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Le 1er festival international de Science-Fiction de Nantes

Le point de vue d'un amateur Helvète

François ROUILLER

nooSFere, octobre 2000

          Un Grand festival !

          Permettez-moi — sans attendre — de vous communiquer mon enthousiasme au retour du 1er Festival International de Science-Fiction de Nantes, qui s'est tenu du 24 au 29 octobre.
          La manifestation, à laquelle je n'ai pu assister que les 3 derniers jours, surprenait d'abord par son ampleur. Jamais la SF n'avait disposé en France d'un espace aussi vaste et convivial que celui offert la Cité des Congrès de Nantes. Architecture lumineuse, lieux d'expositions multiples et attrayants, ouverture à tous les publics, proximité du centre urbain, mise à disposition sur un même lieu de salles confortables, bien équipées et permettant une heureuse cohabitation de tous les médias étaient les premiers atouts de cette réussite. Les nombreux invités (auteurs, artistes, éditeurs, conférenciers, journalistes) bénéficiaient sur place de lieux de réunion tranquilles, ainsi que d'un bar et d'un restaurant très généreusement pourvus. Pareillement choyés, les « célébrités » de la SF francophone et européenne n'avaient guère de raison de s'éloigner de la Cité des Congrès. Les occasions, pour ces créateurs, de cotoyer et de rencontrer leur public furent par conséquent fréquentes et fructueuses (débats, tables rondes, conférences, séances de dédicace).
          Outre les écrivains francophones, venus en force (la liste des présences était presque exhaustive !), le Festival accueillait des délégations d'auteurs allemands, danois, espagnols, anglais, américains et russes. Furent particulièrement remarquées parmi ces présences étrangères celles de Frederik POHL, véritable légende vivante de la science-fiction d'Outre-Atlantique et de l'Allemand Andreas ESCHBACH, primé pour son roman « Des milliards de tapis de cheveux ». Côté français, on constatait surtout l'effervescence du milieu éditorial. Les stands de « l'espace livre » rivalisaient de slogans tapageurs pour signaler au chaland la sortie de nouvelles collections : FolioSF (qui recycle le fond Présence du Futur, de Denoël), Autres Mondes (collection « Jeunesse » lancée par Denis Guiot, dont tous les titres sont inédits et habillés d'une splendide couverture signée MANCHU), Au diable vauvert (créée par l'iconoclaste Marion MAZAURIC, ex-directrice de J'ai lu SF). Et d'autres éditeurs fourbissent leurs armes pour débarquer à leur tour sur le marché de la science-fiction...
          Globalement, cette fébrilité est sans doute de bon augure. Les écrivains de SF disposent aujourd'hui d'une quantité réjouissante de moyens d'expression : revues, anthologies, collections spécialisées. Mais certains créateurs (auteurs ou dessinateurs) ne cachent pas une certaine inquiètude. Le romancier AYERDHAL distribuait à Nantes le texte d'un manifeste, « Le droit du serf », visant une défense politique des droits d'auteur face aux aléas du marché du livre. Les illustrateurs tentaient aussi d'obtenir une meilleure reconnaissance de leur travail et de regouper leurs efforts. On parlait beaucoup durant le festival du pillage éhonté auquel s'est livré récemment un (grand) éditeur parisien pour publier un livre d'initiation à la science-fiction. C'est en découvrant l'opuscule chez leur libraire qu'écrivains et auteurs ont découvert que leurs oeuvres y avaient été reproduites. Sans autorisation — et bien sûr sans rétribution.
          Durant toute la journée, les visiteurs pouvaient assister à la projection de nombreux films de SF, ainsi qu'à des conférences, des débats, des démonstrations. Les tables rondes avaient pour théme, par exemple, « La science-fiction sur Internet » (NOOSFERE), « La collaboration éditeurs & illustrateurs », « La SF en Europe du Nord », « SF et philosophie », etc. Les conférences, moins nombreuses, traitaient quant à elles de sujets tels que « Hommage à un Grand Ancien : Van Vogt et la France » (Joseph ALTAIRAC) ou « Toxico-fictions : drogues et psychotropes dans la SF » (François ROUILLER).
          La bande dessinée et les arts graphiques étaient aussi au programme du Festival. On pouvait y admirer une sélection d'illustrations et de planches récentes signées Enki BILAL et CAZA. Ce dernier présidait également un jury chargé de récompenser le meilleur album de BD de science-fiction de l'année. Le prix fut attribué à « Siloë », oeuvre du tandem SERVAIN et LE TENDRE.
          Une autre exposition remarquée (présentée à l'entrée du festival) fut la reprise quasi-intégrale de l'exposition « Vues de l'esprit », créée par la Maison d'Ailleurs, musée de l'utopie et de la science-fiction, à Yverdon-les-Bains (CH). Réalisée par Patrick GYGER, conservateur/directeur de l'institution et son adjointe Béatrice MEIZOZ, cette expo avait été présentée durant plusieurs mois à Yverdon avant de déménager sur les rives de la Loire.
