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Rupture dans le réel - 1/2 : Émergence

Peter F. HAMILTON

Titre original : The Reality Disfunction, 1996
Première parution : Londres : Macmillan UK, 1996

Cycle : L'Aube de la nuit vol. 1 

Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE & Pierre K. REY
Illustration de Jürgen ZIEWE

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (166)
Dépôt légal : septembre 1999, Achevé d'imprimer : septembre 1999
Première édition
Roman, 624 pages, catégorie / prix : 149 F
ISBN : 2-221-08993-6
Format : 13,5 x 21,5 cm  
Genre : Science-Fiction

Autre prix : 22,71 €



    Quatrième de couverture    

     Qu'est-il arrivé aux Laymil ? Des millénaires avant que la Confédération galactique explore le système qu'ils avaient colonisé, ils ont disparu dans une sorte de suicide collectif. Quelle force avaient-ils rencontrée ? Dans leurs rares archives, il est question d'une rupture dans le réel.
     Peut-elle un jour menacer l'humanité ?
     C'est le problème qu'a choisi de résoudre le premier seigneur de Ruine, Michael Saldana. Et la belle princesse Ione, qui vient d'accepter la charge du pouvoir, est plus proche qu'aucun de ses ancêtres de la solution.
     Car Joshua Calvert, aventurier de l'espace, a découvert au péril de sa vie, dans l'anneau de Laymil, une mémoire morte. Il y a gagné, outre la fortune qui lui permet de radouber l'astronef de son père, le Lady Macbeth, l'amour torride de Ione.
     La passion et le plaisir ne l'empêchent pas de reprendre le chemin des étoiles. Une galaxie partagée entre Edénistes, partisans des manipulations génétiques et reliés entre eux par l'affinité, et Adamistes, farouchement attachés à l'intégrité du patrimoine héréditaire humain, peuplée de plusieurs espèces intelligentes, et travaillée par de vieilles rancunes, ne manque pas de défis.
     Mais le pire de tout reste à venir. Sur Lalonde, trou perdu de l'espace, les Possédés ont fait leur émergence.
     Ils disent venir de l'empire des morts...

     Peter F. Hamilton joue sur tous les registres du space opera. Ayant retenu les leçons d'Asimov, de Van Vogt, de Frank Herbert et de Dan Simmons en matière d'histoire future et de civilisation galactique, il ne manque pas d'humour, et ne craint pas de se moquer, non sans quelque perversité, du genre qu'il illustre.
     Le roman de ce créateur d'univers apparaîtra comme un jalon dans la science-fiction de cette fin de siècle, tel Hypérion au début de la décennie. Entre La Guerre des étoiles et Dune, Hamilton s'est taillé son propre empire galactique.
     Émergence est le premier volet d'une épopée démesurée dont la suite, Expansion, paraîtra dans la même collection.
 
    Critiques    
     « Le faucon interféra dans son champ de distorsion, altérant l'état quantique où se trouvait l'espace autour de la coque du Dymasio ; désormais, si celui-ci essayait de sauter, les interférences produiraient des instabilités dans ces noeuds ergostructurants, avec des conséquences dramatiques lorsque les points nodaux d'énergie désynchronisés imploseraient. » (p.126)

     Si cette phrase chante à vos oreilles, si vous appréciez les space opera démesurés, si vous frémissez en évoquant la biotechnologie et la nanotechnologie, si vous exigez de connaître avec précision combien de g vous subissez à tout moment, si vous aimez chevaucher l'antimatière et la pseudo-substance structurelle des trous-de-ver, si vous vous enthousiasmez pour les histoires du futur grandioses et détaillées - sachez que le premier impact d'un astéroïde de glace sur Mars aura lieu en 2310 ! -, et surtout si vous avez beaucoup de temps devant vous... alors peut-être trouverez-vous votre bonheur dans cet épais roman, qui en annonce cinq autres !

     Mais pour ma part, c'est l'indigestion qui m'a gagné...
     Car la phrase sus-citée me paraît plutôt du jargon que de la littérature... et subir ce verbiage pendant 600 pages me semble relever de l'exploit...

