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Les Langages de Pao

Jack VANCE

Titre original : The Languages of Pao, 1958

Traduction de Elisabeth GILLE
Illustration de Jean-Yves KERVÉVAN

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 83
Dépôt légal : mars 1993
224 pages, catégorie / prix : 3
ISBN : 2-207-30083-8
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   DENOËL, 1965, 1981, 1987, 1992
   in Les Maîtres des dragons et autres aventures, 2004
   GALLIMARD, 2008

    Quatrième de couverture    
     Sur Pao, planète sans saison où le temps s'écoule sans heurt, le peuple s'est fondu dans une homogénéité exceptionnelle que révèle son langage. Ainsi les mots « meilleur » ou « pire » n'existent pas. Mais si cet état de choses assure une paix durable, il a aussi émoussé au fil des générations le goût de l'innovation autant que la combativité. Aussi, lorsqu'une planète guerrière s'en prendra à Pao, les envahisseurs ne se heurteront qu'à l'indifférence générale. C'est un sorcier qui trouvera le remède : modifier le langage pour modifier le comportement. Oeuvre d'un précurseur puisque abordant dès 1958 une discipline que les sciences humaines ne devaient développer que plus tard, la socio-linguistique, Les langages de Pao est un classique de la science-fiction.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)

 
    Critiques    
     Paru dans les années cinquante, ce court roman n'a rien perdu de son intérêt au cours du temps. Les problèmes qu'il soulève sont toujours d'actualité à une époque où l'on assiste à une évolution du langage qui échappe aux autorités. Les spécialistes de la socio-linguistique sauraient sans doute nous éclairer sur le sujet développé par l'auteur, mais c'est en véritable précurseur que Vance a avancé ses idées. Il est surtout connu pour son cycle de Tschaï mais ce texte rivalise avec sa tétralogie.

     Les Paonnais sont un peuple pacifique : ils ne produisent pas d'armes et ne commercent avec les autres planètes que grâce aux Mercantils, une race de marchands conspirateurs et redoutables. Les Brumbos, menés par leur chef Eban Buzbec, ont tôt fait d'asservir la planète entière. Alors commence pour elle un long calvaire auquel seuls les conseils de Palafox, le sorcier de Breakness, pourra peut-être mettre fin. Breakness est un monde à part, ni véritablement guerrier, ni commerçant. Egoïstes et solitaires, ses habitants sont des érudits dans diverses disciplines. De plus, ils se font modifier le corps et sont donc bien moins vulnérables qu'ils ne le paraissent. Mais quelle sera la stratégie de Palafox et quel rôle doit y jouer Béran, le fils du président Paonnais assassiné ?

     La grande difficulté du sujet abordé réside dans l'impossibilité pour l'auteur d'établir une relation de cause à effet claire entre les méthodes employées par Palafox et le résultat qu'il désire obtenir. Les divers éléments exposés permettent à l'histoire de demeurer crédible, tout en restant suffisamment vague pour éviter d'énoncer des absurdités scientifiques. Il serait en outre laborieux de décrire des changements psychologiques dans l'ensemble d'une population sur une période de vingt ans. Mais par d'habiles manœuvres littéraires, Vance parvient à nous intéresser tout au long de ces quelque deux cents pages. Nous suivons Béran qui, enlevé sur Breakness, n'a qu'un souhait : retourner sur Pao ! Mais que s'y passe-t-il ? Quelle est la véritable situation ? Et puis il y a toute la civilisation de Breakness a découvrir et les sinistres desseins de Palafox à dévoiler. Par exemple, que fait-il des cent jeunes femmes, à la fois jolies et intelligentes, qu'on lui envoie chaque mois ? On le voit, le matériau est riche et ne manque pas de possibilités d'exploitation.

     Le problème de socio-linguistique qui sous-tend ce roman est donc en fait la partie immergée de l'iceberg. En réalité, le lecteur est confronté à une histoire plus classique de lutte de pouvoir pour contrôler une planète. Seulement, ce contrôle s'obtient d'une façon hautement originale qui captivera celui qui veut bien y réfléchir sans pour autant décevoir l'amateur de bons romans d'aventure. Vance s'affirme ici comme un grand de la science-fiction. A dévorer d'un coup en trois heures.

