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Soleil trompeur. Un bref aperçu de la science-fiction espagnole en 1997

Traduction : Emeric DAVILA, Amélie FERRANDO et Claire BELMAS

Juan Manuel SANTIAGO

nooSFere, octobre 2000
 ESPAGNE 
Traductions disponibles

          Juan Manuel Santiago est probablement l'un des analystes les plus lucides que la science-fiction espagnole ait connus dans son histoire récente. Ses travaux littéraires (méritoires) ont été injustement discrédités par sa capacité phénoménale à assimiler tout ce qui pouvait appartenir au genre. Polémique pour certains, brillant pour d'autres, il nous offre une analyse détaillée du panorama de la SF espagnole en 1997.

 

          Je présume que je devrais me répandre en lamentations sur les mauvais résultats de la SF espagnole en 1997, bien que pour toute l'année les chiffres de production aient atteint – voire dépassé — ceux de la deuxième moitié des années 80. Finalement, les choses ne vont sans doute pas si mal, mais je crois que nous devrions tous nous poser la question suivante : vont-elles réellement si bien ?
          La publication de nouvelles et de novellas dans les collections et les fanzines atteignait à peine la trentaine en 1991, année au cours de laquelle se produisit le “ boom ” actuel ; en 1993, le nombre de récits avoisinait les 80 pour une quarantaine d'auteurs (je donne des chiffres approximatifs, n'ayant malheureusement pas lu tous les fanzines de cette décennie, mais je pense que ces données sont relativement fiables)  ; en 1994, on comptait une centaine de récits pour 60 auteurs ; en 1995, 130 parutions pour 70 individus  ; en 1996, surprise, à peine 60 récits pour moins de 40 personnes ; et en 1997, peu ou prou les mêmes chiffres qu'en 1993. Vous pouvez courir à votre fanzinothèque vérifier que pour l'essentiel, je ne mens pas.
          Ces chiffres sont-ils intrinsèquement mauvais ? Certains me rétorqueront que la qualité de la SF espagnole est bien meilleure en 1997 qu'en 1993. C'est possible, rien n'est plus subjectif que les jugements de valeur. Grosso modo, à mon avis, la différence ne réside pas tant dans la qualité que dans le métier. Nous autres, auteurs espagnols de SF, avons peut-être perdu un peu de fraîcheur, mais nous nous lançons des défis plus complexes qu'il y a cinq ans, sans nous “ planter ” à tous les coups. Les auteurs ont davantage d'ambition thématique et stylistique, notre lectorat est notablement plus nombreux, mais pour l'essentiel, je ne vois pas de nette différence de qualité entre de bons textes comme Mi última noche con Donna (Ma dernière nuit avec Donna) et Reflejos (Réflexes) de Félix J. PALMA, La pared de hielo (Le mur de glace) et El decimoquinto movimiento (Le quinzième mouvement) de César MALLORQUÍ, Ojos de sombra (Les yeux d'ombre) et Círculo de hombres (Cercle d'hommes) de León ARSENAL, ou Estado crepuscular (Etat crépusculaire) et La mirada de las furias (Le regard des furies) de Javier NEGRETE. Néanmoins, un monde de quatre ou cinq années sépare le premier et le second texte de chaque auteur.
          Felix PALMA publiera très bientôt une anthologie de nouvelles dans la collection PreTextos, à faible tirage mais prestigieuse. Ces cinq dernières années, César MALLORQUÍ a publié El círculo de Jericó (Le code de Jéricho) et El último trabajo del señor Luna (Le dernier travail de Monsieur Luna), avec lequel il a fait irruption dans le monde de la littérature Jeunesse (comme Elia BARCELÓ et Armando BOIX). León ARSENAL écrit de bons romans de fantasy, de SF, ou des récits historiques, qui, pour le moment, n'ont pas de succès. Mais Rodolfo MARTÍNEZ a subi le même sort, et maintenant, voyez : il a publié une demi-douzaine de livres en l'espace de trois ans. Et La mirada de las furias (Le regard des furies) de Javier NEGRETE (lauréat du prix Ignotus décerné au meilleur roman espagnol par l'Association Espagnole de Fantaisie et de Science-Fiction) se verra publié par le Cercle des lecteurs, ce qui revient à dire qu'à lui seul il peut se vendre autant que tous les autres ouvrages de SF espagnole réunis. Et tout cela sans grande évolution du point de vue de la qualité.
          C'est bien leur ambition qui les a conduits là où ils sont (ou qui les conduira jusqu'où ils sont capables d'aller). Je crois que c'est cela qui fait la différence entre les auteurs déjà cités et d'autres, qui avaient autant de valeur qu'eux mais sont restés sur le bord du chemin  : l'ambition peut davantage pour eux que la facilité. C'est toute la différence entre la SF espagnole actuelle et celle d'il y a quinze ans.