     Hamilton a recyclé tous les thèmes de science-fiction à la mode, comme Dan Simmons dans le magistral Hypérion ou récemment Ayerdhal et Dunyach dans Etoiles mourantes, mais au lieu d'en maîtriser les aspects et d'en faire un récit cohérent et agréable, il s'est noyé dans un vocabulaire scientifique surabondant et inutile, ainsi que dans des précisions techniques tout à fait mineures et répétitives, au détriment de l'intrigue et du rythme du récit... Il en devient vite difficile, voire impossible, de s'intéresser aux personnages et à leurs histoires.
          C'est d'autant plus dommage qu'il s'agit d'un ouvrage très ambitieux et qu'il existe des passages réellement passionnants, comme ceux qui touchent aux faucons, ces fabuleux vaisseaux biotechnologiques... On se prend à rêver à ce qu'aurait pu devenir le roman si l'auteur avait eu l'excellente idée d'en épurer le contenu et d'en alléger le style...

     Emergence a sans doute suffisamment d'atouts pour séduire l'amateur acharné de livres-univers et de hard science, mais je ne serais pas surpris que même le lecteur le plus persévérant finisse par conclure que trop... c'est trop !

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 15/10/1999 nooSFere


     Cet énorme roman commence en cinq lieux distincts, avec plus encore de protagonistes. Et certains d'entre eux sont visiblement tenus en réserve pour les volumes suivants (avec plus de mille pages en édition poche, celui-ci n'est que le premier d'une série de quatre romans).
     Les deux plus marquants sont, chacun à leur manière, des délinquants : Quinn Dexter, gosse des ghettos affidé à une secte sataniste, déporté sur Lalonde, une planète au stade 1 de la colonisation ; et Joshua Calvert, explorateur indépendant à la recherche des lucratifs artefacts de la race inconnue qui occupait ce qui est désormais le Ruin Ring.
     Mais je n'ai ni épuisé les premiers rôles, ni soufflé mot des seconds ! Pourtant, l'auteur donne la parole à une foule de ceux-ci, même quand ils sont promis à un sort funeste au bout de quelques pages.

     Avec ses dizaines de personnages, sa douzaine de planètes ou d'habitats qui se font lieu d'action, Hamilton joue l'effet univers de la science fiction. L'humanité répandue dans la Galaxie s'est divisée en deux branches, les Edénistes, qui utilisent à fond les biotechnologies et communiquent avec leurs vaisseaux vivants par le biais de l'affinité, et les Adamistes, tenants d'une technique plus classique, qui à l'occasion reconstituent des sociétés archaïques de la civilisation terrienne en excluant soigneusement certains progrès matériels. Par exemple Norfolk, planète régie par une aristocratie nostalgique du 18e siècle anglais, produit les Norfolk Tears, une liqueur suffisamment coûteuse pour devenir un pivot du commerce interstellaire. Mais la plupart des Adamistes améliorent leur vie quotidienne d'une pincée de biotechnologie édéniste.

     Le hic, et là où Hamilton n'est pas à la hauteur d'un Vance, par exemple, c'est que les cultures qu'il décrit sont souvent des copies conformes de celles que nous connaissons maintenant. C'est censé plaire aux futurs colons des mondes concernés, mais soyons sérieux : on ne leur demande guère leur avis, et la colonisation n'est pas toujours envisagé dans le livre avec le froid réalisme commercial que suppose l'orientation très capitaliste de la civilisation humaine qui nous est présentée.

     Sur Lalonde, la colonisation avance sur le dos de nouveaux arrivants, condamnés à la construction de cabines en rondin et au défrichage quasiment manuel d'une jungle redoutable. Ce gâchis humain est aussi invraisemblable qu'épouvantable : Lalonde est gérée comme une entreprise ; les colons paient leur place pour échapper à la fourmillière urbaine de leur planète d'origine, et la compagnie concessionnaire espère à très long terme (tellement long qu'il échappe aux modèles financiers actuels, soit dit en passant) tirer profit de l'opération. Mais, incapables d'exploiter ses qualifications de départ, le matériel humain, le plus précieux et le plus coûteux à transporter sur les distances interstellaires, est gaspillé.

     Lalonde ressemble plus pour moi à la rationalisation du désir de son auteur de créer une planète western ; et Norfolk, à une planète Jane Austen. C'est aussi là que la ligne narrative épouse les contours de la romance la plus classique (jeune fille aristocratique cherche à échapper au carcan familial et au mariage promis avec crétin de son milieu ; séduite et abandonné par fringant capitaine de vaisseau spatial de passage) Ces clichés sont recyclés avec brio, mais me font l'effet d'une trahison de cette imagination qui devrait être au coeur de la SF.