Antoine ESCUDIER (lui écrire)
Première parution : 8/12/2003 nooSFere

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition DENOËL, Présence du futur (2003)


     Une planète exotique, de méchants envahisseurs, un jeune garçon dépossédé de son trône par un vil usurpateur — son oncle, évidemment — puis éduqué par un puissant guerrier en attendant l'heure de la revanche : peut-on imaginer un space opera plus conventionnel ? Mais Vance est un maître et s'il utilise cette trame éculée, c'est pour faire de la linguistique le thème central de son roman. Partant de l'hypothèse que le langage contrôle le fonctionnement de la pensée et donc les agissements de l'homme, il pose directement la question suivante : « est-ce la langue ou le comportement qui passe en premier ? » (p.67)

     Pour illustrer sa réflexion, Vance nous invite sur Pao, une planète surpeuplée dont les quinze milliards d'habitants sont d'une homogénéité absolue, tous aussi « sains d'esprits » qu'insensibles à la souffrance humaine en raison d'une « compréhension intuitive du destin ». Témoin de ce fatalisme et de cette incapacité à se rebeller, la langue paonaise est passive et dépourvue de passion, ce qui empêche les paonais d'être des commerçants efficaces, des ingénieurs inventifs ou des combattants capables de s'opposer à l'invasion des Brumbos de Batmarsh.

     Face à ces derniers, les paonais demanderont donc l'aide de Palafox, un « sorcier » de la planète Breakness, issu d'une société masculine de cyborgs surpuissants dont la longévité est si grande qu'ils finissent tous mégalomanes. L'individualisme y est la valeur dominante, au point que les mots « coopération », « loyauté » ou « confiance » n'existent pas ; au point que la langue de Breakness est « unique en ce qu'elle [dérive] entièrement de l'individu qui la [manie] » ; au point que « le Moi étant la base d'expression implicite, le pronom « Je » [est] inutile. »

     La solution proposée par Palafox sera de modifier la seule langue de Pao, ou plus exactement de créer trois nouveaux langages artificiels, susceptibles d'influencer la personnalité des enfants dès leur plus jeune âge : le vaillant pour les militaires, le cogitant pour les commerçants et le technicant pour les industriels. En quelque sorte, Vance revisite le mythe de la tour de Babel, mais ici la diversification des langages est initialement évaluée comme un enrichissement, comme une force, comme une adaptation nécessaire à la survie. En même temps, cette division peut évidemment être source d'incompréhension et de conflits. Du coup, la complexité des buts et des moyens font que le résultat est très incertain. Loin de contrôler parfaitement la situation, les sorciers de Breakness sont des manipulateurs égoïstes dont les motivations ne sont pas claires, même pour eux-mêmes : ils déplacent parfois des pions au hasard et leurs alliances peuvent varier au gré de leur intuition. Bref, ce sont des personnages compliqués à saisir, bien loin des archétypes manichéens habituels : une nouvelle preuve du talent de Vance, toujours capable de détourner et d'enrichir des intrigues apparemment banales.

     Le propos est donc à la fois intelligent et habile, jamais pesant ni prétentieux, toujours distrayant et coloré — la marque de fabrique de Vance. Pourtant, la démonstration atteint ses limites quand il serait nécessaire de faire « ressentir » les nuances des langages plutôt que les expliciter. Et pour cause : dès le chapitre deux, une longue note expose l'impossibilité pour l'auteur de bien traduire les différences fondamentales entre deux langues dans celle du lecteur. On aimerait mieux appréhender les subtilités du parler des Mercantils, mieux saisir comment peut fonctionner celui des anarchistes fous de Vale — décrit comme « une improvisation personnelle, presque complètement dénuée de règles » — ainsi que les autres exemples linguistiques dont Vance émaille son récit.

     Ce défaut formel ainsi que le caractère très anecdotique de l'intrigue principale empêchent sans doute Les Langages de Pao d'atteindre au statut de chef d'œuvre. Néanmoins, ce court roman est une œuvre exceptionnelle dans la SF par l'intelligence de son approche du thème linguistique. Il demeure donc une référence incontournable qui mérite de figurer dans toute bibliothèque idéale.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/9/2003
Bifrost HS2
Mise en ligne le : 9/1/2005




 
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