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Rite de passage

Alexei PANSHIN

Titre original : Rite of passage, 1968
Traduction de Frank STRASCHITZ
Illustration de Jean-François JAMOUL

OPTA , coll. Galaxie-bis n° 29/108
Dépôt légal : 3ème trimestre 1973
Première édition
Roman, 256 pages
ISBN : néant
Format : 11,5 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Mon Univers est un vaisseau...

     Un des grands vaisseaux qui ont quittés la Terre, jadis, avant qu'elle explose et que les hommes se dispersent entre les mondes des étoiles.
     J'ai 12 ans et comme je suis encore une petite fille, je m'amuse à passer d'un niveau à l'autre par les conduits d'aération.
     Tout en bas, au fond du Vaisseau, il y a les machines, la Technique. Au 3ème Niveau, il y a un soleil artificiel, mais les prés sont vrais, et les oiseaux et les lapins aussi : c'est un coin de la Terre que nos ancêtres ont reconstitués là pour ne pas perdre ce qui fait encore de nous des humains.
     Et, pour rester humains et parce qu'il nous faut être forts, nous avons une règle de sélection à laquelle chacun doit se soumettre. Chacun, au seuil de l'adolescence, doit affronter seul une planète sauvage. Bientôt, ce sera mon tour...
Sommaire
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1 - R. A. LAFFERTY, Voyage en conserve (Ride a Tin Can, 1970), pages 240 à 256, nouvelle, trad. Charles CANET
Critiques
 
     Rite de passage exploite un des thèmes familiers de la SF : le vaisseau stellaire dont le voyage s'étend sur plusieurs générations et qui devient, par le fait même, une véritable ville, sinon un véritable univers. Ce postulat a été l'occasion de développements mémorables dans la science-fiction classique et même moderne : nouvelles, comme La génération finale de Clifford D. Simak (Fiction 187) ou Le vent souffle où il veut de Chad Oliver (Fiction 68) ; romans, comme Les orphelins du ciel de Robert Heinlein (qui fait partie de son Histoire du futur) ou Le navire étoile de E.C. Tubb. Parfois le thème subit une poussée en avant comme dans Croisière sans escale de Brian Aldiss, où la finalité du vaisseau a non seulement été oubliée mais ne peut plus être retrouvée, tellement le temps a passé et les occupants ont évolué. Enfin, le vaisseau-ville peut être une ville véritable qui s'est arrachée à la Terre, comme l'a imaginé James Blish dans sa superbe série sur les « Villes nomades », point ultime de cette thématique.
     C'est à cette dernière référence, d'ailleurs, que colle le mieux Rite de passage, puisque dans le livre de Panshin les Vaisseaux dont il est question (en réalité des planétoïdes évidés et aménagés pour le voyage stellaire) sont des sortes de forteresses autonomes dont les occupants n'ont nullement perdu le souvenir de leur origine, mais ont choisi librement d'errer dans l'espace à jamais. Destinés primitivement à l'essaimage de l'humanité vers des planètes de peuplement, les Vaisseaux, après que la Terra eut été anéantie en l'an 2041 (dans une catastrophe qui n'est pas clairement précisée) et après avoir implanté cent douze colonies, sont devenus des mondes errants qui échangent périodiquement avec les colonies, maintenues volontairement dans un état de sous-développement relatif, quelques broutilles technologiques contre la matière première indispensable (l'analogie avec les romans de Blish est là encore évidente).
     Les Vaisseaux maintiennent un niveau de population stable grâce à l'Epreuve, qui est aussi une manière de sélection naturelle : « Dans les trois mois qui suivent le jour où l'on atteint l'âge de quatorze ans, on vous dépose sur l'une des planètes colonisées, où vous devez tenter de survivre pendant trente jours par vos propres moyens. » Le roman de Panshin nous fait suivre l'apprentissage de la vie de Mia, passagère d'un des Vaisseaux, une jeune fille timide, complexée, agressive, qui a douze ans au moment où le récit commence et un peu plus de quatorze lorsqu'il s'achève, l'adolescente ayant passé l'Epreuve sans grand mal. Nul suspense ne vient dramatiser ces événements (assez anodins au demeurant, la jeune héroïne ne goûtant que la prison sur un monde où le niveau de civilisation ressemble à celui du XVIIIe siècle terrestre), car l'action est commentée à la première personne par la bouche de Mia — preuve qu'elle s'en sortira !
     Ce qui a intéressé l'auteur, c'est la description du développement physique et mental d'une jeune fille passablement « bloquée » au départ (on sent qu'elle subit fortement la domination de son père, qui est l'un des dirigeants du Vaisseau et qui lui a « interdit de grandir »), mais qui s'aguerrit progressivement au contact de ses semblables et au cours de l'Epreuve sur la planète Tintera. Ce mûrissement nous est détaillé avec délicatesse, par petites touches anodines qui ne prennent que trop rarement du relief — par exemple lorsque Mia fait pour la première fois l'amour avec Jimmy (« Dans un sens ce fut un ratage, mais un ratage extrêmement agréable »). Panshin n'aborde ainsi un sujet éprouvé que par la surface des choses, les petits détails, les digressions (les deux merveilleuses histoires racontées par le pilote Georges), la couleur du temps qui passe. Mais insensiblement, et sans avoir l'air d'y toucher, il nous en apprend beaucoup sur la vie sociale à l'intérieur du Vaisseau et sur le rôle que ceux-ci jouent dans la civilisation stellaire d'après la destruction de la planète mère — un rôle d'ailleurs assez peu reluisant, puisque le Vaisseau de Mia s'arroge le droit exorbitant de détruire, è la fin de l'Epreuve, la planète Tintera dont l'évolution a été jugée dangereuse pour la suprématie des errants. Cependant, grâce aux nouvelles générations, à des gens comme Mia, les Vaisseaux abandonneront peut — être un jour leur rôle de gendarmes stellaires : « Nous allons changer les choses, » dit Jimmy. « Oui ! J'espère seulement que cela ne prendra pas trop de temps, » répond Mia. C'est, à quelques lignes près, la conclusion du roman.
     Réussite certaine, donc, toute de délicatesse et de subtilité, mais tout de même réussite mineure, aux nuances pastel, Rite de passage serait à recommander en priorité aux lecteurs ayant l'âge de son héroïne... Mais je ne voudrais cependant pas abandonner ce « Galaxie-bis » (qui tranche tout de même dans le tout-venant d'une collection ces temps-ci plutôt morne) sans signaler la nouvelle qui clôt le volume, un petit bijou signé Lafferty, Voyage en conserve, où il est question d'une race vaguement humanoïde, les Shelnis, habitant une planète lointaine, et que les Terriens, les considérant hypocritement comme non-intelligents, déportent en masse pour en faire de la viande en conserve. Cela se corse lorsqu'on apprend que les Shelnis se sont créé une mythologie dans laquelle l'ultime voyage vers l'usine à corned-beef est identifié à une montée au paradis, et cela se noue quand une anthropologue, qui a compris que les Shelnis sont des êtres pensants, est à son tour embarquée vers l'abattoir tant elle s'est mise, dans sa passion de l'étude, à leur ressembler physiquement. Ces quinze pages d'une drôlerie atroce en disent plus long que maints romans sur l'exploitation, le colonialisme, le génocide... Décidément, ce Lafferty, quel bonhomme étonnant !