     L'intrigue principale ne se met en marche que passé le premier quart du livre. On croit d'abord à une révolte des forçats, les transportés involontaires, de Lalonde ; ils sont en fait séquestrés, privés de leur volonté par des entités étrangères. Et surtout leurs corps sont dotés de capacités extraordinaires : ils se guérissent sur le champ de la plupart des blessures, ils projettent d'impressionnantes décharges d'énergie. Et la séquestration est bien une possession, par les âmes des morts, enchantées de retrouver un chemin vers le monde du vivant...
     A la fin du livre, si l'action violente n'a pas manqué, on peut dire que le décor est en place pour la lutte titanesque qui s'engage. Des héros s'esquissent, et des menaces futures.

     En un sens Peter Hamilton, avec ses histoires de revenants et de possession, ne fait pas de la SF. Mais c'est la même mixture d'horreur (pour les enjeux) et de SF (pour le décor) que nous a donnée Dan Simmons dans Hyperion. Hamilton, s'il n'a pas le talent littéraire de Simmons, donne un traitement nettement plus SF de son histoire : l'accent est sur les grands mouvements stratégiques, et sur la débrouillardise de personnages comme Joshua, dans le droit fil de la SF américaine de l'âge d'or (il est frappant de constater à quel point cet auteur britannique fait américain ; même Norfolk ressemble à une version Disneyland de la vieille Angleterre.)

     Peter Hamilton revendique donc l'héritage d'un autre Hamilton, Edmond, celui des Rois des Etoiles. Il a un air de Jerry Pournelle et de tout le courant anarcho-capitaliste américain au niveau des préférences politiques : si Joshua Calvert est une crapule qui viole les règlements et joue à cache-cache avec la Flotte de la Fédération, il est sympathique parce que c'est un entrepreneur indépendant. A l'inverse, Quinn Dexter, délinquant minable, est un personnage totalement répugnant au plan moral. Après tout, il est né dans le ghetto. Sans avoir de sympathie pour les paumés de la violence, on peut trouver le trait forcé. J'ai du mal, toutefois, à me rendre compte à quel point Hamilton est sérieux ou ironique avec ses créations. Il est certainement aux antipodes idéologiques (et moins brillant dans l'invention de sociétés) qu'un autre auteur britannique auquel l'ampleur de l'action peut faire penser, Iain M. Banks.

     De fait, le modèle de Hamilton, s'il faut lui chercher un, serait sans doute Orson Scott Card. Tout en écrivant une SF plus astronomiquement correcte que celle de Card, il ne va jamais jusqu'à prendre l'aventure scientifique pour propos. Tout comme Card, il ne craint pas d'évoquer des scènes d'une violence extrême pour mettre en exergue les enjeux moraux d'un livre où le Mal est sans ambiguïté, même si multiforme, et le Bien parfois un peu plus difficile à trouver.
     Un trait marquant du livre est sa référence fréquente à la religion. Les Eglises chrétiennes se sont réunifiées, et chrétienté et rectitude morale sont souvent liées. A l'inverse, l'abominable Quinn Dexter est un sataniste dévôt. Le retour des âmes des limbes est lui-même une sorte de confirmation de la religion chrétienne (ambiguë : ces âmes n'ont rencontré dans l'au-delà aucune présence transcendante), et seule la foi chrétienne semble promettre un salut contre la menace.

     Mais si Scott Card ou Gene Wolfe produisent des textes profondément marqués par leur religion, souvent sous forme de paraboles, Hamilton met en scène peu d'ecclésiastiques (à l'exception du Père Horst), et jamais les questions profondes liées au coeur de la croyance, ou au code moral lié à la religion. Ce livre n'a non plus ni la culture d'un Wolfe, ni l'intensité des conflits moraux et sentimentaux d'un Card.

