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La Roue fulgurante

Jean de LA HIRE


OMBRES, coll. Petite bibliothèque Ombres n° 125
Dépôt légal : novembre 1998
280 pages, catégorie / prix : 69 FF
ISBN : 2-84142-100-7   
Genre : Science Fiction 


Autres éditions
   FERENCZI (Joseph Ferenczi et fils éditeurs), 1922, 1929, 1942
   Jean-Claude LATTÈS, 1973
   in Chasseurs de chimères, l'âge d'or de la science-fiction française, OMNIBUS, 2006
   TALLANDIER, 1938

    Quatrième de couverture    
     Mélange d'anticipation scientifique et d'occultisme, de surréel et de poésie, La Roue Fulgurante relate la singulière odyssée dans l'espace, à bord d'un étrange disque lumineux, de cinq Terriens capturés par des créatures semblables à des colonnes de lumière et leur tout aussi singulier retour sur Terre, au terme d'incroyables aventures sur la planète Mercure, peuplée de noirs cyclopes unijambistes.


 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition Jean-Claude LATTÈS, Science-fiction (1973)


     La réédition, à Edition Spéciale, de La roue fulgurante aura peut-être surpris plus d'un amateur de science-fiction. Pour les uns, cette initiative sera saluée comme un événement s'inscrivant dans la ligne des récentes redécouvertes des Rosny, Spitz, Renaud et autres Messac. Pour les autres, ce sera une nouvelle fois un ouvrage à éviter en raison des deux critères fondamentaux suivants : les vieux auteurs sentent le moisi, les auteurs français ne valent pas chipette. Le résultat, c'est que l'éditeur risque fort de n'y point retrouver son compte, témoin l'apparent abandon de la série des Tarzan et John Carter.
     Cette situation, courageuse d'une part et périlleuse de l'autre, est quelque peu navrante. En dehors du principe qui veut qu'il est préférable de s'inquiéter d'abord des nouveaux venus plutôt que de retourner chez les vieilles barbes, il est évident qu'une littérature quelle qu'elle soit se doit de tenir compte de son passé. La science-fiction s'imposant — à ce qu'il paraît — en notre cher pays, le lecteur doit donc pouvoir en retrouver les sources. Et puisque l'on réédite Balzac, La Fontaine, Hugo ou la Comtesse de Ségur, rien ne s'oppose en effet à ce que les précurseurs de l'anticipation scientifique ressortent des bibliothèques des farouches collectionneurs.
     Seulement, et c'est 1à où le bât blesse, s'il est convenu qu'un Hugo ou qu'un Balzac furent des maîtres à penser, des géants de l'écriture, des sommets de notre langue, les Jean de la Hire de tous poils ne peuvent tout au plus passer que pour d'honnêtes feuilletonistes, des pionniers de la littérature nutritive, des besogneux des histoires populaires. Et, toutes choses devant être comparées, les uns songeront aux auteurs des collections à 4 ou 5 F et les autres à nos augustes piliers des revues à la mode.
     Une telle attitude ne relevant que de la plus simple logique, il est dès lors loisible de poursuivre la démarche et d'avancer sans plus attendre que les Jean de la Hire d'antan ne sont rien d'autre, en fait, que les Maurice Limat d'aujourd'hui, comme les Zévaco ne furent pas autre chose que des Golon avant la lettre, les Ponson du Terrail d'autres Robert Gaillard, voire un Gaston Leroux le Jean Bruce ou le San Antonio de la Belle Epoque.
     J'admettrai, au bénéfice des tenants d'une telle démonstration, que l'écriture change et que les styles prennent vite des rides. J'irai même jusqu'à accepter de la part de certains que le vieillissement a fortement marqué les littérateurs d'anticipation française d'autrefois. Mais — car il y a un « mais » — cet aspect que l'on peut poser comme négatif suffit-il. A écarter le lecteur de tels ancêtres ? Et surtout la comparaison que nous avons acceptée quelques lignes plus haut est-elle justifiée ?