          Mais ce sont les mêmes auteurs qui publiaient déjà il y a cinq ans. Autrement dit, il n'y en a pas eu de nouveaux. Durant ces cinq années, seuls Armando BOIX et Carlos FERNÁNDEZ CASTROSÍN sont entrés en force dans la SF et possèdent le potentiel qui leur permettra d'obtenir des résultats. Eduardo GALLEGO et Guillem SÁNCHEZ se sont eux-même imposé des limites (c'est cela que j'appelle la facilité et bien qu'ils puissent la dépasser, il m'est difficile d'imaginer chez eux une progression des idées ou des défis narratifs qu'en revanche un Juan Miguel AGUILERA me semble capable d'assumer au vu de El bosque de hielo (La forêt de glace). Lui pourrait bien devenir en solitaire un vrai poids lourd de l'authentique SF dure de qualité. Et parmi les “ tout nouveaux ” (ou plutôt parmi les derniers venus), les seuls à avoir prouvé quelque chose en 1997, ce sont José Miguel PALLARÉS, Pablo TUSSET et Eduardo VAQUERIZO. Trois noms à retenir, c'est un pauvre bilan qui met en évidence la maigreur du renouvellement de la SF espagnole  : les auteurs qui abandonnent ce genre littéraire sont plus nombreux.
          Comparez cela à ce qui était publié en 1992 ou 93, à l'époque où ont émergé les noms qui forment aujourd'hui l'avant-garde de la SF en Espagne. Il y avait alors une douzaine d'auteurs prometteurs, dont la plupart se sont confirmés  ; ces derniers, pour être plus précis, sont ceux qui ont travaillé dur (encore une caractéristique de la SF espagnole des années 90  : outre qu'ils possèdent un bon niveau littéraire, les auteurs sont des travailleurs acharnés). Certes, la SF espagnole se porte bien, mais c'est grâce aux douze ou quinze noms prestigieux qui la soutiennent en se fixant des objectifs de plus en plus élevés, et tendent de ce fait à négliger la production de nouvelles.
          Ce qui nous amène à un autre problème : les publications ne reflètent pas la production réelle. Par exemple, Joaquin REVUELTA est à mes yeux l'un des meilleurs auteurs du genre grâce aux trois romans qu'il a écrits, l'un paru en 93, le deuxième en 95 et le dernier prévu pour 98 mais qui aurait tout à fait pu paraître en 96. Mais l'auteur ne fait rien pour promouvoir son travail. Un autre exemple : Armando BOIX vient de publier l'une de ses meilleures nouvelles, La soledad de los muertos (La solitude des morts) qui aurait dû être son premier récit édité dès 1994 mais qui, pour des motifs aussi divers que complexes, ne fut publié qu'en 1998. Presque tout ce qui a fait de Rodolfo MARTINEZ l'auteur le plus prolifique de la deuxième moitié des années 90 a été écrit entre 90 et 95. Pour ce qui me concerne, on va publier un de mes romans qui fut finaliste au Prix AZNAR en 1993, et ma plus récente œuvre éditée –dans la revue Parsifal — a en fait été écrite en 1987. Vivons-nous de nos rentes ? Comment peut-on envisager avec optimisme l'avenir des auteurs lorsqu'on sait que ce qu'ils publient commence à dater ? Tôt ou tard, leurs stocks vont s'épuiser. Et alors, qu'arrivera-t-il ?
          Je présume qu'il ne se passera rien car, à ce moment-là il n'y aura plus de revues pour publier leurs œuvres. Elfstone, Nucleo Ubik, et Sueño del Fevre ont cessé de paraître  ; Kenbeo Kenmaro s'est interrompu  ; la trajectoire d'Opar fut atemporelle. Il ne nous reste plus, en fait de vitrine convenable de publication, que quatre fanzines (Ad Astra, Artifex, BEM et Bucanero), une revue (Gigamesh), une anthologie annuelle, Visiones (Visions) de l'AEFCF et une poignée de collections éditoriales (Espiral, Artifex Série Minor, Quaderns UPCF et OPAR Narrative).
          Et ces dernières publications ont toutes leur inconvénient. Un roman est difficile à lire sur un support informatique, ce qui n'incite pas les auteurs à envoyer leurs textes chez Ad Astra. Artifex a le vent en poupe dans le domaine du roman, mais sa production ne dépasse pas la douzaine par an. Quant à BEM, il faut bien avouer qu'il ne publie que les romans d'auteurs à pedigree. Pour être plus précis, je rappellerai le sort réservé par cet éditeur aux deux romans de Carlos CASTROSIN finalistes au Prix PABLO RIDO  ; n'oublions pas non plus les histoires qu'il a faites lorsque Léon ARSENAL lui a retiré Oscuro candente (Noir incandescent) parce qu'il s'était déjà engagé auprès d'une autre maison d'édition  ; ni la façon dont il a traité Daniel MARES, jusqu'au jour où il est arrivé en deuxième position au Prix UPC (parfois, j'oublie ma promesse de garder le silence sur certaines affaires touchant au fandom). Gigamesh ne publie que rarement de la SF espagnole et s'il le fait parfois, c'est parce que sa périodicité se consolide. Bucanero, pour mieux s'affirmer ; aurait besoin que certains auteurs commencent à le prendre assez au sérieux pour lui envoyer leurs contributions.