     Restent une facilité, un foisonnement romanesque, et une intensité de l'action — Hamilton excelle dans la description des combats spatiaux — qui permettent, en dépit de l'ordinarité de l'écriture, une comparaison avec les space operas de Pierre Bordage. Autant dire qu'on ne s'ennuie pas en lisant Hamilton, qui a un véritable talent de feuilletonniste.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/6/1999 dans Bifrost 14
Mise en ligne le : 20/1/2001


     Etes-vous prêt à vous lancer dans une grande épopée de plus de trois mille pages façon Hypérion  ? Si oui, alors n'hésitez pas et plongez dans l'univers imaginé par Peter Hamilton — un Anglais — digne héritier moderne du space-opera de l'Âge d'or.
     Dans un futur lointain (le troisième millénaire est déjà bien entamé), les descendants de l'espèce humaine sont divisés en deux groupes  : les Édénistes, au patrimoine génétique modifié et qui partagent un « lien d'affinité  » avec leurs semblables et leurs serviteurs « bioteks  », et les Adamistes, partisans d'un ordre plus naturel des choses bien qu'équipés d'implants « nanoniques  ». Si la méfiance existe entre eux, ils arrivent à vivre en bonne entente au sein d'une Confédération galactique qu'ont rejointe quelques espèces extraterrestres.
     Dans ce premier tome, l'action se déroule simultanément en deux principaux endroits.
     Il y a d'abord la planète Lalonde, une colonie humide, chaude et boueuse, où des fermiers adamistes venus d'une Terre surpeuplée espèrent recréer un paradis et retourner à une vie simple et naturelle. Ils emmènent avec eux des Déps, délinquants condamnés à exécuter les basses besognes pour les colons. Parmi eux Quinn Dexter est un insoumis. La rage au cœur, il se promet de quitter Lalonde par tous les moyens. C'est un être charismatique et surtout l'adepte d'une secte meurtrière.
     Dans le même temps, nous suivons les aventures de Joshua Calvert, un bourlingueur de l'espace à l'intuition étrangement affûtée. Il réside sur Tranquillité, un habitat spatial conscient qui a été fondé pour résoudre un mystère  : celui de la disparition brutale des Laymils, des extraterrestres parvenus à un haut degré de civilisation. Lors de fouilles archéologiques parmi les débris de leur monde, Joshua découvre une mémoire qui permettra peut-être de comprendre ce qui est arrivé aux Laymils.
     Et pendant que Joshua savoure sa bonne fortune dans les bras d'Ione Saldana, souveraine de Tranquillité, voilà que, sur Lalonde, Quinn Dexter et ses acolytes découvrent par hasard le repaire de Laton, l'Édéniste rebelle, le plus grand criminel de l'Histoire de la Confédération. Ainsi qu'une autre menace, bien plus redoutable, prémices d'une invasion qui va bientôt ravager la galaxie tout entière...
     Voici un aperçu très bref d'un livre qui fourmille de détails et de personnages. C'est d'ailleurs assez déroutant au début  ; il faut s'accrocher pour rentrer dans cet univers complexe et foisonnant. Mais Peter Hamilton prend son temps pour mettre tous les éléments en place. Une fois bien démarrée, cette histoire prend tout son intérêt et son originalité. Il s'agit d'un space-opera flamboyant et démesuré, pimenté d'éléments relevant apparemment du fantastique horrifique, totalement prenant si l'on accepte de se laisser emporter malgré quelques points encore obscurs. Le second tome de Rupture dans le réel, Expansion, devrait paraître prochaînement chez Laffont. Les deux volumes suivants, The Neutronium Alchemist et The Naked God, restent à traduire. Peter Hamilton a également écrit un recueil de nouvelles qui se rattachent au cycle, A Second Chance at Eden. De bonnes heures de lecture en perspective  !

Marie-Laure VAUGE
Première parution : 1/12/1999 dans Galaxies 15
Mise en ligne le : 1/8/2001


