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Trois pépins du fruit des morts

Mélanie FAZI



Illustration de Jean-Yves KERVÉVAN

NESTIVEQNEN , coll. Fractales / Fantastique
Dépôt légal : septembre 2003
208 pages, catégorie / prix : 13,50 €
ISBN : 2-910889-81-0   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Annabelle Stavrakis est une adolescente mal dans sa peau qui ne supporte pas les métamorphoses à l'œuvre dans son corps. Un jour, pour fuir cette image d'elle que les miroirs lui renvoient, Annabelle fugue du foyer familial et part rejoindre Kyra, femme étrange et envoûtante, qui prétend être la déesse Perséphone, celle qu'autrefois, dans la légende des siècles, Hadès couronna reine du Tartare.
     Qui est vraiment Kyra ? Les pépins de grenade qu'elle propose à Annabelle procurent-ils l'immortalité ? Une fois retournée dans son foyer, Annabelle entame-t-elle réellement, une transformation en « inhumaine » ? Ou bien son refus de s'alimenter est-il le symptôme d'une nouvelle phase de sa dépression ?
     Un roman terrible et fascinant, écrit de main de maître par l'un des talents les plus prometteurs de la « nouvelle génération » du fantastique français.

     Née en 1976 à Dunkerque, Mélanie Fazi habite Paris depuis six ans. Elle partage son temps entre la traduction, dont elle a fait son métier, et l'écriture. Ses nouvelles ont été grandement saluées par la critique (« Matilda » a reçu le prix Merlin en 2002).

    Prix obtenus    
Merlin, roman, 2004
 
    Critiques    
     Un jour, Annabelle Stavrakis disparaît. A son retour, deux semaines plus tard, l'adolescente ne dit mot de son aventure — fugue ou enlèvement ? — , ce qui inquiète fort sa mère. D'ailleurs, Annabelle ne parle tout simplement plus à personne. Elle préfère se refermer sur elle-même, et penser à Kyra, celle qu'elle a rencontrée durant son « absence ». Kyra prétend être la déesse Perséphone, capable de procurer l'immortalité à la jeune fille, grâce à des grains de grenade, le « fruit des morts » du titre. Pour cela, il faut néanmoinqu'Annabelle cesse de manger, pour se débarrasser de sa condition d'humaine, action qu'elle entreprend à son retour, ce qui ajoute encore à l'angoisse de sa mère.
     C'est à un fantastique mythologique tout en demi-teintes que nous convie Mélanie Fazi, pour son passage au roman. En effet, le lecteur ne sait vraiment sur quel pied danser : la rencontre d'Annabelle avec Kyra est-elle réelle, ou relève-t-elle du fantasme d'une adolescente au bord de la dépression ? De même, on peut se demander si son ascèse a vraiment l'effet escompté — dévêtir Annabelle de son humanité — ou si elle fait perdre sa lucidité à la collégienne, qui croit devenir éthérée. Alliée à un style très poétique et à un vrai talent pour camper des personnages crédibles et humains, cette subtilité de traitement rend le livre très attachant, jusqu'à sa conclusion tragique. Pour un premier roman, c'est une vraie réussite.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 26/10/2003 nooSFere


     Annabelle n'aime pas son nom qui dissimule ses origines grecques, ni sa famille qui ne la comprend pas, ni sa mère avec laquelle elle ne fait que cohabiter, ni ses camarades de lycée qu'elle juge trop primaires. Elle n'aime pas sa vie, elle n'aime pas la vie. A douze ans, elle sent germer en elle les changements physiologiques qui vont rompre son fragile équilibre pour la faire basculer hors du monde de l'enfance, mais elle ne veut pas de cette nouvelle existence que ses projections névrotiques lui représentent comme devant passer obligatoirement par la violence masculine et la déchirure. Elle subit son quotidien en appelant de ses vœux une intervention du Destin, quelque chose qui changera le cours des événements. Enfin, à force d'attente, ce quelque chose arrive... à moins qu'Annabelle ne l'ait créé elle-même, dans le seul but de se délivrer. Vient alors le temps d'une longue, patiente et fatale initiation qui doit l'éloigner de sa dangereuse zone vitale pour l'amener vers la sécurité d'un monde de non-vie.

     Ce premier roman de Mélanie Fazi, qui vient après de belles réussites dans le domaine de la nouvelle fantastique, était attendu avec impatience par les amateurs du genre. Ils y retrouveront avec bonheur les qualités d'écriture et d'analyse psychologiques de cet auteur. Déplorons cependant au passage une quatrième de couverture qui « spoile » maladroitement le récit.

     Bien que le sujet ne soit pas en lui-même nouveau, Mélanie Fazi sait lui apporter une perspective originale, une touche très personnelle, et cette incomparable sensibilité qui imprègne la trame de ses récits les plus marquants.
     Parallèlement à la lecture fantastique des événements, la grille psychanalytique peut s'appliquer en permanence au récit. Comportements schizoïdes dans un monde de plus en plus marginal où chaque objet, chaque détail, même le plus quotidien, contient sa part de magie et d'étrangeté, voire de menace. Obsessions, autopunitions, insomnies, anorexie... jusqu'au bout, jusqu'à la cruauté, jusqu'à la schizophrénie... et au-delà.
     La construction est très simple, parfois un peu mécanique : les points de vue des protagonistes alternent avec régularité d'un chapitre à l'autre, choix discutable lorsque le retour de tel personnage un chapitre sur deux n'est pas solidement justifié. Il en résulte alors quelques longueurs qui alourdissent à l'excès un récit déjà marqué par la lenteur et le repli sur soi.
     Le style est brillant, et les personnages, si familiers, si ordinaires, si terriblement vrais, sont implacablement croqués et animés. Les promesses des premiers textes sont tenues : oui, l'auteur a de la patte !
     La fin peut être considérée comme ouverte ou, au contraire, totalement fermée, selon la grille de lecture adoptée.