          Et nous voici devant un autre problème  : celui des collaborations... D'une façon générale, le “ fanéditeur ” est une espèce de personnage redoutable contraint d'arracher aux auteurs la moindre petite nouvelle ou bien un article forcé alors que, pour autant que je sache, si ces écrits sont publiables, il est préférable qu'ils soient publiés. Ne serait-ce que pour ajouter une ligne supplémentaire dans une bibliographie, de jolies illustrations, le plaisir de voir son nom côtoyer ceux de gens qu'on apprécie, que sais-je encore ! C'est en tout cas bien mieux que de les laisser inutilement mourir de vieillesse au fond d'un tiroir ou sur un disque dur. Certains croient préférable de présenter le même texte à tous les concours littéraires internes ou extérieurs au fandom, et au besoin plusieurs fois de suite, comme si le changement de jury pouvait l'améliorer, ou dans l'espoir de trouver un jury... disons  : plus réceptif à leur inspiration particulière. Le processus peut prendre deux ou trois ans, mais à leurs yeux il vaut mieux attendre plutôt qu'être publié dans un fanzine. Pourquoi Pedro Pablo GARCIA-MAY a-t-il publié des récits plutôt médiocres alors que Inmensa beatitud (Immense béatitude), aussi bon sinon meilleur que son célèbre Forastero en esta tierraEtranger sur cette Terre) est toujours inédit ? On pourrait en dire autant de Ricard DE LA CASA et de son De nuevo en casa (Retour à la maison).
          Quoi qu'il en soit, l'on comprend les réticences des auteurs, qui lorsqu'ils acceptent d'être publiés dans un fanzine, le font souvent par amitié ou pour des raisons de proximité. Un individu aussi valable que l'asturien Ricardo MENÉNDEZ dont la carrière littéraire ne doit rien au fandom, n'a jamais édité que dans Parsifal, et si un jour ce dernier disparaît, il cessera de publier dans les revues du microcosme : tant pis pour le vide qu'il laissera  ! Quel gâchis  !
          La position de Javier ULLÁN est la même vis-à-vis de Nucleo Ubik, même si j'ai obtenu de lui l'autorisation d'éditer certains récits dont, à la vérité, la publication lui était indifférente. Enfin, la timidité joue également un rôle décisif dans le fait de rester inédit : Eugenio SÁNCHEZ dispose d'au moins une vingtaine de récits publiables mais il n'ose pas les promouvoir (ou cette envie ne lui est venue que très récemment).
          En somme, on dirait que confier son texte à un fanzine, c'est un pis-aller (si on est ami du fanéditeur), un ultime recours (quand on n'a pas pu ramasser une seule miette dans un concours littéraire), mais jamais un but en soi. Et quand par-dessus le marché, on dépend des critères de choix de sept ou huit éditeurs, au lieu d'une bonne douzaine, il est compréhensible qu'on ne se donne plus la peine de publier... Résultat  : à peu de chose près, moitié moins de SF publiée aujourd'hui qu'il y a deux ans. Cela me paraît vraiment absurde.
          Joli constat, non  ? J'imagine que certains d'entre vous ont vu Soleil trompeur, ce magnifique film du réalisateur russe Nikita MIKHALKOV qui reçut l'Oscar en 1995. Le titre fait allusion au sort final des victimes de la répression stalinienne lors des grands procès des années 30. C'étaient tous des communistes sincères ayant joué un rôle actif pendant la Révolution. Néanmoins, celle-ci s'est retournée contre eux et ils ont péri aveuglés par l'éclat d'une chose à laquelle ils avaient cru. Ce n'était plus celle pour laquelle ils avaient lutté, car elle avait été dénaturée, falsifiée par une contre-révolution qui se prétendait l'avant-garde de la Révolution. Le seul objectif des partisans de ce mouvement était de se maintenir au pouvoir, et d'éliminer tout vestige de résistance afin de passer à la postérité comme les uniques artisans de la Révolution.
          Tout changer pour finalement aboutir à l'immobilité la plus complète, pour ne pas dire à la régression. Tout déguiser en victoire triomphale à coups de faux chiffres et de fausses performances, et nier les succès des autres sous prétexte qu'ils sont contre-révolutionnaires et portent atteinte à l'essence même de ce pourquoi vous avez lutté... Nous y voilà.
          La SF espagnole en 1997 a été aussi bonne qu'en 1995, n'est-ce pas une donnée positive ? Réponse : Si, évidemment.
          Autre question : Alors, pourquoi donc un tel pessimisme ?
          Réponse : Parce que si 1997 a été une bonne année pour le fantastique en Espagne, nous sommes incapables de reconnaître que ce qu'on a fait de meilleur dans le genre n'a rien à voir avec le fandom.
          Dernière question : Alors, qu'est-ce qu'on a fait de mieux en 1997 ?
          Ultime réponse : Lisez. Ouvrez les yeux.