     Nous sommes au début du 27e siècle, à une époque où l'humanité a déjà colonisé des centaines de planètes. Ces mondes ont des systèmes politiques et des traditions culturelles très diverses, parfois hostiles, mais restant plus ou moins unifiés par une Confédération. Malgré cela, des guerres localisées ont lieu, et le rôle principal de la Confédération et de sa Marine consiste à limiter les dégâts en essayant de décourager l'usage des armements trop destructeurs.
     Sur cet arrière-fond, Hamilton construit un récit extrêmement dense et complexe, composé de plusieurs trames qui s'entrecroisent. Dans la première scène du livre, nous sommes au milieu d'une guerre entre les mondes de Garissa et d'Omuta. Un vaisseau garissan, contenant à bord un nouvel armement créé par le savant Alkad Mzu et surnommé « l'Alchimiste » capable de détruire une étoile, est attaqué dans l'espace interstellaire et mis hors de combat. Par la suite, Garissa et toute sa population sont anéantis par les Omutans. Le sort de l'Alchimiste reste inconnu. Une deuxième séquence nous décrit l'évolution des entités extraterrestres intelligentes, les Ly-cylph, habitant une lointaine galaxie il y a des milliards d'années. A la fin de leur cycle de vie, elles deviennent incorporelles et se dispersent dans l'espace. L'une d'entre elles se dirige vers notre galaxie. Puis nous nous retrouvons dans un autre système stellaire auprès de Joshua Calvert, un jeune prospecteur de l'Anneau des Ruines autour de la planète Mirchusko, qui fait sa vie en cherchant des restes de la civilisation extraterrestre des Laymil, détruite (ou auto-détruite) il y a deux mille cinq cents ans dans des circonstances sans explication. Pendant une de ses expéditions il tombe sur le jackpot : une banque de mémoire intacte d'un ordinateur Laymil. Joshua revient à l'habitat spatial de Tranquillity et vend son trésor aux enchères, ce qui lui permet de réparer le vaisseau de son père, le Lady Macbeth, et de faire une nouvelle carrière comme marchand (et parfois contrebandier) interstellaire. Entre-temps, il devient l'amant d'Ione Saldana, la souveraine de Tranquillity, qui poursuit avec détermination le projet initial de son grand-père fondateur de l'habitat : découvrir la cause de la disparition des Laymil, car elle soupçonne qu'elle représente une menace terrible pour l'humanité. Le déchiffrage du contenu de la banque de mémoire ramenée par Joshua révèle que les Laymil faisaient face à un terrible fléau mystérieux, qu'ils appelaient le « dysfonctionnement de la réalité ».
     Tôt ou tard, toutes ces trames et tous ces personnages vont se focaliser autour des événements ayant lieu sur Lalonde, une planète récemment ouverte à la colonisation humaine, dont la technologie et les conditions de vie sont extrêmement primitives. La colonie s'est installée sur un seul continent occupé en grande partie par une forêt tropicale de type amazonien. On suit les efforts d'un groupe de colons qui remonte loin dans l'intérieur pour établir des fermes et un petit village. Les choses tournent vite au cauchemar à cause de la conjonction fortuite de trois acteurs : a) Quinn Dexter, un criminel et adepte d'une secte satanique déporté involontairement sur Lalonde, qui sème la terreur au village ; b) Laton, un savant édeniste renégat traqué par toute la Confédération pour un crime de génocide commis trente ans auparavant, qui vit caché dans la forêt et poursuit toujours un projet scientifique monstrueux, destiné à lui conférer l'immortalité ; et c) l'entité Ly-cylph, tombée par hasard sur Lalonde pendant ses pérégrinations intergalactiques, qui observe avec fascination l'espèce humaine.
     Le résultat est la création d'une brèche dans notre espace-temps qui ouvre la voie à une incursion d'un genre de virus énergétique de nature inconnue, qui contamine d'abord Dexter et ses compagnons déportés, puis successivement les autres colons. Les symptômes sont ceux d'une possession démoniaque. Les personnalités des victimes sont complètement transformées, et elles manifestent des pouvoirs psychiques terrifiants. Les autorités coloniales sont vite débordées par la propagation du virus parmi la population, et toutes leurs tentatives de combattre la horde des possédés échouent. Une force de vaisseaux privés (dont fait partie le Lady Macbeth de Joshua Calvert) transportant des mercenaires et une flotte de la Marine de la Confédération répond à leurs appels au secours et converge sur Lalonde. Mais elle arrive trop tard pour sauver la colonie, et il y a déjà un fort risque que la contagion s'étende aux autres mondes de l'humanité.

     Dans ce roman, Peter F. Hamilton ouvre un chantier énorme. En effet, c'est de l'opéra de l'espace à vaste échelle, comparable au Cycle de la Culture de lain M. Banks, celui de Hyperion/Endymion de Dan Simmons, ou la saga Union-Alliance de C.J. Cherryh. Il offre un peu de tout aux amateurs de différents types de SF : des combats dans l'espace, des intrigues politiques interstellaires, des descriptions très riches des mondes et des habitats spatiaux divers, des explications fournies des technologies nouvelles, des aventures entrepreneuriales et amoureuses, quelques extraterrestres assez originaux, et aussi une forte dose de macabre (les scènes sur Lalonde concernant les possédés sont dignes d'un Stephen King). On dirait même parfois que la structure d'ensemble menace de s'écrouler sous le poids et la diversité des détails que Hamilton nous livre à chaque étape de son histoire. Surtout, il reste un grand nombre d'énigmes à résoudre à la fin de ce premier tome de la trilogie. Quelle est le rapport entre l'épidémie sur Lalonde et le « dysfonctionnement de la réalité » des Laymil ? Et quel est le rôle de l'Alchimiste d'Alkad Mzu dans tout cela ? Sans doute, il y aura au moins quelques réponses dans le deuxième tome, The Neutronium Alchemist (Macmillan UK, à paraître en octobre 1997). On ne peut qu'espérer que Hamilton réussira à mener sa barque, déjà lourdement chargée, à bon port.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/10/1997 Ozone 7
Mise en ligne le : 17/7/2003