Denis PHILIPPE
Première parution : 1/3/1974 dans Fiction 243
Mise en ligne le : 18/10/2015


 
     Critique tirée de la rubrique « Diagonales » signée par Alain Dorémieux
     Malgré son nom qui fleure bon les origines slaves, Alexeï Panshin est un authentique citoyen américain. C'est un représentant de la (relativement) jeune génération, mais quand même pas un moderniste à tous crins. Il s'est fait remarquer il y a quelques années par des prises de position aussi injustes qu'extrémistes, aussi réactionnaires que bornées, contre les tendances contemporaines de la science-fiction. Voici son premier roman traduit en France (il remporta en 1968 le Nebula Award). On y retrouve une vieille connaissance : l'astronef géant qui voyage depuis des générations et qui pour ses occupants est devenu l'univers. Depuis l'archétypique Croisière sans escale d'Aldiss, depuis aussi des récits mémorables comme Les souhaits aux étoiles de Judith Merril, Les orphelins du ciel de Robert Heinlein, Le vent souffle où il veut de Chad Oliver, La génération finale de Clifford Simak, ce thème du vaisseau-monde a été une des clés de la SF moderne. On ne peut dire que Panshin cherche à le renouveler, ni même à en tirer des effets particulièrement frappants. Son livre se laisse lire. C'est bien tout ce qu'on peut en dire.

Alain DORÉMIEUX
Première parution : 1/1/1974 dans Fiction 241
Mise en ligne le : 16/11/2015

Prix obtenus
Nebula, Roman, 1968


Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes
Le Science-Fictionnaire - 2 - Arches spatiales
Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

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