          De la SF en 1997, en dehors des romans de Javier NEGRETE et Rafa MARIN ou de la novella de Daniel MARES ou encore des nouvelles d'Armando BOIX, Félix PALMA et Eduardo VAQUERIZO, je retiendrai deux images indélébiles. La première, qui dure cent minutes, m'entraîne sur une Grand-Route déserte, jusqu'à un masque troublant, un cauchemar en Réalité Virtuelle maintenu depuis presque deux siècles au plus froid d'un entrepôt cryogénique. La seconde n'excède pas cinq minutes et me transporte vers un puissant son de percussions prisonnier d'un petit cube réalisé par ordinateur, une sorte de décor spatial qui contient le petit miracle d'une des meilleures chansons espagnoles de la décennie. Vous connaissez la première. Quant à la seconde, vous n'avez aucune idée de ce que c'est. Ce n'est pas tout. Poursuivez votre lecture.
          En 1997, la meilleure SF espagnole nous est venue du domaine audio-visuel. Soit dit an passant, le miracle du cinéma espagnol, dont on parle tant, a essentiellement consisté –par effet de mode et de récupération politique — à ramener vers des productions cinématographiques espagnoles le même public qui refusait de les voir il y a quelques années, précisément parce qu'elles étaient trop espagnoles. Ce fameux miracle doit beaucoup à des auteurs neufs, relativement libres de préjugés, qu'aucun genre ne rebute et dont la créativité n'est limitée que par des motifs d'ordre strictement économique.
          C'est l'unique raison pour laquelle Abre los ojos (Ouvre les yeux), un amalgame de science — fiction et de terreur psychologique, est non seulement l'un des films espagnols qui font le plus d'entrées, mais encore l'une des meilleures réalisations de l'année. A côté de ça, on a honte lorsqu'on visionne The Game, une super-production prétentieuse et mille fois plus puérile, mais qui pose également le problème de la réalité (ce qui a conduit certains aficionados, dont j'étais, à comparer, plus ou moins sérieusement, le film d'AMENABAR à l'Ubik de notre cher Philip K. Dick). Si j'étais membre de l'AEFCF et qu'elle ne décerne pas le Prix Ignotus à BURJASSOT, je demanderais ma radiation immédiate de l'association pour m'élever contre une telle étroitesse de vues. Mais au bout du compte, je ne pense pas que le fait qu'il remporte ou non ce prix-là soit vraiment important, car il en adviendra exactement la même chose que de Acción mutante (Action mutante) ou de El día de la bestia (Le jour de la Bête), à savoir  : rien.
          Pour autant que je sache, c'est-à-dire d'après les informations que j'ai glanées dans PORTICO, personne n'a jamais remis ces prix à Def Con Dos (vainqueurs avec la chanson Action mutante) ni à Alex DE LA IGLESIA (réalisateur des deux films). Pire  : je doute fort qu'ils soient au courant qu'ils les ont remportés. Et à bien y réfléchir, je doute même qu'ils sachent que ces prix existent. On peut me faire passer pour un zélateur de la SF, pervers et machiavélique, qui passe son temps à dire du mal de l'association  ; cela ne m'empêchera pas de poser le problème : le Prix Ignotus n'est décerné que par un tout petit groupe de gens (le nouveau Comité de l'AEFCF semble avoir relancé les adhésions, mais l'avenir seul nous dira si ce n'est pas un mirage), même si l'association le fait passer pour un prix Hugo (que dis-je, prix Hugo  ? Prix Nobel !) de la SF espagnole. Et ils s'attendent à ce que nous fassions quelques ronds de jambe devant le public, histoire de donner l'impression qu'il y a quelque chose derrière cette vaste fumisterie. C'est bien ce que je vous disais : soleil trompeur.
          Il y a eu d'autres films fantastiques en marge de celui d'AMENABAR. Alex DE LA IGLESIA, déjà cité, sans verser complètement dans le genre, a essayé de mûrir son inspiration avec Perdita Durango, son meilleur film malgré un relatif échec commercial et artistique. Il y avait là quelques touches de gore, de vaudou, et cette atmosphère vaguement inquiétante à la Barry GIFFORD, qui se situe aux limites du fantastique et de l'hyperréalisme cinématographique. Dans ce même no man's land transitaient également d'autres films comme la première oeuvre de Fernando CAMARA, Memorias del angel caido (Mémoires de l'ange déchu) (terreur sur fond de sectes criminelles) ou le dernier d'Agusti VILLARONGA, 99.9, un thriller très bien ficelé qui réussit vraiment à nous faire peur. En matière d'authentique SF, on peut signaler un petit miracle réalisé par deux amis, chez eux et avec de très petits moyens : Megasonics, un space opéra d'animation sur ordinateur qui, bien sûr, n'est pas Toy Story, mais qui montre un chemin à suivre, non seulement en Espagne, mais aussi partout en Europe.