          « Vues de l'esprit » montrait un choix copieux d'originaux d'illustrations de livres, tirés des cartables de la nouvelle génération d'illustrateurs français. (FRANCESCANO, JOZELON, DE LARTIGUE, KERVEVAN, MANCHU, MANDY et JEAM TAG, auxquels se joignit pour l'occasion un « grand ancien » de l'illustration : Tibor CSERNUS). Cette belle galerie séduisit de nombreux visiteurs, qui s'attardaient volontiers entre les cimaises. Espérons qu'elle ait aussi rappellé à certains directeurs de collection que l'illustration est un art à part entière, et — qui sait ? — les ait incité à renoncer à la mode des infographies bâclées qui sévit actuellement dans l'édition SF.
          Je peux aussi signaler — à l'attention particulière des sympathisants de la Maison d'Ailleurs — que Patrick GYGER a également animé diverses tables rondes et débats (télévisés, parfois), toujours au fait de l'actualité SF. Aux côtés du directeur artistique du festival Bruno DELLA CHIESA et du romancier transalpin Valerio EVANGELISTI, le conservateur de la Maison d'Ailleurs a également posé les bases statutaires d'une société internationale de professionnels de la SF. Son dynamisme et ses compétences lui ont par ailleurs valu d'être nominé pour le Prix Spécial du Festival, aux côtés d'autres acteurs méritants de la scène SF.
          Le clou médiatique de la manifestation nantaise fut incontestablement la remise des prix aux lauréats des différentes disciplines définies par les organisateurs. (Cinéma, BD, littérature). Menée à l'américaine, à grand renfort d'effets sonores et visuels, la cérémonie fit intervenir des personnalités du monde politico-médiatique, à l'ébahissement général des amateurs de SF français, habitués à l'ambiance boy-scout des conventions faniques. On aurait tort, cependant, de ricaner : pour une fois, la SF avait droit au salut officiel, aux feux de la rampe, aux discours et aux flons-flons. Qui s'en plaindrait ? Ne la mérite-t-elle pas, cette reconnaissance que nous lui espérons depuis si longtemps ?
          D'accord, ne nous emballons pas. La bénédiction de Daniel TOSCAN DU PLANTIER, qui présidait la célébration avec son élégance des grands jours, ne suffira certainement pas à hisser la SF sur le piédestal de la notoriété culturelle. Il n'empêche que, peu à peu ces dernières années, auteurs, cinéastes, artistes de science-fiction acquièrent une existence, une valeur, un statut publics. Et que, sans doute, cette intégration s'accélère grâce à des événements comme le Festival de Nantes.
          Revenons à la cérémonie. La littérature fut récompensée la première : prix Utopia, prix Dorémieux et prix (au pluriel) de l'Imaginaire (roman, nouvelle, essai, jeunesse, traduction, etc.). Je ne vais pas énumérer tout le palmarès, vous priant de vous référer à l'annonce des résultats officiels, sans doute déjà publiée à cette heure. Je me contenterai de citer les lauréats que — personnellement — j'ai beaucoup applaudis : Frederick POHL, pour l'ensemble de son oeuvre (Prix Utopia), Claire et Robert BELMAS (pour l'ensemble de leur oeuvre... à venir, puisque le Prix Dorémieux, qui leur a été décerné, encourage de nouveaux auteurs prometteurs), Francis BERTHELOT (Prix Jeunesse).
          Le Jury récompensa aussi l'illustrateur MANCHU (la Maison d'Ailleurs vient d'acquérir l'une de ses oeuvres). Suivirent les catégories BD (déjà évoquée) et cinéma (Primé : « La Somnambula », du réalisateur argentin Fernando SPINER.)
          Là, je dois marquer un bémol. (Ce sera le seul). Je ne m'étendrai pas sur le déroulement de cette dernière remise des prix (qui mit lourdement en évidence les désaccords internes du jury de la section « cinéma ») ni sur le bien-fondé des attributions, puisque je n'ai pas vu aucun des films en compétition. Mon seul regret est d'avoir senti à cette occasion se creuser un fossé entre le milieu de la SF littéraire et celui du cinéma de SF. Le contact entre ces deux mondes semblait avoir totalement échoué. D'un côté, un groupe homogène, animé par une même « cause », et de l'autre, des intérêts disparates, une absence d'intérêt convergent. Pourquoi, à l'heure du multi-média, les jurys respectifs ne comprenaient pas des membres communs, qui auraient pu créer des liens fructueux entre « disciplines » ? Pourquoi n'a-t-on pas organisé davantage d'occasions de rencontre entre littérature et cinéma de SF ?
          Je pense cependant que cette absence de communication entre ces deux pôles n'a pas gêné le grand public. Le profane (ou le fan indifférent aux conflits entre spécialistes) n'y a certainement vu que du feu, occupé qu'il était à découvrir tous les divertissements offerts par le festival.
          Ce fut donc — répétons-le — une réussite. Réussite due certainement à la Présidente Mireille RIVALLAND et à la parfaite collaboration de l'équipe de la Cité des Congrès — accorte et souriante à toute heure.
          Mais s'il fallait mettre un nom sur ce succès, je citerai sans hésiter l'organisateur-clé et infatigable locomotive du festival : Bruno DELLA CHIESA. Merci à Bruno de sa disponibilité, de sa générosité et du travail titanesque accompli.
          Et à bientôt, à Nantes, pour Utopia 2001 !


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