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Une petite histoire de la SF danoise

Christophe DRUON

nooSFere, octobre 2000

 

Remerciements particuliers à H.H. Loyche
pour son aide documentaire « encyclopédique  »
et à Finn Jorgensen pour ses traductions.

          Sur la scène européenne, le Danemark peut passer pour le petit poucet de la Science Fiction tant il est vrai que ses œuvres et ses auteurs restent méconnus hors de leurs frontières. Il vrai que sous le joug de la littérature « générale  », le genre y a été longtemps étouffé et que sa reconnaissance en tant que tel est très récente. Cependant, sans être un « grand  » pays de la science fiction, le Danemark dispose néanmoins d'une véritable culture SF qui se développe et affiche depuis quelques années sur le plan international des références tant en matière de littérature que plus récemment de cinéma.

          L'esprit danois est un esprit de conquête...L'histoire nous le rappellera : des hauts faits de Viking (Rollon ( ?-927) qui reçut du roi de France Charles III la Normandie en échange de sa promesse de ne pas attaquer Paris...à Leif den Lykkelige (le joyeux) ( ?-1020) qui découvrit l'Amérique presque 500 ans avant Christophe Colomb ! ) aux découvertes scientifiques majeures (en astronomie, Tycho Brahe (1546-1601) qui a observé et décrit le principe d'une Supernova et Ole Rømer (1644-1710), qui le premier mesura la vitesse de la lumière en 1676 ou encore Niels Bohr (1885-1962), prix Nobel en 1922, pionnier de la Mécanique Quantique. H. C. Ørsted (1777-1851) qui a découvert les principes de l'électromagnétisme et l'aluminium. et enfin Bjarne Stroustrup qui a développé le langage de programmation objet C++. ... une âme de pionniers habite ces hommes venus du Nord...
          Il eut été paradoxal de ne pas en retrouver trace dans les domaines culturels et dans leur production artistique...



LES PREMIERS PAS VERS LA SCIENCE FICTION
 

          Si peu d'auteurs danois font références, la renommée du père de la science fiction danoise dépasse elle pourtant largement les frontières de la Scandinavie  : Louis de Holberg 1 (1684 – 1754) avec «  le Voyage de Nicolas Klim dans le monde souterrain » en 1741 fut le premier à décrire un merveilleux voyage à l'intérieur du globe terrestre...Avec « Ulysse d'Ithaque  », il réalisa une parodie fantaisiste et icônoclaste de l'Odyssée.

          Syllogisme :
          «  Une pierre ne peut voler. Ma mère ne peut voler. Donc ma mère est une pierre.  »
Ludwig Holberg

          A son époque, on note quelques autres écrits fantastiques, satiriques surtout, tel que « L'année 7603  » écrit par Johann Hermann Wessel (1742-1785).

          Au XIXème siècle, malgré l'œuvre du célébre Hans Christian Andersen (1805-1875) auteur de très nombreux contes d'inspiration fantastique, et surtout de « Dans des millions d'années  » (1853) qui annonce l'arrivée d'un nouveau genre rationaliste, la production de science fiction à cette époque est restée cependant très limitée.
          On relève les travaux intéressants de Vilhem Bergsoe avec « Le voyage du poisson volant Prométhée  » en 1869 qui décrit la traversée de l'Atlantique d'un véhicule relevant de l'avion et du sous-marin), les créations utopiques de S.F. Sibbern (« Rapport sur le contenu des journaux de l'année 2135  » en 1858 & 1872) et celles d'Otto Moller (« L'or et les honneurs  » en 1900)

          Le début du XXème siècle est marqué par les oeuvres d'esprit plus « scientifique  » mais aussi plus propagandiste, notamment celles de Niels Meyn (1891-1957) auteur de Space opéras très engagés. On note principalement « L'aéronef pour Mars  », écrit avec August Kingsley et la série des « Tim Ryan  », S.F. pour adolescents, très populaire au Danemark Les écrits de ses contemporains seront en général des satires et des critiques sociales, essentiellement conservatrices, tel « les nouveaux titans  » de Aage Heinberg (1919).

          Il faudra ensuite attendre 1930, pour trouver la production de Waldemar Hanol, créateur d'un « classique  » savant fou et de ses zombies tentant de conquérir le monde.
          Mogen Klitgaard avec « la planète de la folie  » (1933) s'illustra par une œuvre anti-nazisme, qui sera publiée après sa mort (en 1945).
          Waldemar Holst avec « l'homme qui pensa des choses  » (1938) s'intéressa aux perceptions extrasensorielles avant leur généralisation en science fiction.