          Donc, en 1997 on a produit en Espagne cinq films à caractère plus ou moins fantastique, sans compter ceux qui m'échappent, (non, je ne suis pas Carlos DIAZ MAROTO, qui voit tout, comme vous pouvez le constater sur les écrans du e-zine Ad Astra). Que je sache, ni Jésus FRANCO, ni Manuel ROMO n'ont fait de film cette année et j'ai oublié la date de sortie du dernier film de Paul NASCHY. De sorte que, à moins de considérer Bracula, le dernier film du “ Chiquito de la Calzada ” comme relevant de la SF (et pourquoi pas, si Le bal des vampires en était ?), je ne vois rien d'autre dans le domaine du long-métrage. Pour ce qui est des courts-métrages, j'avoue à ma grande honte que je m'y perds. On en a peut-être produit une douzaine, mais je me souviens notamment de deux d'entre eux  : Arañazos (Coups de griffes), de Pedro BARRERO, avec Isabel SERRANO, raconte une invasion d'aliens qui ne manque pas d'intérêt. El atardecer del Pezuñas (Le crépuscule du Sabot), d'Alex CALVO-SOTELO, se teinte d'un léger méphistophélisme qui peut passer pour fantastique.
          Est-ce vraiment tout ? Non, heureusement. L'audiovisuel ne s'arrête pas au cinéma. Il y a également les films d'animation (mais je ne m'aventurerai pas sur ce terrain, désolé, car je connais plus érudit que moi, qui ne ferais que parler pour ne rien dire) et les vidéo-clips. Ici, le fantastique devient quasiment règle générale dès qu'on a réuni quatre sous pour faire un clip dans les règles de l'art, ce qui, soit dit en passant, n'est pas fréquent. Si nous prenons la liste de la revue Rock de Lux (la plus prestigieuse dans ce domaine), nous voyons que plus de la moitié des dix meilleurs vidéo-clips de l'année sont liés, directement ou indirectement, aux genres de l'imaginaire. Tout d'abord, Un mundo tan pequeño (Un tout petit monde) du groupe d'Albacete MERCROMINA  ; il n'a rien de fantastique, mais n'oublions pas que certains des meilleurs thèmes de leur premier album, Acrobacia (Acrobatie) (1995) portent des titres aussi explicites que Universo paralelo (Univers parallèle), ou Ciencia ficción (Science-Fiction). Ce dernier morceau devrait être l'hymne du fandom ... si le fandom daignait jeter un regard sur autre chose que le cinéma et la littérature. Ensuite, le groupe barcelonais, Los Fresones Rebeldes (LES GROSSES FRAISES REBELLES) a lancé l'un des tubes les plus irrésistibles et obsédants de l'année, Al amanecer (Au lever du jour), avec un vidéo-clip complètement naïf tourné au Parc d'attractions de Madrid et réalisé par Manuel ROMO, ce vieux collaborateur de 2000 maniacos (2000 maniaques) et authentique spécialiste en gore et horreurs diverses, sans parler de ses films d'Hijotomo.
          Mais à mon avis, l'un des sommets de la SF espagnole en 1997, c'est le clip de la chanson I gotta go (Faut qu' j'y aille), de Sexy Sadie et Big Toxic. Une carcasse réalisée par ordinateur entoure le groupe, qui avait déjà emprunté des scènes à L'Etrange créature du lac noir dans son clip In the water (Dans l'eau). Authentique réalité virtuelle. Pour moi I gotta go est l'une des chansons espagnoles de la décennie.
          Au bas de la liste, on trouve Favorite, de MADELMAN, la star de la techno espagnole, avec un autre vidéo-clip très curieux réalisé par ordinateur et que je qualifierais également de fantastique. Enfin, on peut également inclure dans cette catégorie Pon tu mente al sol (Mets ton esprit au soleil) du groupe saragossan EL NIÑO GUSANO. On peut en dire autant de Watch over you, des AUTOMATICS (où l'on voit un OVNI), de Heaven Face Mix, du groupe HUMANOÏD (qui montre des vaisseaux spatiaux dessinés par ordinateur) et tant nous y sommes, de Alicia expulsada al país de las maravillas (Alice chassée au pays des merveilles), de BUNBURY. On a déjà l'embarras du choix, n'est-ce pas ? Eh bien, faites un petit tour au Festival du Cercle des Beaux-Arts de Madrid ou regardez de temps en temps Metropolis et vous en trouverez sûrement d'autres.
          Mais notre truc à nous, ce sont les livres  : ce sont eux que nous achetons à l'occasion des Conventions. Sur eux, nous savons tout et le reste. Dans le domaine du fantastique, nous sommes même tellement forts qu'en 1996 nous nous sommes payé le luxe de ne pas voter, lors du Prix Ignotus, pour un roman tel que Olvidado Rey Gudú (Gudu, le roi oublié), d'Ana-Maria MATUTE, avec cette circonstance aggravante qu'il n'y eut que quatre finalistes. Sans commentaires. Des gaffes comme celle-là, il y en aura encore, car aucun fan qui se respecte ne se croit tenu de regarder les autres rayons de sa librairie préférée  : celui de la SF lui suffit bien. Bravo, continuez, et voyons le prochain chef d'œuvre qui vous échappera. Ce sera probablement Cincuenta cuentos y una fábula (Cinquante nouvelles et une fable), de José Maria MERINO, publiés chez Alfaguara, un recueil rassemblant toutes les nouvelles de l'un des meilleurs écrivains espagnols actuels (c'est la vérité, et en plus, il a le mérite de le dire à qui veut l'entendre) dans l'œuvre de qui le fantastique joue un rôle prépondérant. Là-dessus, Eugenio SÁNCHEZ aurait beaucoup à vous dire. Passeront peut-être également à la trappe  : El Callejero de Judas (Judas, le flâneur), de Fernando ROYUELA (chez Lengua de Trapo), Piel de sátiro (Peau de satyre), de Pilar PEDRAZA (chez Valdemar) ou Paisaje con reptiles (Paysage avec reptiles), de Pilar PEDRAZA (chez Valdemar).