[Chronique d'Émergence & Expansion]

     Impressionnant pavé que cette épopée qui ne constitue que le premier volet d'une trilogie, L'Aube de la nuit. Peter F. Hamilton renouvelle avec bonheur le space opera : intrigue foisonnante, d'où le romanesque n'est pas absent, humour discret se moquant des conventions du genre.

     Il est difficile de résumer un roman d'une telle ampleur et d'une telle richesse. Au troisième millénaire, la Confédération galactique de Hamilton se compose de quelques races extraterrestres (qu'on voit peu) et de deux types d'humanité : d'un côté les Edénistes, génétiquement modifiés, qui ont entre eux un lien d'affinité proche de la télépathie, de l'autre les Adamistes qui ont tenu à préserver leur patrimoine tout en améliorant leur corps à l'aide d'implants nanoniques.

     Le premier volume développe plusieurs intrigues a priori séparées. Sur Tranquillité, un habitat spatial conscient dirigé par la séduisante Ione Soldana, Joshua Calvert, un aventurier, explore comme d'autres ce qui reste des Laymils, une race extraterrestre qui s'est collectivement suicidée bien avant l'expansion humaine. Il récupère des artefacts qui sont ensuite vendus aux enchères aux archéologues qui espèrent connaître la raison de cette disparition soudaine. Devenu riche pour avoir découvert des archives Laymils enregistrées sur une mémoire, Joshua, que Ione aime passionnément, se lance dans le commerce interplanétaire.

     On suit parallèlement la colonisation d'une nouvelle planète, Lalonde, monde pluvieux et peu hospitalier, par des colons guère différents des pionniers de la conquête de l'Ouest et des Déps, délinquants utilisés comme main d'oeuvre. L'un d'eux, Quinn Dexter, appartenant à une secte satanique plutôt meurtrière, manipule la communauté et fait des autres délinquants des adeptes à sa cause. Se cache également sur Lalonde un Edéniste renégat, Laton, responsable de la disparition d'un habitat entier, qui prépare sa revanche en poursuivant des travaux visant à acquérir l'immortalité. Ses expériences ont-elles dérapé ou bien s'agit-il de l'invasion d'un virus extro comme il le prétend, ou encore d'un rite satanique qui provoque une catastrophe d'envergure sur Lalonde ? Les colons se transforment en zombis meurtriers, insensibles à la douleur, capables de se régénérer et de projeter des boules de foudre à distance.

     Très vite, il s'avère que les morts échappent à leur purgatoire pour prendre possession du corps des vivants. Après la longue mise en place du premier volume, où l'intérêt est parfois affaibli par la complexité de l'intrigue et le foisonnement des personnages, on assiste à la terrifiante expansion des possédés à travers quelques scènes dantesques véritablement palpitantes. C'est la panique. Les militaires envoyés sur Lalonde échouent à enrayer la menace qui se répand sur d'autres mondes. Ce premier volet s'achève sur un véritable désastre qui augure mal de la pérennité de la race humaine.

     Quelques espoirs subsistent puisqu'il est possible de les combattre, à grand renfort d'armes, voire de les dominer par la prière ! Bien des questions restent posées : les mémoires Laymils parlent d'une rupture dans le réel. Leur monde, qu'on n'a pas retrouvé, aurait été transféré là où se trouve la planète Lalonde. Il manque de faire le lien avec cette invasion de l'au-delà, de délivrer les explications concernant celle-ci et de trouver les moyens de s'en préserver. Les prochains volets, L'Alchimiste du neutronium et Le Dieu nu sont d'ores et déjà attendus avec impatience. L'Aube de la nuit figurera parmi les monuments de la science-fiction.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2000 dans Bifrost 19
Mise en ligne le : 3/10/2003


 
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