     S'il est indéniable que la science-fiction populaire française — et pourquoi pas la science-fiction française tout court ? — se trouve dans l'état actuel des choses « à la remorque » de sa sœur américaine, s'il est indéniable que le Fleuve Noir — et loin de moi tout esprit vindicatif — cultive habituellement les poncifs et plagie sans vergogne tous les grands du space-opera anglo-saxon, il n'en allait pas de même à l'époque héroïque des Jean de la Hire susnommés. Autant nos contemporains font souvent preuve d'un manque chronique d'imagination, autant leurs devanciers bousculaient le conformisme et exploraient des terrains nouveaux. Au point que l'on est en droit d'avancer que l'âge d'or de la science-fiction américaine n'a guère découvert que ce qui existait déjà, sous une forme moins élaborée sans doute mais néanmoins remarquable. Que l'on se souvienne de la petite querelle qui s'est élevée jadis, dans les pages de cette revue, à propos d'un roman de Maurice Renard et d'une œuvre de Richard Matheson. Que l'on songe aux ressemblances qui existent entre cette Roue Fulgurante que l'on vient de rééditer et tant de romans planétaires. Et que dire des nombreuses trouvailles dues à Théo Varlet, Nizerolles, Groc, Champagne... que l'on retrouve ça et là dans les œuvres récentes des meilleurs auteurs des U.S.A. ?
     On pourra bien entendu reprocher à de nombreuses œuvres le schématisme du récit, l'absence de psychologie des personnages, voire parfois l'infantilisme des héros — encore que cette dernière caractéristique soit le propre de bien des héros. Mais c'est là qu'intervient l'habileté de l'éditeur, dont le rôle, au fond, consiste plutôt à écarter les récits trop naïfs, en nous restituant ceux que notre littérature présente peut encore admettre, qu'à retrouver tous ceux qui furent à l'origine des grands thèmes de l'âge d'or (un Pierre Versins, par exemple, en a le rôle et le mérite).
     Et il faut regretter l'indifférence qu'ont suscitée les rééditions de Edgar Rice Burroughs en dépit des efforts de Francis Lacassin. De nombreux lecteurs de cette revue n'ont même pas tenté d'explorer l'univers de Barsoom, et que dire de cette Afrique ô combien fascinante de l'immortel Tarzan. Et pourtant ! Quels sont les lecteurs, quels sont les auteurs de la science-fiction contemporaine américaine qui méconnaissent ce grand précurseur ?
     Je ne sais pas si nous aurons un jour la suite des aventures de John Carter, mais il serait regrettable qu'après avoir refusé l'un des plus grands pionniers de la science-fiction le lecteur français fasse un sort identique à ses propres précurseurs nationaux, que les éditeurs les plus courageux nous restituent enfin. On sait déjà ce qu'il est advenu des œuvres de Gustave Le Rouge.
     Quant à Jean de la Hire, auquel il faut bien revenir enfin, cette Roue fulgurante, vieille de plus de soixante ans, ne serait nullement un écueil dans la carrière de nos meilleurs auteurs contemporains s'il s'était trouvé qu'elle vienne à l'instant de jaillir de leur plume. Et c'est là le grand mérite de l'auteur-créateur du Nyctalope que de pouvoir encore conserver sa fraîcheur après avoir été tant et tant imité. Ceux qui l'auront lu dans les presque infâmes éditions Jaeger-Hauteville des années 50 seront peut-être réticents. S'ils ont eu la malchance de trouver sous leurs yeux l'ouvrage intitulé Soucoupes volantes, il ne leur restera qu'à oublier ce qui fut un abominable massacre d'une œuvre qui ne le méritait pas. Renard aussi a connu des avatars semblables, à une époque proche, aux éditions Tallandier. Heureusement, les éditeurs d'aujourd'hui ont le mérite d'être plus scrupuleux.
     Il est bon, par ailleurs, de noter la spécialité que s'est fait Edition Spéciale de nous restituer des œuvres oubliées. Si Robert Laffont, grâce à Gérard Klein, si la bibliothèque Marabout, grâce à Jean-Baptiste Baronian, se sont voulus depuis quelque temps des champions de la réédition, Jean-Claude Lattes, quant a lui, ne s'est consacré qu'à cela. Après Burroughs, ce fut le tour de Robert E. Howard. Après Conan, nous avons retrouvé le regretté Régis Messac. A présent, avec Jean de la Hire, voilà un nouveau pas franchi et sûrement pas l'un des moindres. Retrouverons-nous bientôt d'autres œuvres du grand disparu : les Lucifer, Belzébuth, Gorillard et autres Antéchrist ? C'est un vœu que l'on se doit de formuler, si les amateurs de science-fiction s'inquiètent vraiment de la littérature qu'ils privilégient, ce qui reste à démontrer.

Jean-Pierre FONTANA
Première parution : 1/7/1973
dans Fiction 235
Mise en ligne le : 18/11/2001


 

 
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