          Comme je ne suis pas riche et qu'en plus, je n'ai pas le temps de lire, je ne connais que le dernier de ces ouvrages, qui me paraît vraiment recommandable, comme d'ailleurs tout ce qu'écrit PEDRAZA, et en particulier La Fase del rubí (La phase du rubis), publié chez Tusquets. Je le répète, Eugenio SÁNCHEZ pourrait vous citer d'autres titres encore. Mais ça vous est égal, pas vrai  ? Tout ce que vous voulez, c'est que je vous parle de la vraie SF, celle qui est publiée dans les collections dédiées au genre. Pas de celle qu'écrivent les auteurs qui s'en rapprochent. Vous lirez El último trabajo del señor Luna (Le dernier travail de Monsieur Luna) (prix Edebé), uniquement parce qu'il est de César MALLORQUÍ, et non pas parce que c'est de la littérature pour la jeunesse. Ce qui est déjà un premier pas, car voilà un domaine où l'on produit des tonnes de SF à longueur d'année. Mais au risque de vous décevoir, je ne suis pas Alfredo LARA, le grand érudit. J'ignore ce qu'ont publié ces dernières années Jordi SERRA I FABRA, Juan-Manuel GISBERT ou Carlos RUIZ ZAFÓN. J'ai même oublié, d'ailleurs, le titre du roman finaliste au prix Edebé (oui, celui qu'a remporté César MALLORQUÍ, et cette année, Elia BARCELÓ), un roman qui semblait clairement relever du fantastique.
          Je ne puis vous parler que de El Jardín de las automatas (Le Jardin des automates), d'Armando BOIX (S.M.), prix Gran Angular, un assez joli succès pour ce roman steampunk situé dans la Barcelone du début du siècle, avec un développement assez linéaire mais superbement conduit. Son deuxième roman, et bientôt le troisième, promettent d'être encore meilleurs (Armando est déjà écrivain professionnel et, en outre, il dirige la revue Stalker dédiée au cinéma de SF).
          Bien sûr, je peux en venir au sujet qui vous intéresse. Alors pourquoi prolongerais-je inutilement votre attente  ?
          Avec Mundo de dioses (Un monde de dieux) (Nova SF), Rafael MARÍN semble être sorti de l'ornière où il était resté trop longtemps. Il prouve, et c'est nouveau chez lui, que l'on peut écrire tout aussi bien que dans La Leyenda del navegante (La légende du navigateur) tout en régalant vraiment le lecteur, surtout si ce dernier aime les B.D. de MARVEL. Il conserve le ton de sa novella victorieuse au premier prix UPC, et on lui est finalement reconnaissant de l'effort qu'il fournit pour se faire comprendre sans abaisser ses propres exigences de qualité littéraire (ou, ce qui revient au même, pour nous divertir sans se laisser gagner par le cancer de la facilité). Je souhaite de tout cœur que ce livre remonte le moral à MARÍN, avec qui nous avons tous été, peut-être, un peu injustes, à une époque.
          J'ai déjà dit que les droits de La Mirada de la Furias (Le Regard des furies), de Javier NEGRETE ; ont été préemptés par le Cercle des Lecteurs, ce qui veut dire que, d'ici à un an, ce sera le livre de SF écrit par un auteur “ spécialisé ” qui se vendra le mieux depuis l'époque des livres de poche. Tout comme celui de MARÍN, c'est à mon avis un roman bien écrit et distrayant, bien que trop délayé à mon goût  : il ne parvient pas à se défaire de ses origines de novella, et je le vois plutôt comme une oeuvre de commande uniquement destinée à faire dire que l'auteur le plus prometteur de la décennie a enfin publié un roman. Ce qui est dommage, c'est que la collection Nova Fantasy ne soit plus là pour accueillir La jauka de la buena suerte (La cage de la chance), le meilleur roman de fantasy écrit en castillan.
