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Mon âme en Chine

Anna KAVAN

Titre original : My soul in china, 1984

Traduction de Odile DE LALAIN

FLAMMARION (Paris, France), coll. Bibliothèque Anglaise
Dépôt légal : 1984
198 pages, catégorie / prix : 85 FF
ISBN : 2-08-064653-2   


 
    Critiques    
     Une femme rêve : Je suis seule dans un train, dans un compartiment de seconde classe ; au lieu de bagages, au lieu de cerveau, je porte une masse serrée de minuscules serpents gris dans mon crâne, (p. 14) De qui sont ces serpents ? Pourrait-on demander. Des serpents de l'âme, qui ronge la narratrice jusqu'à ce que sa vie auto-détruite d'insatisfaction en déboires sentimentaux, ne débouche plus que sur le néant (Tu es morte depuis longtemps, pourquoi faire du sentiment ? — p. 86). Cette vie qui se rêve en cauchemar lent et doux, c'est celle de Kay, jeune (bientôt vieille) fille britannique qui est la narratrice du long récit (une novelette) qui donne son titre au recueil. Mais ce pourrait -être aussi bien la vie de l'auteur. Qui est Anna Kavan ? Une romancière anglaise majeure, mais peu connue en France, même si on peut la mettre sur un pied d'égalité avec Doris Lessing ou Carson McCullers, dont elle partage certaines obsessions névrotiques. Jusqu'au bout : rongée par la solitude, Anna Kavan se drogue, et c'est la drogue qui la tue en 1968, on dit suicide, elle a 67 ans.
     On doit à Anna Kavan, parmi ses œuvres traduites en français, Neige, (Stock) un roman superbe, qui ne parle pas de l'héroïne, cette neige qui la tuera, mais de l'ère glacière s'abattant sur l'Angleterre (d'ailleurs, en V.O., le roman s'appelle Ice !). Un roman qui n'a certes rien à voir avec la sf, mais en porte les traces, les marques, et cette autre obsession, ballardienne celle-là, qui fait se confondre les personnages au décor omniprésent qui les enserre. Même si elle n'en était pas amateur, même si elle n'eut jamais conscience d'en écrire, il était bien normal qu'Anna Kavan rencontre la sf : car elle seule peut décrire la dissolution d'une individualité dans le collectif, d'un personnage dans son décor, d'un être dans le néant.
     Ces obsessions d'une femme perdue et fragile ne vont pas sans transparentes allusions politiques : dans le Sous-marin Jaune, l'Angleterre est la proie d'une invasion barbare qui ne semble être que le cryptage d'un séparatisme ; dans Voyageur, la visite à un monde orwellien cache mal la peur d'une sorte de collectivisme fantasmatique ; et dans Mort aux traîtres, la cible de l'auteur est nettement une alliance d'étudiants et de communistes qui sent le soixante-huitardisme à plein nez... Mais qu'importe si l'auteur a des penchants réactionnaires ? L'essentiel (pour le lecteur) est qu'elle a peur, que pour elle tout soit menace, et que ces menaces deviennent sur le papier cette cartographie d'un enfer mou (comme Mondoloni voit ses Goulags), ce parcours sinueux des territoires de l'inquiétude chers à Doremieux.
     Anna Kavan aurait voulu être une « scintillante beauté au lieu de cette dégoûtante pourriture » (p. 197). Le monde l'a trahie jusqu'au bout. Il reste ses livres, qui viennent à notre rencontre. Il serait bon que les amateurs de sf croisent son chemin à l'occasion de Mon âme en Chine.


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/10/1985 dans Fiction 367
Mise en ligne le : 15/3/2005


 
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