LES PREMIERS VERITABLES AUTEURS DE SF
 

          Après la Seconde Guerre Mondiale et Hiroshima, la Science fiction au Danemark sera le reflet d'un mélange de crainte et d'enthousiasme à l'égard de la technologie. On recence le travail de Eiler Jorgensen avec « les étranges expériences du conférencier Hansen  » (1946), dont le corps du personnage se situe à la fois dans le passé et dans le présent, et sa conscience entre les deux.
          Avec la prédominance de la culture américaine et sa primauté économique, un nouveau courant émergea avec pour tête de file le premier véritable auteur de science fiction danoise Niels E. Nielsen (1924-1993) qui débuta son œuvre dés 1952 avec notamment « Rapport du Sahara  » et « le forgeron du bonheur  ». Auteur d'une 50 d'œuvres du genre, il fut d'abord très inspiré par Ray Bradbury et entretint une attitude prudente vis à vis de la technologie, ses écrits visant à alerter des dangers pour l'humanité d'usurper les pouvoirs de Dieu. Parmi ses préoccupations, on observe les catastrophes nucléaires et écologiques. Ses œuvres sont intéressantes non tant par la présence de mutants ou de villes radioactives, que par l'analyse des conditions psychologiques découlant de celles-ci. On peut mentionner aussi « la planète des vagabonds  » (1970), dont l'adaptation cinématographique fut un « Madmax  » d'avant l'heure. Dés le début des années 70, il s'interrogea également sur le thème de la biogénétique dans une nouvelle de 1970, « les souverains  ».
          Derrière Nielsen, on relèvera la production d'Herluf T.H. Flensburg qui débuta grâce au magazine « Planète  » en 1960, avec principalement « des fioles pour une planète  »


VERS LA RECONNAISSANCE DU GENRE
 

          Les années 60 furent marqués par deux facteurs principaux  : l'enthousiasme suscité par le programme spatial américain et le travail infatigable de Jannick Storm qui en tant qu'éditeur et que traducteur , a introduit et répandu des œuvres anglo-saxonnes et scandinave. Partisan d'un nouveau courant au danemark, il a aussi participé à faire connaître les auteurs « classiques  » (cf  : Isaac Asimov, James Blish & Frederik Pohl).

          A la fin des années 60, s'est produit un gain d'intérêt pour le genre mais toujours grâce aux œuvres opportunistes d'auteurs de SF occasionnels.
          Différentes tendances ont vu le jour :
          — La première et la plus importante est inspirée du nouveau courant et des bandes dessinées  : les enfants à la fin des années 70 expriment par la SF un nouveau moyen de raconter des contes merveilleux, comme Knud Holten dans « Suma-X  » (1969).
          — Les réalistes de leur côté utilise la Science fiction comme prolongement de la réalité, décrivant un futur proche comme Anders Bodelsen qui aborda le thème de la « cryogénie  » dans « le point de congélation  » en 1969 ou Henrik Stangerup avec « l'homme qui voulait être coupable  » en 1982.
          — Les modernes « expérimentalistes  » empruntèrent son inventivité en poursuivant d'autres buts tel Svendge Madsen avec « Corps & désir  » en 1968. Ils s'inspirèrent de Science fiction sans en être réellement  ;
          Ces deux derniers mouvements démontrèrent qu'il était possible de combiner différents genres littéraires et différentes tendances avec succès.
          — Les occultistes et « ufologues  » publièrent divers écrits, notamment Erwin Neutsky-Wulff avec « Anno domini  » en 1975 et « Dieu  » en 1976.
          — Enfin, d'autres auteurs ayant une conscience politique créèrent des scénarii de futurs proches pour aborder les questions écologiques et de l'énergie nucléaire. Parmi eux, Jorgen Lindgreen, avec « la centrale nucléaire sur le promontoire  » en 1975, un véritable thriller technologique.

          On observe à la fin des années 70 et au début des années 80 un groupe disparate d'auteurs féminins, derrière Dorrit Willumsen avec « Programmé pour aimer  » (1981) et l'utopiste Vibeke Gronfelt avec « l'Enfant fantastique  » (1982)



DES AUTEURS DE SCIENCES FICTION A PART ENTIERE
 

          Un fait notable est que si dés la fin des années 60, le genre « policier  » était admis, la « science fiction  » elle ne l'était pas encore à part entière. Si la SF avait émergé, son succès lui restait mitigé, et en tant que genre littéraire, la science fiction n'était pas encore reconnue.
          Ainsi, la plupart des auteurs sités ci dessus ne se considèrent pas eux même comme de véritables auteurs de Science fiction ; aucun d'entre eux ne s'est concentré sur une œuvre de Science fiction exclusivement. Frustré, E. Nielsen déclara même  : «  je ne suis pas un auteur de science fiction, je suis un auteur qui écrit de la science fiction  ». A la fin des années 70, « Vandelkaere  » est quasiment le seul éditeur à diffuser des œuvres de science-fiction.
          On peut faire exception de Bodelsen et de Madsen  : le premier ayant écrit un nombre important d'ouvrages SF et le second ayant développé son propre style (cf « Vertu et dépravation à la période moyenne  » (1976), « Devant la lumière de l'aube  » (1980) et « Laisse le temps s'écouler  » (1985).
          Plus tard en1985, Inge Eriksen les a rejoints avec une ambitieuse tétralogie intitulée « L'espace hors du temps  » entre 1983 et 1989.

          La création de l'association de Science fiction danoise « le Cercle de la Science Fiction  », tenant une convention annuelle, et du magasine mensuel « le meilleur de la Science fiction  », partir de 1975 ont contribué à corriger cette injustice.
          Avec la création du festival « Fabula  », le dynamisme du « Cercle  » et d'éditeurs comme « Cicero  » et « Klim  », la sicence fiction au Danemark a repris un nouvel Elan...
          Notamment avec les récentes productions de Klaus Æ Mogensen avec « les pirates dimmensionnels  » (1999), de Johan Springborg « la copie  », de H.H. Loyche avec « Mission Schamajim » et de Bernhard Ribbeck auteur de l'un des voyages les plus poètiques de ces dernières années avec « la glace entre les îles  »

Notes :

1. il est à noter que Ludwig Holberg est considéré comme un « Danois-norvégien ». il est en effet né en Norvège avant d'être éduqué au Danemark

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