Calvin Silvestre et surtout des motifs qui constituent le centre de cette vaste construction romanesque : le temps et l'infini, le mystère de la vie extraterrestre ou les échecs d'humains saisis par la démesure du pouvoir.

     Diamonds Dogs place ses personnages et le lecteur devant un grand mystère. Sur une planète baptisée Golgotha, on a découvert un bâtiment étrange, une tour si effilée qu'on l'appelle la Flèche. Les corps des membres de la première expédition ont été retrouvés au pied de la construction. Le narrateur est convié par un ami qu'il croyait mort depuis des années à tenter d'escalader la Flèche. Elle s'avère constituée de pièces vides qu'il faut franchir une à une en résolvant des énigmes mathématiques de plus en plus complexes, tout échec déclenchant une réaction violente. Mutilations et morts s'enchaînent. Le thème classique de l'artefact extraterrestre y est renouvelé par l'atmosphère de folie qui saisit les protagonistes humains.

     Turquoise days décrit une planète occupée en grande partie par un océan où vivent des Schèmes Mystifs, ces extraterrestres incompréhensibles croisés dans d'autres romans. Deux sœurs vont être confrontées à ce mystère qui les attire d'autant plus qu'il paraît insoluble. Leur recherche sera compliquée par l'arrivée d'un vaisseau hostile. L'une choisira la voie de la raison, attachée à son travail de scientifique. L'autre s'immergera dans l'océan, pour aller au bout de sa fascination, quitte à en mourir. Des choix plus complexes et imbriqués qu'il n'y paraît.

     Les nombreux amateurs de SF qui tiennent Alastair Reynolds pour l'auteur majeur de ce début de siècle seront à nouveau séduits par son imagination. Futur lointain, espaces insaisissables, images surprenantes, il refuse la science-fiction étriquée, les avenirs trop proches, les intrigues stéréotypées. Il nous entraîne dans des aventures sans conclusion véritable. Le lecteur se sent transporté dans un univers dont les limites, dans le temps comme dans l'espace, reculent à mesure qu'avancent les vaisseaux d'exploration. L'infini prend de plus en plus d'ampleur. Ce qui semblait accessible devient inaccessible, dans un tourbillon d'images saisissantes, comme Cette grande muraille qui tente d'encercler un groupe de Mystifs afin de mieux les analyser. De la bonne et grande science-fiction qui donne envie de voir l'auteur ajouter encore quelques briques à son monument.

Gilbert MILLET
Première parution : 1/6/2006 dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 13/2/2009


 
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