Lorsque Vannevar Morgan arrive à Taprobane un jour de l'an 2142, cet ingénieur de génie — à qui la Terre doit déjà le Pont qui unit l'Europe à l'Afrique — est tout entier tendu vers un nouveau projet. Il veut construire un immense Transporteur Spatial qui, grâce à un réseau de cristal de diamant, reliera la Terre à l'Espace, sera comme un escalier menant aux étoiles. Ce sera le début de la civilisation interplanétaire.
Un obstacle demeure. Il n'y a pour le Transporteur qu'un seul site d'implantation possible : le sommet de la Montagne Sacrée de Taprobane. Et là, dans un monastère, des moines prient depuis un temps immémorial...
L'ingénieur et le vénérable gardien du lieu s'affrontent. Le dynamisme de la science contre la foi inébranlable, la technologie conquérante contre la sagesse sans armes...
Né en 1917 en Angleterre, ancien président de l'Association interplanétaire anglaise, Arthur C. Clarke est membre de l'Académie astronautique et vit au Sri Lanka. Il a écrit une cinquantaine de livres qui ont été traduits en plus de trente langues, et pour lesquels il a reçu de nombreux prix ( Hugo, Nebula...).
Après l'excellent Terre, planète impériale (qui avait ouvert la série grand format de Super + Fiction), on pouvait attendre avec une impatience certaine la traduction du nouveau roman de Clarke, d'autant plus que celui-ci avait laissé entendre que Les fontaines du paradis seraient une des pièces à conviction majeures lorsqu'on devrait juger son œuvre toute entière. Clarke a aussi dit que ce serait son dernier roman de SF, ce qui, je l'espère sincèrement, n'était qu'une boutade sans suite ! 1.
Car Les fontaines du paradis représentent un des efforts les plus achevés de Clarke qui a donné là un roman que l'on peut véritablement qualifier de magnifique. La première chose qui saute aux yeux est la démesure de l'histoire, une démesure technologique, entre autres, qui prend ses racines dans notre quotidien et qui en reçoit d'autant plus de force. Comme le signale Clarke lui-même, la plupart des idées de base de son roman ont en fait déjà été émises, certaines depuis des années. Mais elles attendaient le magicien capable d'en faire un futur possible de l'humanité cohérent, passionnant et fabuleux. C'est ce qu'a réussi Clarke, d'un coup de machine à écrire magique qui laissera des traces dans la SF. Chacune des pages des Fontaines du paradis est une mine d'idées sous-entendues, de possibilités à peine esquissées, mais qui réjouissent l'imagination du lecteur. On retrouve la même richesse que dans Terre, planète impériale, avec un récit plus dynamique, cependant. Et sur ce background foisonnant se profilent deux ombres : celle du « Transporteur Spatial » (qui n'est pas sans rappeler la Tour de Babel) et celle des mystérieux constructeurs du « Vagabond des Etoiles », cette sonde qui traverse le système solaire en quelques jours, avec des effets ruineux sur une des cibles favorites de Clarke, la religion. Là-dessus se greffe un épilogue remarquable par l'effet de choc qu'il provoque sur le lecteur et, surtout, par l'ampleur démesurée du tableau qu'il dévoile sur l'avenir de la race humaine.
La démesure est d'ailleurs la seule dimension qui convienne véritablement à Clarke. C'est un auteur qui a besoin de place (ce qui explique peut-être qu'il soit si mauvais en nouvelles) pour développer des histoires où le seul adversaire à la taille de l'homme reste Dieu, ou ce qui en tient lieu, ce qui pourrait expliquer le fait que les deux seules nouvelles vraiment bonnes de Clarke soient Les neuf milliards de noms de Dieu et L'étoile... D'où ces futurs résolument optimistes sur la destinée humaine, cette fabuleuse technologie omniprésente et triomphante, sans lesquels l'homme ne pourrait pas affronter son ultime adversaire. C'est donc une erreur de critiquer Clarke par le petit bout de la lorgnette étriquée du quotidien. Un auteur de sa trempe ne peut pas être apprécié du ras du sol, ce qui équivaudrait à parler d'une Rolls-Royce en ne considérant que ses pneus... Et puis, l'avenir qu'il nous promet en vaut bien d'autres, pour ne pas dire tous les autres ! Alors, que demander de plus ?
Notes :
1. A noter que, depuis sa parution en France, ce livre a obtenu aux U.S.A. le Nebula 1980 du meilleur roman.
Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantesAnnick Béguin : Les 100 principaux titres de la science-fiction (liste parue en 1981) Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)