     Un roman fantastique sensible, une écriture à fleur de peau. A lire avec toute la délicatesse qui s'impose.


Robert BELMAS (lui écrire)
Première parution : 1/3/2004 nooSFere


     Un bien étrange récit que nous offre Mélanie Fazi, pour son premier roman ! Les premières pages nous livrent le chagrin et l'angoisse d'une mère dont la fille a, semble-t-il, fugué. Mais l'absence de la fillette cache un secret mystérieux : sera-t-il dévoilé à son retour ?
     Les éditions Nestiveqnen ont choisi, pour le lancement de leur collection consacrée au fantastique, un roman atypique. Une narration en demi-teintes, couleur d'automne vieillissant, d'hiver et de soleil entrelacés. Mais la douceur de l'écriture de Mélanie Fazi a pour effet de renforcer la cruauté des histoires qu'elle raconte. Point de sang, ici, ou très peu, mais que de douleurs ! Celle de Maria, la mère dont l'enfant a disparu. Celle d'Annabelle, cette étrange adolescente qui ne veut pas grandir, non pour rester enfant, mais pour « être morte ». Celle, enfin, de Kyra, qui fut Coré, puis Perséphone, enlevée par Hadès, Seigneur des Enfers.
     Voilà un conte simple et envoûtant, où se mêlent le Mythe et le quotidien. Il est servi par une grande souplesse d'écriture : tantôt fine et ciselée comme un bijou antique dans les passages où Kyra s'exprime, tantôt naïve et cynique à la fois pour Annabelle, tantôt tragique, enfin, lorsqu'il s'agit des pleurs de Maria.
     Ce premier roman de Mélanie Fazi était fort attendu car son talent de nouvelliste avait séduit nombre de lecteurs (sa nouvelle Matilda, publiée dans l'anthologie Douces ou Cruelles, a reçu le prix Merlin 2002). Ses admirateurs seront peut-être étonnés par l'originalité de ses choix d'auteur, mais certes pas déçus.

Lucie CHENU
Première parution : 20/3/2004 nooSFere


     Annabelle, une fillette de douze ans, disparaît à la sortie du collège... pour ne reparaître que deux semaines plus tard, comme si rien ne s'était passé, sans donner la moindre explication sur son absence à une mère totalement démunie devant cette enfant « capable de garder en otage quinze jours de sa vie ? ».
     Alors que s'installe l'hiver et que l'atmosphère s'alourdit dans la demeure familiale, que l'on découvre les raisons de cette absence, commence pour Annabelle une quête : celle de l'immortalité. Par le refus de grandir. Par le refus de quitter l'enfance.
     Mais pour être immortelle, encore faut-il être déesse ? C'est donc ce à quoi elle va s'efforcer de parvenir par l'intermédiaire de Perséphone, l'épouse d'Hadès, roi des Enfers. Par la grâce de trois pépins d'une grenade du jardin de Kyra.
     On l'aura compris, le roman de Mélanie Fazi est un roman à clés, un roman puzzle, un roman en tous cas qui nécessite sans doute de connaître un tant soit peu une mythologie grecque rarement sollicitée par la littérature fantastique en dehors de Jean Ray peut-être. Mais Mélanie Fazi ne se contente pas de s'écarter des sentiers battus. Elle nous livre surtout un roman d'une grande véracité tant l'analyse du personnage d'Annabelle est pertinente tout autant qu'émouvante. Rarement les arcanes d'une âme d'enfant ont été aussi bien traqués. Rarement un auteur s'est livré à une telle introspection pour retrouver une époque de sa vie à jamais enfuie.
     J'ajouterai que « Trois pépins du fruit des morts » (quel joli titre) est un roman qui se mérite. Car le style de Mélanie s'accorde mal à une époque où il faut que les choses aillent vite, surtout dans la littérature de genre. Et c'est sans doute ce que d'aucuns lui reprocheront peut-être : cette lenteur apparente, ce qui peut sembler une absence de rythme alors que la moindre des phrases, telle un chant d'accompagnement, participe à une symphonie en l'honneur des saisons d'une autre vie. D'ailleurs, si l'on prend le temps d'en déguster la mélodie, très vite on aura hâte de retarder une fin qui viendra interrompre la magie des phrases ciselées avec un rare amour de l'écriture.
     Il nous faut en tous cas remercier les éditions Nestiveqnen d'avoir ouvert une nouvelle collection à la littérature fantastique qui n'occupe pas la place qui devrait être la sienne dans le monde de l'édition en France. Félicitons-les surtout de l'avoir inaugurée avec Mélanie Fazi, un jeune auteur qui, et je pèse mes mots, devrait prendre rang bientôt parmi les plus grands de la littérature de l'au-delà.

Jean-Pierre FONTANA
Première parution : 1/10/2003 nooSFere
Mise en ligne le : 31/7/2005


 
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