          Voilà pour les “ plats de résistance ” de l'année 1997, c'est-à-dire les titres parus chez Nova. Ce n'est pas tout. Avec “ La semence du mal ” (Banque Privée d'Andorre), Juan Miguel AGUILERA et Ricardo LAZARO bénéficient de la publication annuelle réservée au vainqueur du Prix Jules Verne. Charlie, de Fran MORELl, a droit à une cyber-édition chez Ad Astra. Idem pour les romans de José Antonio SUÁREZ. Enfin, la collection Brazo en espiral (Bras en spirale) (éditions Silente) s'attaque à la tâche titanesque d'éditer les œuvres complètes de Carlos SAIZ CIDONCHA , et l'inaugure avec Entre dioses y terrícolas (Entre dieux et terriens), aussi plaisant, chatoyant et délirant qu'on peut s'y attendre venant de ce maître du space opera classique.
          Je pourrais également citer El amante de vidrio (L'amant de verre), de Félix J. PALMA mais, malheureusement, il n'a pas encore été édité. Dommage. Peut-être pourrez-vous au moins en lire la première version, qui compte une centaine de pages. C'est sans aucun doute un roman innovant, excessif, un cocktail de RIMBAUD et de William GIBSON (l'un des pères du cyberpunk) qui mériterait d'être publié.
          Parmi les produits élaborés par et pour le fandom, il faut signaler, comme toujours, l'anthologie annuelle de l'AEFCF. Si, en d'autres circonstances, elle ne présentait rien d'autre que des textes d'auteurs maison dont le seul point commun était la réunion dans un même volume, en revanche ces Visiones 1997 -ne me demandez pas pourquoi — présentent un noyau dur cohérent. Le subconscient de Rafael MARÍN aurait-il influencé son travail d'anthologiste, ou bien tous les auteurs se seraient-ils donné le mot pour manifester des préoccupations similaires (c'est déjà arrivé en 1996 avec la fantasy historique)  ? Je n'en sais rien. Toujours est-il que la plupart des nouvelles de ces Visiones se caractérisent par des personnages qui rêvent d'une vie idéale à l'opposé de leur vie réelle, ces deux vies interagissant et s'éclairant réciproquement. La réalité est altérée par une succession de paradoxes temporels, comme dans El día que hicimos la Transición (Le jour de la transition) de Pedro JORGE et Ricard DE LA CASA  ; ou bien par un changement d'aspect extérieur, comme dans Victoria pírrica (Victoire à la Pyrrhus) de Rodolfo MARTINEZ (sans doute le meilleur récit du recueil)  ; ou encore à travers l'apparence de “ l'autre ”, comme dans La vida correcta (La vie correcte), de Félix J. PALMA. Avec La casa de las dos escaleras (La maison aux deux escaliers), Angel OLIVERA nous suggère ce qui se passe dans l'escalier d'à côté. Domingo SANTOS réinvente un passé par malheur impossible dans Mi esposa, mi hija (Ma femme, ma fille), un bien joli récit. La fuite systématique hors d'une réalité oppressante est également perceptible dans les récits de Luis G. PRADO, Josaphat, rey (Josaphat, roi) et d'Angel TORRES La colina del brezo (La colline de la bruyère)... Je n'irai pas jusqu'à dire que ce numéro de Visiones est le meilleur jamais publié, mais c'est bien le seul recueil que l'on puisse qualifier d'anthologie et non de simple agrégat de textes narratifs.
          Le fanzine Artifex a édité sa Série Mineure, où figurent deux nouvelles à prendre en considération  : La Residencia (La Résidence), premier texte publié de Pablo TUSSET, est une réflexion très estimable qui explore les limites de la perception humaine, un peu divagatrice parfois, mais en tout cas courageuse. En revanche, El que habla con los espíritus (Celui qui parle aux esprits) d'Armando BOIX, est une aventure sur fond historique, avec des épées du XVIème siècle en acier de Tolède et de la sorcellerie africaine, mais pas du tout du style “ sword and sorcery ”. Comme divertissement, le texte ne manque pas d'intérêt.
          Le Collectif D. TEBEOS a inauguré sa collection Spacios (Espaces) avec l'anthologie de José Miguel PALLARES En breve conquistaré esta tierra (Bientôt je conquerrai cette terre). Bien que l'auteur souligne que ce livre a été publié en 1996, je ne pense pas qu'il s'oppose à un bref commentaire inclus dans cette analyse de la production de 1997. Globalement, c'est un recueil plus qu'intéressant, parce qu'il se distingue par une façon de traiter le langage et les ressources stylistiques assez rare chez les auteurs du fandom, et qu'il possède une constante thématique sous-jacente : la mesquinerie humaine. Pessimiste, PALLARES nous dépeint une galerie de personnage exécrables, ce qui n'exclut pas une certaine poésie dans la nouvelle qui donne son titre à l'anthologie, et ne nous empêche pas non plus d'avoir pitié des protagonistes de Una mirada en el espejo (Un regard dans le miroir) ou de La constante Sísifo (La constante Sisyphe). En dépit de son uniformité de registre (c'est peut-être le ton solennel de la narration qui produit sur le lecteur un certain effet de distanciation), il y a un récit que je n'hésite pas à considérer comme le plus drôle de tous ceux publiés cette année : El sídrome de Pinocho (Le syndrome de Pinocchio), un récit d'un brillant cynisme.
          Malgré des débuts au-dessous de tout avec une œuvre dénuée d'originalité, Preservad la tierra (Préservez la terre), de Vilches PALMA, (Espiral SF) a repris de la hauteur avec les deux ouvrages suivants. Seis (Six) de Daniel MARES, l'un des textes les plus importants de l'année à mon avis, nous prouve qu'il est encore possible de dire des choses originales dans le cadre des voyages interplanétaires, avec une intrigue au suspense bien ménagé, des personnages bien campés et une imagination débordante qui font de son récit un petit chef d'œuvre. Reflejo en el agua (Reflet dans l'eau), premier roman de Juan Antonio FERNANDEZ, est un texte très inégal : son approche très conservatrice (en ce sens qu'elle ne sort pas des sentiers battus), et sa débauche d'adjectifs sont dans une certaine mesure compensés par une louable fluidité narrative et un évident souci de bien écrire. Ce n'est pas un récit définitif sur les clones (pas plus que le roman Clones, ni que la nouvelle Ma femme, ma fille, tous deux plus aboutis que l'œuvrette de FERNANDEZ) mais après tout, il n'était pas tenu de l'être. De sorte qu'avec un titre plutôt faible, un autre plus prometteur et un troisième honorable, Espiral a un peu redressé la barre au cours de l'année 1997.
          L'anthologie des prix UPC pour l'année 1996, comprenait Dar de comer al sediente (Nourrir celui qui a soif) d'Eduardo GALLEGO et Guillem SANCHEZ (qui cette année, en plus de la parution de ce long récit chez Nova, ont triomphé en remportant les prix Jules Verne et Alberto Magno). Un texte sur lequel j'ai entendu toute sorte de commentaires. Je dois dire que GALLEGO et SANCHEZ sont parmi les très rares écrivains espagnols de SF sous la plume de qui je n'ai jamais trouvé la moindre faute d'orthographe ou de grammaire (on ne peut, hélas, en dire autant de Daniel MARES, ni de Félix PALMA dans ses premiers récits) et que leurs intrigues sont très bien structurées, sans digressions ni défauts de rythme notables. C'est-à-dire qu'ils soignent très bien l'aspect extérieur. Pour ce qui est du contenu, si tant est qu'il y en ait un, c'est autre chose. Pour ma part, je n'aime pas leur sens de l'humour (ce qui est subjectif, je le sais). Je trouve excessive la profusion de blagues et de clins d'œil personnels (qui a sûrement joué en leur faveur lors de cette session de l'UPC), et leurs personnages ne sont pas crédibles  : ce ne sont que des stéréotypes. En somme, ces deux-là écrivent de la SF “ basse tension ” qui personnellement ne m'emballe pas mais qui, si l'on se réfère au succès de Lois McMaster BUJOLD, fait d'eux des auteurs parfaitement publiables dans n'importe quelle collection spécialisée, excepté Minotauro.
          Alfredo LARA, toujours infatigable, a travaillé pendant deux ans en étroite collaboration avec Carlos FERNANDEZ CASTROSÍN au fameux Brumose, premier titre de la collection “ Opar Otras Singladuras ”. C'est une édition soignée, presque professionnelle (le “ presque ” n'est qu'une affaire de tirage) où CASTROSÍN se révèle plus maître que jamais de son style, en réussissant le tour de force d'écrire un court roman au moyen d'une succession de petites nouvelles dont le cadre et le climat sont communs (une planète glacée où les colons terriens sont harcelés) et dont chacune appartient pourtant à un genre différent : fantasy, SF et épouvante. Seule ombre au tableau, le même défaut relevé plus haut à propos de PALLARES : le manque de variété dans les registres. Si la collection marche bien, on pourra bientôt lire La noche roja (La nuit rouge), de León ARSENAL.
          Les Quaderns UPCF ressuscitent avec Los Celos de Dios (Les Jalousies de Dieu), de Rodolfo MARTÍNEZ, une œuvre d'une construction trop inaboutie, avec une fin si prévisible qu'elle en est cousue de fil blanc, mais qui malgré tout demeure honorable. Sans être ce que l'auteur a fait de mieux, l'exécution en est tout à fait professionnelle et ne détonne pas au milieu d'autres productions plus élaborés du même MARTÍNEZ. L'intrigue nous fait entrer dans son univers si particulier de Drimar (qui possède déjà une page web, un guide de lecture et des études critiques), où nous retrouvons Dieu, l'un de ses personnages les plus réussis.
          Voilà, j'en ai terminé. Je pourrais encore m'étendre sur les essais, mais trop de références m'échappent et ce ne serait pas juste. Je puis vous recommander Satan en Hollywood (Le Diable à Hollywood), de Jesus PALACIOS (chez Valdemar), un recueil des potins intimes les moins reluisants et les plus inavouables de l' “ Usine à rêves ”  ; ou bien les titres édités par Alberto SANTOS, mais il vaut mieux en rester là. Je vous dis donc à l'an prochain... Un dernier conseil  : Lisez un peu de tout. Vous trouverez peut-être plus de SF que vous ne sauriez le croire.
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